‹ La Sobriété, conseils pours vivre long-tempsChapitre 26 sur 42 · Ch. xxi · texte numérisé non relu

Ch. xxi

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tité sans doute eût été plus que suffisante, principalement aux plus âgés. A qui pourrait ne pas suffire tant de pain par jour? Pourrait-on dire que qui en aurait mangé deux livres n'en aurait que peu mangé? Il serait au contraire surprenant parmi nous, qui sommes sous un climat bien plus froid, que quelqu'un mangeât deux livres de pain dans un seul repas; loin de passer pour sobre et pour abstinent, ne passerait-il pas au contraire pour intempérant?

De plus, ces deux petits pains étaient si peu capables de rassasier, que quelques-uns aimaient mieux s'en abstenir deux jours que de manger chaque jour avec les autres, afin de prendre ensuite une double portion et de satisfaire leur appétit. Le même Moïse le rapporte et le désapprouve.

D'ailleurs, qui pourrait dans un repas manger quatre livres de pain sec, c'est-à-dire, selon eux, quarante-huit onces, surtout s'il ne s'applique qu'à des choses spirituelles?

Enfin, selon ce qu'en rapporte le même abbé, dans le temps que Sérapion n'était encore qu'enfant, mais qui dans la suite devint abbé lui-même, après avoir mangé avec les autres deux petits pains à trois heures après midi, il avait encore faim et en dérobait un troisième, qu'il mangeait ensuite en secret. Y a-t-il jamais eu d'enfant qui ait pu manger trois livres de pain par jour?

Il paraît donc constant que chacun de ces petits pains n'était que de six onces, et que les deux ensemble n'étaient à peu près que d'une livre.

Si ces Pères jugeaient par une longue expérience

Sept règles pour trouver cette juste mesure. 181

que ce fût assez par jour de douze onces de pain sans autre chose, et qu'ils soient même parvenus par cette diète à la plus extrême vieillesse, dans une parfaite santé et dans une entière vigueur de tous leurs sens, combien plus peuvent suffire six ou sept onces d'autres choses plus agréables au goût et plus succulentes que du pain sec. On peut ajouter qu'ils ne buvaient que de l'eau et que l'eau ne nourrit point comme la bière et le vin.

Enfin l'expérience fait voir clairement qu'il y a bien des gens qui mangent et boivent bien moins, et qu'ils ne laissent pas d'être suffisamment nourris 4.

Quoique le régime dont nous avons parlé jusqu'ici regarde plutôt les personnes infirmes ou âgées que les autres, je crois cependant qu'il serait aisé de prouver qu'il pourrait encore suffire à ceux qui se portent bien, qui sont d'un tempérament robuste et même dans la fleur de leur âge, s'ils sont appliqués à l'étude ou à d'autres choses de ce genre. La preuve en est dans une infinité d'exemples de saints, qui, même dès l'âge de quinze ou vingt ans, s'en sont tenus à cette mesure et quelquefois à moins, quoiqu'ils ne vécussent que de pain et d'eau, ou d'un peu d'herbe et de légumes.

Quelques-uns vivaient et très longtemps et très sainement, au milieu même de grandes peines d'esprit et de corps. Il y avait même quantité de monastères où cette mesure était prescrite comme une loi commune aux plus jeunes et aux plus âgés, et comme une mesure qui d'ordinaire devait suffire à chacun d'eux éga-

i. Supposé, comme il le sous-entend, toutes choses d'ailleurs égales.

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lement. Ces Pères donc, qui avaient une grande expérience de ces choses-là et qui savaient parfaitement ce que demande la nature, jugèrent que cette mesure suffisait à tout âge.

C'est l'avis de Cornaro ; il le prouve même par son exemple, puisqu'il commença ce régime dès Page de trente-six ans *.

Quelques-uns objectent que le potage, emporte souvent huit ou neuf onces, et que comme il n'en reste plus alors que trois ou quatre de pain ou d'autre nourriture, il faudrait ou ne point manger de potage ou ne manger presque rien autre chose. Pour prévenir cet inconvénient, il n'y a qu'à manger moins de potage, et proportionner le solide avec le liquide, en les pesant séparément, de telle sorte que le tout ensemble ne passe point la mesure prescrite.

Mais notre dessein n'est pas de descendre dans ces minuties, il nous suffit d'avoir fait voir que cette mesure est raisonnable.

La cinquième règle regarde la qualité des aliments.

Il n'est pas nécessaire de s'en mettre fort en peine, quand on se porte bien et que la nourriture que l'on prend convient à la nature.

Presque toutes les viandes dont on use d'ordinaire conviennent à ceux qui sont d'un bon tempérament, pourvu qu'ils gardent une juste mesure. Tel peut vivre, et très longtemps et très sainement, de pain, de lait, de beurre, de fromage * et de bière, principalement s'il y est accoutumé dès l'enfance.

i. Voyez plus haut, p. io3.

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