‹ La société de Saint-PétersbourgChapitre 7 sur 49 · LA. FAMILLE IMPÉRIALE · texte numérisé non relu

LA. FAMILLE IMPÉRIALE

dont il ne doil pas souffrir par les mêmes raisons que le grand-duc CoDslantin, car le vol de son esprit souffre peu du terre à terre. Je ne crois pas que l'avenir lui réserve une compensation et lui fasse réoccuper une grande situation.

Le seul des oncles d'Alexandre III qui ait, un instant, joui de quelque crédit auprès de l'Empereur, est le grand-duc Michel. En janvier dernier, par suite de désaccord avec son neveu, it a donné sa démission de président du Conseil d'État et a résigné ses autres fonctions officielles. II se retire dans ses propriétés, du Caucase. Brave homme, bon soldat,' ayant administré plus ou moins bien le Caucase pendant de longues années; incapable de se livrer à la moindre intrigue, il est capable de donner un bon conseil. Le grand-duc Michel, en somme, serait assez insignifiant, n'était sa femme, la grande-duchesse Olga Féodorovna.

Celle-ci est très peu aimée dans la société, ce que j'avoue n'avoir jamais pu comprendre. On lui reproche d'être méchante, de se laisser entraîner à la raillerie et de trop dominer son époux. Je

Jî LA SOCIÉTÉ DE SAINT-PÉTEHSBOURU.

n'ai pu trouver ces mauvais côtés chez celte princesse. Elle m'a toujours produit, au contraire, l'impression la plus favorable ; c'est une femme d'énormément d'esprit, douée de facultés intellectuelles toutà fait remarquables, d'un caractère viril, résoin, mais en même temps sincère et vraie vis-àvis de ses amis. Elle juge le monde et les gens d'une manière admirable, sait découvrir les côtés faibles de chacun, et, il est vrai, aime à les faire observer aux autres; mais elle a de la dignité, de l'esprit de conduite, du respect pour elle-même ainsi que pour la position qu'elle occupe. Grâce k cette influence qu'on lui reproche sur l'esprit de s;on mari, le ménage du grand-duc Michel a. échappé à la déconsidération dans laquelle sont tombés ceux de ses frères. Elle a élevé admirablement ses enfants, et, quoiqu'on l'ait accusée de se mêler d'affaires politiques, elle ne l'a jamais fait dans la mesure qui lui a été attribuée. Princesse allemande, elle a su oublier sa première patrie et s'assimiler complètement à celle de son mari. Quoi qu'on en dise, c'est une femme de cœur et une personne

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de ressource, qui sait intéresser par sa conversation enjouée et spirituelle. Pendant un voyage au Caucase, j'ai eu l'honneur d'être admis dans son intimité, et je garderai toujours un souvenir reconnaissant pour les bontés dont elle m'a comblé alors, ainsi que pour les heures agréables que j'ai passées chez elle à Aï-Tador. Elle a arrangé et orné cette belle résidence avec uu goût qui témoigne à la fois de -ses instincts artistiques et de la vie sérieuse et occupée qu'elle a l'habitude de mener.

La situation des oncles de l'Empereur a surtout été très ébranlée par l'ukase réglant le rang de la famille impériale. Cet ukase, sur lequel j'aurai l'occasion de revenir, a été l'œuvre de bien des influences diverses. Il a provoqué d'immenses applaudissements et des attaques acharnées. Pour ma part, je trouve qu'il est bon en lui-même, mais il eût dû respecter les situations acquises et n'être applicable qu'à l'avenir. Je regrette qu'on l'ait promulgué maintenant. Ce n'est pas au moment où les trônes s'écroulent, où les révolutions les me-

nacent, qu'un souverain doit amoindrir le prestige des siens vis-à-vis de ses peuples.

Je ne vous dirai rien des autres membres de la famille impériale. Je me souviens toujours de vos reproches quand je me suis lancé dans ma nomenclature des archiducs d'Autriche. Vous m'avez dit alors que je vous avais cassé la tête. Je tiens à ne plus vous exposer au même danger. D'ailleurs, les jeunes grands-ducs que vous rencontrerez dans les salons, à Saint-Pétersbourg, ne méritent en aucune façon une attention particuHère. Je veux seulement, avant de terminer cette lettre, vous recommander de vous faire présenter à la princesse Eugénie d'Oldenbourg, une des plus agréables femmes et des plus aimables princesses que l'on puisse rencontrer.

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