‹ La société de MadridChapitre 11 sur 38 · M. SAGASTA ET LES LIBÉRAUX DYNASTIQUES · texte numérisé non relu

M. SAGASTA ET LES LIBÉRAUX DYNASTIQUES

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Ne trouvez-vous pas que la chose la plus extraordinaire dans l'histoire, c'est combien peu l'expérience profite aux rois? 11 semble que plus on regarde de haut, mieux on doive dominer l'ensemble des faits; c'est le contraire qui arrive. Le roi Alphonse ne pourrait, en vérité, se plaindre si la situation de 1868 venait à se reproduire, puisqu'il en accumule lui-même les éléments. Il est incontestable, et don Alphonse Ta reconnu tout le premier à certaines heures, que si sa mère avait appelé à temps les libéraux, elle pouvait gouverner

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encore bien longtemps. Et que fait le roi Alphonse aujourd'hui? 11 gouverne avec les conservateurs!

Je vous demande pardon de cet exorde à la Sancho Pança, mais rien ne m afflige comme l'aveuglement.

Les progressistes pourtant avaient bien mérité le pouvoir. La dynastie ne pouvait ambitionner d avoir pour partisan un homme plus sincèrement libéral que M. Sagasta, mille fois plus conciliant que M. Canovas, et doué d'assez d'habileté politique pour ménager les oppositions républicaines parmi lesquelles luttent ses anciens amis. M. Sagasta est un homme d'État très adroit, aimable, pratique, connaissant les besoins de son époque el croyant sincèrement que, de même qu'en Angleterre, en Belgique, en Italie, on peut acclimater une monarchie constitutionnelle en Espagne. Je suis de son avis. Le peuple est travailleur, un peu indifférent lorsque rien ne l'excite, et supporte très longtemps un ministère dont il ne raffole pas, mais qu'il préfère à la guerre civile. Ancien révolutionnaire, habitué au pouvoir qu'il a tenu en main par inter-

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valles depuis 1868; dévoué aux siens, entouré de coreligionnaires importants et disciplinés, M. Sagasta eut, au début de la restauration, L'abnégation de croire une gauche indispensable à la monarchie. Sans lui, le Roi eût été loul simplement le chef du parti canoviste, et le trône doit lui savoir gré de l'immense service qu'il lui a rendu,

Mais une fois la « rougeole » passée, selon le mot de Tinfante Isabelle, Alphonse XII s'est refusé à faire ce qu'on appelle le tour pacifique des partis, et les services de M. Sagashi onl élé payés par le billet qu'avait La Châtre.

Remarquez, je vous prie, quelle loi singulière préside aux actes des Bourbons d'Espagne : naïveté ou entêtement, on ne sait quel terme choisir pour qualifier leur conduite. Ferdinand VII fait une guerre acharnée aux hommes de Tan XII, qui avaient soulevé la nation pour le délivrer de sa captivité de Bayonne. Cristina et su tille Isabelle II répudient Espartero et l'immense parti progressiste qui, après sept ans de guerre civile, les maintiennent sur le trône. Alphonse XII se livre à

lout ce qui représente la réaction, écarle les seuls politiques qui pourraient assurer, la durée de son régime. Les libéraux dynastiques, destinés à jouer un grand rôle, finiront par s'éloigner complètement, et, de même que le maréchal Serrano en 1868. ils deviendront 1 élément conservateur de la seconde révolution d'Espagne.

Le parti dont M. Sagasta est le chef compte dans son sein les hommes les plus estimables du parti monarchique. Ses généraux, les maréchaux Coucha, M artine/ Campo s et Jovellar, sont très influents dans Tannée; le général Salamanca, dont le nom a fait tant de bruit à propos de l'affaire des Carolines, est un ennemi que le Hoi devrait ménager : il est tout près de s'entendre avec les révolutionnaires, et alors c'en sera fait de la monarchie, la révolution, pour éclater, n'ayant plus qu'à s'adjoindre un général populaire. M. Salamanca, depuis le renvoi des insignes de l'Aigle rouge au Kronprinz et son attitude le soir de la manifestation anti-allemande, est devenu le héros de l'Espagne.

