‹ La situation religieuse aux États-Unis; illusions et réalitéChapitre 36 sur 101 · L'ESPRIT GOUVERNEK.EN PAL · texte numérisé non relu

L'ESPRIT GOUVERNEK.EN PAL

persécution ouverte (1). Au point de vue de la religion et de la morale, l'État est devenu un vide plus chaotique que celui qui existait au commencement de la création. Car alors « l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux », et aujourd'hui on le chasse comme un intrus à coups de législation. La théorie était qu'une Église et un État sont nécessaires au bon gouvernement d'un pays et jouissent d'une existence séparée et indépendante ; et les tribunaux maintenaient que non seulement il ne pouvait pas y avoir une union de l'Église et de l'État, mais que l'une ne pouvait pas empiétersur l'autre. Alorsest venuela terreur des législateurs qui craignaient que l'Église ne devînt assez puissante pour absorber et dominer l'État ; et, dans leur terreur, ils prirent des dispositions pour empêcher toute Église d'avoir jamais la moindre part au gouvernement du pays. Ce principe, on Ta affirmé avec tant de vigueur, qu'aujourd'hui l'État a absorbé l'Église, et la politique a usurpé les fonctions de la religion, ou pour parler exactement, la religion et la morale ont été éliminées de nos lois organiques, et maintenant, au grand étonnement de braves gens, la religion est réputée coupable lorsqu'elle gène les entreprises légales des méchants. Il est difficile de s'imaginer que le blasphème et les autres violations des commandements de Dieu sont protégés par nos lois ; que le bonheur du foyer domestique peut être détruit impunément ; que les pauvres peuvent être librement opprimés et raillés ; que les liens de la famille peuvent être cruellement bri-

1. Il ne faut pas oublier que c'est ce même Catholic World qui proclama, deux ans plus tard, que « les États-Unis sont la patrie de l'Église ». Voir première partie, chapitre II.

ses ; qu'il n'y a pas de frein à l'ivrognerie, à la débauche, au libertinage de toute espèce. Cependant, en vertu de nos lois toutes ces choses sont parfaitement légitimes. La crainte de voir l'Église entraver la marche de l'État, a produit ce résultat, que tous les crimes défendus par la loi chrétienne peuvent être commis et ne sont plus considérés comme des crimes, ou même comme des fautes. »

Et l'auteur de ce terrible réquisitoire que je viens de résumer apporte des preuves nombreuses à l'appui de ses accusations. C'est la cour suprême de l'Ohio qui déclare expressément que « ni le christianisme ni aucune autre religion ne fait partie du droit public de l'État. » C'est la cour suprême des États-Unis qui affirme que « le pouvoir souverain réside dans le peuple. » C'est le juge Cooley qui écrit dans son Constitutional Limitation, p. 88 : « Si une disposition constitutionnelle est injuste, même alors les tribunaux ne sont pas autorisés à la mettre de côté ou à l'annuler indirectement par voie d'interprétation. » C'est la cour suprême du Maine qui déclare : « L'État se dirige d'après son propre concept du devoir. Le bien et le mal pour l'État, c'est le bien et le mal tels qu'ils sont définis par les statuts de la législature. »

On voit bien quel serait le sort de l'Église si elle venait en conflit avec l'État. Les évêques auraient beau dire : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes », ce principe ne les sauverait pas plus de la persécution aux États-Unis qu'il n'a protégé les Apôtres contre les verges, la prison et la mort. Les droits du « nommé Dieu » ne sont pas plus reconnus aux États- Unis qu'ils ne l'étaient à Jérusalem et à Rome au

l'esprit gouvernemental.

commencement de l'ère chrétienne, ni qu'ils le sont aujourd'hui en certains pays de l'Europe.

Depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, il n'y a que deux esprits qui animent les individus et lesgouvernements : l'esprit chrétien et l'esprit antichrétien. L'esprit gouvernemental des États-Unis n'étant manifestement pas l'esprit chrétien doit être, de toute nécessité, l'esprit antichrétien. Si cet esprit antichrétien y paraît moins violent qu'ailleurs, c'est uniquement parce qu'il y trouve moins de résistance. Le fleuve, large et profond, coule silencieux vers la mer, tandis que la petite rivière, dont le cours est obstrué par des digues et des rochers, fait grand bruit. Cependant la puissance du fleuve l'emporte de beaucoup sur celle de la rivière.

