LES MINISTRES
exemple, des querelles qui, par leur frivolité même, échappent aux préceptes des sages. *
Si violentes que soient les invectives des adversaires, si contestés que soient. les talents et les capacités d'un homme dont la longue carrière, active, honorable, triomphante en définitive, n'a pas eu un seul jour d'éclat et demeure dépourvue de toute gloire, la figure de M. Depretis reste marquée pour l'histoire de deux traits enviables, la simplicité des mœurs et la gravité de la tenue. Ceux qui l'ont vu débuter à Turin avec le régime constitutionnel en 1848, me disaient qu'il n'avait jamais été jeune. Bien qu'il siégeât à l'extrême gauche, son nom n'avait jamais retenti dans les séances orageuses de cette époque troublée. Il passait pour avoir des doctrines très avancées, mais un esprit trop critique et un caractère irrésolu. Travailleur consciencieux et infatigable, on peut dire qu'il a monté pas à pas dans la considération de ses concitoyens ; mais M. de Cavour, le tenant pour un affilié de Mazzini, s'est très longtemps défié de lui, tout en faisant cas de ses aptitudes administratives. Si son élévation dans la carrière politique on fut retardée du temps des modérés, aux veux de la démocratie cela ne lui a pas nui : le manque de ce haut patronage, que
les favorisés n'ont pas toujours justifié, Ta fait mieux paraître ce qu'il est réellement, le fils de ses œuvres. Or, c'est là et à bon droit le mérite suprême des notabilités démocratiques, celui qui donne à la popularité la base la plus solide. Elle devient durable lorsque, fait encore plus rare, l'homme qui est arrivé au sommet ne renie pas son origine, les gens de sa condition et les habitudes des temps difficiles. M. Depretis joint à la parfaite régularité de sa vie privée, à la dignité modeste de sa vie publique, une grande indulgence pour les faiblesses des autres, si bien qu'on affirme que les services publics ont beaucoup souffert de sa facilité à accepter les associés de sa politique et à choisir les agents de son administration.
Cela le distingue de celui de ses prédécesseurs dont Taustérité est demeurée proverbiale, le docteur Giovanni Lanza, qu'on a vu, président du conseil en 1870, fondre en larmes à la nouvelle des désastres de la France Celui-ci, président de la Chambre, ou premier ministre, collier de l'ordre de l'Annonciade, logé en garni à quelque quatrième étage, à Rome, comme à Turin ou à Florence, dînait à prix fixe dans la salle commune d'un restaurant de second ordre. Véritable Cin-