‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 102 sur 141 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

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érable, le plus ferme a|i[)ui des Inuies élrangers, ont [)éri ; (lei)iiis ([uc la journée du 31 mai a régénéré la Convention nationale, qu'ils voulaient anéantir, ils redoublent d'activité pour séduire, pour calomnier, pour diviser tons les défenseurs de la République, pour avilir et pour dissoudre la Convention nationale. Bientôt cet odieux mystère sera entièrement dévoilé. Je me bornerai dans ce moment à vous ofîVir quelques traits de lumière, (pii sortent de la discussion même qui. vous occupait.

Hébert vous a révélé deuK ou trois mensonges impudents dictés [)ar la faction dont je parle. Un bomme, vous a-t-il dit, un liomme très connu, a voulu lui persuader qu'après l'arrestation de la Montansier, je devais dénoncer cette mesure, dénoncer à cette occasion Pacbe, Hébert et toute la Commune. Je devais apparemment prendre un vif intérêt à cette béroïnc de la République, moi qui ai provoqué l'arrestation de tout le Tbéàtie-lM'aneais, sans respect pour les augustes princesses qui en faisaient l'ornement ; moi qui n'ai vu dans tant de solliciteuses enchanteresses que les amantes de l'aristocratie et les comcdiennes ordinaires du roi ! Je devais dénoncer Pacbe, moi qui l'ai défendu dans un temps où une. portion du peuple, trompée par les ennemis de notre liberté, vint lui imputer, à là barre de la Convention, la disette qui était leur ouvrage ; moi qui, alors président de la Convention, opposai l'éloge solennel de sa vertu pure et modeste, qui m'est connue, à un orage passager excité par la malveillance ! Peut-être ai-je montré alors une fermeté que n'auraient point eue ceux qui, làcbes calomniateurs du peuple opprimé, n'auraient jamais osé dire la vérité au peuple triomphant ; je me confiai alors, et je me confie encore dans ce moment au caractère du peuple, qui, étranger à tous les excès, est toujours du parti de la morale, de la justice et de la raison.

Enfin, j'aurais dénoncé, en faveur de la Montansier, la municipalité et les braves défenseurs' de la liberté, moi qui, défenseur de tous les patriotes et martyrs de la même clause, ai toujours eu pour principe qu'il fallait autant d'indulgence pour les erreurs minces du patriotisme que de sévérité pour les crimes de l'aristocratie et pour les perfidies des fripons accrédités.

[Il laiil, (liL enfin Ilobcsiiierre, " purger celle Sociélé des Irailies (|n'ello rcnl'ernie dans son soin ». 11 dénonce Dubiiissou, qu'lléherl a noiiiiiié comme l'auteur de la première des deux calomnies, Dubuissoii, juilrelois aristocralc et maintcnanl i)alriolc, jacobin 1res ardenl el membre duu des comités de la iSociété. Il dénonce Proly, fils du prince de Kaunilz, qui « lient clicz lui des directoires secrets, où l'on règle les affaires de la Sociélé, où l'on lit la cor-

21 NOS. 171»3! SOCIÉTÉ DES JACUBLNS b3i

rçspoudancc )>, qui « a fondé une cinquanlainc de Clubs populaires pour tout bouleverser et pour perdre les Jacobins ». Voici la conclusion du discours de Robespierre :]

Je demande que celte Société se purge enfin de celte horde criminelle ; je demande que Dubuisson soit chassé de cette Société, ainsi que deux autres intrigants, dont un vit avec Proly, sous le même toit, et qui tous sont connus de vous comme ses affidés ; je parle de Desfieus: et de IVreyra. Je demande qu'il soit fait un scrutin épuraloirc à la tribune, pour reconnaître et chasser tous les agents des puissances étrangères, qui, sous leurs auspices, se seraient introduits dans cette Société. Je demande qu'on renouvelle do la même manière les Comités de la Société, qui renferment sans doute d'excellents patriotes, mais où ils ont sans doute glissé plusieurs de leurs affidés.

