Catholic World, août 1877, page
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Faut-il blâmer l'Église? Faut-il accuser les évèques ce négligence? Je ne le crois pas. Les pasteurs seraient sans doute heureux de garder leurs troupeaux intacts, de porter les secours de la religion à chacun des fidèles confiés à leurs soins. Mais il faudrait, dans chaque diocèse, un nombre considérable de prêtres qui n'auraient qu'une chose à faire : courir après ces brebis égarées. Or, pour cette œuvre, et les prêtres et les fonds manquent. De plus, là où les familles catholiques sont dispersées, éloignées de tout foyer de vie catholique, la visite du prêtre, de temps à autre, n'empêcherait pas une grande déperdition. L'école publique et « l'ambiance » feraient leur œuvre d'empoisonnement lent mais fatal.
Les journaux catholiques demandent parfois à leurs lecteurs de songer au mal terrible que font à leur âme et à l'âme de leurs enfants ceux qui s'établissent ainsi loin de l'église et de l'école paroissiales. Ils prêchent le groupement des catholiques. Mais ceux qui n'attachent pas une importance souveraine aux choses du ciel; ceux dont la fai est déjà affaik'ie par l’infiltration des idées matérialistes ; ceux qui au’ rient précisément le besoin le plus impérieux de la ‘ie paroissiale, s'en vont toujours où la fantaisie et les nécessités du moment les appellent, sans se préoccuper des misères spirituelles qui les attendent loin du prêtre.
Ce mal, au lieu de diminuer, semble augmenter, On dirait que les catholiques, loin de travailler à se grouper, tendent à se disperser de plus en plus. Il y a des chapelles catholiques dans les campagnes qui ont
été abandonnées dans ces derniers temps. Le Vew World, dans l'article cité plus haut, dit : « Il est loin d'y avoir autant d'églises catholiques que d'églises protestantes abandonnées dans les campagnes. » Il y en a moins, donc il y en a. Et du moment qu'il yen a quelques-unes, il y en a comparativement beaucoup ; puisque ce même article nous dit qu’ «il y a eu jusqu'ici relativement peu d'églises catholiques construites en dehors des cités et des villes. »
Un écrivain ecclésiastique de 7’he Review, de Saint- Louis, l'abbé J.-F, Meifuss, commentant, à la date du 13 avril 1899, cet article du Vew World, fait remarquer que le Catholic Directory constate que ie nom-
bre des églises et chapelles aurait diminué, depuis
quatre ans, de 3314. Voici les chiffres : 1896, églises,
"9501, chapelles, 5393 ; 1897, églises, 9670, cha-
pelles, 5189 ; 1898, églises, 9501, chapelles, 5105 ; 1899, églises, 10,002, chapelles, 1569. Dans ce dernier chiffre, il doit y avoir nécessairement une faute d’impression. Il est impossible que le nombre des chapelles soit tombé, dans l'espace d'un an, de 5105 à 1569. Il y a probablement transposition de chiffres. C'est sans doute 5169 qu'il faut lire. Mais les chiffres des années précédentes indiquent qu'il y a diminution nrogressive dans le nombre des églises et chapelles réunies. Le nombre des chapelles, surtout, tend à diminuer. Le nombre des églises accuse une augmentation d'année en année, excepté de 1897 à 1898. Le Directory est fait avec peu de soin. Toutefois, dit M. l'abbé Meifuss, « il y à certainement diminution du nombre, non des églises, mais des chapelles ou stations. » Il en cherche la cause. D'abord, il croit que le manque de prospérité
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dans les campagnes a fait refluer les populations vers les villes, ce qui a nécessité l'abandon de quelques chapelles. Puis il assigne à ce phénomène de la diminulion du nombre des stations une cause plus grave. Je cite textuellement ses paroles :
« Ensuite, le culte de Mammon. Des prêtres ayant la vocation de missionnaire sont trop souvent découragés par les demandes d'argent que leur font leurs supérieurs. Ayant à peine de quoi se nourrir et se vêtir d'une manière convenable, ils ont à répondre à des quêtes répétées pour les œuvres du diocèse ou des missions. Peut-être même exigera-t-on une somme fixe pour le soutien du séminaire diocésain ou de l’orphelinat. On leur demande de payer un cathedraticum lorsque leurs propres revenus atteignent à peine le chiffre de deux cents ou trois cents dollars (1000 à 1500 francs). Si le missionnaire s’y refuse, il devient persona ingrata. Aussi, fait-il le paiement demandé, mais il se décide à se placer dans une cure à la première occasion. Le résultat, c'est un missionnaire de plus enlevé au champ où l’on a tant besoin de lui; une pauvre paroisse de plus qui s’en va à la ruine. Car qui voudrait y aller puisque l'évêque lui-même est d'avis qu'on n’y peut pas vivre? Il en est ainsi en bien des cas.
Au contraire, là où un Seghers (1) partageait ses croûtes de pain avec ses missionnaires ; là où un Màchebœuf (2) enveloppait ses insignes épiscopaux dans un mouchoir, et, bien qu'infirme, parcourait à cheval les montagnes du Colorado et les plaines de F'Utah, il