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POLÉMIQUES ET DUELS SOCIALISTES

terrain pour le compte de M. Jaurès. Il se battait aussi pour Mme Jaurès et pour Mlle Jaurès (notamment avec M. Léon Daudet). On observait, à cette occasion : « Quand un individu se bat pour une femme mariée, ce qu'on peut supposer de moins scandaleux, c'est qu'il a été payé en argent, et par le mari. » M. Gérault-Richard dût l'être vingt fois.

Enfin M. Jaurès lui-même s'est battu.

Non pas avec M. Cavaignac qui, en grande séance parlementaire, le traita « de menteur, de faussaire et de lâche ».

Non pas avec le comte de Bernis qui, à la tribune même de la Chambre, le souffleta deux fois.

Mais avec M. Barthou.

Et avec M. Paul Déroulède.

La rencontre avec M. Déroulède fut épique. M. Déroulède était alors exilé par arrêt de la Haute-Cour. Le ministère Combes suspendit l'effet de l'arrêt. M. Jaurès gagna en grande pompe la frontière des Pyrénées ; les préfets, les maires et les fanfares venaient le saluer aux gares, de Paris à la Bidassoa. Deux balles au mercure furent échangées solennellement. M. Augagneur, d'abord témoin de M. Jaurès, et médecin des maladies vénériennes à l'Antiquaille (hôpital spécial de Lyon), abandonna son client à la dernière heure, alléguant qu'il n'administrait pas le mercure sous cette forme. Et M. Gérault-Richard, encore, le remplaça.

Voir, sur cette affaire, un impayable dessin des Lustige Blœtter, reproduit perfidement dans VHumanité du 11 mai 1913. Le long Paul Déroulède apprête son arme, tandis que l'épais Jaurès est tenu vigoureusement par ses témoins, MM. Gabriel Deville et Gérault-Richard. Légende :

M. Déroulède {?) — Laissez donc votre client, Messieurs.. Il ne me mangera pas !

M. Gérault-Richard (?) — Non !... Nous ne pouvons pas le lâcher parce qu'il se sauverait.

Donc, les socialistes se battent en duel.

Donc, M. Jaurès se bat en duel.

Et c'est à lui qu'il faut s'adresser quand on essuie les outrages de VHumanité, puisqu'il a formellement déclaré à la séance du 26 mars 1909 :

Je prends envers tous la responsabilité de ce qui s'écrit sous ma direction !

Journal officiel, 27 mars, p. 878, col. 3. Huvianitéy même date.

S'il se dérobe, il faut le poursuivre en justice.

Ainsi, VHumanité avait pris l'habitude, en citant certains journaux dans sa revue de presse, d'ajouter qu'ils étaient « composés par des renégats », c'est-à-dire par des typographes non syndiqués.

Sept ouvriers de l'équipe de V Aurore, ainsi diffamés, assignèrent VHumanité. Le 6 avril 1911, la neuvième chambre correctionnelle alloua à chacun d'eux 200 francs de dommages-intérêts.

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