Monks and their declin
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qui est analogue aux données du commun bon sens. » Semblablement, « l'individualisme en Amérique ne consiste pas du tout à se permettre, comme chez nous, tout ce qui n’est pas expressément défendu par la loi et à s’arroger au besoin le droit de se mettre au-dessus d'elle, mais à ne vouloir être sujet que de la loi, et à ne la combattre ou à la réformer, s'il y a lieu, qu’en s’aidant d'elle. »
Si c'est là ce qu'on entend, aux États-Unis, par l'individualisme, il faut convenir qu'on emploie un terme bien impropre et très peu clair, décevant même.
En effet, «ne vouloir être sujet que de la loi », c'està-dire ne vouloir être sujet que d'une règle commune à tout le monde, c’est manifester un état d'esprit fort louable, sans doute, mais où l’on distingue difficilement la moindre trace d’individualisme. Car si l’individualisme signifie quelque chose, c’est assurément cette tendance que tout homme éprouve à agir, non d’après une règle commune à tous, mais selon sa
volonté propre. « Ne vouloir être sujet que de la loi »
me paraît être exactement le contraire de l'individua- M lisme, quelque forte entorse qu'on donne au sens du À mot. « Ne combattre la loi ou la réformer, s'il y a lieu, & qu’en s'aidant d'elle, » c'est se montrer conservateur, À ami de l’ordre et ennemi du radicalisme révolution- À naire ; c’est travailler sagement au progrès, en améliorant ce qui existe, au lieu de comrixnucer sottement & par tout détruire. C'est encore une louable disposition, &
mais elle n’a rien de commun avec l’individualisme.
Je crois, n’en déplaise à M. Brunetière, que l’indivi- Ë dualisme des Américains est de même nature que À l'individualisme des autres peuples : un mouvement #
qui por son pro frayer les bor qualité.
tiative qualité à intellect la parol Gibbons des Amé âmes la Anglais, mands, 1 a là rien sollicite :
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qui porte les individus à penser et à agir chacun pour son propre compte, à quitter les sentiers battus, à se frayer de nouvelles routes. Lorsqu'il ne dépasse pas les bornes de la modération, ce sentiment est une qualité. On l'appelle : esprit d'entreprise, esprit d’initiative personnelle. Les Américains possèdent cette qualité à un haut degré, comme « d’autres qualités intellectuelles sont spéciales à à’autres nations, » selon la parole de Léon XIII dans sa lettre au Cardinal Gibbons. L'Église peut sanctifier l'esprit d'initiative des Américains, comme elle sait tourner au bien des âmes la vivacité des Français, le conservatisme des Anglais, la fierté des Espagnols, la solidité des Allemands, le sens artistique des Italiens, etc. Mais il n’y a là rien de particulièrement remarquable, rien qui sollicite spécialement notre attention.
M. Brunetière touche ensuite (pages 156 et suivantes) à un sujet que le Saint-Père traite dans sa
sa M lettre au Cardinal Gibbons : la manière dont certains oi » : catholiques américains ont accueilli la définition du Aua- M dogme de l'infaillibilité pontificale. J'aime à croire du #9 que l’illustre académicien aurait modifié cette partie ieu, M de son travail s’il avait pu l'écrire à la lumière des eur, M enseignements pontificaux. En effet, il accepte pleineon- + ment la théorie du Père Hecker, de Mgr Ireland et du élio- #4 Cardinal Gibbors. Il les cite et s'appuie sur eux pour ent M dire que les catholiques américains, « plus démocraion, MS tiques que les attres, ont tout de suite aperçu la e. M facilité qui leur était donnée, sous la protection de ivi- MS l'infaillibilité, » de « tourner leur attention et leur que M activité vers d’autres objets et d'autres vertus ; » ou,
ent D selon l'expression de Mgr Ireland, la facilité qu'a
« chaque soldat chrétien de s'élancer à la bataille, suivant l'impulsion de l'Esprit de vérité et de piété qui
uffle en lui », le « besoin de compression n’existant plus ».
Pour dire les choses clairement, les catholiques américains que M. Brunetière admire davantage sont précisément ceux dont parle le Saint-Père : « Ils disent qu'il n'y a plus lieu maintenant d'être inquiets pour l'infaillible magistère du Pontife romain, après la solennelle proclamation qui en a été faite dans le Concile du Vatican et que, pour cette raison, ce dogme étant mis en sûreté, un champ plus vaste peut être ouvert à la pensée et à l’action de chaque homme. »
En d'autres termes : le Concile du Vatican ayant proclamé que le Pape, parlant ex cathedra, est infail-
hble, chacun est.libre maintenant de courir les aven-
tures, à droite et à gauche, selon les fantaisies de sa
volonté, qu'on prend assez facilement pour « l'impul- ! sion de l'Esprit de vérité ; » quitte à se faire rappeler M
à l’ordre par le Pape quand on s'éloigne trop du bon chemin.
