‹ La société de MadridChapitre 2 sur 38 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

phrase de Louis XIV : tâchez d'être aussi Espagnol que possible; aimez Lagartijo comme vousmême, le Valdepehas plus que votre prochain, et apprenez par cœur cette boutade du terroir : Despues de Dios la olla, y lo demas es bambolla. (Après Dieu, le pot-au-feu, et le reste est de la blague.) Mangez du puchero, buvez du vino tinto et prenez un abonnement à une barrera à la plaza de Toros. Cela fait, tâchez d'estropier le moins possible la langue de Cervantes, et vous serez choyé, chéri, adoré par une société facile, qui est indiscutablement la plus souple, la plus câline, la plus courtoise et point la plus bête de l'Europe.

Oubliez que vous êtes gentilhomme, devenez hidalgo; serrez la main de vos fournisseurs, ne donnez rien, mais offrez tout ce que vous possédez à tout le monde.

Fumez partout, chez vous, chez les autres, au théâtre. Comme vous ne pouvez être dévot, ne soyez point libre penseur. Respectez le Saint- Sacrement et mettez un genou en terre quand

vous rencontrerez dans la rue le prêtre porteur de la sainte hostie.

Si vous suivez mes conseils, si vous êtes aimable, spirituel, sincère, ami sûr d'amis auxquels vous aurez serré la main une fois, si vous ne faites pas état de votre carrière diplomatique, pour laquelle on n'a nul respect en Espagne, si Madrid vous plaît, que vous le disiez, que vous le prouviez par voire belle humeur, vous serez, entre tous nos collègues accrédités près Sa Majesté Catholique, le plus recherché , le plus populaire dans la société madrilène.

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