‹ La société de MadridChapitre 4 sur 38 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Quand on ne peut pas dire d'une femme qu'elle est jolie, on dit qu'elle est distinguée : dofta Cristina est la distinction en personne. Elle n'a pas ce que l'on appelle à Paris du chic, mais un très grand air, celui d'une archiduchesse, d'une princesse médiatisée du Gotha. Quoique peu de gens soient admis dans son intimité, on la croit excellente; l'un des très rares reproches qu'on lui fasse est un peu d'indiscrétion.

Il faut en convenir, la Reine est restée étrangère et n'a pas plu. Ses qualités ne sont pas celles

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qu'il faut à Madrid. Elle n'est pas commune cative, dans un pays où toutes les natures sont expansives, où du 1°' janvier au 31 décembre le soleil appelle l'Espagne entière à la vie du dehors ; dofla Cristina se renferme là où il faudrait s 'abandonner à toutes les expansions. Les grands seigneurs espagnols ne lui pardonnent pas sa réserve, et cependant ils l'admireraient si elle était majes-

tueuse, imposante, si elle semblait faite pour occuper le trône le plus élevé du monde, relui d'Isabelle la Catholique : mais Christine de Lorraine est trop de son temps pour satisfaire les fidèles d'un passé disparu.

La reine d'Espagne ne se mêle en aucune façon de politique; aussi ne lui reproche-t-on rien sous ce rapport. Elle est mère parfaite, épouse tendre et dévouée; elle est simple, douce, instruite, désireuse de se faire des amis; mais sa gravité naturelle l'éloigné des intimes du Roi et sa sévérité, qui se choque aisément du caractère espagnol trop sans façon, trop ouvert et trop gai, arrête l'élan de ceux qui pourraient aller à elle.

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Au commencement de son mariage, elle eut à supporter un grand ennui, qui lui fut très sensible : la Reine avait amené avec elle son médecin viennois, le docteur Riedel; mais au moment de ses premières couches, la Faculté de Madrid réclama ses droits h la mise au jour du futur infant. La souveraine ne voulait pas d'autre médecin que le sien ; de là une série de réclamations et un étalage d'arguments contradictoires. Les médecins de la maison royale ne cédèrent pas la place; le gouvernement dut intervenir, et tout se termina par un arrangement : le nouveau-né entra dans le monde tendant la main droite à M. Riedel et la gauche au docteur espagnol.

La vie de la Reine est au fond assez triste et assez isolée; elle n'a pas d'intimes, on ne la voit que dans les réceptions officielles ou en villégiature et dans les petites réunions de la cour. Elle conserve un peu son accent étranger et, lors de son arrivée à Madrid, Alphonse XII se plaisait à lui apprendre des mots à contresens , qu'elle répétait naïvement; cela faisait le bonheur du Roi, qui

est assez taquin et aime à s'amuser aux dépens des autres.

En somme, il serait difficile au peuple espagnol de trouver des griefs contre sa Reine; car il est impossible d'exiger d'elle autre chose que fié qu'elle fait merveilleusement : aimer son mari et ses filles, deux petites princesses qui sont e barman tes.

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