‹ La situation religieuse aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 13 sur 132 · Lettre clergé, en · texte numérisé non relu

Lettre clergé, en

laisse pas supposer. À l'égard de l'État? Rien ne l'indique. Serait-ce à l'égard du Saint-Siège? Enfin, nous avons là un de ces passages obscurs qui abondent dans les écrits des gens du monde qui parlent de l'Église avec plus de bon vouloir que de connaissances théologiques.

Quant à l'accroissement d'activité et de hardiesse qui serait le fruit de l’individualisme, nous aurons l'occasion -d’en parler dans la deuxième partie de ce travail.

M. Brunetière poursuit ainsi :

« Lui est-il défendu (à l'Église d'Amérique) de se croire quelqu: fois, à ce double titre, l'initiatrice d'une époque nouvelle? Elle le croit, en effet; et, de plus d'un côté, avec des intentions différentes où parfois se mêle quelque aigreur, c’est bien un peu ce qu'on lui reproche, de vouloir aller trop vite, et sinon d’être trop « moderne », mais afin de vouloir prématurément ériger des pratiques locales et particulières en maximes de l'Église universelle. »

Ici M. Brunetière calomnie certainement l'Église d'Amérique. La vraie Église d'Amérique, c'est-à-dire cette partie du troupeau de JÉsus-Carisr qui se trouve aux États-Unis, ne s'imagine nullement qu'elle a pour mission d'introduire une « époque nouvelle » dans le monde. Du moins, cette idée ambitieuse ne perce dans aucun de ses actes officiels. Elle sait, d'abord, que la doctrine est immuable, et que, pour les modifications de la discipline que les temps nouveaux peuvent exiger, « elles sont réservées à l'autorité suprême du Saint-Siège qui régit le monde entier (1). »

1. Lettre du cardinal Richard, archevêque de Paris, à son clergé, en date du 6 mars 1899.

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Mais si la véritable Église d'Amérique ne saurait avoir l'ambition que M. Brunetière lui prête gratuitement, certains catholiques américains, même haut placés, ne reculent pas devant cette prétention extraordinaire. Mgr Ireland, par exemple, au cours d'un sermon prononcé dans la cathédrale de Baltimore, il y a une dizaine d'années, n’a pas craint d'affirmer qu'un des devoirs imposés aux catholiques des États- Unis, est « de résoudre, pour l'Église universelle, les problèmes en présence desquels la religion se trouve aujourd'hui placée (1). »

Outre Mgr Ireland, il y a Mgr Keane qui a des idées particulières qu'il serait injuste de mettre sur le compte de l'Église d'Amérique. M. Brunetière commet cette injustice, puisque, à la page 167, et immédiatement après le passage que j'ai cité en dernier lieu, il ajoute :

« Nous autres, Américains — écrivait récemment Mgr Keane, -- nous erovons, dans la simplicité de notre cœur, que nous ne saurions trop étroitement sympathiser avec les idées du siècle où la Providence nous a fait naître... Mais les Européens, eux, partent de ce principe, que les idées du siècle sont essentiellement voltairiennes, impies, anti-chrétiennes. Et nous avons beau dire qu'en Amérique il n'en est rien, que les idées anti-chrétiennes, impies, voltairiennes n'entrent pour rien dans la composition de l'esprit américain ; que nous sommes aussi éloignés de toute propagande anti-chrétienne que des horreurs de la Révolution française, il n'importe, et pour toute réponse nous n'obtenons qu'un sourire d’incrédulité. »

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