VINGT-DEUXIÈME LETTRE
À Madrid vous croirez revivre l'histoire en coudoyant les Alba, les Abrantès, les Osuna, les Medinaceli, les Pastrana, les San Lucar, les Monistrol ou les Punonrostro. Mais cette noblesse est pour ainsi dire regreffée sur des arbres nouveaux; vous allez en juger.
La grandesse fut instituée par Charles-Quint, à son retour du voyage qu'il avait fait en Allemagne pour être sacré empereur. Voulant imiter en tout Charlemagne, il nomma 12 grands, correspondant aux 12 pairs du Grand Empereur.
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Voici les noms des élus :
Le duc de Médina Sidonia;
Le duc d'Albuquerque ;
Le duc del Infantado ;
Le duc d'Albe ;
Le duc de Frias ;
Le duc de Médina de Rioseco ;
Le ducd'Escalona;
Le duc de Benavente ;
Le duc de Najera ;
Le duc d'Arcos ;
Le duc de Medinaceli ;
Le marquis d'Astorga.
Médina Sidonia s'appelait alors Guzman, aujourd'hui Toledo; Alburquerque , Cueva, aujourd'hui Osorio; Infantado, Mendoza, aujourd'hui Arteaga; Alba, Toledo, aujourd'hui Stuart; Frias est toujours Velasco ; Médina de Rioseco, Enriquez, aujourd'hui Giron; Escalona, Pacheco, aujourd'hui Giron; Benavente, Pimentel, aujourd'hui Giron ; Najera, Manrique, aujourd'hui Guzman ; Arcos, Ponce de Léon, aujourd'hui vacant; Medinaceli, Lacerda, aujour-
d'hui Cordova; Astorga, Osorio en 1465 comme de nos jours.
Le titre et le nom patronymique font deux en Espagne ; or, comme les titres peuvent se transmettre par les femmes, il en résulte que le pays possède une démocratie vraiment noble, pauvre et déconsidérée, avec une aristocratie bourgeoise, plus que plébéienne. Je m'explique. Des grands noms du royaume sont portés par des parvenus, et la sangre azul se trouve parmi les moyennes et les dernières couches sociales.
Vous trouvez dans le peuple, parmi les artisans, des Guzman, des Lacerda, des Benavides, — les plus vieux noms de Castille portés humblement mais dignement. Seules, peut-être, deux maisons ont gardé la filiation mâle : les Astorga et les Osuna.
En Espagne, il y a, tout comme des rois consorts, des ducs, des marquis, des comtes consorts. Ces nobles par leurs femmes ont une ethnologie spéciale; ils ne sont pas ducs, marquis, etc.; on les appelle duquesos, marquesos, condesos. Ainsi M. Ro-
salés, capitaine d'infanterie de marine, est duc de par son mariage avec la duchesse de Almodovar del Valle. M. Manuel Falcos, marquis de Almonacid, de la maison princière des Pio, fait honneur au titre de sa femme; il le relève même; mais les autres os sont illustrés uniquement par leur mariage.
La vieille noblesse de Castille est morte ; voyez dans la Guia : il y a trois ou quatre titres datant de 1300 ou 1400; deux douzaines à peine de 1500; un certain nombre de 1600 et 1700; la majeure partie date de notre siècle. La noblesse et le vin sont les seules choses qui gagnent à vieillir, et Y aristocratie (non pas la noblesse, qui est fort linajuda) , est trop nouvelle pour avoir eu le temps de se bonifier. Ne parlons pas des nobles modernes ; à part les noms illustrés sur le champ de bataille, vous rencontrez des marquis, des comtes dont les pères ou les grands-pères étaient pour la plupart des commis de magasin; on en cite qui ont été eux-mêmes marchands débène, c'est-à-dire négriers; et, Dieu me pardonne, il
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existe un comte dont le père, m'a-t-on assuré, était pédicure.
Il faut donc en rabattre sur les quartiers castillans et dire comme en Castille : De dinero y calidad la mitad de la mit ad.