Ces propositions sont adoptées avec un empressement universel. Le discours de Robespierre a été fréquemment interrompu par les nombreux applaudissements de la Société et du peuple présent à la séance.

Séance levée à dix heures et demie.

CXCYIII

PRÉSIDENCE d'aNACUARSIS CLOOTS

l'ne Icllic (lu Chili ccnlral dos Sociétés poiiulairos do Paris so plainl que celle dos Jacobins n'est pas représentée dans son sein, et demande le paiement de deux mois do frais du local que le Club central prétend lui être dus.

— Casalis s'étonne qu'il existe à Paris d'autre centre des Sociétés que les Jacobins. — Terra.sson déclare que celte Société peut devenir liberlicide. Il demande une conunission pour l'examiner et obtenir son extinction. (Arrêté.)

— Une lettre de Musquinet de Lapagne, maire d'Ingouville, détenu au Luxeni- Dourg, dénonce Delacroix et I.egendre comme des intrigants.]

Merlin (de Thionville). — Je demande le renvoi de cette lettre au Comité de salut public. Ce sont deux représentants du peuple qui sont accusés. Il en est un dont je crois tout; l'autre, j'aurais de la peine à ne pas le croire patriote. Dans tous les cas, il faut examiner cette affaire; s'ils sont coupables, que leur tête roule sur Téchafaud ;

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s'ils sont innocents, (|iie leur accusateur éprouve le même châtiment ! [Applaudi.)

[Hion cilo ((iu'l([iios Irails de |i;ilriolismo de Kcyomln'. Il ;i|iiMiie le renvoi au Coniilé de saliU pulilic, (|iii esl décidé. — Laphuichc écrit de Coutanccs que le il'' halaillon de la première réi|iiisilion de Paris (section des Tuileries) est en insurreclion. — Lroudrd Bourdon demande (|u'on invite le Comité de salut juihlic à l'aire arrêter par la section les pères et mères de « ces nouveaux hrii;ands ». On applaudi I. — Un com}nissair(^ de la section des Tuileries apprend à la Société (pie la section des Tuileries, pénétrée de douleur de cet événement funeste, se propose d'aller demain à la Convention lui demander, comnu' iirulus, la mort des Iraitres. « Va\ ce moment même on l'ait, dil-il, Tarrestation des pèi-es et mèi-es de ces scélérats. ■) Des commissaires sont envoyés au Comité de salut puldic, et on y adjoint les membres de la section des Tuileries.

Plusieurs membres dénoncent l'état-major de l'arnu-e de Mayence, qui tient toujours à sa mjblesse. — Moulant nonnne parmi les aristocrates Aubcrt- Dubayel et un autre i^énéral, ([u"il a dénoncés sans succès à l'ancien Comité de salut public. 11 espère cpie le Comité présent ^ en fera justice, comme il a l'ait de Houcliard el de Cusiine >i. — Châles écrit de Lille, donne des nouvelles de la frontière; il ajoute (pie ses Idessures se cicatrisent. Arrêté tpie le président lui écrira au nom de la Société, pour lui lémoigner l'intérêt que les Jacobins prennent à sa santé. — Un curr (O-cinupat/nr de sa femme annonce ([u'il « cesse d'êlre ministre du culte catholique poui- ne professer désormais ipie celui de la raison ■■. On lui accorde, ainsi qu'à sa femme, les honneurs de la séance. — Un antre ri-devant prêtre déclare (pi'il s'est « déprêtrisé » et (pi'il a i»ris femme, il y a quinze mois. On l'applaudit.

