Voir plus haut, p. 4C
nOO SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 nov. 1793]
C'est un ci-devant inanjuis, et, quoiiiuo hcau-frèrc (l'iin (irputé à la Convenlion, il n'en doit pas moins (Hre soumis à la loi qui ne veut pas ({u'il y ait de nobles dans les armées.
« Il existe une intrigue pour mettre I.a Poypc à la tèlc de l'armée. C'est ainsi qu'on en use avec tous les généraux dont on veut arrêter les succès.
i< Jourdan jusqu'ici s'est conduit vaillamment; ses ennemis même lui rendent cet hommage, et, quoique jeune, il est à mon sens un grand liommc, puisqu'il a déjoué, battu les généraux les plus consommés de l'Autriche. Un représentant du peuple, sans connaissance et sans talents, Duquesnoy, a entravé ses opérations. J'avais jusqu'à ce jour regardé Duquesnoy comme un bon patriote : c'est un cultivateur, c'est un assez pauvre citoyen ; il n'a pas les qualités d'un général et n'en a pas sans doute les i)rélentions. Pourtant il est certain qu'il a voulu mettre un sien frère à la tète des armées et qu'il s'est constamment opposé aux vues de Jourdan, pour i)Ouvoir l'entourer du soupçon.
<( Je ne veux contre le frère do Ducpiesnoy que les témoignages de Duquesnoy lui-même. Un jour, en ma présence, le ministre de la guerre, qui s'occupait alors de régénérer l'armée, sachant que Duquesnoy avait un frère dans les armées, lui dejiianda à quoi il pouvait l'employer. "Duquesnoy répondit : « Je vous prie de le laisser à sa place ; il n'est pas bon pour commander une armée, pas même une division ; il est fort bien à sa place. »
« C'était alors son sentiment : je regardai cet aveu comme admirable ; cependant il parait qu'il a bien changé ; il en veut faire un général. Il tient maintenant sous le despotisme le plus cruel et le général Jourdan et l'armée entière : personne n'oserait écrire au Comité de salut public ; la lettre serait interceptée, l'auteur arrêté, traîné dans les cachots. »
Hrbert termine son discours en invitant la Société à entendre Cellier, « patriote connu », qui arrive de l'armée.
Cellier atteste ce que vient de dire Hébert : il lit plusieurs lettres, dont les auteurs prétendent que Jourdan est forcé d'agir contre sa volonté, que les représentants ne sont pas toujours à leur poste, que Duquesnoy veut toujours qu'on soit de son avis, que Carnot cherche à faire avancer son frère*.
Les dénonciations que la Société vient d'entendre sont renvoyées au Comité de salut public.
Hébert accuse Laveaux « d'avoir ouvert sur Dieu, un être inconnu, abstrait, des disputes qui ne convenaient qu'à un cajjucin en théologie ». Il lui reproche d'avoir inséré dans le Journal de la Montagne des correspondances de Suisse propres à nous aliéner les sympathies des habitants de ce pays *.
Laveaux répond qu'il a donné sur la Suisse l'avis de plusieurs agents du gouvernement, entre autres, du jacobin Dubuisson, qui est revenu dernière-
1. La déposition de Cellier est résumée d'après le Juitnial de ta Motitrtfjne.
2. La correspondance de Suisse, blâmée par Hébert, avait paru dans le n° lo8 (lu Juiirnal de la Montagne [il brumaire an H^ : elle assurait que les Suisses étaient hostiles à la Révolution française et que leur attitude était éfjuivoque. L'article était signé de l'initiale L'**, qui était la signature habituelle de Laveaux. L'article contre l'athéisme, intitulé l'Instruction publique, suit immédiatement celui dont nous venons de parler : il est signé J.-Cti. Laveaux, en toutes lettres, sans (Idute pour mieux en accentuer le caractère de protestation.
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ment de ce pays. « Quant à la dispute sur ralliéisnie, ajoute-t-il, je ne l'ai })oint commencée. On a insinué dans un journal, que l'athéisme convenait aux Républiques ; j'ai cru cette opinion dangereuse, je l'ai réfutée ; c'est mon opinion et je m'en fais gloire. » Enfin Lavcaux déclare qu'il renonce dès ce moment à rédiger le Journal de la Montagne^.
Hébert persiste à dire que les intentions du rédacteur sont perfides, parce qu'au lieu de publier sa corresj)Oudance, il aurait dû l'envoyer au Comité de salut public]
Chaumette dénonce notre agent de Suisse, l'abbé Soulavie; il demande son rappel, et désire que la Société mette à son grand ordre du jour s'il est convenable que la nation française entretienne près des autres puissances des ambassadeurs.
Hébert demande aussi que VAnti- Fédéraliste, journal qui lui paraît très fédéraliste, soit dénoncé au Comité de sûreté générale; il déclare que ceux qui faisaient des journaux payés par Roland n'en peuvent faire pour des patriotes.
Brichet dénonce un bommc qui se dit très patriote, et ne l'est pas beaucoup, qui doit partir pour l'Amérique en qualité d'ambassadeur. Le titre lui parait indigne d'un républicain.
On fait lecture d'une lettre qui, entre autres faits, dénonce Genêt, notre envoyé dans les Etats-Unis d'Amérique, comme s'étant brouillé avec Wasbington, pour donner à lu nation française de nouveaux ennemis. L'orateur dénonce Genêt comme suppôt de l'ancien régime.
