‹ La société de MadridChapitre 5 sur 38 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

L'infante Isabelle est la sœur aînée du roi Alphonse ; mariée au comte de Girgenti, elle est veuve depuis quinze ans ; c'est l'une des femmes qui ont le plus de charme en Espagne. Dans les premiers moments de la Restauration elle s'est fait un parti d amis et d'admirateurs qui, à tout événement, lui restera fidèle. Vous serez captivé par sa bonne grâce et ne pourrez échapper plus que moi à son influence. Aimant tendrement le Roi son frère et déclarée princesse des Asturies par un décret, elle a été, jusqu'au mariage de don

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Alphonse, la seconde personne de la cour. Mais une héritière du trône étant née, la princesse improvisée rentra dans le rang des infantes. Sa situation n'a rien perdu à cette diminution officielle, et elle jouit de la même considération à la cour castillane. On m'a souvent écrit qu'elle s'occupe trop de politique et qu'elle est très réactionnaire. Excellente musicienne, fort lettrée, quoiqu'elle ne soit pas belle, ses grandes qualités d'esprit lui ont valu le respect et la sympathie des courtisans. On lui attribue des bons mots souvent très railleurs. La première fois que le Roi accorda le pouvoir aux libéraux (ministère Sagasta), l'infante dut, à contre-cœur, faire bonne mine aux adversaires de M. Canovas, son ami intime. Un homme politique lui ayant demandé son avis le lendemain de la formation du ministère , elle répondit crûment : « Que voulez-vous? la Restauration est dans l'enfance, il faut bien qu'elle passe sa rougeole, » L'infante Isabelle et les infantes Paz et Eulalie ses sœurs ne se ressemblent point entre êîles, mais toutes trois ressemblent à leur mère. Aucune

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n'est royale comme Isabelle II ; cependant elles sont sympathiques, et ont un trait commun, le seul peut-être : la prâee maternelle.

Les infantes Paz et Eulalie, dont la première a épousé un archiduc bavarois, ont été toutes les deux, comme jeunes filles, la joie de la maison royale. Le Roi prétendit que Pair de Paris leur était moins bon que celui de Madrid et que l'autorité d'un frère aine valait mieux pour elles que Pautorité de la Reine mère, et Sa Majesté les fit venir auprès d'elle contre la volonté de doua IsabeL

L'infante Paz s'est révélée comme poète; les journaux officieux ont publié les vers d'une muse naïve, tendre et chrétienne. Depuis son mariage elle vit à Munich, on l'on dit qu'elle est une excellente épouse.

Doua Eulalia n'est pas mariée encore ; les prétendants sont venus en foule, mais comme aucun n était prince de maison régnante, le Roi a mis son veto, et si je vous parle de la Cour et de ce qu on y conte, vous saurez qu'un jeune

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diplomate a reçu le châtiment de sa trop grande hardiesse. Le sort de la princesse semble fixé ; on annonce comme chose arrêtée sa prochaine union avec don Antonio, Hls aine du duc de Monlpensier.

Don Francisco de Àsis, père du Hoi , exilé depuis la Révolution, séparé de sa femme, demeurait autrefois à Paris, rue Lesueur, dans un petit hôtel qu'il a vendu et qui était à la fois confortable et modeste. Il vit en bourgeois et ne quitte plus maintenant Epinay, où il a une campagne et jouit paisiblement et sans bruit de sa part de liste civile.

L'ex-roi d'Espagne n'a pas une dette. Sa table est bonne, sa santé de même ; je ne sais rien de sa conduite. Chaque fois qu'on remplace l'ambassadeur d'Espagne à Paris, ce qui arrive fréquemment, don Francisco reçoit la visite du nouveau titulaire, la rend le plus vite possible, Finvite à dîner à Épinay, puis reprend son existence tranquille. Sa maison se compose de son secrétaire, M. Palomino, et des deux filles de

celui-ci, braves gens de province débarqués exprès pour tenir compagnie à Sa Majesté déchue. Le Roi consorl exile ne demande au ciel qu'une chose; ne rentrer dans aucun de ses droits!

