Liebig, Calendrier populaire d'Auerbach, 1869, page
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soupe à l'avoine par exemple, et, au lieu d'un mauvais bouillon qui n'a pas de force et d'une viande bouillie qui n'en a plus, qu'on prenne au dîner également une bonne soupe, par exemple à la farine, aux pommes de terre, au riz, etc., et un bon plat de légumes avec un laitage ou un farineux; de cette façon, on sera bien nourri, et l'ouvrier n'aura pas besoin de recourir à l'eau-de-vie ou au vin si souvent frelaté.
Il est probable que le café au lait ne sera jamais détrôné; mais qu'au moins les ménagères servent à côté de ce liquide, presque sans valeur nutritive, un des aliments substantiels que nous venons de mommer; les enfants en seront moins misérables et les maris moins buveurs.
Dans cette vaste diversité de matières végétales que nous offre la terre, nous n'avons guère que le choix de celles qui, étant bonnes par elles-mêmes, sont ou naturellement tendres et délicates, ou le peuvent devenir par le secours de l'art, parmi lesquelles les unes ont le suc aqueux, ou insipide, ou doux, ou aigredoux; d'autres, laiteux, ou tirant sur l'amer; d'autres enfin, tout à fait amer, et l'odeur douce, ou agréable, ou forte, pénétrante, ou ne sentant rien du tout. Nous pouvons même accroître ou mitiger chacune de ces qualités par les différents degrés d'assaisonnement qui leur sont propres. Ainsi, quand nous rassemblerions tous les végétaux dont nous, employons dans nos repas les racines, les corps entiers, les feuilles, les germes, les fruits, les graines, ou enfin les sucs, nous ne trouverions pas même cent sortes de plantes.
On en trouverait bien moins encore si, en suivant
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les principes que nous avons établis, on excluait entièrement les matières végétales les plus dures, les plus salées, les plus piquantes et les plus nourrissantes.
Il faudrait dans ce cas-là s'abstenir, avec l'exactitude scrupuleuse des Egyptiens, des oignons, de l'ail et de toutes les racines bulbeuses, ainsi que des fruits secs, des graines d'arbres et des herbes les plus dures, à l'exception des céréales, ou bien ne s'en permettre l'usage qu'en les faisant cuire dans l'eau, avec quelque autre substance, comme avec des légumes frais et tendres, mais extrêmement cuits et mêlés avec des herbes potagères ou avec quelques fruits aqueux. Ainsi, au rapport d'Aulu Gelle, Taurus, philosophe, grand admirateur et convive de Pythagore, mêlait des lentilles avec de la citrouille.
Les plantes qui peuvent suffire tant aux besoins qu'aux délices des pythagoriciens se réduisent à moins d'une quarantaine, presque toutes cultivées dans nos champs et dans nos jardins, à l'exception du sucre, et parmi lesquelles les plus communes sont les plus saines.
Pour les personnes qui pourraient s'y intéresser, nous donnons ici un menu végétarien, tel qu'il est recommandé par le Dr Dock 4 ; il va sans dire que nous faisons les modifications nécessaires suivant les malades et les différentes maladies.
Nous n'avons en règle générale que trois repas par jour : le déjeuner, à sept heures et demie du matin ; le dîner, à midi et demi, et le souper, à six heures et
1. Dock, Du végétarisme ou de la manière de vivre selon les lois de la nature, Saint-Gai 1, 1878, p. 3i.
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demie du soir; beaucoup de végétariens se contentent de deux repas par jour.
Le déjeuner se compose soit :
i» D'une soupe au gruau d'avoine ou à la farine de Graham (c'est-à-dire de la farine dont nous faisons notre pain naturel), avec des fruits, ou avec du lait;
2° De fruits, de lait et de pain;
3° Simplement de fruits et de pain.
Le souper est à peu près analogue au déjeuner ; on peut y ajouter un légume, ou une omelette, ou des œufs. Plus le souper est simple, mieux cela vaut.
