RECETTES DEPENSES
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(^Annuaire Jinnticicr, pages 17 et 33.)
Donc, si UD fort accroissement, résultant du programme exposé plus haut, s'est produit de 1906-1907 k 1 907-1 908, on n'en relève pas de notable entre ce dernier exercice et le suivant. Cette cons^ tatation montre ce qu'il y a d'excessif dans la conclusion de la dépèche précitée de Shanghaï 17 janvier : « Ces perspectives font présager la ruine (the outlook are rainous), avec tendance guerrière et agressive. » Cette dépèche ajoutait : « Dans bien des milieux on croit que l'amiral Yamamoto, et non M. Katsoura, succédera au marquis Salonji après la session parlementaire. »
Toutefois, un télégramme envoyé de Washington, le même jour, également au New-York Herald, apporte k ces dernières assertions d'utiles rectifications en même temps que des compléments d'information intéressants. Il convient de le citer aussi :
« Une déclaration émanant d'une source orientale bien informée... montre que le gouvernement japonais reconnaît que la crise financière a pour cause un différend d'opinion sur la façon dont le renforcement de la position militaire du Japon doit être accompli. Les politiciens japonais sont unanimes k désirer un accroissement des forces militaires, mais la majorité croit que l'œuvre s'engage sans considération suffisante pour les conditions financières prc'*sentes. L'auteur de cette déclaration prévoit la victoire de l'élément conservateur, qui préconise un budget moids élevé jusqu'à ce que les emprunts complémentaires soient lancés. Le gouvernement japonais considère que la crise est principalement politique et n'est pas vraisemblablement de nature k affecter profondément la nation. La plus grande opposition k une politique militaire continuellement progressive vient des contribuables riches. La majorité des Japonais est en faveur de l'accroissement des forces militaires, mais est sans pouvoir pour assurer la réalisation de ses désirs. »
La crise k laquelle il est fait allusion ici est celle que signale le télégramme ci-après, adressé de Tokio au Times le 1 4 janvier 1908 et reproduit par le Temps dans son numéro du 16 :
ce A la suite de conflits entre les ministres des communications, des finances et le reste du cabinet, le Mikado a accepté la démission de M. Yoshiro Sakatani, ministre des finances, et celle de M. Isaburo Yamagata, minbtre des communications.
« Le premier de ces portefeuilles est confié k M. Kei Hara, ministre de l'intérieur, etle second k M. Matsudo Masahisa, ministre delà justice .
c II n'entre donc pas de membres nouveaux dans le cabinet, qui
se trouve réduit à huit ministres au lieu de dix. »
D'après un télégramme adressé le i6 janvier de Shanghai au NeW'York Herald, il est dit, k propos de la nouvelle dont il s'agit, que c le parti militaire à Tokio a pris complètement l'ascendant sur les membres civils du cabinet ». En présence des informations par* venues dès le lendemain k l'organe précité, cette assertion ne paraît rien moins que fondée.
Une nouvelle dépêche en date de Tokio i8 janvier dit expressément : c Le projet de budget qui va être soumis k la Diète par le cabinet SaTonji dément les bruits d'armements fantastiques annoncés depuis quelque temps. Les budgets militaire et naval ne présentent pas d'augmentation sensible sur ceux de 1907. Le Japon se borne k poursuivre le plan, d'ailleurs très vaste, de développement de son armée et de sa flotte, adopté au lendemain de la guerre russe. »
Il faut d'ailleurs reconnaître qu'en augmentant ainsi, l'année dernière, les crédits affectés à l'armée et à la marine, le Japon n'a fait en cela que se conformer à un mouvement qui à l'heure actuelle est très général parmi les nations. Il j a là comme une loi certes fort onéreuse et profondément regrettable en elle-même ; elle ne s'en présente pas moins avec un caractère inévitable pour tout pays ayant un rôle à jouer dans le monde. Dernièrement, le Temps le faisait ressortir une fois de plus. Dans une note sur « les réformes et les armements » en Angleterre, il résumait deux discours prononcés le même jour, d'un côté par M. Asquith, chancelier de l'Échiquier, pour recommander l'adoption de la loi sur les retraites ouvrières, de l'autre, par Sir Edward Grey, ministre des affaires étrangères, pour préconiser la construction de nouveaux cuirassés ; dans les deux cas, des accroissements considérables de crédits étaient requis. Puis, l'auteur de la note précitée poursuivait ainsi :
c Or, comme cette double augmentation de dépenses ne pourrait s'équilibrer que par une augmentation considérable des impôts, et que tous, conservateurs, libéraux et socialistes, paraissent unanimes k ne pas vouloir augmenter les impôts, il s'ensuit qu'il est nécessaire de faire un choix : ou bien on construira plus de cuirassés, ou bien on dotera les ouvriers de leurs retraites. Mais il est bien difficile, presque impossible, qu'on réalise les deux choses k la fois.
SITUATION FINANGIÈAB 4
c Le choix est déjà fait : les Anglais veulent vivre» 6t la suprématie maritime leur apparaissant comme l'intérêt vital par excellence, c'est résolument à la marine qu'ils consacreront de nouveaux millions. Le Daily News lui-même, l'organe radical, le reconnaît, fort tristement sans aucun doute, mais il le reconnatt : « Si l'espoir qu'avaient les libéraux d'effectuer des économies dans les armements est destiné à avorter, il est clair que cet autre espoir qu'ils avaient aussi de réaliser des réformes coûteuses devra être réduit en proportion . » On ne saurait plus clairement s'exprimer. Ces réformes dispendieuses ne pouvaient aboutir que grâce à des économies dans le budget de la marine et de la guerre. Mais le moment serait mal venu pour songer à de pareilles économies T')* »
11 n'est pas encore question, du moins semble-tril, de retraites ouvrières au Japon. Mais, en dépit des autres charges, prennent de plus en plus d'importance, dans le budget de ce pajs, les dépenses pour des objets propres à aider directement et indirectement an développement des ressources de tout ordre de la nation, et à favoriser finalement le bien-être moral et matériel du plus grand nombre. Dans ces dernières années, sauf en 1904*1905, les crédits affectés à la justice, à l'instruction publique, à l'agriculture et au commerce ont été constamment en croissant dans le budget de Tempire du Soleil Levant. C'est ce que font ressortir les données ci-après :
DiEPCItSBS
ordinaires et extraordinaires 1900-1901 1907-1906
yen yen
Justice 8 334 6a8 1 1 699 638
Instruction publique 5 8443i6 7 483 2ia(*)
Commerce et Agriculture. . . . 11582766 19 761 996
L'augmentation, de l'un à l'autre de ces deux exercices séparés par un intervalle de huit ans, est de 5i ^/g.