Tel l’alpiniste aventureux s'attache solidement à son |
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guide, et se plaît ensuite à explorer les endroits les À plus dangereux. Il compte sur la vigueur de son com- k pagnon et la force de la corde pour l'empêcher de se casser le cou. Quant aux blessures qu'il peut se faire et aux accrocs que recevraient ses vêtements, ilne s’en #
soucie guère. Il s'amuse. Il fait de l'individualisme.
C'est là la façon d'agir de l’école du Père Hecker et |
de Mgr Ireland. M. Brunetière le prouve très bien, et
il admire ces hardiesses de l'individualisme américain, !
lequel, on le sait maintenant, ne consiste pas précist-
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ment à «ne vouloir être sujet que de la loi, » mais tend plutôt, tout comme l’individualisme européen, à s'émanciper de la loi autant que peut se faire sans que mort s'ensuive.
Se pencher sur les abîimes en se fiant à la corde du guide pour échapper aux catastrophes fatales, cela peut être de mise sur le sommet des Alpes ; mais, en matière de doctrine et de morale, Léon XIII trouve le raisonnement des individualistes américains assez faible : Praeposterum sanè arquendi genus, dit-il, La définition du dogme de l’infaillibilité pontificale doit engager chacun, non pas à se livrer aux caprices de son esprit, mais à se pénétrer de plus en plus des enseignements du Souverain Pontife, « afin de rester plus facilement indemne de toute erreur privée. »
Le raisonnement du Pape ne favorise pas autant l'individualisme que la théorie du Père Hecker et de Mgr Ireland, mise en honneur par M. Brunetière, mais il est incontestablement plus logique, et, partant, plus satisfaisant.
M. Brunetière aborde ensuite la question nationale. Ici, encore, il a eu le grand tort, selon moi, de s'en tenir exclusivement aux opinions de Mgr Ireland et de Mgr Keane. Ces deux prélats n’ont présenté à notre savant académicien qu’un côté de la médaille. Cette médaille, puisque M. Brunetière voulait en parler, il aurait dû se donner la peine de la retourner pour voir
: ce qu'elle porte sur le revers. L'inscription qu'il aurait à pu y lire est très importante et jette une vive lumière : sur la situation. M. l'abbé Maignen, dans son travail À qui a paru dans la Revue Canonique, a fort bien exposé
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cette brûlante question des nationalités aux États- races e Unis. Je tâcherai, en touchant à ce problème à mon 4 à peine tour, de ne pas répéter ce qu'il a déjà dit. 1 traditio En attendant, je constate que M. Brunetière ne craint pe pas de trancher la difficulté d'un seul coup de plume: que sor « À quelque point de vue que l'on se place, dit-il, # La Con: l'archevêque de Saint-Paul avait évidemment raison » PM le lien
(page 163). Raison contre les Allemands, raison con- À Anérie
tre les Canadiens francais, raison contre les Polonais, nettétié raison contre les Italiens, raison contre tout ce qui & » a-t-on n'est pas anglo-saxon ou plutôt irlando-américain. JS » lorsqu C'est avoir raison contre bien du monde, et l'on » el noi admettra qu'il y a peut-être lieu de discuter. C'est ce » quand
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que je leral dans un C lapitre special. ï rieux an
M. Brunetière proclame, avec Mgr Ireland, que MS pect idé: «le temps de camper en Amérique est passé. On y M habite, on y a pris racine. L'Amérique est une nation: Voilà elle est une patrie ; et l'Église catholique ne peut qu'y #4 que j'en être américaine, comme elle est française en France, 1 qu'aux É allemande en Allemagne, espagnole en Espagne. » D à peine à Voilà la thèse que j'aurai l'honneur d'examiner plus M /e seul lie loin. TE
Mais, dès à présent, je ne puis m'empêcher de faire À ne S remarquer que l’illustre académicien qui nous apprend, + c'est l'expr
de son Cré auraient-il, Constitutio : Créateur a Qui, parr formule? F # tion d'Inde - deux docur parle bien .