On propose d'envoyer les dénonciations qui viennent d'être faites au Comité de salut public. — .\rrèté.
La séance est levée à onze lieures.
l'RÉSIDENCE DE MAR1B0N-5I0NTAUT
Un secrétaire fait lecture d'une lettre de Ricord fils, patriote marseillais, dans laquelle il fait l'éloge des représentants du peuple Barras et Fréron. « Ils ont rendu, dit-il, les plus grands services à la république dans Marseille. C'est par leurs soins que les citoyens de
1. La mention : « Rédigé par J.-Ch. Laveaux », est supprimée dans le titre du Journal de la Montagne à partir du n" 161 (20 brumaire an II). Les comptes rendus des séances des Jacobins continuent à être faits par Aristide Valcour.
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cette commune ont été retirés de leur apathie. Ils ont levé dans trois jours treize mille hommes dans le département du Yar ; ils ont fixé le prix du pain à 4 sous, tandis qu'il était porté à 13 sous. »
Plusieurs membres obtiennent la parole sur cette lettre. Après quelques débats, une commission est nommée pour approfondir la dénonciation faite dans la séance d'hier contre Barras et Fréron et le général La Poype.
DuQUESNOY. — Je demande la parole pour me justifier.
Robespierre. — Il n'est rien de plus pressant que de déjouer une calomnie. Hier, en présence de toute la Société et aux yeux de toute la terre, un homme a calomnié un représentant du peuple, qui a toujours montré un patriotisme qui ne s'est pas encore démenti, a calomnié le gouvernement dont les travaux et les services sont connus ; voilà les ruses dont se servent nos ennemis, et qu'il est important de détruire. Je demande la parole pour Duquesnoy. {On applaudit.)
Duquesnoy. — On m'a accusé, dans la séance dernière, d'avoir voulu élever mon frère aux grades. Je déclare que je n'ai qu'un frère dans les armées; que je n'ai jamais sollicité jacur lui; qu'il fut fait général de brigade sans ma participation, et à la recommandation d'Hébert lui-même. Enfin, nommé général de division, le ministre de la guerre m'écrivit pour l'en aviser. Je lui répondis pour lui témoigner ma surprise qu'il ne m'en eût pas prévenu auparavant^ et je dis formellement que je ne doutais point du patriotisme fie mon frère, mais beaucoup de ses talents pour cette place. Cependant voici une lettre écrite par le chef d'état-major Reuroud, contenant les détails de l'atTaire de Maubeuge, dans laquelle on dit que c'est particulièrement à Duquesnoy et à Jourdan, dont on fait aussi l'éloge parfait, que le succès de cette journée est dû.
On a prétendu que j'étais l'ennemi de Jourdan; que j'entravais ses opérations ; que j'ai cherché à lui faire faire des fautes. Qu'on lui
écrive, qu'on envoie vers lui Il vous apprendra lui-même que je
suis sou meilleur ami ; que je ne suis ici que pour lui, parce que réellement on l'entravait; que je suis venu demander poui- lui carte blanche ; je l'ai obtenue, je la lui porte. (Applaudissements.)
[Robespierre prononce un discours dont voici les passaiçes principaux: « Enfin nous avons découvert un petit nonil)re do guerriers ré|)ublicains, auxquels nous avons confié le sort de l'État. Nous avons cru pouvoir nous reposer sur les sans-culottes du soin d'exterminer les satellites des tyrans. Le but de nos ennemis a donc dû <''lre de nous faire traiter les généraux républicains comme nous traiterions des traîtres (pii auraient vendu la i{épu-
|9 Nov. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS o03
hlique ; de là les calomnies que vous avez vues se reproduire sur le compte des généraux.
« Deux espèces d'hommes s'attachent itarticulièrement à servir nos ennemis et à perdre la République. Ce sont, d'une part, des patriotes faibles, égarés, qui ne sont que l'écho des fripons ; de l'autre, des émissaires de nos ennemis, cachés parmi nous. Doute-t-on qu'il n'y en ait qu'ils entretiennent, avi.'C de grandes dépenses, i)0ur (h'viner nos secrets, et rendre nul l'elVet de nos plus heureuses résolutions?
<( D'abord je vous dirai que nous sommes parvenus à réunir dans l'armée du Nord trois républicains qu'il serait peut-être fort difficile de rencontrer ailleurs. C'est Beauregard, général sans-culotte, dont vous connaissez les talents. C'est Henoud, chef de l'état-major, ami de Jourdan ; c'est Du(iuesnoy, aussi ami de Jourdan. Tous trois s'entendent parfaitement, et l'amitié de ces trois hommes peut sauver la chose publique.
« Un homme *, que je suppose peu instruit ou trompé, est venu vous dire que Dnquesnoy, député, et Duquesnoy, géu'-ral, étaient des ambitieux qui voulaient j.erdre Jourdan. Il ma dit à moi, cet homme, qu'il le tenait de Benoud lui-même ; ainsi Renoud devait regarder Duipiesnoy comme un coquin; et j'avais une lettre de Renoud, qui faisait l'éloge de Duquesnoy en rendant hommage à ses talents !
