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Voy. Cornaro, De la sobriété, p. no

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l'avis de quelques médecins et à la sollicitation de ses amis, il avait ajouté deux onces de l'un et de l'autre, et que dès le dixième jour ce peu d'augmentation lui avait causé de très fâcheuses maladies, un fort grand mal de côté, une oppression de poitrine et une fièvre de cinq semaines. Les médecins qui l'avaient mis dans cet état jugèrent eux-mêmes que c'était un homme mort s'il ne reprenait son régime ordinaire.

Je connajs un homme qui depuis plusieurs années ne faisait qu'un repas, il soupait, mais il ne prenait à midi que peu de chose, et même quelque chose d'assez sec. A la sollicitation de plusieurs personnes, il prit à midi un peu plus de nourriture et plus humectante. Dix ou douze jours après, ce changement lui causa, pendant quelques semaines, de si grandes douleurs d'estomac et d'entrailles, que Ton croyait qu'il allait mourir. Il fut guéri par de grands remèdes que lui avaient ordonnés de savants médecins. Il retomba une seconde fois dans la même maladie et fut guéri par les mêmes remèdes. A quelque temps de là, il retomba encore malade, pour la troisième fois ; il se trouva même plus mal qu'à l'ordinaire, et cela quelques jours de suite. Il jugea qu'un tel mal ne lui venait que pour avoir changé de régime. Après avoir examiné la chose avec beaucoup de soin, il le reprit. Dès le premier jour, ses maux commencèrent à diminuer, et dès le quatrième ils se trouvèrent tellement diminués, qu'il ne lui resta plus qu'une grande faiblesse, qui s'en alla même peu à peu par le secours de ce régime.

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Ce n'est ni la quantité des mets, ni leur délicatesse qui peut fortifier un tempérament faible, mais une juste proportion d'aliments convenables.

L'aphorisme d'Hippocrate, cité un peu plus haut, n'est point contraire à ceci : il ne parle que d'aliments si mesurés, et d'ailleurs si peu capables de nourrir, qu'ils ne suffisent pas pour soutenir les forces d'un tempérament. Nous parlons ici d'un genre de nourriture convenable à la nature de chacun, sans en marquer nul de précis, et d'une quantité proportionnée aux forces de l'estomac et propre à maintenir dans une santé parfaite.

Art. IV. — Ne suffit-il pas de se purger ?

Mais, dira-t-on, tout le monde ne peut pas garder un régime de vie si exact. N'y a-t-il donc point, pour ceux qui ne peuvent s'y assujettir, quelque autre moyen de se conserver en santé et de vivre longtemps ? C'est de se bien purger au moins deux fois l'année, au printemps et en automne, et de se délivrer par là de toute mauvaise humeur. Ceci ne regarde que ceux qui, d'ordinaire, font moins d'exercices de corps que d'esprit, comme les ecclésiastiques, les religieux, les jurisconsultes et tous les autres gens d'étude.

Mais il faut préparer les humeurs à cette purgation; c'est le sentiment d'habiles médecins. Elle ne doit point non plus être trop forte, ni de nature à faire d'abord tout son effet. Il faut s'y préparer deux ou trois jours auparavant, par quelque remède qui

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n'opère que d'une manière insensible. Cette manière fait sans doute plus d'effet et moins de peine *. Le premier jour, les entrailles se purgent ; le second, le foie ; le troisième, les vaisseaux où il s'amasse quantité de mauvaises humeurs 2.

Ceux qui ne vivent pas sobrement ajoutent chaque jour quelques crudités, qui passent par les vaisseaux et se répandent dans toutes les parties du corps, qui est comme une éponge.

Souvent, en un ou deux ans, il s'amasse dans le corps plus de deux cents onces de mauvaises humeurs 8. Ces humeurs se corrompent par succession de temps et causent des maladies qui avancent la mort de la plupart des hommes. C'en est presque la seule cause dans tous ceux qui meurent avant l'extrême vieillesse, à la réserve de ceux qui meurent de mort violente. Il meurt en peu de temps, par la malignité de ces humeurs, au milieu de toute sorte de commodités, une infinité de personnes qui, dans une galère, à ne vivre que de biscuit et d'eau, comme les matelots, auraient pu vivre longtemps et dans une santé parfaite. Pour prévenir ce danger, on n'a qu'à se purger à propos,

1. Elle fait moins de peine sans doute, dès que cette opération est insensible; elle fait plus d'effet, parce que la nature a plus de loisir de se débarrasser de ce qui l'incommode, et que d'ailleurs le corps en est plus fluide.

2. Cela ne veut dire autre chose, sinon que ces mauvaises humeurs ne peuvent s'évacuer que successivement.

3. Mais il ne faut pas croire que, de tout ce qui s'en es amassé pendant tout ce temps-là, il ne s'en soit point dissipé d'une manière ou d'une autre, quand ce ne serait que par l'insensible transpiration. Autrement, le corps ne serait presque plein que de mauvaises humeurs.

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au moins deux fois l'année. Il ne pourra rester alors beaucoup de ces humeurs, et elles ne seront pas si sujettes à se corrompre.

J'ai connu plusieurs personnes qui sont parvenues par ce moyen, sans aucune maladie grave, jusqu'à l'âge le plus avancé.

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