D Du. Elle r 2 Cette lacun
à la page 173, que « l'Amérique est une nation », — # par l'Amérique il veut dire, sans doute, les États-Unis. ! — nous fait, à la page 164, le précieux aveu que À voici : R
« Ce qu'il y a toutefois de certain, c'est que, dans | un pays tel que l'Amérique (il s'agit toujours des États-Unis), aussi neuf et aussi vaste, où la terre est B à peine encore appropriée, où du mélange de tant de à
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races et de conditions le peuple américain commence à peine à se dégager ; et enfin, dans un pays dont les traditions ne remontent guère au-delà de cent cinquante ans, les éléments essentiels de l'idée de patrie
ne pouvaient guère se grouper , se concréter en quel-
que sorte, et s'ordonner qu'autour de la Constitution. La Constitution des États-Unis, voilà non seulement le lien fédéral, mais ce que l’on pourrait appeler le lien mystique de la patrie américaine ; et r ‘me en Amérique, je ne crois pas que personne fait vu plus nettement que l'- glise catholique. « Les hommes, :j » a-t-on dit, se sentent liés par quelque chose de fort, 0 > lorsqu'ils songent que la même terre qui les a portés
» et nourris étant vivants, les recevra en son sein
» quand ils seront morts » ; etles Américains l’éprouveront un jour ! Mais, en attendant, ce que ce mysté- Ê rieux amour de la terre natale est pour nous, le respect idéal de la loi l’est pour eux (1). »
MT
Voilà tout ce qu'il faut pour base de la discussion que j'entends faire. Car tous admettront, je crois, qu'aux États-Unis, « où le peuple américain commence 7 à peine à se dégager du mélange de tant de races, où le seul lien mystique de la patrie américaine est la Cons-
1. Je continue ici la citation : — « Et pour eux la loi — je copie les termes mêmes de la Déclaration d’'Indépendance — c'est l'expression des droits inaliénables que « l'homme a recus
: de son Créateur. » Quelles raisons les catholiques d'Amérique auraient-ils de repousser cette formule ? Ils voient dans leur Constitution « l'aflirmation solennelle de la dignité que le : Créateur a conférée à sa créature. »
Qui, parmi les catholiques, a jamais parlé de repousser cette formule? Personne. Mais M. Brunetière confond la Déclaration d'Indépendance avec la Constitution. Ce sont, pourtant, deux documents bien différents. La Déclaration d'Indépendance -parle bien du Créateur, la Constitution ne dit pas un mot de M Dev. Elle ne fait pas même directement allusion à la Divinité. LGette lacune a souvent attristé ceux des Américains qui ont ce
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liltution, tous admettront, dis-je, qu'il y à lieu de se demander si vraiment aux États-Unis l'Église catholique ne peut qu'y être américaine comme elle est francaise en France, »
Mais, dira-t-on, ne perdons-nous pas entièrement
de vue la thèse de M. Brunetière? Voilà bien long- comme temps que nous n'en entendons plus parler. Quelle damnée
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peut bien être cette thèse”? Ah! voici. La réalisation de la prophétie de M. de Tocqueville : l'esprit du siècle # devenu très favorable au catholicisme. M. Brunetière JS laquelle qui, comme nous, l'avait perdue de vue, y songe tout JF Québec à coup, et à la page 164, à propos de la Constitution, 2 d'abord il nous assure que « c'est en se montrant eux-mêmes 12 juille les plus scrupuleux observateurs de cette Constitution Saint-Of
que les catholiques ont triomphé des préjugés de leurs # renouvel compatriotes. » Les préjugés sont tombés, l'esprit du M Ç | « Spec
siècle aux États-Unis est devenu très favorable au 8 catholicisme : voilà ce qu'il fallait démontrer. Une ÊS ibsam re simple affirmation, répétée de temps à autre, ne cons- | Juxta ins
titue pas une démonstration. Et, pourtant, c'est là M diei 10 m
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que je pourrais appeler l'instinct théiste ; et plus d'une fois on a parlé de « mettre Dieu dans la Constitution — {o put God h
into the Constitution. » Mais ce mouvement théiste n'a jamais 2 instructio été couronné de succès; et la Constitution reste ce qu'elle à # toujours été : une constitution sans Dieu. Dès lors, on voit Le Car
combien est facile la réponse à cette question que M. Brune- k tière nous pose un peu plus loin, à la page 165: « Qu'y a-t-il 8 là qui ress?mble à ce libéralisme dont le premier article était 4 précisément l'entière séparation du domaine de l'hon:me et de celui de Dreu? » La Constitution ne faisant aucune mention du domaine de Dieu, déclarant mâne le gouvernement central incompétent en matière religieuse, on ne saurait imaginer, ce me semble, séparation plus absolue. La République uméricaire est le pays du libéralisme nur.
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tout ce que M. Brunetière nous a donné jusqu'ici.
Continuons notre analyse. Peut-être finirons-nous par trouver les preuves que nous cherchons.
Nous avons ensuite (pp. 165-167) une dissertation sur l'affaire des Chevaliers du Travail. Cette organisation était condamnée, —- non pas menacée de l'être, comme dit M. Brunetière —-- mais bel et bien condamnée par le Saint-Siège, à deux reprises différentes, savoir le 27 août 1884 et le 27 juin 1836. C'est le Saint-Office qui a porté cette double condamnation, laquelle a été officiell:ment notifiée à l'archevêque ue Québec par le cardinal préfet de la Propagande, d'abord en septembre 1884, et, une deuxième fois, le 12 juillet 1886. Voici le texte même du décret du Saint-Office rendu dans la séance du 27 août 1884, et renouvelé le 27 juin 1886 :
« Spectatis principiis, organismo ac statutis Socielatis Équitum laborum, prout exponuntur, Societatem ipsam recensendam esse inter prohibitas x $S. Sede, Juxta instructionem hujus Supremae Congregationis, diei 49 maïi 4884 et ad mentem. Mens est ut commendetur Episcopis ut tam quoad delatam, quam quoad similes Societates procedant, atque remedia adhibeant secundum mandata et consilia, quae in eadem
'instructione continentur (1). »
Le Cardinal Gibbons, à force de sollicitations, à réussi à faire suspendre l'effet de ce décret, au com-