Le Pri'sidi'ut annonce l'envoi qu'a fait le minisire de la justice de mille exenq)laires du décret de la Convention portant (pie les Jacobins n'ont i»as cessé de bien mériter de la patrie. — Un riloi/en accuse le général Dugommier, qui remplace aujourd'hui Dojipet au siège de I.yon. — Castaijnier dénonce un nommé Molson. Anglais, |)arent de Eambesc, un homme (pii a trahi la France sur ri']scaul, ipii ne voulait pas (pi'on l'appelât citoyen, |)arce qu'il desceml du roi Jac(pies, et (pii est dans la salle. — L'homme inculpé mont(> à la tribune, déclare qu'il est des Etats-Unis de rAinéri(]ue ; (pi'il est, lui onzième, fondateur d'un club de Hordeaux ; (pi'il a été nommé chef d'une escadre sur l'Escaut, où il a i)ris soixante-dix bâtiments sur les Anglais. — Un mrmbre de la Société d'Anvers accuse Molson d'avoir été ami de Diimouriez. — Après une discussion, la Société arrête que l'inculpé sera conduit de suite au Comilé de sùi'eté générale. — JUctn-d lit une adresse de Marseille, qui demande ([u'on conserve à Doppet le commandement de 1 armée qui assiège Toulon, il engage la Société à prier le Comité de salut public de laisser aussi à Marseille Barras et Eréron, aux(piels cette commune doit le patriotisme (pii l'anime maintenant. — Un c/'/o;/(?// jiistili(! Dtigommier des inculpations (pii lui sont failes. — Robespierre déclare (pi'il croit devoir donner à la Société des explications sur les changements de généraux l'aits par le Comité de salut pul)lic. Ea l'oyjx' est bon, et, sans Carteaux, il aurait pris Toulon. Mais, comme il est noble, » l'opinion lui était si contraire que le Comité n'osa pas lui laisser le commaudemeiil de l'ariiK'e de Toulon ". On le

[2:3 Nov. 179:}' SOCIKTK DES JACOHLNS S33

remplaça par Dugommior, qui devait à la recomniaiulation de Marat d"avoir été promu général de brigade. Doppet fut envoyé aux Pyrénées, où Ton avait besoin d'un homme audaeieux, — On a]tplaudit/

Séance levée à dix heure?.

SÉA^XE DU G FRIMAÏRE AN II (26 NOVEMBRE 1793, PHtsmENci; d'axaciiarsis cloot.s

Deux époux, mariés d'aujourd'iiui, demandent à être admis à la séanee, déelarant qu'ils préfèrent eet honneur aux cérémonies habituelles du mariage, et qu'ils veulent élever leurs enfants dans les principes de la Société'. Le président les reçoit et leur donne l'accolade.

D'après le rapport du Comité de présentation, la Société rejette de son sein les citoyens Forestier, Boissel, Picard et ïerrasson. Taillel'er demande à être entendu.

Maribon- Mont (lut. (pii a dénoncé Taillefer, demande qu'on entende sa défense. — Hébert dit que c'est à la Convention seule de chercher si Taillefer a malversé ou non. 11 demande l'ordre du jour, qui est voté. Il rappelle à lu Société qu'il est nécessaire d'arrêter séance tenante le mode d'épurement. — ('(un'dlo. Drsnioiilins déclare que, « quand un homme est prosci'it jiar ro|)inion publique, il est à moitié chemin de la guillotine. •> Il demande ((u'une mesure aussi grave (pi'une épuration soit le résultat d'un vole public, el non d'une délibération de Comité. — Hébert répond (jue la Société vient darrèter « que l'épurement se ferait à la li'ibune, à haute voix ». Il demande « que la Société arrête (ju'une séance par décade sera extraordinairement consacrée à cet épurement, et que la liste des membics (pii conqiosent la Société des Jacobins sera envoyée à toutes les sections, aux Sociétés ]K)|uilaires, et affichée ", afin de provoquer les dénonciations.

