Tome V
r,|4 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [i:? nov. i79:{]
se sert un intrigant pour se faire appuyer par un honnête homme.
Je demande que la Société persiste dans son arrêté sur Thuriot. Sans votre indulgence jtour Brissot, les mali)eurs qui nous désolent ne seraient peut-être pas arrivés. H faut arrêter le mal dans sa source.
Rappelez-vous le jour où vous forçâtes Robespierre et Brissot de s'embrasser. C'est pour cela peut-être que la guei're a embrasé toutes les parties de notre territoire, et que la République s'est vue à deux doigts de sa perte.
Je demande donc que, sans s'arrêter aux raisons de Thuriot, qui ne sont rien moins ipie péremptoires, la Société maintienne son arrêté; que Basire et Chabot répondent ensuite aux inculpations dirigées contre eux; et que, dans le cas où ils ne répondraient pas mieux que Thuriot, ils soient comme lui exclus de la Société.
Desfieux. — J'étais membre de la députation qui se transporta au Comité de salut public pour demander l'arrestation de Custine. Je déclare que Thuriot demanda où étaient les preuves des crimes de ce général. Je lui répondis que ces preuves étaient dans l'acte d'accusation porté contre lui et dans le cri général qui s'élevait contre sa perfidie. Jeanbon Saint-André en convint, et donna à Drouet le pouvoir de l'arrêter. Alors les Jacobins allèrent entourer la maison de Custine, qui etTectivement était sur le point de prendre la fuite.
Ces faits sont attestés par JVolet, autre membre de la députation, et par quelques autres, qui y joignent encore quelques faits.
TnuHioT. — Ce ne fut pas le Comité de salut public qui donna l'ordre de l'arrestation de Custine; ce fut moi, avec Prieur (de la Marne), qui donnai à Drouet l'ordre de l'arrêter. Drouet répondit: « A l'instant je pars; je monterai à cheval, s'il le faut, je le poursuivrai, le pistolet à la maiu, et je l'arrêterai. » Etait-ce là la marche d'un ami de Custine ? Ne pouvais-je pas répondre: Puisque la loi me défend d'opérer, je n'opérerai pas; c'est au Conseil exécutif à le faire; et, puisqu'il ne l'a pas fait, je ne le ferai pas; la Convention pourrait m'en faire des reproches. Pache et Bouchotte attesteront que j'abhorrais Custine. Lorsque j'ai cité les noms de Robespiei're, de Delacroix et de quelques autres, je n'ai point prétendu établir de comparaison entre eux, mais seulement citer un propos que j'avais entendu.
11 était naturel que j'allasse demander à Bouchotte de rendre hommage à la vérité ; il fallait que je rappelasse à Pache les circonstances où j'avais combattu en faveur du peuple, et que j'avais pris les intérêts de Pache lui-même contre Custine.
[13 Nov. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 515
Je nie d'avoir engagé Hébert à se désister de sa dénonciation. Je ne reproche point à Hébert de m'avoir dénoncé ; j'ai cru qu'aimant la vérité, il aurait du plaisir à l'entendre : il est patriote, je le suis aussi; il a combattu pour la liberté, j'ai combattu de même, et j'ai commencé avant lui; j'avais acquis le droit de tomber sous les poignards des ennemis du peuple, avant qu'il eût encore élevé la voix en sa faveur. Je demande qu'une commission soit nommée pour examiner cette affaire. Tous ceux qui ont parlé se réuniront; je tâcherai de réunir également tous ceux qui en ont quelque connaissance, et je crois que je convaincrai même mes dénonciateurs ; car, abstraction faite d'im mouvement d'humeur où l'on me trouva, et qui ne provenait que d'avoir parlé une heure et demie pour prouver que Custine était coupable, je ne crois pas qu'on puisse alléguer contre moi aucune plainte fondée à cet égard.
HÉBt:RT. — Thuriot vous a fait une proposition évasive ; il n'a point répondu aux princi[>aux faits avancés contre lui ; il n'a point réitondu au reproche de s'être opposé à l'arrêté du Comité de salut public. Si Thuriot a eu des opinions de modérantisme à la Convention; si, avec Chabot et Basirc, il a voulu ressusciter le brissotisme; s'il est constant que ces faits soient vrais, je demande que, sans perdre davantage un temps précieux, la Société déclare que, dans un temps de révolution, Thuriot n'est plus digne d'être Jacobin.
Thuriot se plaint de la précipitation qu'Hébert veut qu'on apporte à son jugeuient; il déclare que c'est lui qui lit que l'assemblée des électeurs s'établit en permanence, et qui la décida à s'emparer de la maison commune. Il cherche à prouver que, loin de chercher à arrêter le mouvement révolutionnaire, il l'a accéléré, et se flatte que ce mouvement même qui entraîne aujourd'hui la destruction du système de fanatisme et de superstition, c'est lui qui l'a donné. (Un cri imiversel se fait entendre : « Xon, non, c'est le peuple f » s'écrie-t-on de toutes parts.)
Re.naudin. — Thuriot ne vous dit pas que, lorsqu'il était question de la nomination de Beauharnais au ministère de la guerre, il était là-haut (en désignant un des coins de la salle) et disait : « Encore une désortjanisation f » En un mot, il trouvait mauvais qu'on ne voulût pas qu'il fût nommé au ministère.
MoNTACT. — J'ai dénoncé hier collectivement Thuriot, Chabot et Basire; le premier, pour avoir appuyé les autres; mais il a mieux fait aujourd'hui, et je dois vous dire, avec la même franchise, que, Chabot et Basire s'étant rétractés de ce qu'ils avaient avancé, Thuriot au contraire a persisté. . .
TnuRiOT. — Je déclare que j'ai appuyé la proposition du rapport du décret.
