Contre Julien, ch. XIV
170 Moyen de vivre plus de cent ans.
jamais de nous les faire passer? Quoique la nature ait alors ce qui lui suffit, nous nous imaginons que ce qu'elle a ne lui suffit pas, et nous croyons faire pour la santé ce que la sensualité seule nous fait faire. Le plaisir que nous goûtons nécessairement nous fait ignorer où finit le simple nécessaire. »
Nous parlerons donc, dans le second article, et de cette mesure et des moyens de la trouver.
Mais au moins, diront quelques-uns, il n'est pas besoin que ceux qui sont dans des monastères prennent soin de se prescrire là-dessus aucune mesure; leurs supérieurs l'ont fait avec prudence et discrétion : ils ont déterminé, selon la différence des temps, une certaine quantité de viande, d'œufs, de poissons, de légumes, de riz, de beurre, de fromage, de fruits, de bière ou de vin. Nous pouvons donc, diront-ils, prendre de toutes ces choses en assurance, et sans craindre d'y passer les bornes d'une juste mesure.
Ces sortes de personnes ne croient pas que les catarrhes, les rhumes, les maux de tête et d'estomac, les fièvres et les autres maladies dont ils sont souvent tourmentés, viennent d'excès dans le boire ou dans le manger. Ils les attribuent aux vents, à la malignité de l'air, à des veilles, à des excès de travail, ou à de semblables causes étrangères. Il est évident qu'ils se trompent; la même quantité de nourriture ne saurait être également proportionnée à tant de tempéraments si différents. Ce qui peut n'être précisément que ce qu'il faut à telle personne jeune et robuste peut être deux ou trois fois plus qu'il ne faudrait à telle autre qui a plus d'âge et moins de force. C'est ce qu'après Aristote
Mesure convenable du boire et du manger. 171
enseigne si bien saint Thomas *, et qui est assez clair de soi-même. Si les supérieurs de monastères ont cru devoir ordonner une telle quantité de nourriture, c'était seulement afin qu'elle pût convenir même aux plus robustes mais que les autres n'en prissent que ce qu'il leur en faudrait, et que, par rapport à ce qu'ils laisseraient, ils pussent avoir le mérite de la tempérance. Il n'est pas difficile d'en suivre les règles tant que l'on n'a point occasion de ne les pas suivre; mais d'être tempérant, quand on pourrait ne le pas être, et de réprimer l'intempérance dans l'usage des choses les plus capables de l'irriter, c'est ce qui n'est pas si facile, principalement aux jeunes gens et à ceux qui n'ont point encore fait d'effort pour vaincre cette passion. Aussi est-ce quelque chose de bien agréable à Dieu que de la surmonter. C'est même pour augmenter le mérite de la tempérance que l'on donne, dans quelques monastères, plus de nourriture et plus diversifiée que ne le permettraient les bornes de cette même tempérance 2.
Nous en avons un exemple illustre dans la vie de saint Pacôme, écrite depuis cent vingt ans, avec beaucoup de fidélité, et marquée, selon Surius, le quatorze mai. On y rapporte que dans ces monastères^ principalement dans ceux où il y avait des jeunes gensr il voulait qu'on leur servît non seulement du pain avec du sel, mais encore quelque autre chose; en sorte