RÉPONSES A QUELQUES DOUTES ET A QUELQUES OBJECTIONS
Art. I. — Régime selon les saisons.
, dîra-t-on, ne faut-il pas du moins changer de régime selon les saisons? Il semble que Ton doit manger davantage l'hiver que l'été.
i En hiver et au printemps, dit Hippoe ventre est naturellement le plus chaud et le sommeil le plus long; c'est donc dans ces saisons qu'il faut donner plus de nourriture ; car la chaleur innée étant la plus abondante, plus de nourriture est nécessaire, témoins les jeunes gens et les athlètes. Pendant Tété et l'automne, la nourriture est supportée le plus difficilement, le plus facilement pendant l'hiver, en second lieu pendant le printemps. »
Il semble, par la même raison, que l'hiver il faille
I. HippocraU-, Œuvres, trad. Littre. Aphorîsmcs, 1" section, 18, Paris, 1844, tome IV, p. 467.
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prendre des aliments secs et chauds, parce que la pituite, alors plus abondante, ne peut se dissiper, et que l'été Ton doive en prendre d'humectants et de rafraîchissants, parce que la chaleur de l'air dont on est entouré dissipe beaucoup d'humeurs et dessèche le corps.
Il paraît véritablement, de l'aveu même des médecins, qu'on doit en user de cette manière, autant qu'on le peut commodément. Si l'on a besoin d'une nourriture plus sèche, comme en hiver et quand il a plu longtemps, il est aisé d'augmenter de quelque chose le manger, et de diminuer le boire à proportion et même les aliments qui ont un peu trop de suc. Si l'abondance de la boisson et des aliments qui ont beaucoup de suc fait du bien dans un temps sec, elle ne peut qu'incommoder quand on a respiré quelques jours un air trop humide et trop froid ; cette sorte d'air cause des fluxions, des toux, des enrouements. Quand on a besoin d'une nourriture plus humectante, on n'a qu'à mêler avec le vin un peu plus d'eau, ou prendre au lieu de vin un peu de bière : c'est une boisson qui humecte et qui rafraîchit assez.
Il ne paraît pas que les saints Pères eussent beaucoup d'égard à cette différence de saisons : ils réglaient pour toute l'année une même sorte de nourriture et dans la même quantité, et ils en vivaient plus longtemps. A présent, on a plus d'égard à ce qui convient à la santé. Mais, si l'on varie les mets conformément aux saisons, ceux qui veulent vivre sobrement peuvent choisir ceux qui leur sont plus convenables.
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Art. IL — Faut-il faire un ou plusieurs repas ?
Lequel vaut le mieux de prendre en un seul ou en plusieurs repas la quantité de nourriture dont nous avons parlé ?
Ceux d'entre les anciens qui ont eu beaucoup de soin de garder la tempérance se sont contentés d'un seul repas par jour, qu'ils prenaient après le soleil couché ou à trois heures après midi, comme Cassien le rapporte.
Plusieurs croient cependant qu'en un âge avancé il vaut mieux faire deux repas, mais toujours sobres, à cause de la faiblesse qui accompagne un tel âge ; loin de produire une surcharge de nourriture, la digestion s'en fera plus aisément. On pourra donc en prendre sept ou huit onces à dîner, et le soir trois ou quatre, ou sept ou huit le soir et trois ou quatre à dîner selon sa commodité.
Tout dépend principalement de la complexion et de l'habitude. Si l'estomac est rempli de pituite froide et lente, il paraît plus à propos de ne manger qu'une fois par jour. Il faut beaucoup plus de temps pour cuire ces crudités et pour les dissiper ; c'est ce que l'expérience nous a fait connaître très clairement. Quand même on croirait ne devoir manger que le soir, il ne faudrait pas laisser de prendre à midi quelque chose, et de nature à dessécher la trop grande humidité de l'estomac ; ou , si l'on dîne à midi, il faudra prendre quelque chose le soir, comme un peu de pain avec quelques raisins ou choses semblables
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Plus on avance en âge, plus on doit avoir soin de corriger cette humidité de l'estomac et de la tête.
« La sagesse, dit un ancien, réside en un lieu sec et non en un lieu marécageux et plein d'eau ; c'est ce qui fait dire à Heraclite que Pâme du sage est comme la lumière sèche. »
Art. III. — Faut-il toujours prendre la même quantité d'aliments?
Quelqu'un objectera peut-être que de savants médecins n'approuvent pas une manière de vivre si mesurée , de peur que l'estomac ne se resserre et ne s'accoutume tellement à cette quantité précise, que, pour peu qu'on la passe, il n'en ressente une pesanteur considérable, et que cela ne l'oblige de s'étendre plus qu'à l'ordinaire. Pour éviter cet inconvénient, ils conseillent de ne pas s'en tenir toujours si scrupuleusement à la même quantité de nourriture, mais d'en prendre quelquefois plus et quelquefois moins. C'est ce que Hippocrate semble confirmer. « Une diète tenue et stricte est dangereuse *. »
Beaucoup de personnes ne peuvent observer cette uniformité de régime, à cause des fréquentes occasions de festins qu'elles ne peuvent ou ne veulent pas éviter, et ne sont point assez maîtresses de leur bouche pour pouvoir garder une tempérance uniforme dans de si fréquentes occasions d'intempérance, principalement lorsque les autres les sollicitent par
i. Hippocrate, Aphor., sect. I, 4, Paris, 1844, t. IV, p. 460.
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leur exemple à donner quelque chose à la nature. Si elles mangent alors par excès, elles s'en trouvent incommodées ; on vient d'en rapporter la véritable raison. C'est ce qui n'arrivera point à ceux qui sont capables d'éviter ces occasions d'excès et de garder un régime de vie suivi. Rien ne leur convient mieux, principalement s'ils sont d'une complexion délicate ou d'un âge avancé. Inexpérience et la raison ne permettent pas d'en douter. Peu importe même de passer de quelque peu cette mesure, pourvu que ce soit rarement. De si petits excès ne sont pas capables d'incommoder, pourvu qu'ils ne soient pas fréquents et qu'immédiatement après on revienne à son régime ordinaire.
Si l'on mange plus que de coutume à dîner, il faut ou ne point souper, ou souper plus légèrement. Si l'on a trop mangé à souper, il faut le lendemain moins manger à dîner ou ne point dîner du tout. Un tel inconvénient n'est donc pas si considérable, que pour le prévenir on doive éviter une vie de régime.
Mais s'il arrivait trop souvent que l'on mangeât avec excès, quelque léger même qu'il fût d'ailleurs, il pourrait être fort dangereux, surtout à ceux qui seraient accoutumés à vivre de régime. Cornaro nous l'apprend par son exemple même 4 . Il rapporte que, depuis l'âge de trente-six ans jusqu'à celui de soixantequinze, il n'avait pris de nourriture par jour que douze onces de solide et quatorze de liquide, et qu'il avait vécu dans une santé parfaite ; qu'ensuite, de