‹ La situation religieuse aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 16 sur 132 · M. BRUNETIÈRE · texte numérisé non relu

M. BRUNETIÈRE

M. Brunetière nous aflirme ensuite {page 173) « qu'il ne s’est pas élevé de conflits ni de difficultés graves entre les catholiques et le pouvoir civil. » C'est vrai ; mais M. Brunetière aurait dû nous expliquer le pourquoi de ce calme, de cette paix qui règne, aux États- Unis, entre l'Église militante et le siècle non moins militant. Il y a plusieurs sortes de paix. Il ne s'élève pas, ordinairement, de conflit entre la brebis et le tondeur, ni de difficulté grave entre l'agneau et le boucher. Nous verrons quelle est la paix dont jouit l'Église aux États-Unis.

« Ajoutez que l'expérience a été complète, continue M. Brunetière. Ce que l'on a ru reprocher quelquefois au catholicisme en Europe, d'ä“oir inféodé sa fortune à de certains partis politiques, ou de s'être constitué lui-même en « parti », c'est ce que l'on n’a pas pu lui reprocher en Amérique. On n'a pas pu lui reprocher qu'il voulait restaurer un régime tombé ou un état de choses aboli. »

M. Brunetière ne confondrait-il pas ici le catholicisme avec quelques catholiques ? Il est possible que des catholiques européens aient voulu inféoder ia fortune de l'Église avec certains partis politiques, avec un régime gouvernemental tombé. Il ne m'appartient pas de discuter cette question. Mais il est certain que cette faute, si elle a été commise, ne doit pas être attribuée au catholicisme. Le catholicisme, parlant par son Chef suprême, a toujours su faire les distinctions voulues entre la cause de l'Église et la cause des partis politiques ; il a toujours su tenir une conduite très sage à l'égard des divers régimes qui se sont succédé de jure ou de facto. Certains catholiques

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d'Europe auraient-ils pu suivre plus fidèlement les enseignements et les directions du Pontife romain sur cette matière? C'est possible. Mais, je le répète, ils n'avaient pas à chercher la règle de leur conduite de ce côté-ci de l'Atlantique, ni à recevoir des lecons des évêques démocrates de l'Amérique. La parole de Rome leur aurait amplement suffi pour leur apprendre qu'il ne faut jamais inféoder la cause de l'Église avec la cause d’un parti ou d’un régime politique.

Du reste, quel mérite le catholicisme en Amérique, ou, pour parler correctement, les catholiques des États- Unis ont-ils eu, ou ont-ils encore à éviter le reproche de «vouloir restaurer un régime tombé? » Ils n’en ont eu et ils n’en ont aucun. C'est comme si vous les félicitiez de ne pas chercher à construire un chemin de fer à la lune. Il n’est pas question, il n’a jamais été question, depuis que la république a été fondée, de substituer un autre régime au régime actuel. Les loyalistes -— protestants fanatiques pour la plupart (1) — qui voulaient rester sous la domination anglaise, sont venus se fixer au Canada, lors de la guerre de l’Indépendance, et tout a été dit. Ceux qui sont restés aux États-Unis — catholiques comme protestants — ont tous accepté le régime républicain. Et, je le répète, il n’a jamais été question de le changer. Les catholiques des États-Unis n'ont donc pas plus de mérite que les catholiques anglais ou les catholiques belges à

1. En 17174, effrayéé par l'explosion de fanatisme qui à accueilli, au sein du Congrès des treize colonies, l’Acte de Québec, du Parlement anglais, accordant la liberté religieuse aux catholiques canadiens, une petite bande de catholiques écossais, de New-York, s’est réfugiée au Canada. Cf. The Worlds Columbian Catholic Congresses, vol. Il, chapitre 11, p. 42.

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