MoNTAUT. — Oui, parce qu'il était impossible de faire autrement. Cette proposition a également été appuyée par tous les crapauds du Marais (car il y en a encore). Je sais que Thuriot a bien servi la révolution dans l'Assemblée législative et au commencement de la Convention. Je sais rendre justice à qui la mérite; mais je te fais un reproche, Thuriot! Depuis que je suis de retour de l'armée, tu es un feuillant ; tu n'as plus d'énergie; tu ne cries pins contre le côté droit; tu es assis au milieu d'eux!... Je revenais de l'armée; je disais à qui voulait l'entendre que Gustine était un traître. C'était une époque, à la vérité, où il n'y avait qu'un ferme jacobin qui pût me croire. Je voulais qu'on l'arrêtât. . . Thuriot me dit : « Tu es une mauvaise tête; tu veux tout bouleverser; Gustine est un brave général. . . »
Ici l'orateur est interrompu. On réclame à grands cris, de toutes parts, la clôture de la discussion. Elle est arrêtée, et la Société maintient son arrêté qui exclut Thuriot de son sein.
La séance est levée à onze heures.
PRÉSIDENCE d'aNACBARSIS CLOOTS
Les gendarmes en quartier à Epinal sollicitent de la Société ses hons offices relativement à quelques demandes qui concernent le ministre de la guerre. On propose de lui renvoyer cette lettre; mais, sur l'observation de Roussel^ que dans les communes où se trouvent des Sociétés populaires, telles que celle d'Epinal, qui est dans les meilleurs principes, les citoyens qui ont des demandes à former doivent se faire appuyer par ces Sociétés, la lettre des gendarmes est renvoyée au Comité de correspondance, qui écrira à ces citoyens pour les engager à prendre cette mesure, que la Société a généralisée.
Terrasson écrit à la Société que CoUot d'Herbois a fait choix de lui
1. La veille, 2.'j brumaire an II, le Comité de salut public avait accortié à la la Société des Jacobins une subvention de cent mille livres, (^f. F.-A. Aulard, Etudes et leçons sur la Révolution française, p. 228, et Recueil des actes d t Comité de salut public, t. YIII, p. 432.
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pour aller à Lyon ; sa confiance lui est précieuse ; mais, avant que de s'y rendre, il veut mériter celle de la Société et se présente à la censure.
Un membre s'oppose à cette mission, en déclarant que Terrasson a perdu la confiance de la section de la République par sa conduite, ce qui Ta forcé de demeurer sur celle des Piques. Il ajoute que Terrasson a proposé à la tribune des Jacobins un système de fédéralisme, combattu pendant trois jours de suite par Chabot. 11 l'accuse de quelques faits encore et, en définitive, il lui reproche d'être un modéré. — Terrasson se présente pour repousser ces inculpations; mais la Société renvoie cette discussion à son Comité de présentation.
[Une (li'piilalidii de ht SocK'tr de la Vertu sociale de Versailles demande l'affdialion et la correspondance.
La Société, sur la projjosition de llenaadin, passe à l'ordre du jour, motivé sur ce que les membres de celte Société doivent, s"ils sont patriotes, se réunir aux Jacobins de Versailles'.
Chabot monte à la tribune pour se disculper. 11 déclare (pril ne connaît point son dénonciateur. 11 s"écrie : « Je serai Jacobin, s"il le faut, malgré vous-mêmes ; mais, nommé député par la Société des Jacobins, je croirais devoir me retirer, s'ils m'eidevaient leur confiance, et j'irais porter les armes contre nos ennemis ! »]
DuFOURNY. — Chabot a dit ne point connaître son dénonciateur : je ne le suis point ; je suis le vengeur des principes. J'ai entendu émettre à la Convention nationale des opinions tendant à ressusciter le côté droit ; je ne considère que les principes. Je laisse là Chabot etBasire; la postérité en jugera, si toutefois ils vont à la postérité. La puissance nationale, puissance révolutionnaire, s'était déployée depuis le 31 mai ; tous les fédéralistes, les contre-révolutionnaires étaient arrêtés; quelques-uns cependant échappèrent, et ce fut surtout dans la Convention nationale que l'épervier, qui fut jeté alors, manqua son coup : les mailles n'en étaient point assez serrées. On a prétendu renouveler le côté droit, sous prétexte qu'il faut un parti d'opposition. Mais réfléchissons qu'il n'en est point du gouvernement
1. Pour compléter les renseignements relatifs aux Sociétés atïiliées à répot[ue où nous sommes arrivés, nous citerons l'extrait suivant du Procès-verbal de la séance de la Convention du So brumaire an II i^l. XXV, p. 231 \ « La Société de Dunkerque, éclairée par Le Bon, représentant du peuple, reconnaît que son désir violent de faire le bien l'a induite en erreur sur l'établissement d'une Société centrale : elle fait la rétractation la plus formelle des deux écrits qu'elle a adressés, le 9 brumaire, à ses sœurs des départements du Nord, du Pas-de-Calais et autres affiliées, et proteste de son dévouement aux décrets de la Convention. » Le représentant André Le Bon s'était fait inscrire aux Jacobins dès son arrivée à Paris ; il était un des membres les plus zélés de la Société.
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de la France comme de celui de l'Angleterre ; là, les intérêts du peuple exigent que le parti de l'opposition existe, parce qu'il existe un intérêt ministériel ; ici, au contraire, l'unité de la République exige qu'il n'y en ait point. La discussion est nécessaire sans doute, mais elle ne doit avoir lieu que quant au mode d'opérer le bien public. Existe-t-il un parti d'opposition, existe-t-il un côté droit aux Jacobins et dans les autres Sociétés populaires ? Non, sans doute, Pourquoi donc en existerait-il à la Convention ?
