LES SOCIALISTES ET LA PRESSE BOURGEOISE
correspondants de V Humanité, rédacteurs des journaux socialistes locaux.
Les journalistes et même les lecteurs profanes ont dû remarquer, à l'époque des Congrès socialistes, nationaux ou internationaux, que les comptes-rendus sont beaucoup plus complets dans les grands journaux « bourgeois » que dans les journaux socialistes.
Pourtant, l'accès de ces Conciles est sévèrement interdit aux envoyés de la presse « bourgeoise ».
Ce sont les congressistes eux-mêmes, et non les moindres, les élus, les pontifes, qui fournissait aux journaux bourgeois leurs comptes-rendas détaillés et même des informations confidentielles.
S'ils font écarter les journalistes « bourgeois », c'est pour n'avoir pas de concurrents, et pour battre monnaie eux-mêmes, à la caisse du Temps, du Journal, du Figaro, de VEclair, du Petit Parisien, de VEcho de Paris et du Matin, avec les secrets de leur parti.
La seule différence qu'il y ait, dans les journaux « bourgeois », entre les rédacteurs « bourgeois » et les socialistes est celle-ci : les rédacteurs bourgeois montent par le grand escalier, font leur travail loyalement, au grand jour, et le signent de leur nom ; tandis que les Q.-M. unifiés, les rédacteurs de VHumanité, les futurs candidats socialistes montent par l'escalier de service, tâchent de n'être point vus par un membre du Parti, signent d'un faux nom, vendent des
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renseignements sur leurs organisations et sur leurs camarades. Et leur salaire est remis au bout d'une paire de pincettes.
Au mois d'août 1910, à la suite d'un incident survenu à Brème entre les gens de la Social- Démocratie et l'auteur de ce livre, les faits qu'on vient d'énoncer furent soumis à M. le Président et à MM. les membres du Congrès international socialiste qui s'ouvrait à Copenhague.
On ajoutait à l'exposé :
Il faut en finir avec l'hypocrisie de vos états-majors.
Vous osez, vous socialistes, écarter d'un geste pudique les journalistes que vous appelez u bourgeois » parce qu'ils disent la vérité au peuple, au lieu de le flagorner bassement !
Vous voulez faire croire à vos ouailles, plus naïves et plus sottement dociles que les ouailles des curés et des sorciers nègres, que vous vous tenez à l'écart des contacts profanes ?
Si vous n'êtes pas les derniers des hypocrites, vous prendrez dans votre présent Congrès des mesures pour que vos députés socialistes et vos journalistes socialistes débarrassent de leur présence les journaux bourgeois dont ils soutirent les subsides, et les associations bourgeoises où ils se faufilent tous les jours.
Puisque vous vous retranchez dans votre camp, que venez-vous espionner, que \^enez-vous dérober dans le nôtre ?
Vous ne pouvez pas cumuler plus longtemps les bénéfices politiques d'une intransigeance menteuse
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et les profits matériels de vos trafics secrets, de vos compromissions sournoises.
Je n'ai pas un instant l'idée que vous tiendrez compte de ces observations. Vous vous efforcerez seulement d'empêcher qu'elles ne viennent à la connaissance du pauvre troupeau de vos dupes.
Mais on saura tout de même que la question vous a été posée et que vous n'y avez pas répondu.
Urbain Gohier, journaliste « bourgeois ».
Ils n'y ont pas répondu.
Mais ils continuent tous d'émerger aux Caisses des journaux « bourgeois » qu'ils vilipendent dans les meetings et dans V Humanité.
Agents de V Allemagne contre la France
A la Chambre des députés (séance du 17 janvier 1908), M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, s'exprimait ainsi :
M. Pichon, ministre des affaires étrangères. — Au surplus, et pour répondre à une pensée que Je retrouve souvent dans les discours de M. Jaurès, je demande à notre collègue de n'être pas plus préoccupé que ne l'ont été les gouvernements étrangers de limiter les droits et les obligations de la France.