.( Je l'observe ; ici, l'honuiK' qui me parlait, frappé de ce raisonnement, se hâta de me (luitter et vint vous débiter les mêmes m(>nsonges, . .
" La plus grande vérité qu'on puisse vous dire à cette trilnine, c'est que l'on cherche à vous perdre par vous-mêmes. C'était le but et le moyen des fédéralistes., des aristocrates, des puissances étrangères... Divisez les Jacobins, disaient-ils, en suscitant au milieu d'eux des hommes (|ui les égarent, et répandent le soupçon sur le plus ferme appui de la Révolution. Je voudrais les voir, ces lionnues qui nous calomnient et se prétendent plus patriotes que nous. Ils veulent nos places... Eh bien! qu'ils les prennent... - Xon! Xon I s'écrient toutes les voix. Vous resterez à votre poste!)
« Je voudrais les voir, sondant nuit et jour les plaies de l'État, sans cesse occupés du peuple, consacrant leur existence entière à son salut. Veut-on seulement détruire la liberté, en calomniant ses défenseurs? Qu'on ne s'imagine plus y réussir : ce n'est pas seulement le jjatriotisme, cet amour inné de la liberté, l'enthousiasme, qui nous soutient ; c'est la raison, ipù doit éterniser la République; c'est i)ar son empire que le ))euple doit régner: son règne est donc impérissable. On applaudit.)
Une dcputalion de la Soch'-té populaire de la section des Invalides vient demander l'affiliation. Les Jacobins applaudissent à l'énergie de leur adresse. Vn orateur déclare que dans cette Société il s'est fourré des fauteurs de l'affaire du Chami»-de-Mars ; il nomme même les officiers municipaux qui ont rédigé le iirocès-verbal de cet assassinat. L'orateur ajoute : « J'arrive de
1. Robespierre parle dllébert. On peut penser qu'il nt- lui panloiuiait pas d'avoir dénoncé à la Société la protestation de Laveaux contre lathéismo. Remarquons que, deux jours après cette séance, le Comité de salut pubUc se fit charger par la Convention « de la recherche des causes et des individus d'où partent les calomnies répandues contre les députés-commissaires aux armées, et d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour les réprimer ». Procès-verbal de la Convention, t. XXV. p. l.'JT.
S04 SOŒTÉ DES JACOBINS [9 nov. 1793]
ranm'o do la Vendée ; j'olïre d'en donner des nouvelles. Je vois avec peine que Tunck est ici ; je Taccuse d'avoir fait des bombances à Luçon ; d'avoir, ainsi que Bourdon (de l'Oise), fait des excès fréquents de vin et d'eau-de-vie, dont il résultait les elVets les plus déplorables. » L'orateur accuse Boulard de concussion.
On annonce que Bailly va bientôt être jugé.
Robespierre déclare « que les patriotes ne sauraient trop surveiller les assemblées de Clubs de sections, qu'ils doivent se défier de toutes les propositions qui leur sont faites, et qu'il faut surtout ajjporter la plus sévère attention sur ceux qui les composent.
« Quant à la section des Invalides, ajoute-t-il, je demande qu'on suspende la correspondance ; car, si le Club peut admettre des aristocrates connus, il peut s'être trompé sur des hommes suspects qui le fussent moins. Dans une Société populaire, il ne faut point de patriotes du 10 août, il en faut moins encore du 31 mai. Et aujourd'hui tous les royalistes sont républicains, tous les brissotins sont montagnards. Qu'on juge donc de ce qui arriverait d'un tel rassemblement ! Je demande que chaque Société populaire s'épure avec le plus grand soin, et que les Jacobins n'accordent leur affdiation ou leur correspondance qu'à celles qui auront subi rigoureusement cette épreuve. »
Hébert dénonce la Société des hommes du 10 août, qui est composée en l)arlie d'aristocrates, et propose qu'on invite cette Société à s'épurer. — Léonard Bourdon engage les patriotes à se méfier des prêtres qui a brûlent leurs parchemins' ». 11 ajoute : « Savez-vous ce qui les rend si dociles? L'éducation nationale s'organise, et les prêtres vont faire tous leurs efforts pour en accrocher une petite part. Mais qu'ils se trompent ! Ce n'est pas à eux que nous confierons l'éducation do nos enfants. L'homme qui a menti à sa conscience, en prononçant un serment qu'il ne devait pas tenir, n'est pas digne d'élever des républicains. Aujourd'hui un de ces hommes a fait, à la Convention nationale, un discours assurément énergique et beau, mais il a fini par montrer le bout de l'oreille en disant qu'il y a huit jours qu'il avait dit sa dernière messe ; or un homme qui, il y a luiit jours encore, a i)u dire sa messe, n'est assurément ])as un républicain. »
L'opinant demande en outre qu'on fasse une adresse à toutes les Sociétés populaires de cette cité, pour les engager à surveiller rigoureusement les aristocrates qui pourraient se faufiler parmi elles. — Les propositions d'Hébert, avec l'amendement de Bourdon, sont adoptées.
Hébert propose d'écrire à Charles Duval, député à la Convention et rédacteur d'une des meilleures feuilles que nous ayons aujourd'hui, le Petit Républicain^, pour l'engager à se charger de la rédaction du Journal de la Montagne. — Arrêté que le président écrira à Duval.