En présence de tous les faits, de tous les éléments d'appréciation actuellement connus, on ne peut que tenir pour assuré que le Japon
(■) Twtfïs, 19 janvier 1908.
(*) Les écoles primaires sont entretenues par les départements et les conuDuoes.
^Sine se départira pas de cette politique, et qu'à moins d'y être contraiot par uae nécessité absolue, il ne réduira pas la part de ces trois départemeiits dont l'action peut tant contribuer k améliorer la condition générale du pays.
A ce sujet, l'analyse du budget normal pour l'exercice 1906-1907 contient notamment ce passage :
c Les principales dépenses comprises dans le nouveau budget normal sont afférentes aux travaux et entreprises ci-après dont l'exécution s'impose immédiatement : développement de l'instruction publique, de l'industrie et de notre commerce à l'intérieur et à l'étranger ; réparation de la digue du fleuve c Onga » ; amélioration du port de Yokohama, de la ligne de raccord entre la ville et le port à Kobé ; établissement d'un bureau d'administration des haras ; fondation d'écoles supérieures techniques à Kumamoto et à Sendai; établissement de pâturages pour taureaux ; achèvement du laboratoire technologique ; établissement d'une usine de séchage des nattes de fantaisie ; complément de travaux pour la fonderie d'acier ; encouragement À l'amélioration des procédés agricoles ; amélioration de l'industrie du sucre dans le département d'Okinawa et enfin installation de téléphones. Quelques-unes de ces dépenses sont limitées à l'exercice courant, tandis que les autres se répartissent et se continuent sur plusieurs années. La somme totale requise pour cette année est d'environ 9 800 000 yen (a5 3i3 4oo francs) [']. b
Dans le même ordre d'idées, sont à signaler particulièrement en 1 907-1 908 l'établissement de l'Université impériale du Nord-Est et d'autres établissements d'éducation, les préparatifs pour l'ouverture de la grande exposition du Japon et l'extension dans l'installation des téléphones (*).
(') Annuaire pour igo6, p. 8. (>) Annaair0 pour 19071 p. i3.
jV. S. — Le budget japonaÎR pour 1908- 1909, se balançant exactement par 616 millioâs de yen tant aux recettes qu'aux dépenses, a été présenté par le gouvernement à la Diète, le ao janvier 1908, soit un peu plus de deux mois avant la fin de l'année fiscale 1907-1908. Ge budget a été voté, sans changements, par la Chambre des représentants le xa février, par la Chambre des pairs, le 5 mars. En même temps ont été adoptés un budget supplémentaire et un budget supplémentaire spécial, montant au total à i5 millions de yen environ.
La Condition économique du Japon en 1907
Période d'expansion après la dernière guerre. — Grise dans les premierB mots de 1907, puis reprise des affaires. — Action et réaction. — Lettre du correspondant du Time9 à Tokio. — La situation budgétaire : ajournement de l'emprunt intérieur prévu pour cette année. — État des récoltes de rorge> de la soie et du rit.
A la suite de la dernière guerre, un mouvement d'expansion exceptionnellement rapide et intense s'est manifesté au Japon, dans l'ordre financier ou industriel. Pendant la majeure partie de igo6, des entreprises nouvelles ont surgi en grand nombre, en môme temps qu'étaient décidées, pour beaucoup d'afiaires anciennes > d'importantes augmentations de capital. Une note du dernier Annuaire financier dit k ce sujet : « En 1906, au moment de la nationalisation des chemins de fer, de l'amalgamation des compagnies et de l'augmentation de leur capital, la circulation générale de l'argent restait toujours faible . et différentes banques semblaient souffrir d'un excès de dépôts. Cet état de choses favorisait la manie des entreprises, et des industries de toute sorte prirent subitement naissance, des compagnies de toute espèce furent l'une après l'autre nouvellement établies ou agrandies ; il en résultait que les diverses obligations furent cotées à des prix plus élevés que jamais ('). » Mais un changement, auquel il convenait d'ailleurs de s'attendre, ne manqua pas de se produire dès les premiers mois de 1907. Faute de fonds suffisants en bien des cas, il fallut ralentir les affaires, réduire les plans primitifsé Plus d'une entreprise nouvelle dut môme liquider avant d'avoir pu fonctionner réellement. Dans les banques, des suspensions de paiements se produisirent de façon répétée, et menacèrent de se multiplier. Bien qu'assez rapidement enrayées grâce au concours, sur l'intervention de l'État, des grands établissements, tels que la Banque du Japon, la Banque industrielle et la Banque d'hypothèques, elles n'en achevèrent
(») Op. cit., p. 7.
pas moins de déterminer une baisse à peu près générale des valeurs.
Les premiers sons de cloches distincts par lesquels fut annoncé en Europe cet état de choses, ont été donpés par les deux dépêches expédiées au Times par son correspondant de Tokio, et dont voici la traduction :
Tokio, jj juin igoj, — « L'affaissement des cours k la Bourse japonaise des valeurs, qui a été continu depuis mars, en raison seulement de la réaction sur le boom antérieur, semble maintenant avoir touché le fond. De splendides placements s'offrent, payant 6 ^/o et au-dessus. »
Tokio, 3o juin. — « La dépression à la Bourse japonaise des valeurs paraît avoir atteint son point le plus bas le 17 juin, comme il a déjà été indiqué par moi. 11 j a maintenant des signes d'une reprise, La réduction totale subie par les valeurs depuis janvier est de près de £• 5o millions (i milliard 25o millions de francs). 9
Ainsi, ces télégrammes, en même temps qu'ils annonçaient la crise, laissaient pressentir son terme prochain.