Merlin [de ThionvUb') dit (pi' « il faudrait (pie dans l'épurement des membres on fit ces questions à chaque candidat : (Ju"élais-lu en 1789? Qu'as-tu fait jusqu'en 17'.i:{? Ouelle fut ta fortune jus(pren 17913? nu'est-elle maintenant? Si ta fortune est augmentée, (piels moyens as-tu employés ? Car il est des moyens honnêtes de faire fortune, mais il en est peu. Qu'as-tu l'ail ]»our la Révolution ? N'as-tu signé aucune pétition contre-révolutionnaire? Admiuistraleur, journaliste, ou rejirésenlant du peuple, n'as-tu fait servir ta plume et ton avis (pi'à servir' la liberté? ■ — A ces titres, dit l'orateur, je connaîtrai un Jacobin, je verrai un homme digne d'habiter parmi ceux qu'on croyait insulter en 1790, en les appelant républicains ». Les propositions d'Hébert et Merlin de Thionville* sont votées. — Brirhet propose qu'on (^xige de chaque membre une déclaration de fortune, afin qu'on puisse voir plus tard s'il vit selon ses moyens. — On demande la nomination d'une Commission de quinze membres jmur préparer l'épurement. — Camille Les-

u34. SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 non, IV.ïA]

}uuiiiins propose qu'on nielle sur la liste qui servira à Tépurenicnl la dale de rentrée dans la Société, à côté de chaque nom. — MoiUnut veut ajouter la date de leur arrivée à Paris; « car, dit-il, s'ils y étaient dopais 1788, et qu'ils ne se fussent fait recevoir (pi'en 1793, je les regarderais coninie très mauvais j)atriolcs ». — Toutes ces demandes sont arrêtées.

Anachai'sis Cloots, prr'sidmt, donne lecture de la lettre qu'il a écrite à Chàlos, conformément à l'arrêté do la Société pris dans la dernière séance'.

On lit la liste des membres proposés pour ('om])Oser la Commission cliargée de faire le travail sur ce sciiilin épuratoire. — Ilrhei-t, MariboH- Moniaut « ne se croient pas Jacobins depuis assez longtemps, quoique le premier fût Cordelicr avant d'être Jacobin, et que l'autre lut d'une Société affdiéc ». La Société arrête « que le civisme seul sera consulté, et que le plus patriote sera censé le plus digne ». Applaudi. On propose pour premier commissaire Rmissol l'ahir. — Souherbielle, puis Fabre (rEgkmfnir accusent Roussel d'avoir signé le laisser-passer qui })crmit au ministre lioland d'essayer d'enlever l'armoire de for. Le rapport dv (loupilleau (de Montaigu) établit le fait. — Roussel l'atiir le nie cl demande qu'on lui donne le tem|»s d'écrire à (ioupilleau (de Montaigu). 11 déclare d'ailleurs qu'il demande à ne |)as être de la commission d'épurement. — Voisin, dont le nom figure sur la lisle après celui de Roussel l'ainé, déclare qu'il ne peut entrer dans la Coinjpission, attendu qu'il va partir avec l'armée révolutionnaire.

Roset est adopté. Nicolas de même. Hébert l'est aussi, au milieu des applaudissements. Dufourny est proposé. — « Barthélémy accuse Dufourny, qui est employé à la régie des poudres et salpêtres, d'avoir traité avec mépris un ordre du Comité de salut public, i)ortanl que les régisseurs généraux devaient donner à Barthélémy les terres salpêtrées pour les lessiver. ^ D(/foiirny répond qu'il n'avait pas de terres saliiêtrées, que de [dus le préopinant ment ([uand il l'accuse d'avoir voulu déchirer un ordre du Comité de salut public ; enfin il demande l'exclusion de Barthélémy. Dufourny est adopté*. » — Mai'ibon-Monldul est proposé. <■ On m'accuse d'être noble, dit-il; mon père avait servi; j'ai s(M'vi de même : mon aïeul était tisserand; voilà ma noblesse. Au surplus, ce no sont jjoint îles Jacobins (|ui m'ont fait ce reproche; c'est Claiizel, qui n'a jamais été membre de cette Société. » Il reconnaît qu'il a deux frères émigrés; mais il ajoute ipie, dejtuis vingt-six mois qu'il est à Paris, il a toujours été Jacobin et Montagnard. — Maribon-Montaut est accepté, ainsi que Robespierre, au milieu des applaudissements univei'sels. Les autres commissaires sont : Fromenl, Degousse, Brochet, Marliiiet, Sijas, Blanchet, Locquois, Arthur, Delcloches et Merlin (de Thionville).

