‹ La société de Saint-PétersbourgChapitre 18 sur 49 · LES FAVORIS DE LEHPEREUR DÉFUNT · texte numérisé non relu

LES FAVORIS DE LEHPEREUR DÉFUNT

Parmi tous ces disgraciés d 'uo règne si différent, de convictioD et de tendance, du règne qui lui a succédé, il en est un dont on a beaucoup parlé, qu'on a blâmé et loué tour à tour, qui a été peodant quelque temps le dictateur suprême, le maître de la Russie entière, et qui trouve à peine, à l'heure qu'il est, une voix pour le défendre. L'heure n'est pas venue encore pour le comte Loris Mélikow. Plus tard, lorsque les haines seront apaisées, on pourra jeter un coup d'œil impartial sur l'époque de son administration. En ce moment il est impossible de se rendre compte des intentions de ce souverain d'un moment. Le comte Loris Mélikow n'est pas un homme ordinaire. Il comprend les besoins et la situation actuels de la Russie, mais le sang arménien qu'il a dans les veines le poussait à l'intrigue et le rendait trop souple pour pouvoir lutter avec avantage contre une force aussi redoutable que celle du nihilisme.

Comme conseiller, il serait admirable; comme organisateur, il ne vaut rien et il oublie trop facile-

ment que les Russes ne sont pas des Orientaux. 11 a eu le malheur d'être mêlé à des affaires de famille qui ont blessé Alexandre 111. C'est à cela, plutôt qu'à la catastrophe du 1" mars, qu'il faut attribuer sa chute. L'Empereur a frappé en lui l'ami de la , princesse Jouriewski bien plus que le ministre.

Le rôle du comte Loris n'est pourtant pas terminé ; je ne me trompe pas en disant qu'il reviendra au pouvoir. Si ce n'est point en Russie, où il est surtout haï à cause de sa nationalité arménienne, ce sera au Caucase, où il a laissé les meilleurs souvenirs, et où tout le monde, peuple et armée, l'aime comme un père et un camarade à la fois.

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