En fait, dès le 27 juin 1907, le London and China Telegraph publiait, d'après un organe de la presse japonaise, les nouvelles ci-après :
« VAsahi relève quelques signes d'une renaissance du « boom » des affaires. Le nombre des entreprises nouvelles, dont la formation a été enregistrée pendant le dernier mois, a été de 268, avec un capital, dans l'ensemble, de 71417200 yen, tandis que quarante compagnies anciennes ont accru leur capital de 29081 000 yen. Ceci porte le total des nouvelles affaires enregistrées depuis janvier dernier à 921 et le total du nouveau capital à 169960000 yen. Le nombre ^des compagnies anciennes qui ont augmenté leur capital a été de 191, le montant de l'accroissement étant de 90 millions de yen. Le nombre total de nouvelles entreprises lancées depuis juillet 1906 à la fin du mois dernier (') a été de 3 088 avec un capital global de 678 1 36 623 yen et le nombre total des anciennes compagnies qui ont accru leur capital a été de 522, le montant du capital
(») Avril 1907.
aiosi accru s'élevant dans l'ensemble b 209 584 935 jenf en outre des obligations émises jusqu'à concurrence de 5 55 1 800 yen, faisant un grand total de 788 272 558 yen Q) de capital nouveau. Relativement aux préfectures et districts, le boom a été des plus actifs à Tokio, à partir de janvier jusqu'au mois dernier, le montant total du capital des compagnies nouvelles lancées là pendant la période indiquée ayant atteint environ i34 millions de yen; Formose vient ensuite, le total atteignant 24 millions de yen ; puis Osaka, dont la contribution est de 28 millions de yen, suivie par la préfecture de Hyogo avec un montant de près de 10 millions de yen ; la préfecture de Kanagawa, 8 millions de yen ; le Hokkaldo, 6 millions de yen ; et la préfecture de Aichi, 4 millions de yen. Puis, viennent les districts de Hokourokou, Sanyo et Tokal, et celui de Kiou-Siou, dans l'ordre indiqué. En ce qui concerne les branches d'affaires, dans lesquelles ces développements ont eu lieu, le raffinage du sucre a représenté 82 millions de yen ; les filatures 20 millions de yen ; les travaux électriques, i4 millions de yen ; les banques et les mines, 10 millions de yen; l'industrie de l'huile, 7 millions de yen ; tandis que les affaires de prêt d argent, de transport (par terre et par mer), d'exploitation de forêts et de commerce des bois ont pris aussi de Tcxtension. »
Le passage suivant, tiré du numéro du London and China Tele^ graph du 8 juillet, donne des indications confirmant celles qui précèdent :
« Les journaux japonais continuent à adopter des vues optimistes quant à l'état du marché des actions. Ils pensent que le fond a à la fin été rétabli (the bottom has at last been re^nserted) et qu'il n'y aura plus de débâcle. L'opinion générale semble être cependant que quelque temps s'écoulera avant que la nervosité, que le récent affaissement a provoquée, soit remplacée par un sentiment de confiance ; en d'autres termes, que les actions n'atteindroot pas immédiatement leur niveau normal. Le Chogyo Chimboum appelle le temps présent une ère a d'ajustement ».
Après avoir exposé la condition du commerce de la soie en voie d'accroissement, et de celui du thé, dont le centre est en train de passer de Yokohama à Chimidzou, l'organe précité continue sur le
(!) EiiTiron a 606 384 763 francs.
même sujet, mais k propos d'autres genres d'afTaires, en donnant les détails ci-dessous :
« Une assemblée générale des actionnaires de la Japan Sugar Refining Company a eu lieu à son siège social, sous la présidence du D'Sakawa. Les aflaires de la compagnie pour la période (Jthe terni) qui vient de finir» a été un grand succès. Les comptes suivants ont été adoptés k Tunanimité ; k la réserve légale, 5o ooo yen ; k la réserve spéciale, 5o ooo yen ; dividendes (i5 ^jo par an), 459 a46 yen ; dividendes spéciaux (5 ^/o par an), i53 08a yen ; reportés à nouveau, a3o 38a yen.
c La Yokohama Commercial Bank a Tintentiim d'accrottre son capital actuel, a5o 000 yen, k i million de yen et pour cet objet une assemblée générale sera tenue le ao juin.
« La Bourse des valeurs et du riz de Yokohama devait tenir une assemblée générale le a3 juin. Le dividende pour la première moitié de décembre 1906 k mai 1907 de cette année, sera déclaré au taux de 10 ®/o par an.
« Le résultat de l'exploitation de tontes les compagnies de filature de coton pour le présent semestre, qui va se terminer, est donné comme satisfaisant k un degré sans précédents. D'après YAsahi, les filateurs de coton, qui ont eu cette année une saison des plus prospères, sont tout k fait préparés k la réaction inévitable tôt ou tard. Ne sont pas en petit nombre les compagnies, dont la situation leur permettrait de payer un dividende, pour le présent semestre, au taux de plus de 100 (cent) ^/o par an, mais les conseils d'administration de telles compagnies ont décidé de placer en réserve un montant aussi large qu'il sera pratiquement possible. »
Toutefois, la reprise, pour réelle qu'elle ait été, n'a pas été immédiatement complète ni générale. Surmontée en différents points, la crise a reparu ailleurs. C'est ainsi qu*en juin également et en juillet, le Times publiait à ce sujet les informations suivantes :
s La banque Ogouri k Nagoya a suspendu ses paiements. Cette banque, qui a des succursales à Tokio, Kokoura et en d'autres places, a été établie en 1898, avec un capital de 3oooooyen, par M. Ogouri Tomijiro, riche citoyen de Nagoya. Nous apprenons par le Japan Herald que, comme résultat de vagues {idlé) rumeurs qui ont circulé dans la ville au cours de ces derniers jours, il y eut un assaut (a ran) sur la Soda Ginko, une des banques privées ayant le
plus d'influence à Yokohama. On déclare que la banque sormoiilera heureusement la crise, en présence des promesses de soutien venant de la Banque d'Espèces et d'autres établissements.
c Parmi les valeurs dorées sur tranche, les actions de la Compagnie du gaz de Tokio sont tombées de igi yen en janvier k 90 en juin, celles des compagnies de filature de coton du Fouji et de Tokio, de a44 k 188, et de 88 à 68 respectivement, et les actions de la Bourse elle-même de 780 k ia3. La réduction totale à la Bourse de Tokio et k d'autres doit être au moins de £ 5o millions (i milliard 260 millions de francs). Douze petites banques ont eu k fermer leurs portes en raison de la panique. Le trouble résulte manifestement, dit notre correspondant, d'un excès de spéculation.
a Notre correspondant dit encore : k un degré si aigu était poussé l'esprit de spéculation que, même avant qu'une entreprise en airivàt k la période d'existence légalement reconnue, ses actions in posse faisaient déjà de hautes primes et étaient avidement achetées par des gens qui s'imaginaient que toute voie de l'expansion industrielle devait conduire k une mine d'or.