La maison actuelle de Medinaceli, dont les deuils ont suspendu les superbes fêtes d'autrefois, est Tune des premières. Elle maintient toujours ses droits à la couronne, que ses ducs revendiquent chaque fois que le trône est vacant, ne tenant d'ailleurs qu'à affirmer par là une royale origine.
La duchesse, qui est veuve, a été et est encore une des beautés les plus célèbres de l'Espagne. Elle a une démarche telle, qu'il est impossible de l'apercevoir sans demander qui elle est, tant elle attire tous les regards. Elle reçoit dans son palais de la carrera de San Jerônimo, qui conserve le beau style du xvn e siècle. Son nom d'Angela la peint à merveille, car sa beauté a été véritablement angélique. Très supérieure à beaucoup de grandes dames espagnoles, elle lit, elle cause, s'intéresse à ce qui se passe à l'étranger. Issue d'une bonne
maison andalouse, elle est fille du comte de Penaflor. La comtesse de Periaflor avait trois filles et un fils. Elle arriva à Madrid, et fit épouser deux de ses filles par deux grands noms de Cas tille, le duc de Medinaceli et le duc de Feria; la troisième, Carmen, plus modeste que les deux autres, avait épousé un gentilhomme riche, le marquis de Villaseca. Devenue veuve, la blonde marquise se remaria en secondes noces avec un S aavedr a, membre de la maison ducale de Rivas, qu'on appelle les Çobourgs d'Espagne. Alphonse XII a donné, en 1875, à M. Ramiro Saavedra le titre de marquis de Villalobar; si bien que le V de Villaseca, gravé ou incrusté dans la vaisselle plate de la*"marquise, sert on ne peut mieux dans le nouveau ménage. L'ex-duchesse Casilda, belle-fille de la duchesse Angela, fille du marquis de La Torrecilla, est mariée en secondes noces à. M. Henestrosa, comte de Estrada, cadet de la famille de Villadarias.
Voulez-vous juger des titres d'une maison? Les ducs de Medinaceli sont : ducs de Feria, de Alcala, de Camina, de Cardona, de Santisteban, de Se-
gorbe; marquis de Alcala de Alameda, de Aytona, de Comares, de Cogolludo, de Dénia, de Malagon, de Montalban, de las Navas, de Pallares, de Priego, de Solera, de Tarifa, de Villafranca, de Villalba, de Villareal; comtes de Alcoitia, de Ampurias, de Buendia, de Castellar, de Cocentaina, de Medellin, de Molares, de Osona, de Prados, del ltisco, de Santa Gadea, de Valenza y Valadares, de Villalonsa; vicomtes de Bas, de Cabrera, de Villamur.
En face du palais des Medinaceli s'élève celui
,<les ducs de Villahermosa, aussi célèbre que le pré-
(cèdent par sa richesse, et habitation d'une grande
(famille illustre entre toutes. Les Villahermosa
'forment la première maison de la noblesse ara-
• gonaise. Cervantes les a immortalisés dans son
œuvre. Quand Don Quichotte rend visite aux Ducs,
il s'agit des Villahermosa. Un des titres de la
maison est celui de comte de Luna, du Trouvère.
Les grandes familles espagnoles ont la passion
des lettres et les poètes y sont reçus avec faveur.
Le palais de la rue Santa Isabel, résidence des
ducs de Fernan Nufiez, est le plus brillant de Madrid.
Les Fernan iNuîiez sont une grande maison, quoique leurs trois titres de duc soient loin d'être anciens : Fernan Nuiiez est de 1817 ; Arcos, de 1770; Montellano, de 1705. M mo Pilar Osorio, qui - est la duchesse, épousa M. Manuel Falcô y d'Adda, troisième fils du prince Pio ; le duc a relevé grandement la maison de sa femme; il a fait prospérer la fortune des Cervellon. Grâce à cet immense capital, il est devenu la personnalité que Ton connaît. Fernan Nunez est un éclectique silencieux; Mazarin l'eût appelé un heureux. Isabelle II lui donna le grand cordon de Charles III, la Révolution le fît sénateur, le roi Amédée lui octroya la Toison d'or, la République l'envoya siéger au conseil municipal de Madrid où il devint adjoint au maire, teniente de alcade; enfin la Restauralion le nomma sénateur à vie et lui confia l'ambassade de Paris. Fernan Nunez a une nonchalance apparente, dont il ne se départ jamais et qui cache la plus grande habileté.
