IL.-—ADMISSION DE FAITS
Ces catégories de l'indigence sont à l’idée de pauvreté ce que le fini est à l'infini, la seconde de temps à l’heure. Or, comme l’on procède en philosophie du concret à labstrait, du particulier au général pour atteindre à la connaissance des principes universels et nécessaires, nous arrivons, par cette même opération de l'esprit, À l'admission de faits suivante, laquelle, dans son exposé du moins, gardera certaines allures de procédure civile.
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Il est en preuve au dossier :
19 Qu'il existe à Québec e7 ailleurs une classe pauvre ;
20 Que cette «lasse pauvre s'identifie infailliblement avec les grandes familles ouvrières des villes ;
3° Que ces grandes familles, au point de vue matériel, sont dans un dénuement absolu ;
4° Qu'’elles manquent de travail ;
5° Qu'’elles manquent de pain ;
60 Que ces mêmes grandes familles ouvrières sont plongées dans la plus affreuse misère, au point de vue de l'intelligence et de l’âme ;
7° Qu'’elles manquent de livres et d'écoles ;
80 Qu'’elles manquent de catéchisme et d’églises.
Les parties admettent de plus :
9° Qu'il existe en ce monde une Association de Bienfaisance dite SOCIÉTÉ DE ST-VINCENT DE PAUL, essentiellement catholique par le principe, ayant pour objet s”médiat de rencontrer cette double nécessité matérielle et morale au moyen d’une doubie aumône, spirituelle et monétaire.
109 Que cette société (fondée à Paris en 1833,) fut établie à Québec le 12 novembre 1846, par M. le docteur ::iouard Painchaud, jr., mort en Orégon ;
119 Que la raison primordiale de l'Œuvre est de Zravailler au bier spirituel de ses membres par l'exercice de la charité.
120 Que le but secondaire de cette même association est de Zacher de faire un peu de bien spirituel et temporel à quelques pauvres visités au nom de Jésus-Christ.
Ces faits, de notoriété publique, une fois acceptés, il convient d'examiner dans quelles proportions la Société de St-Vincent de Paul a réalisé ces espérances. Il est d'urgence de s’en enquérir. Le moyen vulgaire serait de comparer ses œuvres au Canada avec les travaux des
. conférences rivales en France. Mais le résultat obtenu se réduirait à
une misérable donnée d’émulation scolastique. Comparer une association avec ses œuvres, c’est tout uniquement
chercher dans un individu le nombre de ses qualités, ou, si mieux l’on aime, c’est diviser une quantité de chifires quelconque, par le chiffre, antérieurement établi, des qualités nécessaires à toute œuvre de permanence, pour en extraire un total qui égale au quotient la somme de vertus requises. Vous n'aurez constaté en fin de compte, que la rigoureuse exactitude d’une loi mathématique et vérifié, en l’expérimentant, la quatrième des grandes règles simples arithmétiques. Le profit est mince, à mon sens, et l'intérêt médiocre. à
Comparer une association à une autre (soit opposer entre elles diverses conférences St. Vincent de Paul) ce n’est que répéter la même opération, laquelle ne prouvera, en définitive, rien autre chose que la supériorité des unes sur les autres. Et encore cette supériorité n’établira-t-elle que la donnée du succès et non celle de l'effort apporté dans un même travail par les deux antagonistes. Raphaël comparé à Michel-Ange et Michel-Ange comparé à Raphaël ne sont-ils pas tous deux abaissés par ce rapprochement uniquement personnel ?
FAR. Vas
Dans cette odieuse confrontation de mesquine rivalité artistique, le prestige de l’'émule triomphant ne serait-il pas d’ailleurs amoindri de tout le mérite de son redoutable adversaire ?
Choisissons plutôt le contraste de Raphaël mis en regard de } “Ascension du Sautveur” où de Michel-Ange devant son ‘ Jugement Dernier.” Pour être soutenu entre l'artiste et son modèle, le parallèle en sera-t-i moins éclectique ?
Or, la Société de St. Vincent de Paul, possède, en réalité, deux grands modèles, deux mythes divinement parfaits de beauté surnaturelle, constituant, avec leur double individualité, une personne idéale de la Charité Catholique, visibie par tout l’univers, tangible en quelque sorte pour les facultés de l'esprit. Ces deux gloires humaines apparurent dans le ciel comme deux astres de première grandeur aux regards enthousiastes des philanthropes. La première, signalée dès le couchant du r61ème siècle, atteignit son zénith le 16 juin 1737 (*) où elle demeurera fixée pour le temps et l'éternité à une hauteur de sainteté inaccessible aux sciences mathématiques. L'autre, découverte à l'aurore de notre siècle, après avoir marché très vite sur l'horizon, s’abima soudain dans l’espace, avec la rapidité vertigineuse d’un aérolithe, laissant plongé dans une obscurité profonde le coin de firmament rempli naguère de ses plus sereines clartés. Comine les premiers astronomes furent : des bergers, les derniers seront peut-être les pauvres ; quoi qu'il advienne, si vous leur demandiez le nom de ces radieuses planètes, ils vous répondraient avec candeur: ST. VINCENT DE PAUL et Monsieur OZANAM.
VINCENT DE PAUL, modèle idéal de la Charité ;
FREDERIC OZANAM, modèle pratique de la Charité ; tels seront donc nos seuls et uniques termes de comparaison. La divine clarté qui en émane guidera, comme un phare, notre intelligence à travers les premières ténèbres de notre travail. A son flambeau, ous découvrirons encore le wofiré du jugement que nous sommes appelés à rendre pour ou contre la Société de St, Vincent de Paul. Etudions avec conscience, franchise, loyauté, gravons si bien dans notre mémoire les traits caractéristiques de ces deux éminents personnages qu’elle sache au premier appel de notre volonte, les reproduire aux yeux de l'esprit avec une fidélité de précision égale à la vérité saisissante d’une copie photographique, afin que, de vue seulement, nous puissions, à son air de famille, identifier la Société de St. Vincent de Paul comme l'œuvre légitime, la reproduction exacte de leurs pensées, l'expression véritable de leurs actes et la réalisation absolue de leurs plus intimes espérances !
Puisse la comparaison la soutenir de sa grandeur plutôt que l’écraser