Cliabot nous accuse de l'avoir calomnié sur son mariage ; mais, est-ce nous qui l'avons marié? C'est bien lui-même, j'espère. Je ne vous dirai point que nous voyons chaque jour des mariages tels que le sien, où l'épouse apporte en apparence une dot à son mari; je ne prétends point que Chabot soit dans ce cas : mais je dirai qu'il a bravé l'opinion publique en contractant un mariage avantageux, tandis qu'un représentant du peuple ne doit point courir après la richesse ; je dirai quUl a bravé l'opinion publique en épousant une étrangère, et dans quel temps encore? Quand Antoinette était au fauteuil du Tribunal révolutionnaire, quand la nation était à son maximum d'exécration pour les étrangers, quand nos frères, qui sont aux frontières, nous ont laissé des veuves à consoler, des souirs, des parentes à secourir : c'est alors que Chabot contracte un mariage intéressé avec une Autrichienne î Une femme est un vêlement ; si ce vêtement était nécessaire à Chabot, il devait se rappeler que la nation avait proscrit les étoffes étrangères.
Si Chabot eût consulté la Société, à laquelle il voulait faire sanctionner ses amours et ratifier son mariage, nous lui eussious dit : Quand on prend une telle femme, il faut d'abord s'informer si ceux à qui elle appartient ne sont pas légitimement suspects et liés d'intérêt avec nos ennemis, et je crois que nous eussions pu parvenir à démontrer l'affîmative. Quelques services que Cbabot ait rendus à la Révolution, quelle que soit sa gloire acquise et celle à acquérir, ceci notera toujours sa conduite d'une note désavantageuse.
Quoique la vie privée d'un individu n'ait rien de commun avec sa vie politique, il est des cas cependant où la moralité d'un représentant du peuple doit être comptée pour quelque chose. Chabot, cédant aux impulsions et à l'attrait irrésistible de cette passion douce pour laquelle l'homme est né, et à qui nous devons l'existence, a antérieurement à son mariage choisi une compagne qui, par suite de leurs liaisons intimes, est devenue mère. . , Qu'as-tu fait pour elle ? Pourquoi l'as-tu abandonnée? Lorsque tu as pris femme étrangère, tu as délaissé, méconnu un rejeton français. *
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Basire et Chabot ont proposé l'un et l'autre à la Convention les opinions répréhensibles , dangereuses, et même contre-révolutionnaires que je vous ai dénoncées à cette tribune. Thuriot n"a fait que les appuyer, et vous avez rejeté Thuriot de votre sein. Je vous laisse le soin de conclure. Cependant, pour qu'il ne soit pas dit que ce soit un mouvement d'indignation qui ait rejeté Chabot, je demande moimême la nomination de commissaires.
Ce discours est souvent interrompu par de nombreux applaudissements qui se font entendre jusqu'à trois reprises différentes, et d'autre part par des démentis, des interruptions, etc. Le président se couvre et le calme se rétablit.
[Un citoyen affirme que Chal»ot s'csl servi de son crédit i)Our faire mettre en liberté ses deux Ix'aux-frères, arrêtés comme élrangers : ils assistent en ce moment à la séance, b'oraleur ajuiUc (|iie, depuis le mariage de Chabot, l'abondance règne dans la maison de sa lenune. — Un autre citoyen déclare que celle maison caclie un neveu du ministre de r.Vutriche.]
Ch.mjot. — Je nie formellement tous ces faits. Je demande que des commissaires soient nommés pour aller apposer les scellés chez moi, et j'offre de me constituer prisonnier dans le sein de la Société, et, dans le cas où un seul de ces faits se trouverait être réel et vrai, j'offre de porter sur-le-champ ma tête à la guillotine. J'appelle les bons citoyens à mon secours pour démasquer les calomniateurs.
Un membre. — J'observe ([ue cette provocation est le langage commun des conspirateurs; ce fut ainsi que s'exprimèrent les vingt-et-un scélérats condamnés à périr. Je demande, en conséquence, que Chabot soit rappelé à l'ordre, pour avoir appelé à son secours, quand personne ne le tyrannise.
Chabot se rappelle lui-même à l'ordre, et la discussion est terminée par la nomination de commissaires chargés d'examiner cette aftaire et d'en rendre compte à la Société.
Le Peletier propose à la Société d'adjoindre six membres à ceux qui composent le Comité de défenseurs officieux. La Société approuve leur choix, à l'exception de Dubuisson, sur lequel Montant a un fait à dénoncer. Lorsque Montaut était à l'armée du Nord, Dubuisson se rendit auprès des représentants du peuple, pour les engager à rendre la liberté à un prince allemand, prisonnier de la République. Ce n'est pas là, dit Montaut, la conduite d'un Jacobin, qui ne doit pas être le pro lecteur d'un prince.
[Une députation de la Commune de Rouen se plaint des reproches qu'on
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lui fait do laisser passer les grains. Elle déelare que celle ooninume a éprouvé la disetlc.
Dufourny déclare que le déparleiuent de la Seiue-lnlerieure recueille, en quel(|uc année que ce soil, de quoi nourrir pendant six mois ses propres habitants. Cependant, ce département s'est toujours plaint de la disette, même au mois de septembre dernier. Au moment où l'orateur l'ut envoyé en mission, il s'en plaignait de même; ce qui prouve, non de la ])art du i)euple, mais des autorités constituées, mais deâ administrateurs, une inertie criminelle et beaucoup de malveillance. Il demande pourquoi un aristocrate, Fontenay, est maire de Rouen.
L'oraleur de la drputation répond que Fontenay fut nommé par Delacroix, représentant du peuple, qui consulta sur ce choix la Société populaire, dans le sein de laquelle il s'éleva, il est vrai, une réclamation générale contre ce choix; que Delacroix ))assa sur cette réclamation, parce qu'il la jugea insuffisante, et qu'un nouveau maire ne lui fut point désigné par le peuple.