En langage clair, le ministre des Affaires étrangères demandait au citoyen Jaurès de n'être pas toujours plus germanophile que les Germains, plus Allemand que les Allemands, plus kaiserlick que le Kaiser.
A la séance du 19 juin 1908, le même Ministre des Affaires étrangères s'écriait :
M. Jaurès est l'orateur de l'Allemagne au Parlement français !
rj.
En 1904, c'est M. Jaurès qui avait demandé l'intervention de la France au Maroc et le concours financier de la France pour le sultan du Maroc :
Je suis convaincu, disait-il (24 avril 1904) que la France a au Maroc des intérêts de premier ordre.
Je suis convaincu que ces intérêts mêmes lui créent une sorte de droit.
Ce n'est pas impunément que les populations musulmanes ou marocaines pourraient-être groupées contre nous...
Nous avons donc le droit de prendre des précautions contre cet ordre de dangers !
En 1908, M. Jaurès réclama l'évacuation pure et simple du Maroc.
En 1904, l'ordre de Berlin était d'engager la France dans une aventure ; en 1908, l'ordre de Berlin était de livrer le Maroc à l'Allemagne.
Voici ce que disait, sur ce point, à la séance du 24 janvier 1908, M. Ribot, alors député. M. Ribot n'est point un ennemi de M. Jaurès, au contraire : il fut le candidat de M. Jaurès pour la Présidence de la République contre M. Fallières et contre M. Poincaré ; les deux politiciens grandiloquents et fourbes ont toujours agi comme des alliés. Mais, dans l'inteipellation relative au Maroc, M. Ribot déclara :
Je crois n'avoir jamais encouragé certaines illusions au sujet de la pénétration pacifique au Maroc. M. Jaurès, qui vient de quitter cette tribune,
AGENTS DE l' ALLEMAGNE CONTRE LA FRANCE ^O
ne pourrait peut-être pas en dire autant {Mouvements divers) ; lui qui se montre en ce moment si tranchant, lui qui nous propose en ce moment rien moins que d'évacuer immédiatement le Maroc, il me permettra de lui rappeler quelles illusions dangereuses il apportait à cette tribune il y a bien peu de temps encore.
C'était en 1904, lorsque nous discutions l'approbation de l'arrangement avec l'Angleterre. M. Jaurès, à ce moment, protégeait les ministres, un peu comme il reproche au cabinet actuel de protéger le sultan du Maroc (On rit), et il n'avait pas alors assez d'enthousiasme et de lyrisme pour célébrer les conséquences qu'il tirait audacieusement de ce traité. {Très bien ! très bien ! au centre.)
Il allait jusqu'à reprocher à mon ami M. Denys Cochin, qui n'est pas particulièrement froid quand il s'agit de la politique française au Maroc, de manquer d'enthousiasme, et il disait à M. Boni de Castellane, dont il louait le discours élégant : « Vous n'avez pas compris tout ce qu'il y a dans ce traité anglo-français. Savez-vous ce qu'il y a dans ce traité ? Il nous donne ce que la France n'avait pas hier : le droit exclusif d'organiser le Maroc comme nous voudrons. » {Bires au centre. — Mouvements divers.)
Et M. Jaurès, à ce moment, ne se préoccupait pas outre mesure, semble-t-il, de ce que d'autres puissances pourraient penser à ce sujet. Il disait au contraire — ce sont ses propres paroles — que désormais nous avions seuls, ou avec l'Espagne, le droit de procéder à la rénovation pacifique du Maroc.
Oh ! sans doute, il expliquait qu'il ne fallait pas
être trop impatient, qu'il y avait des dangers, que la configuration du sol et le caractère marocain, que nous connaissons si mal, pouvaient être des obstacles à une pénétration trop rapide, mais cela ne Tempêchait pas de proposer, avec un dédain magnifique de tous les obstacles, de créer immédiatement un budget pour le Maroc — aussi sérieux, disait-il, quoique un peu moindre, que celui d'une occupation militaire. {Mouvements divers.)