1. Depuis le 17 brumaire, la Convention recevait tous les jours de nombreuses députations qui venaient lui remettre des lettres de prêtrises que leurs possesseurs abandonnaient pour qu'elles fussent brûlées. Une foule de lettres annonçaient que dans tous les départements on brûlait les diplômes ecclésiastiques avec lassentiment de leurs propriétaires. Le 23 brumaire, toutes les autorités constituées furent autorisées à recevoir les abdications des prêtres de tous les cultes. Procès-verbcd de la Convention, t. XXV, p. 202.
2. Nous ne savons pourquoi Hébert désigne ainsi cette feuille, qui à cette date était intitulée Journal des hommes libres de toits les pa>js, ou le Républicain. — Cf. Tourneux, Biblior/raphie, t. 11, u» 10893.
[9 Nov. i793] SOCIETE DES JACOBINS 505
Casalis apprend à la Société que rimpression au Journal de la Montagnr. a été suspendue, parce que Laveaux, ancien rédacteur, a fait quelques changements aux notes de la séance dans laquelle il a reçu sa démission. La Société arrête que son coopérateur confrontera les notes dans l'état où elles sont avec le procès-verbal de la séance, pour les rétablir comme elles doivent être*.]
Séance levée à dix heures.
PRÉSIDENCE d'aNACUARSIS CLOOTS
[Renaiidin dénonce Boissel cl Suard, tous doux membres de la Société ; il dit ([u'ils ont calonmié le Tribunal révolutionnaire, parce (ju'il avait condamné ;ï mort un ci-dovant noble, accapareur de ]iaiii.
Boisst'l monte à la tribune pour se disculper ; mais en donnant des explications, il paraissait entrer dans les motifs qui ont dirigé le Tribunal dans son jugement. Alors des murmures se sont fait entendre. Sur la i)roposition d'un membre, il est arrêté que la dénonciation sera examinée par le Comité de présentation, et que pi'Ovisoirem(Mit les deux membres (h'-noncés déi)Oseronl leurs cartes de Jacobins.
Un député de la Société populaire de Laudremonl (Meurlhe) dénonce et le rapport de Julien (de Toulouse) sur les fédéralistes et un jugement arbitraire du Tribunal de cassation; elle demande des commissaires pour examiner cette dernière aflaire.
Tascliereau appuie cette demande, en la motivant sur l'incivisme reconnu de plusieurs membres de ce Tribunal.]
DuFouRNY. — 11 n'est rien de plus cher aux patriotes que l'exéculion sévère des mesures révolutionnaires ; toutes les décisions qui seraient une rétractation de quelque décret salutaire ou du vœu hien prononcé du peuple seraient funestes à la République ; elles encourageraient les aristocrates et mettraient sous le couteau ceux qui auraient été les instruments des mesures révolutionnaires. Depuis quelque temps la terreur est à l'ordre du jour ; on poursuit tous ceux qui tramaient contre la République, soit par leur correspondance, soit par leurs écrits ou leurs propos ; la Convention ne doit pas rétrograder, car le salut du peuple en dépend. Certains membres de rassemblée font des propositions qui nous feraient perdre tout le
1. Ce discours de Casalis est extrait du Journal de la Monfog?ie.
liOO SOCIÉTÉ DKS JACOBINS [H nov. ITOlV]
fruit de nos travaux : hier, par un sentiment d'attachement à un de leurs coilèii;ues, ils ont présenté des observations dictées par la passion ', mais que la passion ne peut excuser; Basire, jiar un excès de sensibilité, s'est permis de dire: « Quand donc finira cette boucherie de députés? » Il est convenu que ceux qui avaient été exécutés étaient des conspirateurs; il a voulu intéresser en faveur de ceux qui ont été mis en état d'arrestation ; il a dit qu"il y avait assez de victimes, et qu'il ne fallait pas fouiller dans des intrigues qu'on devait imputer moins à un esprit contre-révolutionnaire qu'à la faiblesse et à une trop grande confiance, dans les chefs du côté droit.
Il s'en faut bien que je sois de l'opinion de Basire : je prétends que la terreur ne doit cesser que lorsque nous serons parvenus à la paix ; vouloir modérer un mouvement rapide et salutaire, c'est vouloir rétrograder. Si la Convention mollit, bientôt elle sera inondée de pétitions de la part des parents et des partisans de tous ceux qui sont maintenant dans les maisons d'arrêt, et alors ceux qui ont contribué aux arrestations de ces individus seront eux-mêmes traduits dans les prisons, et peut-être conduits au supplice.
Après Basire, Chabot a soutenu les mêmes opinions, mais il a employé en les •défendant des armes particulières, et il s'est servi d'expressions qui lui sont propres; il a rappelé la nécessité qu'il existât un parti d'opposition dans l'Assemblée ; il a dit que la terreur avait fait passer du côté de la Montagne tous les députés du côté droit, et a demandé que la liberté se rétablit, en déclarant qu'il formerait lui seul un côté droit pour sauver la République.