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La noblesse est représentée, dans le parti Sagasta, par le duc de Fernan-Nunez, le comte de Xiquena, le duc d'Albe, le marquis de Sanloal. lils aîné et héritier du duc d'Abrantès, et d'autres encore, non moins grands seigneurs que 1rs précédents. M. Sagasta s'est emparé de tous lt*> éléments libéraux des grandes famillrs , ci 1rs hommes politiques qui l'entourent, Gonzalett, Léon y Castillo, Nunez de Arce, Albareda .liulluii. Camacho, Alonso Martine/, Vega de Àrjttîjo, snnt l'élite du parti constitutionnel.

Dans la gauche dynastique, en dissulnicr avn:

M. Sagasta sur certaines questions, o mptr

le maréchal Serrano, le général Lopez Dotningue* et tous ou presque tous les démocrates ralliés â la royauté; mais ils croient, comme M, Sagasla, que la liberté dans la monarchie est la Mule sulution possible aux conflits intérieurs,

J'ai parlé tout à l'heure du général Siilanmno ; je tiens à vous renseigner sur cette personnalité redoutable. La comtesse de Campo À lange, >u mère, morte aujourd'hui, était la femme la plus

spirituelle de l'Europe et disait de lui des choses étonnantes, car elle était royaliste de vieille roche. Jamais mère et fils ne s'entendirent moins. « Il est venu au monde malgré moi, » s'écria-t-elle un jour. « Ne parlez pas ainsi de votre fils, lui disait un courtisan; il est le fruit de vos entrailles. — Comme le ver solitaire, » répondit-elle.

Le général Salamanca a fait sa carrière péniblement, pas à pas, jusqu'au grade de lieutenantcolonel; de colonel à lieutenant-général, il a rattrapé le temps perdu; et il ira loin, je vous assure, car il marche toujours droit à son but. Rien ne l'arrête. Pas de courbes qu'il ne coupe, pas de barrières qu'il ne saute. Salamanca est un brave, un véritable Espagnol. La diplomatie est une science dont il ignore le premier mot. Il dit haut ce qu'il pense et pense sincèrement tout ce qu'il dit. A-t-il de l'instruction ? Vaut-il quelque chose comme stratégiste? Je n'en sais rien. Pour moi, c'est un guerrillero modèle. Il possède une qualité qui vaut de l'or, surtout en Espagne : il est administrateur admirable et le plus honnête

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des hommes. Sagasta lui réserve le portefeuille de la guerre ; si je pouvais donner un conseil a ce cher don Praxedès, je lui conseillerais de nommer Salamanca ministre des finances; son honnêteté et son ordre seraient là bien nécessaires.

Son passage h l'administration militaire a montré la force et la lucidité de son esprit pratique.

Salamanca a tellement amélioré le sort de l'officier, en installant des fourneaux économiques et des pharmacies à bas prix, que l'armée subalterne le regarde comme son bienfaiteur. Au Congres, ses discours, froids et terribles, ouvrent toujours des brèches dans le camp ennemi. Ambitieux, on sent courir dans ses veines le sang royaliste et le sang du peuple; il est parvenu à jouer l'un des premiers rôles dans la société politique espagnole* En Espagne plus qu'ailleurs on aime les hommes hardis. Bientôt, si la monarchie continue à dédaigner les ressources conciliantes de l'esprit de M. Sagasta, l'influence du général Salamanca se fera sentir parmi le peuple; el une fois la foule soulevée, qui peul l'arrêter?

im. LA SOCIÉTÉ DE MADRID.

Le général Salamanca attend son heure, qui est relie de l'avenir. Son home de la place Bilbao est le rendez-vous des esprits libéraux, tandis que le troisième étage de la rue Fuencarral, où cependant nu trouve l'accueil le plus charmant, commence h devenir solitaire.

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