Le dîner se compose :
i° D'une soupe faite avec différents ingrédients végétaux, par exemple : des pois, des lentilles, des haricots, de l'orge, du riz, des pommes de terre, divers légumes verts (julienne), jamais de bouillon;
2° D'un ou de deux légumes verts, comme la saison les donne (une ou deux fois par semaine des légumes secs), et des pommes de terre ou un farineux;
3° D'un laitage fait avec du riz ou du maïs, du gruau, du sagou, de la farine de Graham, etc., ou à la place du laitage, un dessert quelconque, par exemple : gâteau aux fruits, gâteau de Savoie, beignets, pudding, etc. ;
40 Toute espèce de fruits crus ou cuits.
La table végétarienne se distingue par sa grande simplicité, qui toutefois n'exclut pas la variété, et c'est là ce qui lui donne toute sa valeur hygiénique, surtout si la seconde condition, celle delà sobriété, est encore remplie; les végétariens s'en font une vertu.
éo • Le régime de Pythagore
Le reproche qu'on leur fait d'absorber de bien plus grandes quantités d'aliments que les mangeurs de viande n'est pas fondé du tout.
Un fait qui parle beaucoup en faveur du régime lacto-végétal, c'est que tous ceux qui l'ont suivi pendant un certain temps s'en trouvent très bien et reviennent rarement à leur ancien genre de vie, tant est grande la force du simple et de ce qui est naturel.
g 8. — Avantages moraux et sociaux du régime de Pythagore.
« Toute civilisation part de l'estomac, » a dit Frédéric II. — C'est dans le même sens que Emm. Kant disait : « L'homme est ce qu'il mange. »
Le régime pythagoricien dispose à la douceur du caractère, tandis que l'usage exclusif des substances animales dispose à la férocité.
Les peuples de l'Hindoustan, qui sont très sobres et qui ne se nourrissent que de végétaux, sont aussi les plus doux et les plus humains, et portent l'horreur du sang jusqu'à respecter celui des animaux.
Le végétarisme a sur la manière de vivre actuelle (viande et excitants) des avantages d'une grande importance et même d'une importance vitale; il est à la fois : Plus naturel , plus humain, plus moral, plus esthétique, plus sain, et plus économique.
Il conserve la triple santé de l'individu, c'est-à-dire la santé physique, morale et intellectuelle; il protège la famille et la société.
Il combat la pauvreté et la misère, comme aussi le luxe mal entendu, le libertinage; bref, il est pour
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Thumanité une des sauvegardes les plus sûres de son existence et une des meilleures garanties de sa prospérité.
En effet le végétarisme ne s'arrête pas à la seule question du régime; il est, avant tout, un principe moral par ses règles de sobriété, et il s'appuie en second lieu sur les autres facteurs naturels non moins importants, protecteurs de notre santé et de notre vie, c'est-à-dire l'air pur, la lumière, le soleil, l'eau, l'exercice ou le travail varié, et les influences morales. C'est dans cet ordre d'idées que Florence Lees a dit i : « Le genre humain, en revenant à sa nourriture normale, c'est-à-dire au régime végétarien, ne préjudicierait en rien à sa force physique et mentale. Tout au contraire, ce changement lui procurerait, autant que le permet la nature humaine, la persévérance dans le travail même le plus dur, la clarté de l'esprit, la pureté du sentiment moral, l'humeur égale et joyeuse, l'empire sur les passions et le règne durable de la civilisation. »
Art. II. — Le régime de Pythagore dans l'état de maladie.
Après ce que nous venons de dire sur la nature et la qualité des aliments qui composent le régime végétal, il ne doit plus paraître surprenant que l'on puisse, à Taide d'un tel régime,.guérir certaines maladies contre lesquelles on voit échouer tout l'art humain, d'en prévenir beaucoup d'autres, et de disposer
i. Lees, Die Ernâhrung des Menschen. Berlin, 1874. Corna» o. 4
Le régime de PyOxigore
généralement notre corps à être moins susceptible aux impressions des causes morbifiques; mais il faut ne se permettre pendant tout le temps qu'on devra s'y assujettir que des aliments animaux bien choisis, en user avec modération, et surtout ne point négliger de les mêler avec des herbes tendres et fraîches, soit douces, soit acides, amères ou odoriférantes.
