Aristote, Problèmes
212 Moyen de vivre plus de cent ans.
que j'ai mis cet art en usage, je n'ai eu aucune maladie, ou tout au plus que quelque fièvre éphémère i qui ne venait que de fatigue. »
Ceux qui vivent de régime non seulement parviennent à l'âge le plus avancé, exempts de maladies et de douleurs; mais ils n'en ressentent pas même à la mort; ils ne meurent que par une simple dissolution, ou de pur épuisement, comme une lampe qui s'éteint faute d'huile.
Une lampe s'éteint ou d'un souffle ou avec de l'eau, ou par manque d'aliment.
La vie de l'homme est comme une lampe, qui peut s'éteindre ou par une violence étrangère ou par une abondance de mauvaises humeurs, ou par épuisement. La chaleur naturelle même n'est que trop capable de s'épuiser par succession de temps ; et c'est ce qui se fait par l'insensible transpiration, à peu près comme de l'eau ou de l'huile par le moyen du feu.
Dans la première et seconde manière, il se fait une grande révolution dans la nature; il n'est donc pas possible que, pour peu que cela dure, on n'en ressente de grandes douleurs ; comment le tempérament pourrait-il résister à des effets qui lui sont si contraires ? c'est donc alors avec violence que l'âme se dégage des liens du corps.
Mais de la troisième manière on ne ressent aucune douleur ou l'on n'en ressent que de très légères. Le tempérament se détruit lui-même, d'une manière insensible : l'humide radical et la chaleur naturelle, les
i. C'est-à-dire d'un jour.
Avantages de la sobriété par rapport au corps. 213
deux premiers principes de la vie, se consument peu à peu. A mesure que diminue cet humide radical, la chaleur diminue aussi, et dès que l'un est consumé, l'autre s'éteint comme une lampe. C'est de cette manière que meurent presque tous ceux qui vivent de régime, à moins que ce ne soit de mort violente. Ils se préservent par la diète de tout ce qui pourrait détruire avec violence leur humide radical ou étouffer leur chaleur naturelle. Rien ne les empêche donc de vivre jusqu'à ce que ces deux premiers principes de la vie soient consumés. L'homme mourrait de la même manière, si Dieu cessait de conserver l'un avec l'autre.
Art. V. — La vie sobre rend le corps plus libre dans ses opérations
Le cinquième avantage de la vie sobre est de rendre le corps léger, agile, libre dans toutes ses fonctions et dans tous ses mouvements. La pesanteur, l'accablement et la lenteur dans les opérations naturelles ne viennent que d'humeurs qui s'emparent des jointures et les abreuvent par excès. On les évite par le moyen de la diète; il se fait une bonne digestion; il s'en forme un sang pur, et par conséquent des esprits aussi purs que ce sang et qui donnent au corps tout ce qu'il peut avoir de vigueur et d'agilité.