Il faut cependant demeurer d'accord qu'à l'égard du fro
Sept règles pour trouver cette juste mesure. 183
Mais il faut s'abstenir de toutes choses malsaines, quelque agréables qu'elles puissent être, quand ce ne serait que de crainte d'en prendre par excès.
Presque toutes les choses trop grasses sont contraires à la santé. Elles relâchent trop l'estomac; elles en désunissent les forces, qui ne sauraient être trop réunies; elles empêchent la digestion des autres aliments; elles les font descendre de l'estomac à demi digérés; elles envoient à la tête quantité de fumées qui causent des espèces de vertiges, des toux, des asthmes et d'autres maux de poitrine.
Si les aliments ne se digèrent pas parfaitement, et en autant de temps qu'il en faut pour une parfaite digestion, quelque bon estomac qu'on puisse avoir, ils se tournent en mauvaises humeurs, et ces humeurs en bile et en crudités, toutes matières de fièvres.
Ceux qui s'appliquent à l'étude doivent manger sobrement, et proportionner le pain à ce qu'ils mangent d'ailleurs, pour empêcher, au moins en partie, les mauvais effets qui pourraient en arriver *, comme les fluxions de tête, les vapeurs, les vertiges, les toux, les indigestions d'estomac, les enflures, les coliques, les tranchées, et tout ce qui peut être contraire au corps et à l'esprit.
mage, comme dit l'Ecole de Salerne [Ecole de Salerne, trad. nouvelle, Paris, 1880, p. 106), qui moins en mange est le plus sage ; aussi bien que la noix, dont elle dit au même endroit qu'une vaut mieux que deux ou trois. Rien ne cause plus d'obstruction que l'un, et plus d'indigestion que l'autre.
1. Le pain empêche les autres aliments de se corrompre, de gâter l'estomac, et de rendre, par conséquent, l'haleine mauvaise.
184 Moyen de vivre plus de cent ans.
Ce serait une folie d'acheter au prix de tant et de si grandes incommodités un plaisir aussi vil et d'aussi peu de durée que celui du boire et du manger. Rien ne marque davantage que Ton en est l'esclave que de s'y satisfaire, au risque d'en être incommodé.
Ce n'est pas que l'on ne doive jamais user de ces sortes d'aliments, quelque sobrement qu'on en use, comme font scrupuleusement quelques-uns, qui ne mangent ni choux, ni oignons, ni pois, ni fèves, ni fromage, de crainte d'amasser des humeurs mélancoliques, bilieuses, gluantes et capables de gonfler : seulement on ne doit en prendre qu'avec modération. Quand on n'en prend que peu ou rarement, ils ne peuvent incommoder, surtout s'ils sont agréables au goût; et souvent ceux qui nuisent par leur excès sont utiles à la nature, si l'on en fait un usage modéré.
De toutes les sortes d'aliments, aucun ne convient mieux aux personnes infirmes ou avancées en âge qu'une espèce de panade avec un ou deux œufs : on peut vivre de cela seul et d'une vie aussi longue que saine. Cornaro le prouve par sa propre expérience. Les Italiens nomment panade une espèce de bouillie faite de pain, d'eau et de jus de viande cuits ensemble. Cette nourriture est une espèce de chyle presque aussi fait que celui qui se forme dans l'estomac par la coction des viandes. Cette panade est composée de choses très tempérées; elle n'est point sujette, comme plusieurs autres, à se corrompre dans l'estomac. Enfin il s'en forme un sang pur, et dans une juste quantité.
On peut même aisément y ajouter de quoi la rendre ou plus chaude ou plus nourrissante. Aussi le Sage
Sept règles pour trouver cette juste mesure. 185
dit-il * « que le pain et l'eau sont le fondement de la nourriture de l'homme ». Il veut faire entendre par là que ces deux choses sont les plus propres à soutenir et à conserver la vie.
On pourrait au moins se passer de viande ou de poisson, et de tout ce qui peut d'ailleurs exciter l'appétit.
Plutarque 2 n'approuve pas l'usage de la viande . « On doit beaucoup, dit-il, en appréhender les crudités; elle charge extrêmement dès que l'on en a mangé, et elle laisse dans la suite de fâcheux restes. Il eût été bien plus avantageux d'accoutumer la nature à n'en point désirer. La terre produit assez de choses nourrissantes et agréables et qui, pour la plupart, n'ont pas besoin d'apprêt, et que l'on peut cependant diversifier d'une infinité de manières. »
Plusieurs médecins sont de cet avis, et l'expérience l'autorise.
Il y a beaucoup de nations chez qui l'usage de la viande est très rare et qui ne vivent principalement que de riz et de fruits : ils n'en vivent cependant que plus longtemps et plus sainement. Les Japonais, les Chinois, plusieurs régions de l'Afrique, et même les Turcs sont de ce nombre.
On le voit d'ailleurs chez une infinité de laboureurs et de gens de métier, qui d'ordinaire ne vivent que de pain, de beurre, de bouillie, de légumes, d'herbes, de fromage 3, et ne mangent de la viande que très rare-
i.Eccl., 26.