Un député de la la Société d'Yveiol se plaint des représentants en mission dans le département'. Il dit : « Les représentants du peuple sont à mes yeux des patriotes, mais ils n'agissent pas avec cette vigueur qu'exige le succès du républicanisme. Les acca{)areurs de Rouen ne sont pas assez maladroits pour laisser dans cette commune leurs magasins; chacun d'eux en a de considérables, qui sont cachés, et leur débouché est par Candcbec. 11 s'agit donc de découvrir ces magasins, mais il faut y apporter la plus grande surveillance, la plus grande activité. Legendre est mon ami; je le connus lors du 31 mai; je l'avouerai, je n'ai i)oint reconnu en lui cette énergie qu'il développa à cette époque, lorsqu'il arracha à Isnard son papier de protestation. Louchet est un bon jjalriote. Quant à Delacroix, s'il n'était pas entouré d'hommes riches, s'il n'avait jkis contre lui les souvenir,s de la Belgique, il pourrait passer pour un demi-patriote. [On applaudit.) Mais je ne sais si ces considérations ne sont i)as assez fortes ])our exiger de la Société une jiétition à la Convention nationale, à l'eiTet d'obtenir son rappel. Il est étonnant, sans doute, que le ci-devant président du département se trouve aujourd'hui porté à la place de maire de Rouen. Il existe quelques patriotes dans cette commune : n'était-il pas possible de faire un meilleur choix ? Il me semble que, pour rendre cette grande cité aux vrais principes, et la replacer au niveau révolutionnaire, il faut: 1° de nouveaux commissaires; 2° une armée révolutionnaire ; 3° une guillotine ; 4" destituer tous les partisans du fédéralisme qui infestent les administrations ; 5° rendre hommage à la mémoire de Bordier et de Jourdain, martyrs de la liberté'. [On applaiidU.)
Coupé [de l'Oise) déclare qu'il craint qu'on ne rende Paris odieux aux départements en envoyant l'armée révolutionnaire de Paris faire des réquisitions de subsistances en Seine-Inférieure.
Dufourny répond : (( L'armée révolutionnaire qui est à Paris n'est i)oinl l'armée de Paris. Qu'on se garde bien de le croire et d'accréditer celte erreur. Cette armée est celle de la République entière. )) [Ou applaudit.) Hébert déclare qu'à Rouen, comme dans toutes les grandes villes commer-
1. C'étaient Delacroix (d'Eurc-et-Loir), Louchet et Legendre.
2. Bordier et Jourdain avaient été condamnes à mort par le Parlement de Kouen et exécutés le 21 août 1789.
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çantcs, l'esprit public est très mauvais. Les marchands sont essentiellement contre-révolutionnaires, et vendraient leur patrie pour quelques sous de bénéfice. « Savez-vous, dit Torateur, pourquoi la ville de Rouen n'a pas été, comme toutes les autres, fédéraliste? Les marchands qui la composent ont vu la cliosc en politiques intéressés. Ils ont dit : le Midi veut faire une réjiublique fédérative et séparée ; il attirera à lui toutes les richesses du commerce. Paris seul alimente le nôtre i)ar sa consommation ; gardons-nous de nous en séparer. Mais, depuis qu'ils ont vu que la chose n'était plus à craindre, ils ont levé le masque. » Qui a-t-on envoyé dans ce département? poursuit Hébert. « Legendre, qui, par sa bêtise ou sa malveillance, a secondé le projet contre-révolutionnaire de Lyon ; Delacroix, qu'il suffit de nommer pour donner aux jjatriotes l'idée de l'être le plus méprisable.
« Je demande le rappel de Legendre et de Delacroix. On vous a déjà développé, sur l'état actuel de la ci-devant Normandie, des faits, des indices, qui prouvent que Pilt a dans cette province un grand noml)re de partisans qui ne demanderaient pas mieux que de la faire repasser sous le joug anglais.
« Au moment de la rentrée du Parlement, Pitl a besoin de montrer à la nation anglaise des travaux, des succès. Il veut montrer Toulon surpris, la Normandie conquise. Je demande le rajtpel de tous les rejtrésentants qui se trouvent dans ces dé|)arlements. Lindet lui-nu''nie y a soutenu le fédéralisme. J'insiste surtout sur le rappel de Delacroix. {On applaudit.) Il faut observer que n'envoyer que soixante hommes dans le département de la Seine-Inférieure, ce serait les sacrifier. 11 faut y envoyer des forces imposantes, car c'est là maintenant (pi'est la Vendée. »
Les propositions d'Hébert sont arrêtées, et Ferrières, Dufourny, Mouchet, Lenud (dYvetot) sont nommés pour les poi'ter au Comité de sahil public]
La séance est levée à onze heures.
PRÉSIDENCE d'.\NAC1I.\RS1S CLOOTS
[Cio'tius offre à la Société le buste de Lazowski. — Duhois-Crancé rappelle à la Société (pi'elle a une dette à payer à la mémoire de Bordier, qui fut pendu à Rouen en 1789, pour avoir dénoncé les accapareurs de blé. — Lenud, députe do la Société d'Yvetot, lit un ])rojet d'adresse de la Société d'Yvetot tendant à faire décerner les honneurs funèbres à Bordier et à Jourdain, pendus en UK'me temps pour le même motif, et demandant l'envoi au Tribunal révolutionnaire de ceux qui les ont fait condamner. Après une discussion à ce sujet, la Société, sur la proposition de Boulanger, arrête qu'il sera demandé à la Convention que l'intendant Tarbé, qui fit condamner Bordier, soit tenu de faire une pension à son fils. — Baigne, juge au Tribunal de justice i)opulaire de Commune-Alfrancliie, écrit, en date du 22, qu'on a ce-