La fille de la duchesse de Fernan Nunez, M ,l§ Rosario Falco, a épousé le duc de Huescar, devenu duc d'Albe par la mort de son père. Le duc d'Albe est comte del Montijo par sa mère, la sœur adorable de la belle Eugénie de Guzman, qui fut impératrice des Français.
La duchesse de Bailen, dont le mari vient de mourir, compte aussi parmi les grands personnages de la cour, et son palais de la rue d'Alcala es(, quoique moderne, aussi somptueux que les autres.
Née Collado, elle appartient par sa naissance à la bourgeoisie. Son père était un financier fort riche, très libéral, ami d'Espartero. Aujourd'hui la duchesse croit se faire pardonner sa roture en affichant des sentiments ultra-conservateurs; elle a obtenu dernièrement du pape le titre de duchesse de Castrejon. Son mari était un bon enfant, de la maison de Carondelet; il hérita, par lés femmes, du titre gagné par le maréchal Castanos sur le champ de bataille de Bailen.
La duchesse de Prim est née Agtiero ; elle est
Mexicaine; misanthrope, elle déleste le monde; h y connaît personne et reste tranquillement chez elle. La pauvre femme est malade depuis tantôt six mois. Elle a deux enfants : Juan Prim, duc de los Castillejofe et Isabel, qui a épousé une Hérédia, de la famille des négociants de Malaga.
Tout près encore est le petit hôtel du duc de La Torre, qui était, avant la mort du maréchal, le rendez-vous du tout Madrid, ou mêlé ou trié; il s'y donnait tantôt une fête aristocratique et princière, tantôt une fête démocratique, selon que, tour à tour, le duc montait au pouvoir ou en descendait.
Si la politique exige bien des concessions, le maréchal Serrano les a toutes faites, et il est naturel que conservateurs et démocrates, révolutionnaires et alphonsistes, aient passé par le petit hôtel, vrai pont d'Avignon de l'Espagne moderne.
Le maréchal et sa femme étaient cousins germains. M mc Serrano, mère du maréchal, née Dominguez, était sœur du père de la maréchale et dé la mère du général Lopez Dominguez. En 1847,
230 LA SOCIÉTÉ bE MADRID.
la reine Isabelle donna à M. Dominguez le titre de comte de San Antonio, titre porté aujourd'hui par l'aîné des fils de la duchesse, que le pape vient de démarier, le déclarant impropre au mariage. La duchesse a été aussi capricieuse que belle, aussi belle qu'ambitieuse; possédée de l'amour de la spéculation, elle est joueuse par tempérament; quelqu'un a dit d'elle : « C'est la cote de la Bourse faite femme. »
Il n'y a personne de plus discuté qu'elle à Madrid , où elle trône depuis trente années , tantôt élevée sur le pavois, tantôt décriée avec acharnement.
D'une beauté admirable, altérée de gloire, coquette irrésistible, je vous laisse à penser ce que, par sa situation doublée de son caractère, elle a dû provoquer d'envie, dans un pays où, selon l'expression d'un mien ami, la jalousie est le vice national et la fierté la maladie climatérique.
Prenant des airs de reine, après avoir été la Régente, elle a, comme M. Canovas, un souverain mépris pour les hommes. Je ne voudrais, pour
châtiment à la duchesse, que l'obligation d'épouser Canovas, maintenant qu'elle est veuve.
On la craint et on la recherche, ce qui est d'un assez curieux effet lorsqu'on arrive à Madrid. Vous entendrez tout le monde la critiquer et vous trouverez tout le monde chez elle. On vous dira qu'elle n'a aucun savoir-faire politique, et vous vous apercevrez que son hôtel est la grande usine de la politique. Son rire est plein de malignité féminine et lui va très bien. Personne à Madrid n'a, comme la maréchale, l'abord froid et la grâce attractive. La médisance, à l'affût de ses moindres démarches, l'accuse de tant de choses et la poursuit à tel point, qu'elle a fini par la rendre sympathique.