Si dona Cristinu est la femme du roi d'Espagne, il n'y a qu'une Reine, la Reina Isabelle II, dona Imhet segunda. Sa première qualité royale, ou son plus grand défaut personnel, est l'extrême générosité; Isabelle mourra sans connaître la valeur d'un maravédi ; elle a donné, donne et donnera sans cesse. Elle a fait cadeau à l'Espagne du plus beau musée du inonde et a constitué des dots de 400,000 francs à des filles de généraux qui ont puissamment aidé à la détrôner. On peut dire sans la blesser que la générosité de la Reine va jusqu'à la prodigalité : elle ne tient pas aux richesses, maïs elle a sans cesse besoin d'argent pour les autres. Un jour à Madrid, quand elle était la souveraine, le dispensateur de ses dons, fatigué de répandre l'argent que la munificence royale semait à droite et à gauche, imagina une chose

qui devait arrêter, croyait-il, Sa Majesté dans ses largesses. La Reine lui avait ordonné d'envoyer 20,000 francs à un homme de lettres dans le besoin; il fît changer vingt billets de 1,000 francs en très petite monnaie et il étala le tas sur une table au passage de doua Isabel. « Qu'est-ce que c'est que ce trésor? demanda-t-elle. — Ce trésor, Madame , c'est la somme à verser à l'homme de lettres. » La Reine sourit, convint n'avoir jamais vu tant d'argent, mais elle ajouta: « Raison de plus pour l'envoyer. »

Les trois millions qui lui sont fixés par la liste civile n'ont pu amoindrir les dettes de doiia Isabel. On dirait que don Alphonse est le père de sa mère : tour à tour il la prêche, la gronde, la conseille, la désapprouve, lui pardonne.

Isabelle II n'a aucune morgue ; elle accueille à bras ouverts tous ceux qui l'approchent, et de ses lèvres ne sont jamais sorties que des paroles aimables, des mots gracieux. Son abord est d'une souveraine et de la plus charmante des femmes ; elle a un je ne sais quoi qui prouve qu'elle sait

user de l'autorité, et cependant on la voit mettre à Taise ses serviteurs les plus humbles. Elle embrasse ceux qu elle reçoit, elle rit au peuple, qu'elle salue des yeux, de la main, des bras, des épaules, avec son mouchoir, avec son éventail; pourtant, sur les coussins d'une voiture elle a l'air d'être assise sur un trône.

Nature indépendante s'il en fut, elle n'a jamais obéi qu'à son fils et a perdu son royaume pour garder sa liberté d'allures. Aussitôt détrônée, les Espagnols commencèrent à reconnaître ses qualités de femme, chose bien naturelle, car ils avaient plutôt combattu l'institution royale que chassé Isabelle II ; une fois la Restauration triomphante, elle est rentrée deux ou trois fois dans sa bonne ville de Madrid ; le peuple Ta accueillie en amie et ils se sont revus sans rancune de part ni d'autre. Le tempérament loyal, le cœur large, l'esprit sincère de doua Isabel lui ont fait plus d'amis que d'ennemis. Si elle avait eu recours aux libéraux dans les derniers mois de son règne, je suis certain qu'elle aurait retardé la Révolution de

dix ans; mais, tempérament passionné, n'admettant pas les concessions, elle a toujours préféré tout perdre plutôt que de consentir à ce qu'elle croit une faiblesse. Je lui parlais un jour des temps nouveaux, du progrès des idées modernes, de la nécessité pour les souverains de s'assouplir aux choses de leur temps. « Que voulez- vous? me dit-elle ; je ne comprends que les vieilles traditions politiques; j'ai la passion de mes aïeux; je conserve pieusement leurs idées, et leurs portraits ne me quittent jamais; pourtant je vous concède que quelque chose de nouveau existe et que je ne voyage plus aujourd'hui avec mes mules blanches. »

Je ne puis résister au désir # de vous citer d'autres mots d'elle ; on ne compte pas d'ailleurs avec les mots d'Isabelle II ; elle les a semés aussi généreusement que sa fortune.

— La chose du monde qui m'étonne le plus, me disait-elle un jour, c'est le dédain qu'ont les grands les uns pour les autres, l'importance qu'ils attachent à la différence d'un titre, la supério-

rite que se croit un duc sur un marquis, un marquis sur un comte, et celui-ci sur les barons. Ces distinctions-là me semblent de si mesquines choses !

— Parce que vous les voyez du haut de votre grandeur, Madame.

Avec son mouvement d'esprit habituel et sa sincérité, elle ajouta en riant : — Au fait, c'est possible; lorsqu'on regarde les hommes du haut de la tour de Santa-Cruz, on s'étonne qu'ils puissent attacher une importance à la différence de leurs tailles, qui paraissent toutes semblables.