L'esprit gouvernemental des États-Unis, nous l'avons vu, ne reconnaît pas une loi éternelle au-dessus de la loi humaine. Voici, pour renforcer la preuve, d'autres citations et d'autres observations que je trouve dansle même article du Caiholic World déjà mentionné :

« Le juge Kent, le père de la jurisprudence américaine, définit ainsi la loi : « Une règle de conduite » civile, établie par le pouvoir suprême d'un État. » Blackstone, le commentateur anglais, donne cette définition : « Une règle de conduite civile établie par » le pouvoir suprême dans un État, commandant ce qui » est bien cl défendant ce qui est mal. »

L'écrivain clu Catholic World fait remarquer que la définition anglaise reconnaît un critérium préexistant, un principe primordial qui établit ce qui est bien et ce qui est mal ; tandis que la définition américaine n'admet qu'une règle arbitraire et humaine pour distin-

guer entre le bien et le mal. En d'autres termes, le droit commun, la loi naturelle, ne font pas partie de la jurisprudence des États-Unis. On y tient compte du code, du droit positif, uniquement.

La cour suprême des États-Unis, dit encore notre auteur, déclare que « la théorie sur laquelle repose notre système politique, c'est que la souveraineté ultime est dans le peuple, qui est la source de toute autorité légitime. » Et par peuple, qu'on le remarque bien, on entend la majorité de ceux qui possèdent le droit de suffrage ; ou, plus exactement encore, la majorité de ceux qui exercent ce droit.

La majorité des votants, voilà la source de toute autorité légitime aux États-Unis !

C'est une horreur en fait de doctrine gouvernementale, et l'écrivain du Catholic World, malgré son américanisme, est obligé d'avouer que « jamais les rêves du paganisme le plus extravagant n'ont rien imaginé de semblable, car même le paganisme reconnaissait des principes surnaturels et une responsabilité morale. »

Le juge Cooley, dans son Constitutional Limitation, cité toujours par le même écrivain, s'exprime comme suit :

« Pour plusieurs raisons, le christianisme ne faitpas partie du droit public du pays dans un sens qui autorise les tribunaux à le reconnaître et à y asseoir leurs jugements, si ce n'est lorsqu'ils peuvent trouver que ses préceptes et ses principes ont été incorporés dans le droit positif de l'État et en font partie intégrante. »

C'est-à-dire que le christianisme n'a aucune forme

l'esprit gouvernemental.

obligatoire par lui-même. C'est le code humain qui lui donne toute la valeur qu'il peut avoir devant les tribunaux. C'est le législateur, non pas Dieu, qui crée la morale, qui définit ce qui est bien et ce qui est mal.

Tout cela fait dire à l'écrivain du Calholic World :

« L'État, avec l'aide des tribunaux, devient rapidement, que dis-je, est devenu essentiellement païen. Il détruit toute idée religieuse et morale : il flatte et favorise l'incrédulité, et, en même temps, il refuse d'aider la religion à réprimer le vice et à propager la vertu, et permet seulement à l'Église, si elle le peut, de sauver les âmes, qui sont constamment exposées aux scandales, aux crimes, à la contagion du vice et de l'immoralité qui jouissent de la connivence, sinon de la sanction des lois. »

Voilà la République fondée sur l'homme que glorifie l'abbé Stafford, de l'Université catholique cle Washington. La voilà telle qu'elle nous est décrite par des catholiques américains parlant sincèrement, avant que les vapeurs de l'Américanisme eussent obscurci leur intelligence.

On peut difficilement concevoir un esprit gouvernemental plus hostile à toute idée religieuse. Et ce même Calholic World nous dira plus tard que la « démocratie », telle qu'on l'entend aux États-Unis, est « un moyen de l'ordre naturel pour aider les hommes à sanctifier leurs âmes (1) ! »

i. Voir première partie, chapitre II.

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