Asclépiade guérissait tous ses malades en leur prescrivant des herbes et une nourriture végétale.
Le régime de Pythagore admet également la diète blanche, qui consiste à ne vivre que de lait, comme font tous les jeunes animaux, et comme on dit que vivaient anciennement et que vivent même aujourd'hui des nations entières.
L'usage s'en est introduit dans toute l'Europe, vers le milieu du xvi' siècle, pour la cure de certaines infirmités, et principalement des douleurs articulaires et de la goutte. Nous avons de plus, en faveur de cette méthode, l'exemple et l'autorité des anciens, entre autre d'Hippocrate, de Celse, de Pline et de quelques autres, parmi lesquels il parait qu'Aretée est le premier qui ait traité certaines infirmités avec la diète lactée, se fondant sur l'exemple des peuples qui ne vivent que de lait '.
On en a fait pareillement en Angleterre diverses expériences avec succès, contre la goutte. On y a vu, bien plus, quelque temps après, plusieurs goutteux guérir en ne vivant pendant quelques semaines que
i. Voyez Xouvcaii IUctiumiaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Lait, tome XX, p. 86, et Fonssaifrives, Hygiène alimentaire, 2' édition. Paris, 1867, p. 178 et 5o5.
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de plantes fraîches et salubres; et cette découverte n'a pas peu contribué à accréditer dans ce pays-là le régime végétal.
Nous avons parmi nous plus d'un exemple qui prouve que la diète lactée, mêlée avec l'usage abondant des végétaux, prévient ou diminue considérablement les douleurs de la goutte, pourvu qu'on observe en même temps de s'abstenir de viande ou de n'en manger que le plus sobrement qu'il sera possible.
Le régime végétal n'est pas seulement d'un grand secours contre les douleurs de la goutte et les maladies articulaires : sa vertu s'étend également sur toutes les maladies qui naissent de la trop grande force des solides, de l'âcreté des liquides, de leur épaississement, de leurs dépôts pesants et tenaces, et de l'activité trop puissante des forces mouvantes internes.
L'expérience fait voir qu'il est très propre à dissiper le rhumatisme et Yhypochondrie , fâcheuse infirmité qui vient des nerfs et qui réside principalement dans l'estomac et dans les intestins, et quelques autres maladies des nerfs.
De même encore Véthisie ou corruption des glandes et des viscères, accompagnée de fièvres lentes et habituelles, pourvu qu'elle n'ait point encore fait trop de progrès.
La diète végétale particulière, dit Fonssagrives * , fondée sur l'emploi exclusif de certains fruits, a été fréquemment instituée avec succès comme moyen de traitement de la phthisie. Van Swieten a rapporté un
1. Fonssagrives, Thérapeutique de la phthisie pulmonaire, Paris, 1880, 2* édition, p. 161.
Le régime de. Pytbagore
cas de guérison pur l'usage des fraises; Fréd. Hoffmann affirme avoir obtenu par le même moyen, et en deux mois, un succès semblable; Richter rapporte qu'il a observé un fait analogue, et que dans un au ou les mûres, les cerises et les fraises furent associées, le succès ne fut pas moins remarquable. Berger a cité un fait de guérison par l'usage du jus de concombre (?). Rivière a publié l'histoire d'une fille phthisiqtie qui fut guérie par un régime exclusivement composé de pain et de raisins secs {}). Qu'une foule d'erreurs de diagnostic aient pu se glisser dans ces résultats pour en altérer la signification, nous ne songeons nullement à le nier, mais on ne saurait en faire table rase.
Citons enfin les vices anéviysmatiques et le scorbut.