Il mettait le budget de la France au service du Maroc, et il n'y posait que deux conditions : la première, c'est que nous allégerions les impôts — non pas des contribuables français, mais des contribuables marocains (On lit) ; et la seconde, c'est que nous exigerions immédiatement du sultan qu'il mît à notre disposition, et à notre disposition exclusive, tous les moyens de pénétration : routes, chemins de fer, dont nous aurions besoin et dont nous entendions rester seuls les maîtres.
Si l'on avait suivi ce magnifique programme de pénétration pacifique, je vous laisse à penser où nous en serions aujourd'hui !
Durant toutes les négociations internationales relatives au Maroc, notamment au cours des négociations d'Algésiras, les articles quotidiens de M. Jaurès ont été, jusque dans les moindres nuances, le reflet de la politique allemande. Ils étaient littéralement dictés de Berlin.
Toutes les fois — (c'est-à-dire une trentaine de fois) — que M. Jaurès a pris la parole au Palais- Bourbon sur les affaires du Maroc, la substance de son argumentation a été indiquée vingt-quatre
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heures d'avance dans la presse officieuse allemande.
Ainsi, plusieurs jours avant l'interpellation de janvier 1908, la Vossische Zeitung expliquait comment « le gouvernement de la France allait être mis en fâcheuse posture devant l'Europe par les révélations de M. Jaurès ».
Ce n'est pas la presse socialiste, mais la presse gouvernementale et la presse financière de Berlin, qui ont toujours annoncé l'intervention et le langage de M. Jaurès au Parlement français.
La Frankfurter Zeitung, les Hamburger Nachrichten, la Berliner Zeitung, les Munchener Neueste Nachrichten, parlent sans relâche de M. Jaurès comme du Français le plus utile à l'Allemagne, le plus digne d'être Allemand.
Dans les journaux allemands, M. Jaurès est « Jaurès » tout court, fraternellement, ou même « Notre Jaurès », comme le Prince Frédéric, un des vainqueurs de 1870, était Unser Fritz.
M. Jaurès est le collaborateur régulier et grassement appointé — non pas du Vorwœrtz, le grand journal socialiste, — mais de la Berliner Tagehlatt, journal des gros spéculateurs juifs de Berlin, adversaire implacable de la Social-Démocratie et, par-dessus le marché, défenseur des homosexuels dans le dégoûtant procès Harden- Eulenbourg (Bureaux à Berlin, J erusalemerstrasse).
Dès ses débuts, VHumanité recevait 20.000
marks de M. Bebel, qui fut toujours un fervent nationaliste allemand.
Quand l'ambassadeur de l'Empire allemand à Paris était le prince von Radolin, il portait ouvertement à la villa des Chalets (résidence de M. Jaurès) les ordres et les subsides de la Chancellerie allemande.
UHumanité est l'organe de ûa Colonie allemande à Paris, au même titre que la Pariser Zeitung. Et M. Jaurès pousse la flagornerie jusqu'à faire baptiser ses enfants à l'eau miraculeuse du Jourdain comme les enfants des Hohenzollern !
Avant l'unification, les socialistes qui suivaient Guesde et ceux qui suivaient Vaillant appelaient M. Jaurès « l'entretenu de Monte-Carlo ». En effet, le prince de Monaco, marié à la Juive allemande Heine, et zélé serviteur du Kaiser, n'a jamais cessé de fournir à M. Jaurès des subsides et des informations diplomatiques pour paralyser l'action extérieure de la France.
D'autres politiciens français s'étant mis à la solde de l'Angleterre, M. Jaurès s'est mis à la solde de l'Allemagne pour jouir de « la vie large ». D'Allemagne nous ont été fournies les brasseries, la bière salicylée, l'homosexualité, l'autorité philosophique et sociologique du directeur de V Humanité.
Dans tous les Congrès internationaux, les Allemands acclament le citoyen Jaurès comme un des leurs ; sa casuistique obscure, son galimatias,