« Heureusement les trois grands éléments de capital au Japon sont la récolte de l'orge, la récolte de la soie et la récolte du riz, dont les deux premières peuvent maintenant être considérées comme des succès assurés. Quant k celle du riz — sans comparaison la plus impoi^ tante des trois (') — il est encore prématuré d'en parler avec une assurance quelconque ; mais la saison des pluies, dont le rôle est grand en ce qui concerne la quantité de la récolte, a été idéale jusqu'k présent, et les meilleurs juges prédisent un rendement exceptionnellement beau.
« Dans d'autres directions, toutes choses sont satisfaisantes. Ainsi,
(>) Ceci doit s'entendre relativement an commerce intérieur, car, au point de vue du trafic extérieur, c'est la récolte de la soie qui l'emporte incontestablement. Voir à ce sujet un intéressant article dans le Fincuicial News du 17 janvier 1908. L'auteur, M. Georges Bavène, dit notamment : f La production des cocons, qui était de a a58 173 kokou en 1895, s'est accrue au poiot d'atteindre, en 1908, a 728 333 kokou. 11 faut remarquer d'ailleurs que la culture du mûrier convient tout spécialement aux aptitudes des classes agricoles japonaises en même temps que le climat et le sol du pays lui sont favorables. • Et plus loin : 1 A part quelques plus-values légères sur le coton filé et manufacturé, le cuivre, le charbon, le camphre, les porcelaines et' les laques, l'arlicle qui à lui seul, a renversé la situation (en amenant en igo6 un excédent des valeurs à la sortie) est précisément la soie ; l'exportation des soies grèges présente, en effet, une augmentation de 38 millions de yen sur xgo5. Nous tenons donc lA la pierre angulaire du commerce d'exportation japonais... •, etc.
tandis que Tannée dernière vit un accroissement extraordinaire du commerce extérieur du pays, les relevés pour cette année sont encore plus frappants, puisqu'ils dénotent un progrès total de Jt, 6 roillîoiis (i5o millions de francs) à la date du milieu de juin. Dans la sphère des finances de l'État, des résultats également satisfaisants ont été enregistrés. Ainsi, les recettes pour Tannée fiscale, qui s*est terminée en mars dernier, ont dépassé les évaluations de £- 3 millions (76 millions de francs), et cet excédent, auquel est venu s'ajouter le produit des réductions de dépenses, a permis au Trésor de^ se dispenser d'émettre Ji 8 millions (aoo millions de francs) d'obligations intérieures, opération qui, ayant reçu la sanction législative par le vote des budgets antérieurs, était suspendue depuis plusieurs mois sur la tète de la nation. Le seul besoin saillant de la situation est de trouver du capital étranger à bon marché. Il n'est pas possible de faire connaître exactement combien des entreprises dont les plans ont été dressés durant la récente période d'inflation ont survécu à l'épreuve de la dépression. Beaucoup d'entre elles ont été certainement abandonnées et beaucoup auront le même sort infortuné. Mais il subsistera un fort residuum d'entreprises saines et Ton calcule que si celles-ci sont destinées à être développées avec succès, elles devront obtenir d'Europe ou d'Amérique une bonne moitié de leur capital d'exploitation.
« Que le Japon soit en train d'entrer dans une période de grand développement matériel, c'est ce dont il ne saurait y avoir le moindre doute ('). »
A propos de l'excédent de recettes de 76 millions de francs, signalé plus haut par le correspondant du Times, pour l'exercice 1 906-1907, il est à noter qu'il correspond exactement à celui qui a été annoncé, à la Société d'économie politique de Tokio, par M. Sakatani, ministre des finances, comme montant à 3o millions de yen (j5 millions de francs). D'après le Nitchi Nitchi, l'excédent budgétaire total au Japon, pour 1906-1907, serait do 100 millions de yen (a5o millions de francs), représentant l'excédent des recettes, plus les réductions de dépenses, celles-ci entrant par conséquent en ligne de compte jusqu'à concurrence de 176 millions de francs.
Le nombre des faillites des banques à Tokio et ailleurs n'alarme
(>) Ttmeê, 5 juillet 1907.
pas le Nitchi Niichi, qui n*j voit pas des signes d'une crifie économique. Au contraire, on se serait attendu que le fait pour la plupart des banques de se livrer d'une façon inconsidérée à la spéculation sur les valeurs, aurait eu pour résultat tôt ou tard Teffondrement (collapse) de ces banques. Les faillites récentes ont seulement mis en lumière le degré extrême où leurs pratiques illégitimes ont été portées. Dans ces conditions, par suite, ces faillites ne dénotent que des faillites de spéculateurs, et ne méritent pas de pitié de la part des hommes d'affaires de sang-froid (sober), — Dans son numéro du aa juillet, le London and China Telegraph a publié des informations plus complètes au sujet de la situation et des difficultés que les renseignements précédents ne laissaient guère que soupçonner :
<c On ne s'est pas, en général, rendu compte, dit le Japon Mail, de l'importance de la commotion qui a été ressentie dans les milieux des banques pendant les quelques semaines passées. Le Hochi Chimboum publie d'intéressantes statistiques à ce sujet. Elles montrent que, depuis le 2g mars, où la cent trente-huitième banque a fermé ses portes, pas moins de trente-huit banques ont été entraînées dans le <k maelstrom ». Dix d'entre elles ont succombé sous l'assaut qui leur a été livré, mais vingt-huit ont réussi k résister à la tempête. Que cette grande commotion financière doive être regardée principalement comme une cause ou comme une conséquence de la dépression dans le marché des valeurs, qui a commencé le 2 mars et a atteint son point d'extrême intensité — si, k la vérité, ce point a été atteint — le 17 juin, c'est ce qu'il est difficile de dire, mais, de toutes façons, les faits constatés (the record) montrent que le Japon est passé par une crise tout k fait aigué. Le 18 et le 19, le marché des actions a présenté des signes de reprise, toutes les valeurs gagnant de deux à trois points, mais que ceci soit une reprise réelle ou bien seulement une réaction temporaire, c'est ce que personne n'a maintenant la hardiesse de diagnostiquer.
a La Choko Bank kTokio a subi un assaut les 17 et 18 juin, mais la banque a fait face k toutes les demandes de remboursement et on dit qu'elle est prête k contiuuer k leur faire face. Les affaires de la banque d'Ogouri Q) ont aussi été arrangées. Un télégramme de
(') A Nagoya. Voir supra, page 55.