Voici un dernier trait : « Aucune femme n'a été plus trompée que moi dans son mariage, répète-t-elle souvent; j'ai cherché un homme dans mon mari et j'ai trouvé un infant. »

Le roi Alphonse, qui est d'une grande sévérité pour sa famille, empêcha la Reine mère, dans les premières années de la restauration, d'habiter Madrid, et soutint le gouvernement qui avait pris cette mesure contre elle. Sans l'appui de M. Sagasta, elle n'aurait pas quitté Paris; à sa ren-

trée dans la capitale de Castille, on Ta vue entourée d'une suite nommée par le souverain luimême.

Sa camarera-mayor, la duchesse de Hijar, est une des plus grandes dames de l'Espagne ; c'est la maison du feu duc, son mari, qui a droit au costume porté par le roi le jour de l'Epiphanie. Le marquis de Villasegura, officier de marine, occupe chez Sa Majesté les fonctions de surintendant. Nulle n'est plus aimée dans son entourage que cette reine détrônée, nulle n'est plus digne de l'être. Très sûre dans l'amitié, dévouée et fidèle à ses affections, elle est, de toute la famille royale d'Espagne, celle qui inspire le plus de dévouement.

A Paris, la Reine reçoit un petit nombre d'intimes très choisis dans son palais de l'avenue Kléber.

La famille royale compte encore parmi ses membres importants le duc de Montpensier. Le duc est antipathique aux Espagnols, qui n'ont pas oublié ses intrigues, ses millions dépensés au pro-

fit de la Révolution pour déposer sa belle-sœur. Je ne veux pas vous répéter ce qu'on dit à la cour du conspirateur royal, de celui qui a tué en duel don Henri de Bourbon, puisque mes lettres sont publiées. Un portrait imprimé fait tout de suite pour le public partie d'une galerie de famille, et le jugement qu'on porte n'atteint pas seulement la personnalité qui est en cause ; il la dépasse toujours et blesse ceux qu'on désire ne pas atteindre.

Un des frères du roi Ferdinand VII, père de la reine Isabelle, l'infant don François de Paule, qui avait épousé la princesse Charlotte de Naples, a laissé une nombreuse famille. Et d'abord quelques mots sur ce ménage aujourd'hui disparu.

L'infant don François de Paule était grand commandeur de Tordre de Saint- Jacques, un des quatre ordres militaires ou chapitres nobles dont je vous parlerai plus tard. La commanderie rapportait à l'infant de fort jolis deniers, quelque chose comme deux cent mille francs par an.

Don François de Paule était un pauvre d'esprit.

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Son frère le maria à la sœur de sa quatrième femme, la reine Christine, qui était aussi la sœur de la duchesse de Berry. Bon chien chasse de race ; dofia Carlota se montra digne de la réputation plus que légère des femmes de la maison de Naples ; mais dofia Carlota avait un grand mérite : elle était franchement libérale.

Lorsque le Roi, son beau-frère, mourut pour la première fois, l'infante fit invasion dans la chambre du mourant. Elle arracha à son auguste beau-frère, (pour lequel elle était, dit-on, plus que belle-sœur), un testament en faveur de celle qui devait être appelée dans l'histoire dofia Isabel Segunda.

Calomarde, président du conseil de Ferdinand, était vendu à don Carlos. Il voulut empêcher que son souverain disposât du trône en faveur de sa fille et tenta de prendre de la main du Roi la déclaration écrite. L'infante Carlota vit ce mouvement, souffleta le ministre et lui dit :

— Vous osez toucher au Roi, vous êtes un insolent et un traître !

Calomarde garda le soufflet. Ferdinand VII re-

vint à la vie. Il chassa de ses conseils Calomarde, et nomma à sa place don Francisco de Zea-Bermudez.

A la mort véritable de son père, Isabelle II devint reine d'Espagne; le système constitutionnel fut un fait accompli et le carlisme prit naissance.

Don François de Paule et doiïa Carlota eurent huit enfants.

D'abord l'infante Isabelle, dont le mariage est une histoire très romanesque : elle se laissa enlever parle comte Ignace Gurowski. Vous le connaissez. Il est de haute noblesse polonaise, descendant de la grande maison de Bergen, seigneur de Pryzyma et de Stendorff ; sa généalogie remplit des pages de l'histoire. Le comte Ignace Gurowski est bien connu de la société parisienne, de laquelle il ne s'est pas séparé depuis quarante ans et qu'il adore. Ses manières, sa droiture, sa franchise, la sûreté de son amitié, la bienveillance de son esprit, l'inaltérable et chaleureuse bonté de son cœur, lui ont fait, à Paris, une situation exceptionnelle.