La duchesse m'a dit, un jour, que sa vie avait été un triste esclavage soumis aux combinaisons politiques du maréchal. Toutes les approbations ont été pour lui, tous les blâmes pour elle. Son habileté de femme a toujours été au service de son mari. Dans tous les cas, la maréchale est l'une des figures les plus intéressantes de l'Espagne con-
temporaine. Elle a été Heine de beauté, et si elle a des jaloux, elle a aussi de vrais et sincères amis qui lui sont et lui resteront toujours dévoués à Madrid comme à Paris.
Le principal salon de M me de Buschental est sa loge, une avant-scène du rez-de-chaussée au Théâtre-Royal, juste au-dessous de la loge royale. Elle ne reçoit chez elle que deux fois par semaine, les jours où l'opéra fait relâche. Aussitôt la saison musicale finie, la mondaine fait ses malles et arrive à Paris, où elle habite le premier étage de l'hôtel Continental; la colonie espagnole l'entoure dès qu'elle apprend son arrivée. Elle a un salon d'hommes ; rarement vous y verrez une femme, quoique elle soit au mieux avec l'aristocratie madrilène.
Maria Pereira, fille d'une baronne brésilienne, épousa vers 1830, à Rio, M. Buschental. La baronne était l'amie de don Pedro I er , empereur du Brésil; mais Maria (comme tout le monde la nomme à Madrid) n'est point, ainsi qu'on en fait courir le bruit, une bâtarde de Bragance.
Buschental était issu d'une famille d'origine
israélite de Strasbourg. Sa première nationalité fut donc la nationalité française. Il arriva à Madrid déjà marié, se fit Espagnol, obtint même d'être élu député aux Cortès ; mais quand il voulut parler, il provoqua une si complète « hilarité générale », qu'il dut renoncer à son charabia franco-hispano-alsacien .
Il mena grand train, fut le maître de Salamanca, se mêla à toutes les affaires espagnoles et finit par sombrer. Il partit alors pour Montevideo, refit une fortune, se fit naturaliser citoyen de la République orientale et représenta même sa troisième patrie à Naples. De retour dans l'Amérique du Sud, il brassa les affaires de l'Uruguay, du Paraguay, de La Plata, et en 1870 vint h Londres, où il trépassa, laissant à sa femme des affaires très embrouillées, mais au fond une grande opulence. Maria Buschental se reconnaît elle-même cinq amis plus intimes que les autres : les deux premiers, deux gentilshommes, fort beaux, sont morts; le troisième, un comte de..., quitte rarement Paris; le quatrième, charmant homme
devenu sénateur, habite l'Espagne ; le cinquième était officier d'artillerie; il s'est éteint à Saint- Sébastien il y a quatre ans; Dieu ait son âme!
Maria Buschental, qui pose pour l'excentricité, est la femme la plus saine d'esprit, la plus sage des bourgeoises; elle a perdu bien des illustrations de son entourage, et il n'y a rien d étonnant h ces vides naturels : Maria a juste 70 ans; elle esl née en 1815.
C'est la seule grande dame qui soit républicaine et confesse ses opinions à haute voix. Pourquoi estelle républicaine? On l'ignore. Sous le règne de la reine Isabelle, Maria de Buschental était l'une des intimes à la cour; elle tutoyait Sa Majesté. Aujourd'hui la richissime Brésilienne est une grande puissance dans l'opposition. Elle s'honore surtout de son intimité avecBuizZorrilla.
