LOIS GÉNÉRALES CONCERNANT L'EXERCICE DE LA MÉDECINE
Ces lois générales qui influent sur la profession médicale peuvent. être rangées en deux groupes.
Il y a les lois qui, sans être faites pour le Médecin: réa-
gissent sur sa situation matérielle, par exemple en augmen-
tant le nombre des diplômés.
Il ya les lois qui réglementent l'exercice de sa profession. Des premières, nous ne dirons qu’un mot, nécessaire pourtant, car c’est à cet ensemble de documents législatifs d'ordre
général que nous pouvons en partie attribuer lencombre-
ment de la profession médicale, encombrement qui a amené une crise médicale dénoncée de tous côtés.
L'encombrement médical. — Donc des lois ont créé une ambiance spéciale, des lois sont la cause des difficultés actuelles à notre profession. Ce sont d’abord Les lois.
églementant l'enseignement obligatoire. I y a pléthore de ne comme il y a pléthore d'avocats, de professeurs. La première raison de lencombrement médical procède du phénomène qui a produit l’engorgement de toutes les carrières dites libérales, nous voulons parler de cette poussée due au développement de l'instruction qui a permis à des jeunes gens peu fortunés d’acquérir comme d’autres leurs diplômes.
Citons encore la loi militaire de 1889. Combien de jeunes gens aux gouts incertains, sans vocation bien nette, se sont
mis médecins pour éviter deux ans de service militaire! Actuellement le privilège accordé à une minorité a disparu, et l’un des effets les plus heureux de la nouvelle législation obligeant tous les citoyens à faire deux ans de service militaire sera peut-être de dégager la médecine de ceux que nous appelerons volontiers des médecins d'occasion. = Nous pouvons compléter ce tableau en signalant d'un mot les autres raisons de la crise médicale; le développement de l'hygiène entraînant la diminution de malades, — Vabus des hospitalisations gratuites, — le développement des mutualies, des assurances dont les intérêts sont contraires aux . nôtres, — la concurrence à nous faite par des charlatans qui exercent illégalement, etc. (1) ; mi Mais, l’origine du mal connue, encore faudrait-il pouvoir “intervenir à temps avant que tout füt perdu, au début de la carrière, en rendant plus diflicile encore la conquête du diplôme de docteur; ici les mesures sont nombreuses qui peuvent être préconisées : maintien du baccalauréat, — prolongation de la durée des études, — limitation du nombre des médecins, etc. Puis il serait nécessaire d'améliorer la situation actuelle. Il serait bon de voir diminuer les impôts et patentes, — relever les honoraires, — réprimer plus sévèrement l'exercice illégal de la médecine, etc. Ces multiples progrès ne peuvent être réalisés que par l’union des médecins. ”
Nous n'avons fait jusqu'ici qu'une légère exquisse. Revenons maintenant en quelques mots sur un point important, effleuré seulement, sur la loi militaire.
LA LOI MILITAIRE. — La loi militaire du 15 juillet 1889 a
joué. un rôle prépondérant dans l’étiologie de l’encombre-
(1) V. De GourrIER : Concours médical, 1900, p. 529.
ment des carrières libérales et de la carrière médicale en
particulier.
L'article 23 de cette loi renvoyait en congé dans leurs foyers après un an de présence sous les drapeaux les jeunes gens qui avaient obtenu ou qui poursuivaient leurs études pour obtenir le diplôme de docteur ou le titre d’interne
dans une ville où il existait une Faculté de médecine. L’article 27 de cette même loi, modifié par l’article unique de
la loi du 43 juillet 1895, fixait à vingt-sept ans le terme qui était accordé à ces étudiants pour obtenir leur diplôme, sous peine d'être rappelés pour deux ans sous les drapeaux.
Cette loi réservait par conséquent aux professions libérales, et à elles seules, un privilège contraire au principe de l'égalité absolue de tous les citoyens devant le service militaire,
Les fils d’industriels ou de commercants ne pouvaient désor-
mais plus éviter de faire trois ans de service militaire en continuant le métier de leurs pères; ils abandonnèrent l'industrie et le commerce pour se réfugier dans les professions qui bénéficiaient d’une exemption. On constate à partir de 1896 une ascension brusque du nombre de diplômes de doc-
: TN k l teurs en médecine délivrés dans les Facultés. Or les docteurs recus en 1896 avaient commencé leurs études en 1889-90 et
en 1890-91, au moment où la nouvelle loi militaire était mise en vigueur. Et si l’on consulte le chiffre des étudiants inscrits à la Faculté de médecine de Paris, on voit qu’en
1888 il avoisinait 4.000, et qu'en 1895 il était monté.
Cet engouement pour les études médicales s’est heureusement calmé à la longue; on peut constater qu’en 1903 le nombre des étudiants inscrits à la même Faculté n’est plus que de 3.527, et il n’est plus à craindre que pareil fait se réalise de nouveau maintenant que le service militaire est devenu obligatoire et égal pour tous, depuis la loi du 21 mars 1905. | L'idée égalitaire y a été appliquée avec tant de rigueurque