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It'ltn'- ;ivaiil lii<>r iin(> frlo en l'honnour do Clialicr : " I-c iilus beau ])orsonnaiço ôlail lin àno, dôcon- do tous los liamais ijontificaiix. » Haigno ajoiito : « Dojtuis trois jours, nous avons fait toniltor vingt ot uno tôtos par la guillotine, sans coniptor los fusillados journaliôros, tous olTiciors municipaux ot administrateurs du département; bionlnt il no restera plus do traces de cette engeance perfide.» — Chaumctie se plaint que les iemmes soient restées dévotes. « l'n de ces jours derniers, dit Chaumetto, elles se rassemblèrent dans la ci-devant église Saint-Kustacho, munies do bréviaires, de chapelets. Il y avait bien j)armi elles quelques-unes do ces vieilles femmes qui prennent i)laisir à respirer l'odeur cadavéreuse qu'exhalent los temples de Jésus ; mais le i)lus graïul nomlu'o était composé de filles qui sacrifient aussi à d'autres idoles. Il est venu, j)Our a])itoyor sur leur sort, des Idossés de l'armée do la Vendée. Nous en avons reconnu qui l'avaient été en condialtant contre la République. Il est dos soldats qui gagnent la gale oxjjros pour rester sur les derrières de l'armée, et l'on distinguo fort bien ceux qui l'attrapent par accident d'avec les vieux routiers. On fait passer à Paris tous les malades do ce genre. Si l'on réfiéchit sur le gain qu'a chaque commissaire des guerres dans ces voyages, on sentira la raison de cet abus. Le maire ot moi avons vu des soldats de l'armée dos Pyrénées qnon a fait retluor jusqu'ici. Il est un ]»rojet de former à Paris trois ou quatre hôpitaux, ot los officiers de santé aiment mieux rester ici (pie d'aller à l'armée, parce qu'ici l'on va à l'Opéra. Je demande qu'une députation porte au Comité de salut i)ublic le vnni de la Société, tendant à ce (pie le ministre de la guerre soit tenu d'enjoindre au Comité de santé de prendre garde à ces hommes dont le sang est gâté, et dont le transport à Paris peut être un piège, ot d'enjoindre également aux commissaires do cesser cet abus. » — Un citoyen, commissaire dans l'amnri' du Midi, appuie cotte proposition. — Momoro demande ipi'on engage le Comité do salut public à faire observer deux décrets, dont le premier intordit au ministi;o de la guerre d'accorder aucun congé absolu ou limité dans ce moment pour cause de maladie ou autre, et dont le second défond aux soldats do se rendre dans tout autre hôpital que celui qui suit l'armée, ou celui de la ville (pii lui on sert. — Sur la ])roposition de Sdnlerrr, toutes ces observations sont renvoyées au ministre de la guerre.
Coupé (de l'Oise) rend compte du rapport du Comité de sûreté générale relatif aux députés détonus.]
La municipalité de Montbard, département de la Gôte-d'Or, vient dénoncer ce département comme répandant avec affectation que, la Convention étant une comme la Républic[ue, il ne doit point y avoir de côté droit ; que tous sont également dignes de respect et d'hommage. On donne lecture de l'extrait d'un procès-verbal de la Société populaire dans lequel ces principes feuillants sont fortement prononcés. On n'y reconnaît ni Montagne, ni Plaine, ni Marais, et tons les députés, au dire de cette Société, sont tous également les amis du peuple. (Ce procès-verbal est du mois de juin dernier, vieux style.)
Robespierre. — Dire qu'il n'existe et qu'on ne reconnaît qu'un parti clans la République et dans la Convention , c'est dire qu'il
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n'existe aucune différence entre les aristocrates et les patriotes, les républicains et les royalistes, les étranijers, ennemis de la France, et les amis du peuple français. Je demande qu'on fasse un exemple rigoureux, et que cette Société fédéraliste soit rayée de la liste des affiliés de la Société-mère. — ArnHé.
[Les administrateurs du lycée des Arts écrivent à la Société pour l'inviter à , la séance de décadi prochain ot lui demandent de proposer des citoyens pour remplir des places gratuites d'instituteurs publics. Mention civique. — Uui^ (b'pittation (Ir. hi Socù'lr des tlrfcnsefirs de bi lîépubli/jin' demande à la Société de lui prêter sa salle quand elle est libre. On jtasse à Tordre du jour sur cette requête. — La Société de la Montagne, « fièrc de i)Osséder dans son arrondissement la mère de toutes les Sociétés », lui demande de désigner des membres pour accompagner la députation qui ira de la part de la Société de la .Montagne porter à la Convention les liocli(>ts du fanatisme. — Arrêté.]
Séance levée à neuf heures et deuiie.
PRÉSIDE.NCE D'ANAr.n.\RSTS C.LOOTS
[Un citoyen (pii, depuis huit ans, a abandonné l'état désastreux de financier pour se faire cultivateur, oIVre, par l'organe de Brichet, une déeouverte qui consiste à faire du pain avee la ponujic de terre. La Société et les tribunes pensent tpi'il ne faut jias appliquer cette découverte dans les circonstances présentes, car nos ennemis penseraient ([ue la Révolution nous a réduits au pain de ponnne de terre.
Le Comité de salut public demande à la Société de lui désigner des honuues propres à remplir les fonctions publiques. Un membre pro])Ose que les Jacobins déclarent eux-mêmes à quelle fonction ils sont propres. — Un antre veut qu'on remette ce soin à un Comité.
Léonard Bonrdon dit : « La lettre du Comité de salut public fait l'éloge de son dévouement au salut de la patrie ; elle fait également l'éloge de la Société. Je désire que cette lettre soit imprimée et communiquée à toutes les Sociétés affiliées, afin de les engager à i)rendrc le même arrêté, et à envoyer au Comité de salut jjublic la liste des i)ersonnes qu'elles croient dignes de remplir les fonctions publiques. » — Sur l'observation du Président, que déjà cette lettre est imprimée et envoyée aux Sociétés ])opulaires, la discussion est fermée et les autres propositions sont arrêtées. — Hébert dénonce l'Administration des Monnaies, composée d'aristocrates : il dit qu'elle doit être épurée. — Léonard Bourdon appuie cette proposition et demande en outre que la Société réclame immédiatement l'arrestation des membres de l'Ad-
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ministration des Monnaies. La proposition est arrêtée, et on envoie de suite des commissaires pour la porter au Comité de salut public. Léonard Bourdon propose encore qu'on réclame la destitution des administrateurs des Domaines nationaux. Il demande enfin que tous les clïets d'habillement audessous de 1)0 livres, engagés au Mont-de-piété, soient rendus gratis aux pauvres, afin d'adoucir pour eux les rigueurs de riiiver. Les pro])Ositions de Léonard Bourdon sont adoptées.
