LE LENDEMAIN
Si l'abonné de l'Opéra tient à visiter le foyer de la danse, si l'abonné de l'Hippodrome ne peut se passer de la visite aux écuries, l'abonné des
corridas ne se pardonnerait pas d'avoir manqué Vapa rtado.
Apartar, écarter; Apartado, c'est-à-dire séparation. C'est pendant qu'on indique les numéros d'ordre pour le programme du jour, que chaque espada a le droit de choisir son taureau. Cela n'est pas aussi indifférent qu'on l'imagine. Si le diestro expose sa vie, il veut savoir avec qui, d'autant plus que chacun a ses préoccupations et ses préjugés.
Au doyen des espadas dans la localité appartient le privilège de tuer le premier taureau de la course. A Madrid, c'est Lajartijo, parce qu'il a débuté sur la plaza madrilène quelques années avant Frascuelo. Celui-ci est le second; viennent ensuite Currito (le fils de Ciicharès), Angel Pastor, Cara Ancha, Mazzantini (l'étoile qui se lève), etc. Pour rien au monde, un espada ne céderait sa place. Si par hasard le taureau d'un autre le tuait, ne serait-ce pas une grande responsabilité morale pour tous? Voilà le critérium de cette fête bizarre.
Ils choisissent donc leurs taureaux dans les
deux ou trois corroies. Le public se place sur une galerie qui domine de très près la cour où se fait l'opération. On enferme chaque animal dans une espèce de cage qui communique directement avec le toril, antichambre du cirque, et Ton accroche au cou de ranimai la cocarde [mono) aux couleurs du propriétaire.
L'apartado est fait; il est midi; les toreros, qui sont venus en costume de ville, doivent rentrer, dîner, s'habiller de nouveau pour être prêts à 4 heures.
Le public, composé d'abonnés, d'élégants et de voyous, se disperse. Les uns rentrent; les autres restent dans un restaurant voisin, où l'on empoisonne les gens avec des escargots qui ont des cornes plus redoutables que celles des taureaux d'en face, et un petit bleu terrible. Mais l'amateur ne veut rien perdre; il était hier à l'arrivée, il est aujourd'hui au numérotage; il s'est entretenu déjà avec les espadas, il connaît déjà les noms et les couleurs des taureaux... il est heureux. Laissonsle; allons chez les toreros, qu'on appelle partout,
à l'étranger, toréadors. .Allons voir les héros de la journée ; peul-èlre seronl-ïls morts dans deux heures.