Thuriut a parlé dans le môme sens, mais il n'a fait aucune réflexion dangereuse pour le salut de la République ; on a vu avec satisfaction trois députés montagnards, Charlier, Bourdon (de l'Oise) et Montaut, défeitdre les principes contraires avec un courage et une énergie dignes des représentants du peuple. Al'exception de ces trois députés, on ne voyait dans la Convention que des hommes sensibles, qui oubliaient qu'elle était révolutionnaire, et qu'elle devait l'être jusqu'à ce que l'établissement de la République fût consolidé.
J'invite donc les patriotes à défendre constamment les principes, et à empêcher la Convention de commettre une faiblesse. En consé-
1. Le 20 brumaire, Philijipeaux avait jircsenté un décret obligeant tous les députés à rendre compte de leur fortune depuis le commencement de la lîévolution. Basire avait parlé contre cette proposition. Après lui Chalioi. soutenu par Thuriot, avait réussi à faire décréter en jn'incipc cpie la Convention ne prononcerait jamais l'arrestali(ui d'au de ses membres avaut de lavoir entendu. Ce décret fut rapporté le ii Inumaire, Moniteur, t. XVUl, p. 394 et 418 ; Procèsverbal de la Convention, t. XXV, p. 125.
[Il Nov. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS H07
quence, je demande que les montagnards de la Convention, qui sont en même temps membres de la Société, fassent les plus grands efforts pour faire rejeter tout projet de décret qui tendrait à la modération, et pour faire adopter une loi qui doit être le complément de toutes les lois révolutionnaires qui ont été portées jusqu'à ce jour.
MoNTAUT. — Je remercie Dufourny des réflexions qu'il a développées, et je déclare que j'ai éprouvé une vive douleur dans la séance d'hier. J'étais indigné de voir trois patriotes faire des motions aussi basses, aussi feuillantines, aussi contre-révolutionnaires. Ils sont sensibles, ces messieurs; ils craignent que la tête des patriotes ne tombe sous le glaive de la loi ; mais se sont-ils aperçus que le Tribunal révolutionnaire ait condamné d'autres personnes que des contre-révolutionnaires? Ne savent-ils pas que, dès lors que ce sont des patriotes qui jugent, les patriotes n'ont rien à craindre, et que celui qui tremble devant eux ne peut être qu'un contre-révolutionnaire ? Il est une vérité incontestable : c'est ipie, si nous épargnons un seul aristocrate, vous irez tous à l'échafaud.
Le but des ennemis de la liberté est d'endormir le peuide, afin qu'il ne finisse pas de se venger. Si les orateurs de la faction des hommes d'Etat ont payé de leur tète tous leurs forfaits, la faction n'est pas anéantie pour cela, et il ne lui manque plus qu'un chef pour se relever aussi forte ({u'auparavant.
La Convention est convenue que nous étions en révolution ; il faut nous y tenir : reculer d'un pas, c'est vouloir tout perdre. Si vous vous arrêtez, vous êtes perdus. Le nidyen proposé par Thuriot, Chabot et Basire est contre-révolutionnaire.
Dufourny. — Je propose d'envoyer à la Convention une députation solennelle pour lui demander si les Français révolutionnaires peuvent encore compter sur sa fermeté.
Uenaudin. — Les orateurs qui ont parlé jusqu'ici se sont servis d'expressions qui ne me paraissent pas convenables. Ce n'est pas à la Convention que nous devons les décrets qui ont sauvé la liberté : c'est à l'énergie du peuple dans la journée du 31 mai. La Convention ne peut rapporter les décrets qu'elle a rendus pour le bien public, et revenir contre les mesures qu'elle a prises pour la punition des traîtres. Un grand crime a été commis ; les scélérats qui en sont les auteurs sont la seule cause de la guerre de la Vendée, de la Corse et de toutes les guerres que nous avons à soutenir. Les chefs de la conspiration sont punis ; mais leurs complices ne le sont pas : trois hommes qui n'ont pas une grande réputation de patriotisme ont voulu prendre leur défense, mais les patriotes sauront dire à la Convention qu'elle
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n'a pas le droit de revenir contre le vœu du peuple. Je demande que toute la Société s'y porte en masse.
Cette proposition est adoptée au milieu des plus vifs applaudissements.
Hébert, — Je citerai un mot remarquable de Vergniaud : c'est qu'en révolution il ne faut jamais stationner; un pas rétrograde perdrait infailliblement le parti qui aurait molli. Profitons de cet avis salutaire. Dussions-nous perdre la vie, il faut sauver la République par des mesures vigoureuses ; il faut que les coupables périssent, même ceux qui sont dans le sein de la Convention, car ils sont encore plus coupables que les autres. Je déclare que je regarde comme contrerévolutionnaires ceux qui veulent faire rétrograder la Révolution.
Lors de la fuite du roi à Yarennes, le peuple déploya une énergie semblable à celle qu'il a montrée depuis dans les grandes crises de la Révolution; et, si l'Assemblée constituante eût été alors à la hauteur des circonstances, elle aurait décrété la République ; mais une cabale funeste arrêta la Révolution, et il en est résulté de grands malheurs.
Je dénonce Thuriot, pour s'être opposé à l'arrestation de Custine, qu'il traitait d'acte arbitraire, et pour avoir dit qu'il n'y donnerait jamais son adhésion. Je demande l'expulsion de Thuriot delà Société des Jacobins, l'examen de la conduite de Chabot et de Rasire, et le prompt jugement des députés complices de Rrissot et de sa faction. {Adopté.)
