‹ La société de Saint-PétersbourgChapitre 15 sur 49 · LES FAVORIS DE L'EMPEREUR DÉFUNT · texte numérisé non relu

LES FAVORIS DE L'EMPEREUR DÉFUNT

les deniers de l'autre, oubliant à la fois patrie et souverain, tirant profit de tout pour s'enrichir ou pour se maintenir au pouvoir. Celui , parmi eux, qui a été le plus sincère, est le comte Loris Mélikow, qui, au moins, est descendu de sa haute situation les mains nettes ; quant aux autres, aux Valouïew, aux Keutem, aux Lieven, qui auraient pu éclairer leur souverain et qui l'ont adulé, leur conduite a justifié l'amère irritation avec laquelle l'Empereur actuel s'est exprimé sur leur compte.

Ces anciens favoris, ces hommes qui, durant de longues années, ont pu impunément faire tout ce que bon leur semblait, ont été frappés par le destin d'un coup terrible, lorsque le 1" mars mit fin à leur domination. De flattés, de courtisés, d'entourés qu'ils étaient, ils sont immédiatement tombés dans l'obscurité, dans l'oubli, dans le mépris même de ceux qui, quelques jours auparavant, auraient tenu h honneur de dénouer les cordons de leurs souliers.

Peu à peu ils durent renoncer aux honneurs, aux dignités, rendre on partie l'argent qu'ils

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avaient pris, abdiquer leur pouvoir, dire adieu au concert de flaUcries,qui, pendant si longtemps, les avait escortés, se résigner .'i mener une existence modeste à la place d'une vie somptueuse.

Alexandre III ne se montra pas tendre pour les anciens favoris de son père, auxquels il n'a d(t que persécution et défaveur. A peine monté sur le trône, l'Empereur donna un grand coup de balai autour de lui. II chassa de la demeure impériale, comme Jésus hors du Temple, les marchands qui s'y étaient installés. Tous les parasites du passé quittèrent la cour : les uns se retirèrent à l'étranger comme le comte Mélikow, le dernier venu et le plus innocent de tous, les autres en province, quelques-uns enfouis dans le silence de leurs maisons, où ils s'efforcent de grouper autour de leurs personnes un petit noyau de mécontents.

Je ne pense pasque,comme diplomate, vous ayez, jamais l'occasion de vous rencontrer avec ces débris d'une autre époque ; cependant je vais, à tout hasard, vous signaler quelques hommes qui ont joué un rôle assez remarquable dans le passé pour

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