‹ La société de Saint-PétersbourgChapitre 23 sur 49 · MONSIEUR DE OIERS ET SES ADJOINTS · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE OIERS ET SES ADJOINTS

Après la retraite, et surtout, après la mort du princeGortschakow, beaucoup de personnes s'étonnèrent de ce que M. de Giers ne lui succédât pas à la dignité de chancelier de l'empire et plusieurs crurent démêler, dans cette réserve du souverain, les indices d'une disgrâce prochaine dont le ministre des Affaires étrangères était menacé. On croit aisément ce qu'on désire. Or, nombre de gens espéraient voir Jes affaires étrangères de la Aussie passer en d'autres mains que celles qui les détiennent actuellement.

Si le comte Tolstoï a été impopulaire, M, de Giers est peu aimé. On lui reproche de n'être pas Russe, d'être livré à l'influence allemande, d'être trop pacifique. Son extrême réserve, jointe à une certaine timidité, contribue, je crois, h accréditer sur son compte les opiniotts défavorables. La plupart des jugements qu'on porte dans la société sont si superficiels, qu'un homme de valeur court le risque d'y être méconnu, surtout lorsqu'il est modeste par nature, ce qui est le cas de notre ministre des Affaires étrangères.

M. de Giers se rend parfaitement compte des sentiments qu'il inspire ; s'écarte, autant qu'il peut, de ce qu'on est convenu d'appeler le grand monde et se borneà travailler, tranquillement et dans l'ombre, pour le bien de la Russie. Car M. de Giers, malgré tout ce qu'on en a dit, est un admirable patriote ; de plus, c'est un homme rusé, habile, qui, sous des apparences souples et accommodantes, cache une volonté de fer, une obstination passive mais résolue. Il ne parle que très peu, ne se démène pas du tout, mais il agit. C'est un tacticien

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