[Le général Jourdan monte à la tribune : il est accueilli par dos applaudissements unanimes. II annonce que le Comité de salut public Ta appelé auprès de lui pour délibérer sur les moyens les plus propres à accélérer la chute des tyrans.
^tffterf reconnaît qu'il a été trompé sur le compte du représentant Duquesnoy. II rétracte ses accusations, et il donne le baiser rraternel à Duquesnoy, au milieu des applaudissements.
Montant annonce que Charles Duval ne peut, à cause de la faiblesse de sa santé, accepter la direction du Journal de la Montagne. Le Comité de correspondance est chargé de chercher un rédacteur '.]
1. Le rapport suivant fut lu dans cette séance des Jacobins du 21 brumaire, si l'on en croit la date qu'en porte le titre : Rapport sur l'invasion des rebelles à Laval, fait parle sans-culotte Qiaxtix, vice-président de l'administration renouvelée du département de la Mayenne, à la séance de la Société des Jacobins de Paris, le '21 brumaire, et déposé au Comité de salut public de la Convention. S. 1. n. d., imprimerie Laurens, in-8" de 8 p. — Bibl. nat., Lb 'tO/âSil.
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PRÉSIDENCE d'aNACIIARSIS CLOOTS
S(iiiit-Ariimi<(, le dcrnuM- |>iTsulcnt clos JacoMiis de Lyon, se pré^onto à la Sociélé. 11 rappelle qu'il a failli être exécuté coninie Clialier. L'accolade IVaternelle lui est accordée.
On lit une lettre de Grégoire à propos de son rapport sur les matériaux nécessaires pour former les annales de civisme décrétées par l'Assemblée ; il demande aux Jacobins de rassembler tous les traits éclatants de l'amour de la i)atrie qu'a produits celte Société. — Bourdon de l'Oise) << trouve celte demande excellente, mais s'irrite de la voir faite j)ar un homme qui voulut christianiser la Révolution, et qui prétendit que Jésus-Christ avait |trophétisé qu'il y aurait des Jacobins. » On rit.
Monlaid dit : ■. (Irégoire fui Jacobin, il ne l'est plus ; mais ce n'est point à Grégoire, c'est à la Convention, c'est au Comité d'instruction que vous devez la collection des traits glorieux qui distinguèrent toujours la Sociélé. — On demande cpie la lettre de (irégoire soit renvoyée au Comité de correspondance. — Arrêté.]
DuFOUR.NY. — Citoyens, un des objets de la pétition que vous présentâtes à la Convention était de ranimer l'opinion publique, et surtout de conserver au Comité de sûreté générale la conliance dont il a besoin pour les imiTienses fonctions dont il est chargé. Aujuurd'iiui, il paraît que le Comité a voulu faire un rapport selon les vues de la Société, c'est-à-dire selon celles de salut du peuple.
Hier, vous allâtes à la Convention, la députation ne put élre entendue; aujourd'hui, votre pétition fut lue tout entière*. Basire, fâché des interprétations ou applications qu'on avait faites de quelques-unes de ses expressions, les rétracta formellement. Chahut fit de même ; Thuriot rappela les services qu'il avait rendus à la Révolution. [Un léger murmure sV/t't;e.) Citoyens, en détestant ses erreurs, n'oubliez pas les services que reçut de lui la patrie. {On applaudit.)
Dufourny relit la pétition qu'il a présentée ce matin, au nom de toutes les Sociétés populaires, à la Convention.
^Voici les réclamations présentées par les Jacobins à la fin de celte pétition dont parle Dufourny. La Société demandait à la Convention :
1" De maintenir l'égalité en livrant au Tribunal révolutionnaire, avec les
1. Procès-verbid de la Convention, t. XXV, p. 201, et Moniteur, t. XVllI, p. 421.
510 SOCIETE DES JACOBINS [i:{ nov. 1793]
i,Taiuls coiiiiablcs. Ions leurs coniiiliccs, ci surloul de Irailcr plus sévèrement encore les iiéneraux et les représentants ;
2° D'envoyer au Tribunal révolutionnaire la s(eur de Cai)el, le dernier tyran dos Français;
;{" De maintenir dans toute leur rigueur toutes les mesures révolutionnaires et, à cet clïct, d'im|)rimcr aux Comités qui sont chargés de leur exécution, et surtout an Comité de sûreté générale, la plénitude des ])onvoirs de confiance dont vous êtes investis, jtour les préserver de toute résurrection du cùté droit et de toute formation de parti ;
4" De réprimer tout membre qui oserait, par la témérité de ses propositions, dégrader la liberté des opinions, dirait calomnieusemcnt que ce Tribunal révolutionnaire jjrononce des Itouclieries, donnerait aux mécontents, pour signal, ces mois de convention que les journaux leur transmettent, qui relèvent leurs espérances et appellent la i)ersécution sur les jiatriotes ; quiconque enfin voudrait former un parti ou ressusciter le côté droit.
5° De retirer le décret d'exception, porté le 20 brumaire, en faveur des dé- ])utés suscei)tiblcs d'arrestation et d'accusation.
Surveillance, vigueur, justice, unité, égalité! Montagne, vous l'avez juré avec toute la Répui)lique; vous remplirez vos devoirs, et les Français tiendront leurs serments.