Nagoya annonce que M. Ogouri a mis k la disposition de la banque Tensemble de sa grande fortune, mobilière et immobilière, et pour le cas où ceci viendrait k être reconnu insuffisant, d'autres ressources sont en préparation. La banque va, par suite, être ouverte k nouveau à une date rapprochée.
« On craignit, quand le suicide de M. Katano (■) fut annoncé, que la Bourse au riz, dont il était le président, et le chemin de fer électrique Tokio-Yokohama , dont il était administrateur -gérant, ne soient reconnus avoir subi de fortes pertes, et cette appréhension se refléta dans les cours cotés par la Bourse au riz, tombant de i6 yen (^) et celles du Keihin (3) de 6 yen, le lo juin. Après de soigneuses investigations, cependant, il fut reconnu que M. Katano était tout k fait solvable. Il avait emprunté un total de i ogo ooo yen de la troisième banque et de la Toka Bank, mais en contre-partie de ces dettes, il avait remis (lodged) des titres qui, d'après leur valeur actuelle sur le marché, représentent i 33o ooo yen.
« M. Minoura, de la Mitsu Bishi Bank, fait quelques remarques intéressantes sur la situation financière. Il évalue le montant actuellement entre les mains des Banques unies de Tokio k 28 millions ou 29 millions de yen, ce qui représente 6 ou 7 millions de plus que la somme ordinaire, mais il ne trouve pas cela extraordinaire, attendu que le montant en supplément {extra amoanf) est tenu en réserve, en prévision d'une forte demande de la part des sériciculteurs. Il nie qu'il y ait soit restriction, soit pléthore, dans le marché de l'argent, mais il admet que les conditions anormales créées après la guerre n'ont pas encore été complètement rectifiées (4).
(') Le 8 juillet, le London and China Telegraph avait annoncé la nouvelle en ces termes : f Nous apprenons, par le Japan Herald, que M. Katano Shigebisa, le principal administrateur-gérant de la Bourse au riz de Tokio, qui remplissait les fonctions d'administrateur- gérant de la Compagnie de tramway électrique Keihin, et de censeur de la Compagnie de charbonnages du Hokkaido, s'est suicidé en 8*ouvrant les entrailles avec une courte cpée, à sa résidence privée dans Iriroumëtcho, quartier de Kyobashi, Tokio. On croit que cette action précipitée (rash) a eu pour cause des embarras flnauciers. •
(') Le revenu net de la Bourse au riz de Tokio pour le premier semestre de celte année a été de 9Ô 586 yen. Un dividende provisoire a été déclaré le 18 juin au taux de 30 Vo P*r *n, ou 5 yen pour les actions anciennes et 3,70 pour les nouvelles. {London and China Telegraph, aa juill. [p. 63oJ).
(*) Chemin de fer de Séoul à Fousan.
{*) Un journal de Tokio rapporte que M. K. Kitamoura, un marchand de soie bien connu de Tokio, a fermé ses bureaux en raison de lourdes dettes. /9^
« Les journaux de Tokio font connaître que le Kwangyo Ginko (Crédit Mobilier) est activement occupé k émettre des emprunts contre la garantie d'actions, afin de porter remède à la présente dépression qui a atteint un degré si aigu* On dit que la Banque a fait des emprunts jusqu'à concurrence de 3o millions de yen. »
Enfin, sur le même sujet, le London cuid China Telegraph a publié, le ag juillet, ce qui suit :
% Le soir du 20 juin eut lieu un important événement financier. C'était une réunion des huit principales banques au Japon, savoir : la Banque du Japon, la Banque d'Espèces, la Banque Mitsui, la Mitsou Bichi, et les première, quinzième, centième et vingtième, aussi bien que deux fonctionnaires du département des finances. L'objet de la réunion était d'aviser aux moyens de corriger la dépression qui existe maintenant. L'opinion unanime des banquiers et hommes d'affaires expérimentés qui assistaient à la réunion, a été que le présent état de choses est à un haut degré nuisible au développement matériel du pays, le progrès de toutes les entreprises nouvelles, quelque saines qu'elles puissent être, ayant été pratiquement suspendu. On convint à l'unanimité que le temps était venu d'abandonner cette politique d'extrême prudence (caution) et que les huit banques ci-dessus devaient s'unir pour fournir les ressources, dont le monde des affaires est en tel besoin. La Banque du Japon, de son côté, s'est engagée à faire tout ce qu'il était en son pouvoir en vue d'aider à la réalisation de celte fin. »
La province paraît être tout d'abord restée davantage sur la réserve, ainsi qu'il résulte des lignes ci-après, traduites du même numéro du journal précité (rubrique Kobé) : « A Kobé, les banques continuent k opérer avec précaution, k l'exception d'une ou deux, car on croit que les milieux d'affaires de Kobé ont été atteints plus que l'on ne s'y attendait. »
Ainsi, vers la fin de juillet, la crise, comme il a été indiqué plus haut, semblait donc en bonne voie d'amélioration.
