LE COMTE IQNATIEW ET LE COMTE TOLSTOÏ
Il faut bien vous parler de ces deux hommes qui se sont succédé à la tête du Gouvernement et qui ont présidé aux destinées de la Hussie. L'un el l'autre sont des personnalités exceptionnelles, l'un et l'autre appartiennent h la catégorie des gens qui vont loin : seulement, pendant que le premier s'est fait un grand nombre d'ennemis par sa rondeur, sa bonhomie, sa façon de promettre ce qu'il ne comptait pas tenir, le second se les est acquis par son inflexibilité dans ses principes, sa volonté énergique, son entêtement, son opiniâtreté dans
ses convictions, même les plus fausses. J'accorde à l'un une valeur relative, à l'autre une valeur d'occasion.
Le comte Ignaliew a trop fait parler de lui, il a une réputation trop bien établie pour que j'essaie de vous le décrire. Je tâcherai simplement de mettre en évidence pour vous certains côtés obscurs de cet énigmatique caractère, qui est à la fois plus variable encore et moins mauvais qu'on ne se l'imagine en général. Pendant mon séjour à Coostantinople, j'ai eu souvent l'occasion de l'observer, d'étudier ses côtés faibles, et je suis peu à peu arrivé à la conviction que le plus grand défaut du comte Ignatieffest son extrême fatuité, sa complaisance envers lui-même, il ne veut pas admettre, dans le secret de son âme, qu'il puisse se tromper, et c'est ce qui le pousse à entasser mensonges sur mensonges, à se retrancher tellement derrière un manteau de dissimulation et d'intrigues, qu'il en arrive à ne plus pouvoir se débrouiller dans le dédale de complications qu'il a édifié de ses propres mains. Le but de sa vie consiste à prouver au