‹ La Sobriété, conseils pours vivre long-tempsChapitre 35 sur 42 · EccL · texte numérisé non relu

EccL

210 Moyen de vivre plus de cent ans.

temps; et si ceux qui vivent sans règle vivaient de régime, leur vie en serait sans doute et plus longue et plus saine, et ils seraient mieux en état de faire usage de ce qu'ils peuvent avoir d'esprit et d'érudition. Il n'est pas possible que ceux qui ne vivent pas frugalement ne se remplissent de mauvaises humeurs, qu'ils ne soient souvent attaqués de maladies, et que, sans faire tort à leur santé, ils puissent s'appliquer longtemps à des choses qui demandent quelque contention d'esprit. Toute la force de la nature et des esprits doit être occupée à la digestion des aliments, et, si l'on détourne avec violence ce que ces esprits ont de vigueur, leur coction ne se fera que très imparfaitement , ou sera la source de crudités ; la tête se remplira de vapeurs qui offusqueront l'esprit et causeront même de la douleur, si l'on s'applique trop fortement. Ces personnes ont souvent besoin d'exercices corporels ou de remèdes capables de dégager le corps ; et, quelque long temps qu'ils vivent, c'est toujours. peu, du moins par rapport à l'esprit et à ses fonctions. La plus grande partie de leur vie est employée à des besoins corporels. C'est la chair qui devrait être l'esclave de l'esprit; c'est au contraire leur esprit qui est l'esclave de leur chair. Une telle vie convient-elle à un homme qui, dans l'usage des choses sensibles, ne doit avoir que des objets spirituels, et maîtriser continuellement ses sens et ses passions ?

Si ceux qui sont d'une complexion délicate vivent de régime, ils sont bien plus sûrs de vivre longtemps et en santé que ceux qui sont les plus robustes et qui vivent dans l'intempérance. Ceux-là n'ont point de

Avantages de la sobriété par rapport au corps. 211

mauvaises humeurs, ou du moins en telle abondance qu'elles puissent causer des maladies ; ceux-ci se remplissent, dans le cours de quelques années, de quantité d'humeurs, qui se corrompent de plus en plus, et qui deviennent des occasions de maladies fâcheuses et souvent mortelles.

Aristote l raconte, qu'un certain philosophe, nommé Hérodique, quoiqu'il fût d'un tempérament très faible et qu'il fût même étique, avait vécu cent ans par le moyen d'un bon régime. Platon en fait aussi mention.

Galien rapporte qu'il y avait de son temps un certain philosophe qui avait fait un livre où il prétendait enseigner l'art de vivre sans vieillir, jusqu'à l'âge le plus avancé. Galien prouve clairement que cette prétention est vaine et chimérique. Ce philosophe fait voir par sa propre expérience que cet art lui avait au moins servi à prolonger sa vie. A l'âge de quatre-vingts ans, où il était si épuisé qu'il n'avait plus que la peau et les osr il trouva le moyen, par cet art qui consistait uniquement dans un régime particulier, de vivre encore longtemps, et il ne mourut que d'étisie et de langueur.

Galien rapporte encore que « ceux qui ne sont point naturellement d'une complexion délicate peuvent par le secours de ce même art parvenir à l'âge le plus avancé dans une entière liberté de leurs sens, et même exempts de toute maladie et de toute douleur. Quoique je sois, ajoute-t-il, naturellement maladif et que ma profession ne m'ait pas permis de vivre toujours d'un régime uniforme, depuis l'âge de vingt-huit ans

Page 1