Cependant, quelques semaines plus tard, le London cmd China Telegraph publiait la traduction anglaise du passage suivant tiré d'un journal japonais :
« En dépit du fait (dit le Jiyu Tsushin) que toute la presse au Japon soutient que les finances du pays sont saines et que de meilleurs temps arriveront sûrement dans un avenir prochain, nous
fit'
nommes en présence de nombre de cas où des capitalistes et des hommes, évidemment de ressources (of meanâ)^ souffrent sérieu* sèment des conséquences de la dépresaion économique. Au cours des quelques dernières semaines, nombre d'hommes influents ont été signalés comme ajrant suspendu leurs paiements. Les autorités doivent trouver un moyen ou un autre de sauver le peuple de ces terribles conséquences. Même les banques ayant une saine situation financière souffriront des effets de la mauvaise période, étant donné qu'une grande portion des fonds est consolidée, et ne peut être liquidée facilement. Il ne sert à rien d'essayer d'en imposer aux autres par l'affirmation que les finances japonaises sont saines et dignes de confiance. Les faits doivent être exposés simplement, et s'il est possible, les troubles des banques doivent être détournés en temps voulu avant que le désastre n'arrive. »
L'invite ainsi adressée indirectement au gouvernement japonais par un journal du pays, paratt n'être pas restée sans réponse, d'après la note que voici, extraite également du London and China Tels* graph en date du 19 août :
c II semble certain, dit le Japan Mail, que le Trésor a en vue une grande extension de la Banque du Japon. Son capital sera accru aussi bien que son pouvoir d'émission de billets, et elle sera autorisée à accorder des arrangements libéraux (to give libéral accommodcUion) k la Banque industrielle et à la Banque d'hypothèques, opération qui aura pour effet de placer sur les épaules des dernières banques la responsabilité de l'aide k donner à la nation pour tenter de la faire sortir de son état actuel de dépression financière. 9
Il convient de le répéter ici, k côté des symptômes défavorables dont il s'agity il existe nombre de sérieuses raisons donnant tout lieu de penser que la crise financière que vient de traverser le Japon n'a qu'un caractère passager. UAnglo Japanese Gazette en rappelle brièvement quelques-unes dans le passage suivant de l'article publié en tête du numéro de juillet dernier :
a Si Ton examine, à un point de vue commercial, cet exposé financier de la position du Japon (donné dans le dernier Annuaire)^ on ne peut qu'être frappé du fait qu'à la clôture de 1906 le Japon se trouvait dans un état de prospérité sans parallèle, un taux d'intérêts en voie de diminution encourageant les entreprises d'affaires»
qui surgirent avec une promptitude sans précédent, et le marché des valeurs étant plus actif qu'il ne l'avait été jusqu'ici. Comme il y avait lieu de s'y attendre dans de telles circonstances, les prix des valeurs et des commodités s'élevèrent extrêmement haut. Un grand accroissement des dépôts dans les banques et dans les caisses d'épargne se produisit concurremment, le montant des effets liquidés s'éleva à un chiffre phénoménal. Quelque idée du progrès commer* cial du Japon peut être recueillie d'après les relevés des chambres de liquidations japonaises. En 1897, la somme des effets liquidés k Tokio, Yokohama, Kobé, Osaka, Kjoto et Nagoja est montée à
75 millions (i milliard 876 millions de francs)^ tandis que l'année dernière les liquidations ont atteint £ 781 millions (18 milliards a5o millions de francs).
« A la fin de Tannée dernière, la longueur totale des chemins de fer était de 4780 milles (7491 kilomètres), dont 1 53i (a 463^"" 879) exploités par l'État, et 3 249 (5 027^*^ 65) par des compagnies privées. Par la nouvelle loi de nationalisation, 2812 milles (4524^°'5oo) vont être acquis d'ici dix ans. A cet effet, un emprunt de jC 43 i35 000 (i 078376000 francs), doit être réalisé. On calcule que ce montant sera racheté au moyen des bénéfices dans un délai de trente^eux ans. Quand le rachat sera complet, la propriété produira un revenu annuel de près de X 5 5ooooo (137600000 francs). Pendant la dernière décade, la marine marchande du Japon a bondi Q'umped) de 487 000 tonnes à 1 894 000 tonnes.
« Ce ne sont là que quelques exemples des progrès du Japon dans la voie du commerce, ils pourraient, si l'espace le permettait, être multipliés au moyen des statistiques concernant les filatures de coton et les autres industries manufacturières, et aussi les mines et d'autres directions variées, mais les remarques présentées plus haut suffiront k montrer le développement régulier qui maintenant est bien engagé (tvhich has now set in). Etant donné ce que l'on constate au Japon, l'accroissement de la population, la rapide avance du commerce extérieur, le développement général et progressif des industries, et le fait que la richesse s'accumule en dépit dû maintien des taxes de guerre, il y a peu de craintes k avoir pour l'avenir financier de ce pays, pourvu toujours, comme nous l'avons dit, que le gouvernement ne force pas trop la marche des dépenses en fait de travaux improductifs. »
Ainsi, r«LDQée 1907, aa Japon, succédant k une période de grande activité et aussi de spéculation excessive, aura été marquée d*abord par une crise puis par une reprise des affaires. Une fois de plus se sera donc vérifiée la loi d'alternance entre Tabondance (tout au moins relative) et la raréfaction des capitaux circulants, de rythme entre Taction et la réaction économique, qui avait été constatée déjà, au Japon même, après la guerre de 1894-1895 avec la Chine. Seulement, depuis cette époque, le Japon a grandi, politiquement et matériellement, et les phénomènes variés par lesquels se manifeste son évolution ont en proportion augmenté d'amplitude.
La Nationalisation des chemins de fer au Japon
11 a été fait allusion plus haut au projet adopté il 7 a deux ans par le parlement japonais, relativement à la nationalisation des chemins de fer. Évidemment l'exécution de ce plan, dans lequel sont compris les deux tiers environ du réseau total des compagnies privées, n'ira pas sans répercussions considérables dans les budgets futurs du Nippon. D'autre part, divers problèmes soulevés par la mise en application pratique du projet ne semblent pas avoir été étrangers aux dissentiments à la suite desquels MM. Y. Sakatani, ministre des finances, et Isaburo Yamagata, ministre des communications, ont donné leur démission qui a été acceptée par l'Empereur le 1 4 janvier 1908 (^'). Quelques indications touchant l'économie générale de l'opération dont il s'agit no seront donc pas, sans doute, superflues ici. ^
Au 3i mars 1906, date k laquelle fut promulguée au Journal officiel de Tokio la loi de rachat votée par la Diète, la longueur des voies ferrées dans les quatre îles principales de l'archipel nippon était de 7 676 kilomètres, dont 2 463 kilomètres pour le réseau de
(>) M. Yamagata, ministre des communications, demanda de grandes attributions (appropriations) de crédit pour le développement du syslcmc des chemins de fer au Japon et eu Mandchourie, et comme celles-ci lui furent refusées, il sacrifia son portefeuille (New'Yor/c Hena'd, 17 janfier igoS. Cf. le Temps, 16 janvicf).
VÉtat, le reste, soit 5 ai3 kilomètres, se partageant entre 4rente*«ept compagnies privées. En outre» i 3ao kilomètres étaient en construction, dont 924 pour l'État et 896 pour les compagnies. Ail mois de mai 1906, la longueur totale (entre les stations terminus) en exploitation atteignit 5 000 milles = 8 o45 kilomètres.
Le programme établi par la loi de nationalisation telle qu^elle a été votée par la Diète, porte sur les lignes de dix-sept compagnies (au lieu de trente-deux, d'après le projet primitif). V Annuaire financier dit que tous les réseaux compris dans l'opération « ont une importance considérable et desservent le trafic général : leur longueur totale est de 4 5a5 kilomètres, ayant coûté environ 229 millions de yen (Sgi 781 266 francs [']) ». Le coût moyen par kilomètre est donc de i3o 794 francs, ce qui est relativement peu. Il convient de noter qu'au Japon, sauf la grande ligne du TokkaTdo, les chemins de fer sont, en général, k voie unique, celle-ci étant, dans tous les cas, sans exception, du type étroit, k l'écartement de i*"o6. Il est d'ailleurs question de transformer k cet égard presque tout le réseau et d'établir la plupart des voies k l'écartement normal de i"*435.
