LK COMTE ÏGNATIEW ET LE COMTE TOLSTOÏ
monde son extrême habileté. Il est ambitieux, énergique, faux, mais pas par nature ni par caractère. Sa fausseté est le produit des circonstances et encore plus de la fécondité de son imagination qui lui fait tenir pour véritables les fantaisies auxquelles il a l'habitude de se livrer.
■Je suis persuadé que, souvent, il croit dire la vérité tout en mentant comme un arracheur de dents. C'est un beau parleur qui, à force de vouloir inspirer de la confiance, a fini par éveiller, au contraire, la défiance de tous ceux qui se sont trouvés en rapports avec lui. Il a peu de principes, presque trop de lincsse. Il est d'avis qu'en affaires politiques tous les moyens sont bons, pourvu qu'ils fassent arriver au but, mais ce n'est pas un méchant homme et c'est un homme d'une vraie intelligence. Ses vues politiques, quoi qu'on en ait dit, sont justes, et les récents événements de Bulgarie ont prouvé qu'il ne s'était pas trompé lorsqu'en rédigeant le b'ailé de San Stefano, il disait qu'il lui avait été imposé par les nécessités futures de la presqu'île des Balkans.
»i LA SOCIÉTÉ DE SAINT-PÉTERSBOURG.
L'une des plus impardODDabJes fautes du prince Gorlschakow a été de ne pas soutenir le général Ignaliew dans ce moment critique ; mais ce dernier avait si mal réussi, dans les diverses négociations qui lui avait été confiées, que le vieux chancelier se laissa effrayer par les menaces de l'Angleterre et le désavoua dans la seule occasion où il eût dû lui prêter force et appui.
Pendant la guerre d'Orient, le comte Ignaliew parvint à se concilier les bonnes grâces du prince héritier, qui, après la démission du général Loris, lui offrit le ministère de l'Intérieur. Sûr de luimême, le comte accepta et... se cassa le cou, k la grande joie de tous ses ennemis.
Ce fut durant son court séjour au ministère que se révéla, dans sa plénitude, le caractère d'Ignatiew. 11 n'était pas fait pour ce poste. Sa nature n*est pas celle d'un organisateur; ses aptitudes furent complètement insuffisantes, quant à l'administration intérieure d'un pays aussi troublé que la Russie, au moment de l'avènement au trône de l'Empereur actuel.