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Celse, III

4. Aretée, De Curatione acutorum et diutur. morborum, II, i3.

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avec beaucoup d'eau; ou, enfin, celle de Galien, dans le petit-lait et plusieurs herbages insipides. Il est vrai que ces différentes méthodes sont, comme la plupart des médicaments des anciens , même ceux que nous estimons le plus , mêlés avec beaucoup d'autres remèdes faux et contraires, tels que la chair de vipère, éternel et pernicieux instrument de la charlatanerie. Mais il faut convenir aussi que, cette partie de la médecine exigeant les connaissances les plus exactes, nous sommes plus à portée d'en juger sainement par les progrès que Ton a faits depuis dans les sciences.

Nous lisons dans Aretée * que quelques éléphantiaques, qui avaient été abandonnés, selon l'usage de ces temps-là , dans des montagnes et dans des déserts , par la crainte et l'horreur qu'inspirait ce mal contagieux, y furent retrouvés pleins de vie et sains quelque temps après. Rien ne prouve mieux que Téléphantiasis était de nature scorbutique, car il ne faut pas supposer qu'un tel changement leur fût arrivé pour s'être nourris de vipères, comme se l'imaginait le vulgaire, mais pour s'être abstenus de viandes et pour avoir vécu d'herbages.

Après des preuves aussi convaincantes de la vertu et des propriétés de la nourriture végétale, rien ne saurait justifier la prévention qu'on voit régner généralement contre ce genre d'aliments : ce préjugé paraît d'autant plus extraordinaire, qu'indépendamment de la fertilité de notre sol, qui rend les herbages et les

i. Aretée, De causis et signis acutorum et diuturnorum morborum, II, i3.

Dans la santé et dans la maladie. 69

fruits si communs, même le peuple des campagnes

est peu adonné à la viande.

Après tout, les aliments végétaux ne sont point si rebutants : l'expérience nous fait voir, au contraire, que rien n'est propre à rendre le goût fin et délicat comme de s'abstenir pendant quelque temps du vin et des mets succulents. Les houppes nerveuses de la langue et du palais sont moins oppressées, et leur action moins troublée par la quantité de corpuscules savoureux dont abondent les viandes, les aromates et les matières dures et huileuses.

Et, quand même les sens s'y trouveraient moins flattés, la santé influe si essentiellement sur tous les plaisirs de la vie, et la tempérance pythagoricienne est tellement propre à maintenir la santé et à prolonger la vie, qu'il n'est point d'homme sensuel un peu éclairé qui ne soit porté à sacrifier quelques moments de satisfaction à une considération aussi importante. Telle fut dans le fond la manière de vivre et de penser de ce Grec fameux1, dont les principes mal interprétés furent attribués par le vulgaire à une extravagante sensualité.

1. Si Ton en croit les auteurs qui ont écrit la vie d'Epicure, ce n'est point tant le dogme de ce philosophe sur le souverain bonheur qui l'a décrié dans l'esprit du vulgaire que les calomnies des stoïciens jaloux de la grande réputation dont il jouissait. Dans cette foule d'écrits et de libelles qu'ils publièrentcontre lui, il n'est sorte de vices qu'ils ne lui aient imputés. Epicure opposa à ses adversaires des exemples constants de sobriété, de chasteté, de zèle pour le bien public et d'une parfaite soumission aux lois. Rien ne donne une plus juste idée du caractère d'Epicure que les maximes admirables de morale qui sont répandues dans les écrits de ce philosophe, la vogue

jo Le régime de Pythagore

Bien des gens s^abstiennent des végétaux, dans la crainte qu'ils ne puissent trop affaiblir le corps, et par conséquent énerver l'esprit et amollir le courage. Il est vrai que Pythagore conseille à un champion de ses concitoyens1 de se nourrir de viande pour acquérir plus de force; ce qui lui réussit en effet si bien, que Ton changea depuis la nourriture des athlètes, qui consistait auparavant en figues sèches, en fromages, en grains, en légumes et autres matières acides végétales.

Mais je répondrai à cela qu'il y a une grande différence de la force athlétique à la véritable vigueur. Celle-ci naît d'un tempérament sain et d'une vie réglée, et l'autre n'était que l'effet d'une grosseur de corps artificielle produite par une nourriture forcée de viandes les plus substantielles et d'aliments durs et huileux, sans aucun mélange d'eau ni d'herbages. Mais une telle vigueur, quoique entretenue par des exercices continuels qui furent réduits chez les anciens à un art particulier, bien loin d'être réputée saine et naturelle, était au contraire regardée comme

extraordinaire qu'il eut dans la Grèce et dans l'Italie, la quan- H de statues qui lui furent érigées de son vivant, et les honque l'on rendait encore à sa mémoire plus de 400 ans 1 mort.

champion, appelé La ri mène, était de Sanios. La petite taille ne lui laissant pas espérer de pouvoir exercer ditage la profession d'athlète, Pythagore, qui était son t conseilla de quitter son régime ordinaire, qui consis- figues sèches et en fromage, et de se nourrir à l'avenir certaine quantité de viande chaque jour. Son corps se -*a par ce nouveau genre de vie au point qu'il vint à bout la suite de terrasser de plus forts que lui.

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une disposition prochaine à une rannhé de "^1»1ift très dangereuses, et Hippocrue conseillait judicieusement à ceux qui, n'étant pas athlète* de profession, ne i»s«fcw«y pas de vivre comme eux, de s'attacher à détruire promptement la rigueur artificielle de leur corps par l'abstinence et par les opérations de la médecine.

Platon observe qu'ils étaient plongés dans un assoupissement continuel, passant la plus grande partie de leur vie à dormir, et exposés de moment à autre à quelque maladie violente et imprévue.

Galien f détaille plus au long les accidents auxquels étaient communément sujets ces insensés, qui, par des excès d'une bravoure mal entendue, sacrifiaient leur santé au divertissement des autres. Plusieurs d'entre eux perdaient tout à coup l'usage de la parole et demeuraient sans connaissance et sans mouvement. Quelquefois accablés par leur propre masse, suffoqués parleur plénitude même, ils étaient subitement frappés d'apoplexie, ou ils périssaient par quelque hémorrhàgie.

Ces accidents ne sont pas moins fréquents „ chez les personnes extrêmement replètes, qui mangent avec excès des viandes substantielles, sans aucun mélange de végétaux. Un genre de vie de cette nature dérange dans ces corps-là l'équilibre qui est si nécessaire entre la masse des humeurs qui se meuvent du cœur aux parties et celles qui retournent des parties au cœur. Ces personnes-là

i. Galien, Œuvres anaiomiques, physiologiques et médicales, trad. par Ch. Daremberg. Paris, i»54-

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sont de plus particulièrement sujettes à l'hydropisie. C'est donc, comme dît Celse', parce que les aliments végétaux sont d'une matière très faible et d'une nourriture très légère qu'ils doivent composer la meilleure partie de nos aliments.

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