Dès les derniers mois de 1906 le plan a commencé k recevoir exécution, les lignes suivantes ayant été acquises par l'État aux dates ci-dessous indiquées :
MUlesO Chaînes
Charbonnages du Hokkaïdo ... 167
Kobou 27
Nippon 860
Ganyetsou 49
Sanyo 882
Nisbi (Nishînari) 3
Total . I 481
!«»" octobre 1906 i«r novembre 1906 i«r décembre 1906
27 = 2 384 kilomètres.
Par suite, la longueur du réseau de l'État japonais s'est trouvée portée de 3 269 kilomètres k la fin de l'exercice igoS-igoô, k 6974 kilomètres au commencement de l'année 1907. Le tableau suivant, relatif aux cinq derniers exercices, fait apparaître les conséquences
(0 Op» cit,, p. 170. Cf. ci-après, p. 66, note 3.
(>) Longueur des lignes eo exploitation (distances entre les stations terminus).
de cet accroissement dans les recettes et dépenses du ministère des communications :
RECETTES DXPINStS
-.«.».^. produit» dw chemins ^^ ^ ^^
BxmcicBS ^gjjgj. ordinaires extraordinaires
yen yen yen
1904-1905 114^8926 21 688911 i8i46 4ia
Les prévisions de recettes pour ce dernier exercice auraient été dépassées en fait, a D'après les journaux de Tokio, le revenu net des chemins de fer du gouvernement cette année, est estimé k 3o4oo 000 yen (77 aoo 000 francs [*]).
D'après V Annuaire financier, ont dû être rachetées en juillet et en août 1907 les lignes des dix compagnies suivantes, comprises dans le plan de nationalisation :
MillesC^ Chaînes
Kioto .......•.;... 22 16
Hankakou 70 11
Hokou-yetsou 85 65
Nanao 34 27
Kîou-siou 440 02
Hokkaîdo i58 77
Sangou « . . . . 26 10
Sobou 73 16
Tokouchîma 21 89
977 81 = i572kilom.
(I) A partir de 1906-1907, les produits des chemins de fer du Hokkaîdo sont compris sous la rubrique c Produits des chemins de fer •. Les recettes desdites lignes du Hokkaîdo ayaient été de :
047 83i yen en igoa-od
8o3oii — 1903-014 1 087 735 — igo4-o6 io5g7aa — igo5-o6
(*) London and China TeUgraph, 9 décembre 1907, p. io5i. (3) Longueurs entre les stations terminas an 3i mars igo6.
SrrUATION FINANCIFRB 5
Enfin, le i*^' octobre 1907, Texécution du programme s*est achevée par la nationalisation des lignes possédées par le chemin de fer de Kwa.nsei (') représentant une longueur de 280 milles =4^1 kilomètres. Le gouvernement ne s'est donc pas prévalu de la disposition de la loi qui lui accordait dix ans, soit de 190G k igiô, pour opérer le rachat des lignes ci-dessus spécifiées (*). 11 a préféré se trouver le plus tôt possible en présence du fait accompli.
L'addition des dix-sept réseaux qui viennent d'être énumérés donne un total de 44^7 kilomètres. La différence (118 kilomètres) avec le nombre de 4 026 kilomètres indiqué par la loi et rappelé ci-dessus, se rapporte aux lignes en construction k la fin de mars 1906 pour le compte des compagnies soumises au rachat.
Au total, toujours d'après V Annuaire, lo coût de l'opération pour l'État monte, en tant que transfert do propriété, k i 092 190000 francs ('), ainsi qu'il résulte du passage ci-après, extrait de ce document officiel (p. 171) : « L'emprunt public émis pour le rachat de la ligne HokkaTdo-Tanko et de cinq autres compagn ies est évalué k 248 millions de yen (640826878 francs). Le gouvernement a ensuite décidé de racheter les autres chemins de fer privés, du mois de juillet au mois d'août 1907, et il en estime la dépense k 176 millions de jeu (432 196 38o francs). » Ces é^'al uations, il y a lieu de le répéter, ne so rapportent c{u'aux prix payés aux compagnies. Elles ne comprennent ni les frais que comporterait l'exécution ou le projet pour la réfection du réseau, ni les autres conséquences financières que peut entraîner le changement dans les conditions de l'exploitation.
Les voies ferrées récemment acquises par la nation rapporterontelles les sommes nécessaires pour assurer le paiement de l'intérêt k 5 °/o et l'amortissement en quarante-cinq ans du capital ainsi engagé? C'est un point sur lequel il est difficile de se prononcer quant à présent, faute d'éléments d'appréciation suffisants. Je me bornerai h noter que les recettes et les dépenses ordinaires de l'ex-
(>) Compagnie Torinre v.n 1888 au capital de 7 5uoooo francs, accru succcssivemeut jusqu'à 56 37.'! 000 francs. La ligne relie Osaka à Nagoya, port ouvert en novembre 1907 au commerce internalional.
(-) Op. cit,, p. 170.
('') Soit environ 5oo millions cl demi de francs, ou 84 °/o de plus que le coùi tolal de construction, d'après les évaluations orQcielIcs, dcb lignes rachetées (Voir ci* dessus, page 64 1 note i).
ploitatioii des chemins de fer de l'État nippou ont ét<^ pendant les cinq derniers exercices, les suivantes :
RBCSTTBS UKPUI8B9
1907-1908 23746340 21 692835(6 val.)
Si, en 1907, alors qu'une grande partie de l'opération de rachat était accomplie déjà, les recettes des lignes de l'État japonais paraissent avoir atteint en fait, 77 millions et demi de francs ('), les dépenses ordinaires n'ont pas dû être inférieures k 67 millions. Les recettes nettes ne ressortent donc qu'à une vingtaine de millions, s'appliquant aussi bien à l'ancien réseau de l'État qu'aux lignes nouvellement rachetées. D'ailleurs, ces bénéfices apparents ont été entièrement absorbés, et au delà, ]>ar les dépenses extraordinaires du môme exercice (5i 191 462 yen = 12a 978855 francs).
