‹ La société de Saint-PétersbourgChapitre 42 sur 49 · T.E COUPS DIPI.0MA.T1QUE. 27J · texte numérisé non relu

T.E COUPS DIPI.0MA.T1QUE. 27J

ment fausses. Tout est vrai en lui, même ses prévisions de l'avenir, lout est sincère jusqu'à sa moindre démonstration d'amitié. Notre monde officiel, et même notre société lui ont su gré du tact exquis avec lequel il a conduit les négociations relatives à la si difficile question de la frontière afghane. On lui a été reconnaissant du soin avec lequel il s'est appliqué à ne pas envenimer l'aiTaire et à la présenter aux deux parties sous un jour, sinon favorable, au moins possible.

C'est avec beaucoup de regret que notre grand monde de Pétersbourg s'est séparé de l'ambassadeur d'Angleterre, de sa femme, qui est ta distinction de cœur et d'esprit en personne, et de ses filles, qui ont le charme et la gatté les plus séduisants; malgré que nous soyons des fous, peut-être même à cause de cela, nous savons apprécier les sages, les modérés, ceux qui mettent en pratique dans la vie les maximes d'une saine philosophie. Sir Edward Thornton fait partie de ces hommes de vraie valeur, aussi espérons-nous que nous ne lui

avons pas dit un adieu définitir, mais un au revoir prochain.

Chakir-Pacha, le représentant de la Porte Ottomane, ne mérite pas une longue mention. C'est un Turc gai et jovial, enclin à la plaisanterie, imbu des idées de jouissance, mais non du fatalisme traditionnel des Orientaux. 11 essaie de sourire, et parvient rarement h maintenir à ce diapason discret son gros et bon rire d'homme satisfait. J'ignore s'il est un diplomate, mais je sais qu'il est un excellent mangeur... des dtners d'autrui, les siens ne prêtant même pas à la critique.

Beau mangeur, joyeux compagnon, homme du monde accompli, amateur de jolies femmes, de vins exquis et de soupers en cabinets particuliers, telle est la physionomie qu'on peut tracer en quelques traits du marquis de Campo Sagrado, ministre d'Espagne. C'est un des plus aimables, des plus spirituels, des plus entreprenants mondains qui aient paru encore dans nos salons. On se dispute partout sa présence, on le choie, on le traite en enfant gâté, en favori. Ses manières courtoises, sa

facoD de s'incliner sur une main de femme, ses Anes plaisanteries, sont extrêmement appréciées par nos élégantes. Comme ornement d'une soirée, le marquis de Campe Sagrado est unique. C'est le type du grand courtisan gentilhomme. Il a du reste été formé à la vie de cour, ayant épousé une infante d'Espagne, sœur de la reine Isabelle. Ses alliances, jointes h sa qualité de grand d'Espagne, lui ont donné une assurance qui n'est ni de la hauteur, ni de la morgue, ni de l'insolence, ai- de la froide dignité.

Je ne vois guère d'autre personne de marque à vous signaler dans le corps diplomatique. Le ministre de Danemark, qui cependant occupe une situation favorisée par suite de la nationalité de l'Impératrice, ne se montre guère et peut être classé parmi les êtres inoffensifs. Ses collègues des autres pays ne sont presque pas dignes de la charité que je leur fais en me taisant sur leur compte.

Quant aux personnages secondaires du corps diplomatique, je n'ai à vous nommer, en fait de

gens répandus, que le conseiller de l'ambassade d'Allemagne donl je vous ai entretenu dans mes lettres sur Berlin, et le premier secrétaire de l'ambassade de France, M. Ternaux-Compans, un des hommes les plus spirituels qu'il y ait dans la carrière, trop spirituel peut-être, marié à une femme charmante. Il y aurait encore à vous citer le colonel de Klepsh, attaché militaire autrichien; quoique ce soit un bomme fort distingué, il a peu à fournir pour une chronique.

Je préfère terminer cette lettre, déjà trop longue, en vous parlant du général de Verder, agent militaire prussien. Quoique je le connaisse à peine, je ne puis le passer sous silence, car il occupe, ou plutôt il a occupé une situation si importante qu'il est impossible de l'ignorer. Je ne crois pas que sa personnalité puisse être sympathique, car c'est un Prussien de la bonne école, raide, avec un regard inquisiteur. Alexandre II l'aifectionnait particulièrement et il faisait partie de la coterie intime de l'Empereur; notre souverain actuel est moins confiant dans le général de Verder, dont le caractère

et l'humeur se sont aigris à la suite de ce revirement de la fortune. C'est du reste un homme usé, et je crois qu'on ne nous le laisse si longtemps que parce qu'il ne serait plus employable ailleurs.

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