Telle est donc la vertu du régime végétal, qu'il apaise, qu'il prévient, qu'il détruit une infinité de maladies des plus dangereuses et des plus opiniâtres.
Ces effets, quelque surprenants qu'ils soient, ne paraîtront point exagérés si l'on jette les yeux sur les funestes calamités qu'a de tous les temps produites parmi les hommes une longue disette d'aliments végétaux. Les guerres, les sièges des places, les longs campements, les navigations éloignées, les populations dans les pays incultes et maritimes, les pestes célèbres et les vies des hommes illustres, nous offrent des traits bien frappants de la maligne et venimeuse activité des aliments contraires aux végétaux. J'entends par là les matières sèches et dures et longtemps conservées, quotqu'originairement végétales, et les matières animales, soit dures, soit fraîches, sans aucun mélange d'herbages ni de fruits.
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Telle fut l'origine de la peste <T Athènes, dont Thucydide nous a laissé une magnifique description; je dis bien plus, de la plupart des fléaux de cette nature, dont nous avons de fidèles relations, et d'une infinité d'autres maladies épidémiques : car il est bon de remarquer que tous ces maux-là viennent presque toujours à la suite de quelque siège long et opiniâtre, d'un froid excessif ou de la sécheresse qui détruisent les herbages ou les rendent si rares que les pauvres gens ne sauraient s'en procurer. Aussi voit-on dans ces sortes de circonstances que les riches sont toujours les moins maltraités.
Il en est de même du scorbut ; qui règne dans les pays chauds, ainsi que dans ceux où le froid se fait sentir le plus rigoureusement, et qui se guérit par le prompt usage des végétaux, quels qu'ils soient, comme avec la décoction de feuilles prises au hasard dans la première forêt. Ce n'est point le climat septentrional, ni l'air de la mer, ni la salaison des chairs qui le produisent; c'est l'abstinence des végétaux. Ne voit-on pas, en effet, les symptômes scorbutiques dominer à proportion que les aliments végétaux y sont rares, ou qu'on s'en abstient volontairement? Et d'où provient le scorbut, dont certaines maisons nombreuses nous paraissent infectées, si ce n'est d'un esprit d'économie mal entendue qui leur fait préférer les provisions sèches, comme étant de nature à se garder plus longtemps? Ce fléau gagne de même bien des personnes riches et instruites, mais capables de préjugés et d'erreurs ; esprits forts en fait de médecine, qui s'imaginent que cette science est incertaine ou inutile, ou
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qu'elle n'existe même pas, et ne peuvent se résoudre à convenir que le régime végétal puisse avoir autant d'efficacité. Ainsi Mathieu Curtius avança le terme de ses jours en ne se nourrissant que de pigeons dès qu'il fut arrivé à un certain âge *.
On a vu d'autres médecins, non moins estimés que Curtius, des théologiens , des jurisconsultes habiles, qui, négligeant ce précepte de médecine, qui n'est pas commun à la vérité , infectèrent leur corps de scorbut, par l'usage immodéré des bouillons trop substantiels, des œufs, des pâtes et autres aliments animaux, ou des végétaux secs et conservés, sans jamais songer à corriger ce pernicieux genre de vie par le mélange de salades, d'autres herbages ou de fruits.
Il est plus naturel de supposer que ce fut là la véritable cause de Yéléphantiasis, si commune en Egypte, que de l'attribuer, comme a fait Lucrèce2, à cette quantité de semences répandues dans l'air ennemi. Les horribles symptômes de cette maladie dénotent assez que l'éléphantiasis des anciens n'était autre chose qu'une espèce de scorbut invétéré.
On peut également donner ce nom-là à ces ulcères de la bouche dont Aretée fait ailleurs la description3, et qu'il appelle égyptiens et syriaques, parce qu'ils étaient fort communs dans ces pays-là.
Galien \ qui paraît avoir suivi exactement cette
i. Cardan, De sanit. tuenda, III, 167.