11 semble d'ailleurs qu'au Japon l'accord ne se soit pas fait encore dans les esprits au sujet de ce plan de nationalisation des chemins de fer. Depuis le peu de temps qu*a duré jusqu'ici l'application du nouveau système, les accidents, prétend-on, deviendraient plus fréquents, le service se relâcherait sur les lignes passées à l'État. Des voix, dans différents milieux, se sont élevées pour réclamer la rétrocession, k des compagnies privées, des réseaux dont il s'agit ('). Comme il a été signalé plus haut, de graves divergences de vues, ayant amené une crise partielle, se sont produites entre les membres du cabinet japonais, crise k la suite de laquelle deux ministres se sont retirés.
D'un autre côté, il est certain que la trop grande division des
(') 3o 400 000 yea.
{*) Voir IcUre de Yokohama liaas la Gazette de Vost du 7 junvicr nju8. cr. Aetv- York Herald, êdiluriul du 17 janvier : Partiat crisis in tlie Japanese cabinet. M. YvcH Guyot, daus sa Chroni({uc écunurnique du Siècle du 18 septembre ic^G, ilisait déjà : 1 Je considère ({uc le Japon a commis une erreur en nationaliiiant ses chcQiinâ de fer. il devrait appeler au contraire des capitaux étrangers pour les dévelop|)er. • Cf. la Chronique économique du 3i mars 19084
réseaax, telle qu'elle existait avant 1906, n'allait pas sans de nombreux inconvénients et désavantages pour le public et même pour les compagnies. Un remaniement et une réorganisation étaient devenus nécessaires. Le système adopté pour cette œuvre de coordination et de simplification est-il le meilleur ? Ne devra-t-il pas subir par la suite, assez prochainement peut-être, des modifications plus ou moins importantes ? C'est ce que l'avenir seul pourra montrer.
De toutes façons, la réforme est dès à présent un fait accompli et il sera intéressant, au cours des prochaines années, de suivre le développement de la politique dans laquelle le Japon s*est ainsi engagé, il* j a deux ans, en fait de chemins de fer. II j a Ih une expérience considérable par ses proportions et qu4l sera certainement instructif ae comparer k celles qui sont poursuivies, dans le même domaine, en d'autres pays, en Prusse, en Belgique, en Italie, en Suisse
En attendant, il est k propos de réunir ici les indications données en différents passages de V Annuaire Jinancier, concernant les emprunts des chemins de fer, et les règles de comptabilité établies pour l'inscription, dans le budget japonais, des recettes et dépenses afférentes aux voies ferrées.
I — Emprunts des chemins de fer
Afin de compléter le réseau des chemins de fer et de relier entre elles les différentes régions du territoire, le gouvernement, après avoir préparé un projet de loi relatif k un contrat d'emprunt qui permettrait de trouver les fonds nécessaires k l'entreprise de ces travaux, promulgua en 1892 la loi dite de « construction des chemins de fer ».
La principale disposition de cette loi était que l'on déterminerait, au préalable, dans quel ordre, d'après le degré d'importance et d'urgence, les lignes projetées seraient construites. Il en résulte que la construction du premier groupe devait être terminée en douze ans k partir de 1898, avec le produit de l'emprunt en question, celui-ci ayant dû être émis au fur et k mesure des besoins des travaux, pendant la même période, jusqu'à concurrence de 102 millions de yen (263 565891 francs).
En 1896 fut promulguée la loi concernant la construction des
PVi
chemins de fer dans le Hokkaldo. £lle comportait un emprunt nominal de 33 millions de yen (85 271 3 18 francs) à émettre à partir de 1897, au fur et à mesure des besoins, suivant le plus ou moins d'urgence des travaux et la situation plus ou moins favorable du marché financier.
Au regard des trois emprunts précités « des chemins de fer», des « travaux et entreprises après la guerre » et « des chemins de fer du Hokkaldo », le montant d'émission pour Tannée 1898 devait être de 79 292 028 yen (204888 961 francs), et pour 1899, de 20 966861 yen (54 177 910 francs), soit un total de 100268879 yen (269066871 francs). Or, la situation du marché financier ne se prêtant pas, k cette époque, k l'émission intérieure de pareille somme ('), il fut décidé qu'elle serait demandée à l'étranger. C'est ainsi qu'en 1899, en vertu d'une loi promulguée avec l'assentiment de la Diète, un emprunt de X 10 millions fut émis au mois de juin de la même année sur le marché de Londres sous le nom d' « Emprunt de l'empire du Japon au taux de 4 ^/o en livres sterling » au prix d'émission de 90, pour la valeur nominale £. 100, k 4 ^/o d'intérêt et remboursable en quarante-cinq ans.
Quant aux trois emprunts initiaux, qui avaient été émis, en même temps, à Londres et à f intérieur, ils ont été unifiés en 1896 sous le titre de « Emprunt livres sterling du gouvernement impérial japonais k 5 °/o ».
En 1902, le gouvernement a vendu k Londres, au prix de X 102 I s. 8 d. par bon nominal de i 000 yen et à 6 °/o, pour 5o millions de yen (129 198 966 francs) de ces titres d'emprunts, qui étaient tenus en réserve k la Caisse des dépôts et consignations du ministère des finances (').
En fait, le total de l'émission, sur le montant nominal de ces trois emprunts a été :
Au 3i mars 1899 de 56 867 35o yen = i46 563 i63 francs — 1907 108966980 281 i3473i —
Soit en plus en 1907 52 169 600 yen = 1 34 671 568 francs
provenant en grande partie d'émissions ou de ventes de titres faites à l'étranger.
(') Op, cil,, p. 43 et 44*
— 7^ — Le total émis au 3i mars 1907 se répartissait ainsi qu'il suit entre :
UfPRITim
Intérieurs
Étrangers
En millions de fnincA 98 45,35 174 201,27 9 5,16
lo Les chemins de fer
20 Les travaux publics
30 Le chemin de fer du Hokkaîdo . . .
Pour les chemins de fer seulement, rémission monte donc à 108 millions d'une part (emprunts intérieurs auxquels l'étranger a participé), et à 5o,5i de Tautre (emprunts extérieurs), au total k i58 millions et demi de francs, sur 203 millions et demi autorisés par la loi de 1892.
Telles sont les sommes, provenant d'emprunts, qui ont été affectées, pendant la période 1893-1906, à l'ancien réseau de l'État japonais.
Il y a lieu de passer maintenant k l'examen de ce qui concerne la nationalisation des chemins de fer privés, exécutée en vertu de la loi de 1906.
Il — Emprunt destiné a la consolidation des dettes des anciennes