L'ENTOURAGE :D£ L'EMPEREUR
goût et par devoir, porte par ses tendantes à favoriser l'élément germanique dont il est le seul représentant dans l'entourage immédiat du souverain^ C'est un brave et honnête homme, mais un caractère plutôt faible et susceptible de subir l'influence de ses amis. 11 est intelligent et a, sur certains points, un bon sens remarquable. Son idéal est de voir la Russie obtenir l'approbation de l'Europe; or, ce qu'il appelle l'Europe, c'est la puissance qui la gouverne actuellement, — l'AUemagne. C'est l'homme des compromis, des transactions. Paciûque par tempérament, il essaie d'inculquer aux autres son amour pour la paix, de faire régner la concorde partout où il se trouve. Il n'a pas une grande valeur politique, mais beaucoup d'autorité dans la vie privée. Onl'entend rarement exprimer une opinion quelconque en public. Il est à tel point circonspect et prudent qu'on est parfois tenté de se demander, lorsqu'on cause avec lui, s'il ne se réserve pas en secret pour l'avenir, et s'il n'exerce pas en réalité une influence beaucoup plus grande que celle qu'on lui attribue généralement.
tti LA SOCIÉTÉ Dlî S^AINt-PËTERSBOURG.
' Le ininistére de la mâisoa de l'Empereur est géré par 4e comte Woronzow Daschkow. Le comte a detout temps été l'ami personnel d'Alexandre III, de même qu'entre sa femmeet l'Impératrice existe, depuis l'arrivée en Russie de Marie Féodorovna, cette étroite intimité qui s'établit si souvent entre femmes du même âge, quel que soit le rang qu'elles occupent. Passer à peu près à la même époque par CCS grands événements qui s'appellent le mariage, les couches, les maladies d'enfants, etc., sont sujets et occasions de perpétuels rapprochements. La comtesse Woronzow, destinée à recueillir un jour la fortune immense des princes de ce nom, est une aimable personne, encore belle, point du tout orgueilleuse de la position qu'elle occupe, extrêmement bonne, très bienveillante, mais parfois, distraite, ce qui fait qu'on lui croit une morgue qu'elle n'a nullement. C'est une excellente mère de famille et une femme très sympathique, sans recherche' d'intelligence exceptionnelle. Elle n'est pas exempte d'un peu d'égoïsme, mais son égoïsme vient plutôt de ce qu'elle oublie son prochain que
■ L'KNTOURAlGE DE L'^EMPEREUR. ■ ,: 9»
du désir d'obtenir quelque chose à ses dépens; De même que son mari, elle possède une quantité d'ennemis, d'envieux, de détracteurs, voire même de calomniateurs. Pélersbourg, ou pour mieux dire la société, est un centre d'intrigues de cour comme il ne s'en trouve plus en Europe. Encore à l'heure qu'il est, une révolution de palais y serait une chose, sinon possible, du moins fort faisable. C'est une lutte perpétuelle entre les anciens favoris, ceux du jour et ceux qui aspirent à s'emparer de leur situation.
Dans de telles conditions, il n'est pas étonnant que la faveur, ainsi que la subite élévation du comte Woronzow au poste sî important qu'il remplit, lui ait valu un certain nombre d'adversaires, qui, du reste, en veulent moins à sa "personne qu'à sa position.
Le comte est un homme doux etnoblement honnête ; il n'a fait ni grand bien ni grand mal, durant le cours de sa vie. 11 a parfois protégé ses amis, mais jamais intrigué pour pénétrer plus avant dans tes bonnes grâces de son souverain. - : . '>
Il dépense royalement sa royale fortune, jouit de l'existence sans la prendre trop au sérieux, s'est toujours montré un galant homme dans le sens le plus fier du mot. Étant le fils d'un grand seigneur, il a toujours agi en grand seigneur. L'Empereur l'a pris en affection parce qu'il y a beaucoup d'affinités entre leurs deux caractères, el c'est pourquoi il ne s'est pas demandé si le comte Woronzow avait bien les aptitudes nécessaires à un ministre de la maison impériale. Peut-être aussi, dans les circonstances^quiontprésidéau début de son règne, Alexandre lll s'est-il dit qu'un loyal dévouement était la première des qualités pour remplir ce poste, et, dans ce cas, il ne pouvait choisir plus sûrement.
Un autre ami de l'Empereur, mais aussi absolument sans influence, est le prince Obolenskî, aujourd'hui maréchal de la cour, jadis aide de camp du grand-duc héritier, avant son avènement au trône, et marié à une princesse Apraxine, exdemoiselle d'honneur de l'Impératrice. Celui-là ne s'occupe que de ses affaires à ta cour et de celles de sa famille.