Une fois séparée de lui, sa femme est de-

venue, par ses gaspillages, une espèce de folle à l'air farouche ; la haute société espagnole souffre parfois de la rencontrer à travers Madrid dans une tenue indescriptible, à pied, avec les apparences d'une misère injustifiée, car le roi Alphonse n'oublie aucun des siens et elle a des apanages qui suffiraient à toute autre femme ne se faisant pas, comme elle, une sotte gloire de ses dettes et de son désordre.

De même qu'avec son mari, elle s'est très mal comportée avec sa fille, Marie-Louise Gurowski y Borbon, une vraie princesse de roman. Belle, charmante, adorable, pleine de vertus et de résignation dans l'adversité, la'fille du comte Gurowski supporta son infortune avec la plus grande dignité. Elle mourut aux environs de Madrid, dans une triste ferme sans meubles, où elle s'était retirée avec son mari et ses adorables enfants, pour cacher son extrême pauvreté et ne pas supporter la commisération d'amis qui eussent été fidèles dans la fortune, mais ne le furent pas dans la misère.

Le fils aîné de don François de Paule est don

Francisco de Asis, mari de la reine Isabelle, dont je vous ai déjà parlé.

Puis l'infant don Henri, lequel, sans les intrigues anglo-françaises de 1845 et 1846 à l'occasion des fameux mariages espagnols, serait devenu Tépoux de sa cousine la reine d'Espagne ; mais don Henri se montra par trop libéral ; il s'était affiché comme progressiste, partisan d'Espartero. Les moderados, appuyés alors par Guizot et le parti réactionnaire français, lui préférèrent son frère aîné don François, qui n'avait, celui-ci, nulle envie de se marier. Don Henri blessé, et dans son amour car il aimait sa cousine, et dans son ambition car il désirait être roi d'Espagne, se jeta dans la politique et eut même des velléités républicaines. Compromis dans un pronunciamiento en Galice, il perdit à la dernière heure son sang-froid, fit amende honorable et révéla le nom de ses complices! Trois de ceux-ci furent fusillés; lui, perdit tout, fors la vie.

En 1845, il épousa M 116 Elena de Castelvi, dont il eut quatre enfants. Don Henri de Bourbon,

ballotté toute la vie entre sa gêne pécuniaire, ses goûts dépensiers, ses sentiments libéraux et son orgueil de race, ne sut être rien : ni infant, ni révolutionnaire, ni grand seigneur. Sa fin, vous la connaissez. Le duc de Montpensier, après avoir contribué à détrôner sa belle-sœur, s'était posé comme candidat à la couronne d'Espagne. Don Henri insulta, dans les journaux républicains, don Antoine d'Orléans, le traitant de renégat, d'ingrat, de misérable. Le duc de Montpensier lui envoya ses témoins, et les deux infants se trouvèrent face à face à Carabanchel, près de Madrid. Don Henri, au second coup de pistolet, tomba pour ne plus se relever.

L'infant don Henri a laissé quatre enfants, dont trois fils, tous les trois braves garçons, très estimés ; ils font actuellement partie de l'armée.

Le quatrième enfant de don François de Paule est l'infante Luisa Teresa, qui épousa en 1847 le duc de Sesa et Montemar, comte d'Altamira, descendant direct du grand capitaine Gonzalve de Cordoue. L'infante Luisa a fait peu parler d'elle. De

son mariage elle a eu trois enfants : le comte d'Aïtamira actuel, le comte de Cabra, et celle qui est aujourd'hui princesse de Bauffremont-Courtenay.

La troisième fille (cinquième enfant) de doua Carlota est l'infante Josefa, veuve du regretté M. Guëll y Rente. Ses aventures conjugales ne sont pas nouvelles, mais il me semble intéressant de les rappeler.

Le mariage de l'infante Josefa fut un grand événement sous le règne d'Isabelle II.

Un poète cubain, M. Guëll y Rente, adorait une jeune fille du monde aristocratique et en était aimé. Encouragé par elle, il osa la demander à son père, qui la lui refusa dédaigneusement.

« Vous êtes, Monsieur, lui fut-il répondu, un trop mince personnage pour ma fille. — Alors, dit fièrement M. Guëll y Rente, pour vous prouver qui je puis être, j'épouserai une princesse. »

Il traverse la mer, arrive à Madrid, se fait un nom dans les lettres, dédie ses plus beaux vers à l'infante Josefa, lui tourne la tête et l'enlève.