La Société républicaine de la section de Le Peletier, puis celle de Xanieuit-le-Haudoin, \\cnncnl demander rafiiliation. Renvoyé au Comité do^cor-, respondance. — I^a section de Le Peletier annonce que, « d'après un arrêt pris à l'unanimité, elle ne reconnaît plus d'autre religion que celle de la nature et de la vérité. »]
Le Président lui répond : « Citoyens, le moment approche où la vérité ne sera plus en minorité sur la terre; chaque jour nous annonce un nouveau triomphe de la raison. Le fédéralisme des sectes politiques et religieuses s'évanouira devant l'unité et l'indivisibilité de la raison universelle. Chaque idole renversée par la philosophie est une victoire remportée sur les tyrans. Vous avez écrasé Tinfàme; vous êtes dignes d'assister à la séance des Amis de la liberté. »
Séance levée à dix heures.
PRÉSIDENCE d'aNACHARSIS CLOOTS
[Laveaux se plaint que les dépulations, qui depuis (pielquc temps viennent en grand nombre à la Société , y occasionnent du désordre en s'installant parmi les membres : il demande qu'on assigne à chacun une place à part. — Roussel demande l'ordre du jour, « parce que nous devons confondre avec nous nos compatriotes qui viennent nous visiter ». — Un citoyen se plaint que le j)roccs-verbal de la séance de la veille ait omis le récit des opérations révolutionnaires qu'il a faites à Yerneuil, " où les églises ont été fermées, les cloches brisées, etc. » La Société arrête que cette omission sera réi)arée '. — Un citoyen se plaint que les administrateurs du département du Jura aient trompé la confiance du représentant Prost. Ces administrateurs sont des aristocrates, que le district de Dùlc a dénoncés, parce (pi'ils spéculaient sur les assignats. L'orateur demande ([ue la Société nonuue des commissaires pour presser le Comité de sûreté générale d'éclaircir cette alTaire. — Arrêté.
Renaudin se ])laint que le journal appelé Corresi^ondancc politique *
1. Tout ce (lêl)at est rêsuinê d'après le .Imirnid de la Moti/<ir/ne.
2. Le titre (•(nuplel du journal en (|UL'slinii était (.'ufrespondance politique de
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l-ait accusô cravoir proposé de faire du pain de pommes de terre, tandis cprau
0 traire il a fait rappeler à Tordre Brichet, auteur de cette proposUion. I.a So décide que tout journaliste qui dénaturera un fa.t sera exclu de a
al. -Robspicrre rappelle la conduite coupable des admu.strateurs du département du Bas-Rhin, et il donne des nouvelles de ce département, exta te '^ cure qu'il a reçue le matin de Saint-Just et de Le Bas, envoyés
: n. ssion extraordinaire à Strasbourg. « La lettre porte que de concer avec le commandant de la place, vrai républicain, qui a lutte seul contre tous "^ad^tocrates de Strasbourg, qui avaient vendu cette place depms pinceurs Lis aux Prussiens, les représentants ont pris des arrêtes vrauuent r olu- ^onnaires;ils ont, de plus, fait donner aux aristocrates de cette vdle le.
Zeaux, chemises, etc., dont les soldats avaient besom Us ont ait mettre dans H- maisons les soldats malades qui étaient mal à l'hôpUal. Ils se plaignent de la Société de cette commune, qui leur a demande de rappeler 1 an-
rienne municipalité. » • . i i .
Pour sau4r ces contrées, continue Robespierre le Comité de sa ut p blie a cru devoir confier les deux armées de la Moselle et du Rhin a des généraux sans-culottes. Toutes leurs actions prouvent au moins ^^ ^^^ tel. 11 a fallu envover deux représentants du p.mple qui eussent a a fois de h tête et du cœur; Ils ont trouvé Strasbourg dans la désolation; des généraux aristocrates, une armée qui cherchait partout des chefs, et n en trouvait pas. Ils ont fait la proclamation suivante : •.,,•',.„
' .< Nous arrivons : nous jurons au nom du peuple français et de 1 ar e en „ tière que les ennemis seront vaincus. S'il est parmi vous quelques tiaitres, . nous apportons avec nous le glaive qui doit les Irapper. -.
„ Ils ont ensuite parcouru ce département, ou ils ont arrête, saisi les ar sto craies, les hommes suspects; ils ont établi une Commission populaire, e tout a to rate municipal, judiciaire ou militaire, a été condamne a mort. Les rid.es ont' été les' premiers à les entourer; ils ont protesté de leur devoue-
"?l:JX;^tants du peuple les ont pris au mot, et 1<; londeniain ihj ont f.itune proclamation portant qu'il serait levé une contribution de 10 millions su s riches. (O. appMU.) Vous voyez qu'on a démante é les riches pour ouvrir et revêtir le' pauvres. Cela a réveillé la force révolutionnaire e energie patriotique. Les aristocrates ont été guillotinés, à commencer par les banquiers du roi de Prusse qui étaient dans Strasbourg .
Milhaud dit qu-il voulait rendre justice a Saint-Ius et a Le »^'^- ^ ' puisque Robespierre Ta fait, il ne reste plus qu a sonner aux Ja o bm. quelques détails importants sur ce qui s'est passe dans le ^-;1^'^"; f^^^ dit que dans ce département les corps administratifs et les '^^^ étaient composés d'aristocrates. Le général Meunier, condamne a la peine c itale a crié ; « Vive le roi! » avant de mourir. Milhaud cite un grand Ton ir'd exemples de cette espèce, et rassure les Amis de la liberté et de ? gaité en annonçant que tous ces officiers contre-révolut.onnaires sont arrl4 incarcérés à Auxerre et remi-lacés. Il répète avec Robespierre que
•, MO • • \-ai 10 nivôse an IIP. — Cf. Tourneux, Paris et des départements (18 juin 1/93 - 12 nnose an