Si(j>ié : L.-P. DuFOURNv, l'iiommo libre. Au nom des Sociétés et de plusieurs milliers de citoyens.]
La Société arrête l'impression de cette pétition et l'envoi dans toute la République *.
HÉBERT. — Je demande qu'on rétablisse dans cette adresse un des vœux de la Société, formellement énoncé par elle, que le reste du sang impur des rois coulât sur un échafaud, c'est-à-dire que la sœur de Capet fût jugée par le Tinbunal révolutionnaire. (Arrêlé.)
Un députe, présenté par Coupé (de l'Oise) et Anacharsis Cloots, demande l'admission dans la Société.
MoNTAUT. — Sans vouloir jeter aucune défaveur sur le député dont il est question, j'observe que, depuis quelques jours, un grand nombre de députés se font recevoir, et que cependant ils sont ici depuis sept et huit mois. Je demande qu'à l'avenir tout député qui sera depuis plus de trois mois à Paris, qui se présentera à la Société, soit renvoyé, comme tout le monde, au Comité de présentation.
[Hébert demande que, <■ jusipi'à ce que le procès des conq)lices de Brissot soit terminé, on ne reçoive aucun député dans la Société. » On applaudit. Bourdon [tli; l'Oise) demande que tous ceux qui ont voté avec les ennemis
1. Cette pétition est imprimée dans le recueil pidjlié .sous le titre suivant : Séance du l-'. ■>' décade brumaire, l'an 11 de la République fraiii-aisc. s. t.. imprimerie des qiiatre-vingrt-six départements et de la Société aux Jacohiiis, iii-8" de 16 p. — Bibl. nat., Lb 40/169.
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du peuple dans l'aflaire du tyran, ou ceux qui, ayant voté pour la mort, ont, depuis ce temps, passé dans le jjarti contraire, soient exclus de droit. — Montant demande « qu'en exceptant ceux qui sont allés en mission, où ils auraient été retenus quelque temps, la Société exclue de son sein tous les députés qui, au bout d'un mois de session, ne seront pas venus se présenter à la Société. » Ces difTérentes propositions, ainsi amendées, sont arrêtées. — Merlin demande qu'on y ajoute cet amendement. « Ceux qui ne pourront produire des preuves de civisme, dès le 10 août 17'.»2 et en i7'.t3, seront exclus. » — Arrêté.]
TiiURiOT. — Je demande la parole, pour répondre aux inculpation? dirigées contre moi dans la dernière séance. Je pense, comme la Société, qu'il ne faut point arrêter le mouvement révolutionnaire. Ai-je émis nne opinion contraire? Non, et j'ai cet avantage que, dans toute la pétition, il n'est pas une expression qui me soit propre. Qu'on examine ma conduite actuelle : on me reproche de vouloir arrêter la Révolution, alors que j'y travaille, que, regardant comme un devoir de fonder dans la section des Tuileries un culte à la patrie et à la liberté seulement, j'étais à la section à l'instant où Basire émettait une opinion à la Convention ; j'arrivai à l'instant où Basire terminait son discours, qui contenait probablement des expressions peu convenables, puisqu'il les a désavouées. Ce n'est donc pas à ce sujet <pui je dois me défendre ; c'est seulement sur un fait que m'a imputé Hébert. Il a prétendu que j'avais refusé mon adhésion à l'accusation contre Custine... Reprenons la chaîne des événements; rappelonsnous ceux qui eurent lieu lors de la destitution de ce général; la position dans laquelle se trouvait l'armée, et l'opinion existante alors qu'il y avait un parti ipii voulait perdre Cusline, par cela seul qu'il avait du talent. Nous en étions là, quand une députalion des Jacobins parut au Comité de salut public. Coulhon présidait. Hébert porta la parole. Je ne le connaissais point. On nous dit qu'il y avait eu, aux Jacobins, des dénonciations probantes et accablantes contre Cusline, et que même un homme, sortant précipitamment des Jacobins, était monté en voiture, en criant au cocher: Vite chez Custine! Nous dîmes alors à Drouet : Nous connaissons ton énergie ; nous prenons sur nous toute la responsabilité. Custine pourrait retourner à l'armée, y faire plus de mal encore que Dumouriez ; il faut l'arrêter. >>
Custine avançait sans cesse que Pache avait un vice d'administration : qui soutint Pache dans cette occasion? Moi. Pache m'avait démontré dans l'intimilé que Cusline était un fripon, et je n'avais pas une autre idée de l'homme qui constamment avait été contre le peuple dans l'Assemblée constituante. Custine prit la même marche à l'égard de Bouchotte, et je pris également le parti de ce dernier.
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Voici la letlre que m'écrit Bouchotte à ce sujet. [Cette lettre, dont Thuriot fait lecture, annonce que Bouchotte 7i'a pas connaissance que ce député se soit opposé à l'arrestation de Custine.)
J'ajoute que je me transportai au Tribunal révolutionnaire, et que j'v passai huit heures avec le président actuel de ce Tribunal à examiner et inventorier les pièces contre Custine. Dans le temps où le parti des ennemis du peuple semblait encore être le plus fort, je provoquai leur disgrâce et la destitution du Comité des douze. Je proteste que je mourrai jacobin : c'est un caractère ineffaçable.