La loge de M me de Buschental peut recevoir trente personnes, attendu que les avant- scènes à l'Opéra de Madrid sont de véritables salons. On voit dans celui de la grande factieuse les hommes les plus remarquables de la politique et des lettres:
LES GRANDES FAMILLES. 2:*o
Castelar, le duc de Fernan Nunez, Lopez Dominguez et cent autres, tous éminents à un degré quelconque. L'apparition de M me de Buschental au théâtre est toujours un événement, car elle porte chaque soir une toilette nouvelle ; elle joint au goût de la richesse le goût de l'élégance. Elle se fait habiller h Paris, et je la soupçonne de présider elle-même au choix des étoffes et du style de ses robes. Encore très gaie, très vive, spirituelle, d'une énergie indomptable, son amitié est aussi sincère que sa haine. Je ne conseille h personne de l'offenser, car on peut craindre son inimitié: elle est redoutable.
Les haines espagnoles me rappellent un grand nom et un exil volontaire. Vous êtes allé à Biarritz et vous avez remarqué la villa Frias, à l'entrée de la route de Bayonne.
Le duc de Frias, orphelin de père, eut à sa majorité cinq cent mille francs de rente; riche, beau, intelligent, instruit, il ne fut jamais heureux. Pepe Frias savait que sa naissance avait été cause de bien des tourments pour sa mère. Tout duc,
tout connétable de Castille qu'il fût, il était né triste. Sa sœur, la duchesse de Escalona, bossue, lui fit un procès qu elle gagna, et sa fortune en fut quelque peu ébréchée. Malgré ses succès de tout genre, il quitta l'Espagne, parcourut l'Europe cl alla s'établir à Londres. Il y devint l'ami du high life> des plus grandes personnalités anglaises, l'intime de Derby, de Clarendon, de Granville. Rentré à Madrid, il fréquenta la légation anglaise et tomba éperdument amoureux de la femme du ministre. Lady Crampton était une beauté, mais aussi une vertu, la plus honorable des femmes. Sir John Crampton, étant à Pétersbourg, avait vu cette admirable créature au théâtre, où elle n'obtenait qu'un maigre succès comme artiste. Malgré son âge, le diplomate britannique lui offrit sa main. Ka jeune fille l'accepta et vint représenter à Madrid la beauté anglaise. Prias était dans la Heur de l'Age, lady Crampton dans l'épanouissement de sa beauté; ils se rencontrèrent, ils se plurent, ils s'aimèrent; mais lady Crampton ne voulut pas trahir la foi jurée et préféra un scan-
dale h 1 adultère; un beau jour elle quitta son vieil époux, partit pour Londres, prouva par devant les juges que son mariage n'avait pas été consommé, et se rendit à 1 autel couverte de fleurs d'oranger. Elle devint duchesse de Frias. Le jeune ménage eut le tort de rentrer en Espagne, où sir J. Crampton exerçait toujours ses fonctions diplomatiques. Ni la Reine, ni la société ne voulurent les recevoir ; le duc rendit à Isabelle II sa clef de chambellan et son grand cordon de Charles III, méprisa les scrupules par trop sévères du monde madrilène, et partit pour Biarritz. Il ne retourna à Madrid que cinq ans plus lard ; hélas ! pour voir mourir, en 1871, celle qu'il avait si tendrement aimée. Le duc, qui a trois enfants de sa première femme, est remarié depuis trois ou quatre ans h M Ilc Carmen Pignatelli, fille du comte de Fuentes, jeune fille de grande maison, mais sans aucune fortune.
Le duc est malheureux; il est vieilli, il est aigri; cependant il reste, dans ses malheurs, le type parfait du grand seigneur.
Je ne puis même vous nommer toutes les grandes familles d'Espagne : après avoir cité le duc d'Ahumada, le marquis d'Ayerbe, le marquis de la Torrecilla, le marquis de Valmediano , les Hijar, les Santa Coloma et mille autres, je commencerais à peine. On ne peut compter les grains de sable de la mer. C'est avec toutes ces grandes familles que M. Canovas a inauguré son gouvernement de la Restauration. Il a eu comme préfets, députés, sénateurs, la plupart de ces messieurs. Les « grands » sont dévoués au Hoi, ils l'aiment; cependant, si j'étais Alphonse XII, je me rappellerais quelquefois, pour ne pas me faire illusion, qu'au premier coup de fusil populaire, en 1868, ils prirent tous la route de la frontière et coururent se plaindre à Paris des progrès du siècle.