La nouvelle tombe comme la foudre sur la

famille régnante : c'est un double scandale, car M. Guëll y Rente n'était pas seulement un poète, mais un démocrate. Le gouvernement, la cour, se sentirent humiliés, autant que la famille royale, par cette aventure à laquelle l'opposition et le peuple applaudirent. Le mariage, fait à la Roméo et Juliette, fut béni dans les environs de Valladolid et faillit être invalidé par la cour de Rome. Narvaez crut que l'exil et son cortège de persécutions de toutes sortes auraient raison du fougueux Cubain et l'obligeraient à se rendre à merci.

M. Guëll y Rente accepta la guerre, rendit dent pour dent, et ce fut à lui qu'on céda. Le temps, qui est « de la carrière » et se plaît à son rôle de diplomate, arrangea les choses. M. Guëll, sans cesser d'être républicain loyal et poète de talent, fut accepté par la famille royale. 11 entra au palais par la grande porte et son nom figura au Gotha. La reine Isabelle, sa belle-sœur, qui avait désiré la réconciliation, lui fut très fidèlement et très tendrement attachée. Les fils de M. Guëll y Rente sont les marquis de Yalcarlos et de Guëll, bien

connus et très estimés de la haute société pari- BÎemKi Leur père, littérateur distingué, auteur de très beaux volumes de vers, plusieurs fois élu député et sénateur, toujours comme membre de la gauche, vient de mourir subitement à Madrid, regretté à Paris comme en Espagne. C'était Tune des personnalités les plus attrayantes et les plus sympathiques que j'aie rencontrées. Il avait le caractère le plus droit, le plus ferme, le plus élevé du monde, et dépensait sans jamais l'épuiser tout ce qu'un homme peut donner d'esprit, de talent, de cœur et de bonté.

Les fils de l'infante Josefa sont aimés et respectés de tous.

Le sixième enfant de don François de Paule est l'infante Marie-Christine, veuve de l'infant don Sébastien de Bourbon et Bragance. L'infant don Sébastien avait suivi don Carlos et servi sous ses ordres. Il se rallia ensuite à Isabelle H, qui le reconnut infant d'Espagne. Horriblement laid, avec un œil de verre, il avait été si malheureux avec sa première femme, Marie-Amélie des Deux-

Siciles, qu'il ne se remariait point. La reine Isabelle eut Tidée de donner pour femme à son horrible cousin sa belle-sœur, qui passait pour ce qu'on appelle en espagnol une tonta, c'est-à-dire une pauvre d'esprit. Don Sébastien était immensément riche, l'infante Christine absolument pauvre. L'infant don Sébastien, très érudit, fut un grand ami des artistes; il a laissé à sa femme, outre ses biens, une magnifique bibliothèque peu appréciée par elle, et cinq enfants, qui ont plus hérité de la mère que du père. Les deux aînés, don Francisco et don Pedro, créés ducs de je ne sais quoi par leur royal cousin don Alphonse, viennent justement d'épouser deux bourgeoises. Qu'ils soient heureux en ces temps démocratiques! L'infante Amélie est la dernière fille de feu don François de Paule. Elle est veuve du prince Adalbert de Bavière. Un de ses fils a épousé l'infante Paz, sœur d'Alphonse XII, et sa fille Isabelle est devenue, il y a deux ans, la femme du prince Thomas de Savoie, duc de Gênes, frère de l'adorable reine Marguerite d'Italie.

J'allais oublier l'infant don Fernando, mort en

Et j allais omettre encore de vous dire que don François de Paule eut, quand il était plus que mûr, la faiblesse d'épouser une comédienne, fort médiocre en son art, mais très rusée comme femme galante. Cette belle personne avait nom Teresa Arredondo. Elle fit cadeau à son auguste époux d'un rejeton que la reine Isabelle gratifia du titre de duc de San Ricardo. Ce saint jeune homme acheva son éducation dans la neutre Belgique et mourut tout jeune, laissant l'apanage que son père lui avait constitué à sa grand'mère maternelle, à laquelle je puis appliquer le fameux vers du Dante :

Non ragionai di lor, ma guarda e passa.

La Révolution avait affiché à Madrid cette déclaration : La race maudite des Bourbons est à jamais bannie. Vous voyez qu'elle en a rappelé.

La famille royale se compose en tout de vingttrois personnes.

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