1. Xo'ùs empruntons le récit de cet incident au Journal de la Montagne.
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c'est au l)rave Dietclu', conimaiHlaiU do la place de Strasbourg, qu'on doit la conservation de cette commune; elle était inondée de gens suspects, il fit faire des cartes de sûreté, au moyen desquelles les républicains commencèrent à se reconnaître. Milhaud ajoute un grand nombre de faits, dont voici les plus importants : (( Les représentants firent arrêter deux cents notaires, banquiers, etc., dont la correspondance insignifiante ne jiarlait que d'habits d'or envoyés au duc de Brunswick. (On sait que cette manière de ])arler signifie antre chose). » — « l'n Juif, un de ces scélérats si durs, si riches, avait été imi>osé à 200,000 livres. Il refusait, et avait été condamné à passer deux heures exposé sur l'échafaud de la guillotine. Il eut la bassesse de s'y laisser mettre une première fois ; et à la seconde, il les compta vite en or. Les sansculottes sont comme ailleurs bons, seulement ils sont plus rares. La Société jiopulaire n'existe plus; car ce n'en est pas une que celle qui s'y trouve maintenant. Les représentants firent aussi une excursion dans les campagnes ; ils y trouvèi-ent quelques patriotes ([ui s'y étaient réfugiés. Ils imposèrent 4 millions aux campagnes sur ces riches fanati([ues, qui refusaient d"allcr à la messe constitutionnelle ; car, quoi(jue la messe ne soit rien en elle-même, c'était encore dans ce temps une espèce de thermomètre ([ui faisait reconnaître les amis de la Révolution. » Milhaud termine i)ar l'éloge du général Pichegru, «' (jui, en rétablissant la discipline, a su se faire chérir des soldats. » Enfin, il annonce que les ennemis ont reculé de dix lieues sur dilTérents points. — Sur la demande d'Hrbcrt, la Société arrête que ce ra])i)ort, qui peut devenir très instructif })Our toute la République, sera imprimé et envoyé à toutes les Sociétés })opulaires. — M'dhainl présente à la Société un jeune chasseur du 18« régiment, qui a tué trois ou (juatre ennemis et qui a survécu à trente blessures. — Anacharsis Cloots, prrsidnul, félicite ce cliassetir et l'invite à la séance.
Diujin't fait à la Société riiommage d'un tableau, sur lequel est inscrite la Déclaration des Droits de l'homme, suivant la nouvelle Constitution. La Société arrête (jue ce tableau sera placé dans le lieu de ses séances, qu'elle fera mention de cet hommage dans sa correspondance, ])Our que les Sociétés populaires des départements, (pii ont conservé le tableau de l'ancienne constitution, puissent imiter cet exemple. — Hchcrl se plaint que des intrigants aient <• envenimé les expressions de Robespierre à son égard « et aient fait courir le bruit qu'il allait être arrêté. 11 prononce à ce sujet un discours, dont voici le passage le i)lus important :
<■ l'n de mes anciens amis me disait qno Dubuissson désirait Ix'aucoup me connaître; ([u'il prétendait avoir un grand complot à me découvrir. Ne pouvant m'entretenir, il prit le parti de se dé-couvrir à mon ami, à (pii il voulait faire croire (pi'il existait en elfet un grand complot dans les Jaculdns, la ('convention et le Comité de salut i)ublic, pour })erdre les patriotes et s'enqiarer de l'autorité. Enfin ou ajoutait (jue Robespierre était chargé de me dénoncer à la Convention et de me faire ari'êter. On en ajoutait même la raison: c'était pour avoir fait arrêter la Montansicr ; je devais l'iMre à mou tour avec Pache, Cdiaumetle et autres, (juant à moi, cpii me mets souvent en avant iioui- les intérêts de la patrie, et qui dis tout ce (jui me passe par la têlc, cela pouvait avoir cpichpie fondement; mais Pache!... Je connais toute l'estime qu'a pour lui Robespierre, et je rejetai bien loin de moi une pareille idée; je savais (pi'on jouait auprès de lui la contre-partie; on lui tenait les mêmes
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j)roi)OS sur mon compte ; je ne doute \mnl qu'il ne les ail reçus comme moi. Ceci doit démontrer à la Société la nécessité de rallier les patriotes et de ne présenter ([uun faisceau inexpugnable à tous les ennemis de la liberté.
<' On disait aussi que Danton était émigré, chargé, disait-on, des dépouilles du peuple, et qu'il était allé en Suisse... Je l'ai rencontré ce malin dans les Tuileries * ; et, j)nisqu'il est à Paris, il faut qu'il vienne s'expliquer fraternellement aux Jacobins. Tous les patriotes se doivent de démentir les bruits injurieux qui courent sur leur compte; il faut qu'ils se réunissent à la masse commune ; il faut que tous les ennemis du peuple périssent ; il faut que la Société, fidèle à ses arrêtés, suive rigoureusement le procès des complices de Brissot. » l/orateur demande qu'on les anéantisse et qu'on poursuive l'extinction de la race de Capet. {Applaudissempnls.) — Mnmoro déclare qu'il croit, comme Hébert, qu'il y a une conspiration contre les patriotes. Hier, dit-il, la section de Marat a reçu une lettre anonyme portant ipion cherchait à sauver Chabot et Basire, ((ue Cliaumette n'avait fait descendre les cloches ([ue pour empêcher de sonner le tocsin, car on prépare une insurrection. « On répandit dans le même lenq)s, dit Momoro, que Pache, Cliaumette, Hél)ert, Dufourny étaient arrêtés, en disant que je l'étais aussi, moi, jtauvre être, ([ui n'ai manpié dans la Hévolution (|ue par des malheurs. » Pour mettre fin aux conspirations, il faut, dit l'orateur, poursuivre les aristocrates et surtout les jirêtres. — Jtohi'spic'rrt' répond à Héiiert et à Momoro pai' un lonii di>cours, dont voici les passages les plus intéressants :]
« Est-il vrai encore que la principale cause de nos maux soit le rmalisinc ? le f'ana(i>mc! il expire; je pourrais même dire qu'il est mort. En dirigeant depuis quelques jours toute notre attention contre lui, ne la détourne-t-on pas de nos véritable dangers? Vous craignez, dites-vous, les prêtres! Les prêtres craignent bien davantage les progrès de la lumière. Vous avez peur des prêtres ! et ils s'empressent (fabdiquer leurs titres, pour les échanger contre ceux de municipaux, d'administrateurs et même de présidents de Sociétés populaires. Croyez seulement à leur amour jiour la patrie, sur la loi de leur abjuration subite, et ils seront très contents de vous Vous ne le serez
peut-être [tas également d'eux. Avez-vous peur de ces évéques, qui naguère étaient très attachés à leur bénéfice constitutionnel, qui leur rapportait 70,000 livres de rentes, et qui en ont fait le sacrifice dès ([u'il était réduit à 6,000 livres ; de ces éveques qui aujourd'hui en sollicitent et en unt peut-être obtenu l'indeumilé '? Oui, craignez, non pas leur fanatisme, mais leur ambition ; non pas l'habit (juils portaient, mais la peau nouvelle dont ils se sont revêtus. Au reste, ceci ne s'applique point à tous les prêtres ; je respecte les exceptions, mais je m'obstine à croire quelles sont rares. Non, ce n'est point le fanatisme qui doit être aujourd'hui le principal objet de nos inquiétudes.Cinq ans d'une Révolution qui a frappé sur les prêtres déposent
