‹ La situation religieuse aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 14 sur 132 · The Church and Modern Society, p · texte numérisé non relu

The Church and Modern Society, p

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Je le répète, c'est une grave injustice que de mettre sur le compte de l'Église d'Amérique, de pareilles idées:

M. Brunetière chercher à justifier « le sourire d'incrédulité » des Européens en disant que la situation n'est pas la même sur les deux continents; qu’en Europe « les idées modernes ne sont pas encore tout à fait purgées du vice qu'elles tiennent, les unes de leur origine et les autres de la nature des applications qu'on en a faites. » Il admet donc, impliciiernent, que Mgr Keane a raison d'innocenter les idées dites modernes qui ont cours aux États-Unis. Ce qu'il convenait d'opposer à la tirade du prélat américanissime, c'est le fait indéniable que « les idées du siècle » se composent nécessairement des mêmes ingrédients dans tous les pays du monde. Ces iaces ne sont pas moins funestes en Amérique qu'en Europe. Et pour preuve, M. Brunetière aurait pu citer ce passage de la lettre nastorale des Pères du troisième Concile plénier de Baltimore, tenu en juillet 1884 :

« Lorsque nous observons les signes journaliers de l'incrédulité croissante ; lorsque nous voyons que les hérauts de cette incrédulité non seulement cherchent à former l'esprit des jeunes gens dans nos collèges et nos universités, mais qu'ils travaillent aussi au sein des masses, nous frémissons à la pensée des dangers qui menacent notre avenir. Quand nous y ajoutons l'accroissement rapide de cette fausse civilisation qui cache sa hideur sous le masque du progrès intellectuel, comportant, comme elle le fait, le culte public de Mammon, la poursuite inquiète de toutes les aises, de tous les luxes au point de vue du bien-être physique de l’homme ; le désir prépondérant de promouvoir ses intérêts matériels ; l'oubli ou plûtôt le mépris

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de ce qu'il y a de nieilleur et de plus haut dans la nature humaine : — nous ne pouvons nous empêcher de croire que de tout cela sortira un matérialisme crue}, qui est le meilleur sol pour recevoir la semence de l’incrédulité et de l'irrélig'an qui menacent de ruiner ce pays dans un avenir peu éloigné, »

C'est là la voix de l'Église d'Amérique. Elle n'a pas le même timbre que la voix de Mgr Keane, qui chatouille si agréablement l'oreille de M. Brunetière.

Après avoir signalé, encore une fois, ce qu’il appelle le prodigieux développement du catholicisme aux États-Unis, et y avoir applaudi derechef, M. Brunetière examine, dans la troisième et dernière partie de son travail, « les moyens qui se sont trouvés bons en Amérique. » Il ne se risque pas à proclamer que ces moyens seraient bons ailleurs et toujours. C'est

prudent.

Vient d'abord ie fameux congrès des religions, de Chicago. M. Brunetière défend avec chaleur les catholiques qui y ont pris part. Je n'ai pas l'intention de les attaquer. Cela n’est pas nécessaire. Après la lettre du Saint-Père, que tout le monde connait, cette expérience américaine ne se renouvellera plus, ni en Amérique, ni ailleurs. Jamais plus on ne verra des évêques catholiques, en grâce et communion avec le Saint- Siège apostolique, prendre part à une semblable parlotte. Ce moyen-là a été essayé une fois pour toutes. Comme l’admet M. Brunetière lui-même : « Il y a des choses aui ne se font pas deux fois. » Mais n'est-il pas singulier qu'un «moyen qui s'est trouvé bon » une fois, ait perdu, dès le premier essai, toute sa

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vertu? Je crains que sa bonté première ne fût re que peu problématique.

Et à ce propos qu’on me permette de faire deux observations.

La première, c'est que M. Brunetière a tort de parler

« de la participation de l'Église catholique des États- Unis, en 1893, au Congrès des religions de Chicago. » L'Église catholique des États-Unis, Dieu merci, n’a pas pris part à ce congrès. Quelques prélats américains y ont figuré, mais ils l'ont fait à titre de personnes privées, à leurs risques et périls, sans mandat de la part de l'Église. Je suis profondément convaincu que si l'Église catholique d”s États-Unis, réunie canoniquement en concile, ayant, par conséquent, l’assistance du Saint-Esprit, avait été consultée à ce propos, elle aurait formellement refusé de prendre part à ce congrès. J'en suis persuadé, parce que mes relations avec les États-Unis me permettent d'affirmer que beaucoup de catholiques ont éprouvé un sentiment d’inquiétude et de malaise, en voyant des évêques catholiques se mêler à des ministres protestants, à des rabbins, à des mahométans et à des prêtres de Brahma. Cette inquiétude et ce malaise ont visiblement percé, du reste, dans plusieurs journaux catholiques des États-Unis. Je puis mentionner, entre autres, l'Ave Maria, de l'Université de Notre-Dame, Indiana (numéro du 23 septembre 1893), et le Church Progress, de Saint-Louis.