HÉBERT. — Il est affligeant de voir des patriotes, qui constamment avaient paru marcher dans la route du patriotisme, s'en écarter; mais il serait plus affligeant encore que l'on passât sous silence les écarts que peut faire un homme à l'abri de son ancienne réputation. Thuriot, pour prouver qu'il n'avait pas eu de mauvaises intentions en jetant cette pomme de discorde dans la Convention, vous donne l'historique de ce qu'il a fait dans sa section, où il a, dit-il, prêché le culte éternel de la nature ; mais, dans la Convention nationale, il n'a pas prêché celui de la Révolution. Condorcet aussi s'était fait une réputation, et comme Thuriot il a abandonné le peuple.
Que prouvent les services anciens? Toujours les conspirateurs suivirent cette marche. Pour tromper le peuple, il faut l'avoir servi ; €ar c'est par sa confiance qu'on l'abuse.
Un fait peu signifiant en lui-même, mais qui, réuni aux autres, prouvera que Thuriot a toujours professé le modérantisme, est celuici. Lorsqu'on demanda l'accusation contre les membres du côté droit, nous nous rendîmes à la Convention, que présidait alors Thuriot comme vice-président. Il abandonna le fauteuil à Rabaut.
Lorsque le peuple eut pris solennellement, dans cette enceinte, la détermination d'arrêter lui-même Custine, si la Convention, si le Comité de salut public n'ordonnait pas son arrestaticui, nous nous rendîmes à ce Comité. Thuriot affecta de regarder nos craintes comme puériles. Nous eûmes beau affirmer que les chevaux étaient prêts ; que le coupable allait s'évader ; que ses créatures avaient tiré des poignards jusque dans cette enceinte : Thuriot affecta de n'en vouloir rien croire et de nous regarder comme des désorganisateurs. Tout le Comité voulait qu'on l'arrêtât ; Thuriot seul s'y opposa formellement, et prétexta que le Comité n'était pas composé d'un nombre sulïisant de membres. « D'un nombre suffisant , s'écria Jeanbon Saint-André ! Fussé-je seul, je donnerais l'ordre de son arrestation! Je l'exécuterais moi-même ! »
Sans notre énergie, qu'arrivait-il? Custine retournait à son armée,
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lui disait que le Comité de salut public avait approuvé ses opérations, qu'il voulait qu'il maintînt la discipline; et. la discipline, pour ce traître, était la fusillade des patriotes. Enfin, peut-être la patrie était perdue, et c'est à Thuriot qu'on eût dû en adresser le reproche. Qu'il cesse de se vanter de m'avoir défendu à celte époque ; quiconque n'était pas mon ami, ne l'était pas du peuple, car c'était pour lui que je souffrais. Sans le peuple, ma tête tombait sur l'échafaud : je n'ai dû qu'à lui mon salut. Qu'il ne vienne pas dire, pour disculper son opinion dans la Convention, qu'on menaçait Robespierre et Billaud-Yarenne, dont il accole les noms avec d'autres, indignes d'être sur la même ligne. Il se décèle lui-même en amalgamant ainsi des noms surpris de se trouver ensemble. Depuis quel temps alTecte-t-on d'accoler ainsi l'homme à qui nous devons la Révolution, la liberté, et celui qui en est la honte? l'homme à qui le peuple a donné l'épithête d'incorruidible, et l'houime le plus corrompu? Peut-on mettre sur la même ligne Robespierre et Delacroix? (hii, le peuple, consulté sur Delacroix, sur le spoliateur de la Belgique, le complice de Dumouriez, l'enverrait au Tribunal révolutionnaire ; et, si Robespierre courait le moindre danger, les Jacobins..., le peuple entier lui feraient un rempart de leurs corps.
C'est à vous. Jacobins, à séparer un plomb vil de l'or pur. Ces hommes se disent amis de Robespierre, et Robespierre n'est ami que de la vérité. Depuis quebpies joui*s des intrigants viennent m'assiégcr, et cherchent à m'animer contre lui. J'avais dénoncé Diiquesnoy ; on m'avait induit en erreur. Robespierre releva cette erreur, et l'on saisit ce prétexte pour me persuader qu'il m'a indiqué comme faisant partie des agents soudoyés par Pitt. Je ne l'ai pas cru : Robespierre ne s'est pas permis cette étrange assertion contre un patriote, j'ose le dire, aussi éprouvé que moi.
Deux faits vont vous prouver quelle est la conduite tortueuse de Thuriot. Hier il vint à la commune me faire demander, ainsi que Pache : je répondis que je ne connaissais pas Thuriot ; que, si j'avais dit contre lui, à la Société des Jacobins, quelque chose qui ne fût pas vrai, elle en ferait justice; mais que, si au contraire j'avais dit jla vérité, le tout retomberait sur sa tête. Pache fut moins ferme ; il se rendit où l'attendait Thuriot, qui ne l'entretint que de ma dénonciation, et l'engagea à m'en faire désister.
Il vous a montré une lettre de Bouchotte, qu'il prétend contenir 'a
preuve de son opinion sur Custine. Bouchotte peut fort bien ne pas
s'être rappelé les faits; et d'ailleurs Thuriot a sollicité hier au soir
cette lettre, qui ne prouve rien autre chose que les petits moyens dont