1. Danton reparut ;i la Convention le 2 frunaire. MviiUeur. t. XVIII. p. l'J3.
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de son impuissance. La Vendée même, son dernier asile, ne prouve point du tout son pouvoir. C'est la politique, c'est l'ambition, ce sont les trahisons de ceux qui gouvernaient jadis qui ont créé la Vendée ; c'étaient des hommes sans honneur, comme sans religion, qui traînaient des brigands étrangers ou français au pillage, et non aux pieds des autels. Encore la force de la République et le zèle du gouvernement actuel les ont-ils frappés à mort, malgré tant d'obstacles et de crimes ; car ils ont perdu leurs places d'arrnes, leurs magasins, la plus grande partie de leur force ; il ne leur reste qu'une horde fugitive, dont l'existence ne pourrait être prolongée que par la malveillance et par l'ineptie. Je ne vois plus qu'un seul moyen de réveiller parmi nous le fanatisme, c'est d'affecter de croire à sa puissance. Le fanatisme est un animal féroce et capricieux ; il fuyait devant la raison ; poursuivez-le avec de grands cris, il retournera sur ses pas !
Et quels autres effets peut produire celte chaleur extraordinaire et subite, ce zèle exagéré et fastueux, avec lequel on semble lui faire la guerre depuis quelque temps ? Je l'ai déjà dit à la Convention, et je le répète ici: il est une infinité de choses que le bon esprit du peuple a tournées au profit de la liberté, et que nos ennemis n'avaient imaginées que pour la perdre.
[Robespierre dit que des citoyens ont le droit d'oiïrii- à 1^ patrie les « monuments pompeux de la superstition «, ou de renoncer aux cérémonies catholiques. Mais il n'admet pas que « des hommes inconnus justju'ici dans la carrière de la Révolution » veuillent « troubler la liberté des cuites ».]
On a supposé qu'en accueillant des offrandes civiques la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention n'a point fait cette démarche téméraire, la Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes qu'elle a proclamée, et de réprimer en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l'ordre public; elle ne permettra pas qu'on persécute^les ministres paisibles du culte ; et elle les punira avec sévérité, toutes les fois qu'ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la République. On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe : ils la diront plus longtemps, si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empêcher est [dus fanatique que celui qui dit la messe.
Il est des hommes qui veulent aller plus loin ; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l'athéisme lui-même. Tout philosopbe, tout individu, peut adopter là-dessus l'opinion qu'il lui plaira. Quiconque voudrait lui en faire un crime est un insensé ; mais l'homme public, mais le législateur se-
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rait cent fois plus insensé, qui adopterait un pareil système. La Convention nationale Tabliorre. La Convention n'est point un faiseur de livres, un auteur de systèmes métaphysiques ; c'est un corps politique et populaire, chargé de faire respecter non-seulement les droits, mais le caractère du peuple français. Ce n'est point en vain qu'elle a proclamé la déclaration des droits de l'homme en présence de l'Etre suprême. On dira peut-être que je suis un esprit étroit, un homme à préjugés; que sais-je ? un fanatique. J'ai déjà dit que je ne parlais, ni comme un individu, ni comme un philosophe systématique, mais comme un représentant du peuple. L'athéisme est aristocratique; l'idée d'un grand Etre, qui veille sur l'innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. {Vifs applaudissemenls.) Le peuple, les malheureux m'applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et i)armi les coupables. J'ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique ; je n'ai jamais été ni un ami froid, ni un défenseur infidèle de l'humanité. Je n'en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer. Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Je parle dans une tribune oii l'imprudent Guadet osa me faire un crime d'avoir prononcé le mot de Providence^. Et dans quel temps ? lorsque le cœur ulcéré de tous les crimes dont nous étions les témoins et les victimes; lorsque, versant des larmes amères et impuissantes sur la misère du peuple, éternellement trahi, éternellement opprimé, je cherchais à m'élever au-dessus de la tourbe impure des conspirateurs dont j'étais environné, en invoquant contre eux la vengeance céleste, au défaut de la foudre populaire !
[Après un èlogo de la croyance on Dieu, Uobospiorrc continue ainsi ;]
Je le répète : nous n'avons plus d'autre fanatisme à craindre que celui des hommes immoraux, soudoyés par les cours étrangères pour réveiller le fanatisme et pour donner à notre Révolution le vernis de l'immoralité, qui est le caractère de nos lâches et féroces ennemis.
[Les souverains étrangers, continue l'orateur, ont deux csijcccs d'arniécs; L'une est celle qui condjat aux frontières.]
L'autre, plus dangereuse, est au miheu de nous; c'est une armée d'espions, de fripons stipendiés, qui s'introduisent partout, même au sein des Sociétés populaires. Depuis que les chefs d'une faction exé-