La deuxième observation, c'est que ni M. Brunetière, ni personne au monde, ne peut indiquer un seul bienfait tangible qui soit le résultat, direct ou indirect, de la participation de certains évêques

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catholiques à ce Congrès des religions. M. Brunetière, il est vrai, fait des suppositions vagues sur l'effet que la présence de ces évêques a dû produire sur le peuple américain ; mais je ne crois pas qu'on soit en état de mentionner une seule conversion qui puisse raisonnablement s'attribuer à ce moyen que M. Brunetière range, en premier lieu, parmi ceux « qui se sont trouvés bons en Amérique. » Cette participation n'a apporté ni gloire, ni prestige à l'Église, ni le salut à une seule âme. À quoi donc a-t-elle servi ? Pourquoi M. Brunetière la met-il au nombre des moyens qui expliquent « le prodigieux développement du catholicisme aux États-Unis ? »

Tout en paraissant croire que la présence des évéques au Congrès des religions a été «un bon moyen » en Amérique, M. Brunetière ne voudrait pas essayer de ce moyen en F ace. Il regrette même que, « de toutes les manifes ns de l’américanisme, il n’y en ait aucune qui ait plus frappé les esprits en Europe que la participation des catholiques des États-Unis au Congrès des religions. » « Ce sont d’autres exemples » que les catholiques d'Europe ont « à recevoir de l’Améque, » « d’autres leçons moins particulières, d'un bien autre intérêt et, si je ne me trompe, d'une bien autre portée. »

Quels peuvent bien être ces exemples et ces leçons, que la jeune Amérique est appelée à donner à la vieille Europe, avec tant d'avantages pour cette dernière ? Les verrons-nous, enfin, et depuis tant de temps que nous les cherchons? Je tourne la page, anxieux. M. Brunetière me présente Mgr Ireland — toujours Mgr Ireland — qui s'ännonce en Europe comme évêque

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démocrate, évêque républicain, et qui fait dire à l'Église une chose qu'elle n'a jamais dite, savoir : « Maintenant, elle fera l'essai sérieux de la forme républicaine » (page 172), et qui rassure l'Église en faisant celle proclamation emphatique: « Et moi, comme Américain, je lui dis : Vous réussirez (1). »

Nous voilà donc enfin avec quelque chose de tangible et de palpable : La jeune Amérique fait comprendre à la vieille Église d'Europe, qui l'ignorait entièrement. qu'elle peut, sans danger, « faire l'essai sérieux de la forme républicaine. » Voilà du nouveau pour le timide Vatican, et, généralement, pour les catholiques du vieux monde, et le genre humain at large. Noïlà un exemple et une lecon, tout battants neufs, qu'on peut transporter d'Amérique en Europe sans dan;er qu'ils se gâtent pendant la traversée. Cette importation va renouveler la face des choses, donner un sang nouveau à l'Église. C'est la vigne de la Californie, à l'épreuve du phylloxéra, qu'on introduit dans les vignobles ravagés de la Gaule. Enfin, voilà un bienfait authentiquement américain. Hélas ! encore une déception! M. Brunetière m'apprend aussitôt que la leçon de Mgr Ireland est vieille comme

1. J'ai à peine besoin de faire remarquer que Léon XII n'a jamais dit aux catholiques de France d'accepter la République en France, parce que c'est une république, mais bien parce que c'est la forine établie. Le Pape aurait tenu le même langage si une monarchie quelconque . avait remplacé la République. C'est donc parler pour ne rien dire que de prétendre que l'Église fait un essai sérieux de la forme républicaine. C'est la France qui fait l'essai de cette forme, ce n'est pas l'Église. Celle-ci dit simplement aux catholiques français : Faites l'essai avec les autres Français, puisque la forme républicaine est la forme actuel-

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