I^os dix-sept citoyens de Tonnei're, acquittés j)ar le Tribunal révoliilionnairc, viennent s(; ])résenter à la Société. Ils demandent à la Société de leur nommer une dépulation de six membres de son sein, qui les accompagne dans leur patrie. Celle demande, ajipuyée par Hébert, est adoiilée. On nomme les six commissaires, (iuiraut, l'un d'entre eux, ayant été dénoncé ])ar le Comité révolutionnaire de sa section, est rompla<'é par un aulii' membre. |

Séance levée a dix heures.

1. Cet incident est reproduit d'après le Journal de la Mait/ai/iw.

2. La partie entre guiliements est résumée daprès le Journal de la .Von/aane.

28 Ndv. I7'.i:3i SOCIETE DES JACOHLNS VûVo

ce

PRÉSIDENCE d'aNACUAIISIS CLOOTS

[Bohospiorrf tlomandc la parole pour donner lecture de (pielques lettres interceptées jiar le général Picliegru et envoyées au Comité de salut puhlio, qui a autorisé Rol)espierre à les lire à la Société. I/unecle ces lettres est adressée à Rrissot; elle parle, d'après Robespierre, de tentatives faites à l'étranger pour délivrer Rrissot. Dans une autre, on jiarle avec mie allecta-' tion perfide de la tolérance précliée par Robespierre à l'égard des diU'éreuls cultes. A ce propos l'orateur lait les réflexions suivantes;!

A'oyez par quels rapports on peut saisir comme ceci s'adapte aux réflexions que je fis à cette trilmne. On a prétendu pouvoir en conclure que j'étayais les prêtres, que je soutenais la religion catholique. S'il n'était question que de conjectures, je croirais pouvoir affirmer que j"ai reconnu l'homme qui a composé ce tissu d'horreurs. C'est cet infâme Proly, qui si longtemps a dirigé les Jacohins, chez qui on portait les lettres de la correspondance, chez qui on arrêtait les réponses qui devaient être faites. C'est aussi l'ouvrage d'un liomme, l'éternel lecteur de la correspondance ', qui, avec son digne associé, dictait aux Jacohins les arrêts politiques. C'était ainsi cpie s'y prenaient ces hommes atroces pour perdre aux yeux du peuple ses amis les plus ardents; c'est ainsi qu'on espérait vous faire croire que nous avions trempé dans les conspirations dont ils sont seuls les auteurs et les complices.

On a voulu vous faire conclure que le Comité de salut puhlic vous trompait : on u calomnié les membres qui le composent ; c'était ce qu'on devait faire ; nous ne nous en sommes pas étonnés. Mais, je l'ai déjà dit, si le Comité de salut puhlic vous dêplait, venez prendre n(»s places! Venez, nous vous les céderons avec plaisir. (Xon! non!) s'écrient toutes les voix, par un mouvement unanime et spontané. j^ious verrons comment vous manierez les rênes du gouvernement, comment vous pourvoirez aux besoins de l'intérieur, comment vous vous garantirez des maux qui vous menacent à l'extérieur, comment vous repousserez d'une main les calomnies, et de l'autre imprimerez à la nation une marche révoluti(»nnaire, dirigerez les armées, assurerez à

•1. C'est Desfieux que llnbespiorre désin-ne ici.

•iJ3G SOCIÉTÉ DES JACOHINS [28 nov. 1793]

tous les sïubsistance?, l'obéissance aux soldats, la probité dans les généraux. A'ous gouvernerez. Nous, nous viendrons à la tribune! Si vous commettez des erreurs, ne trouvez pas mauvais que nous ayons un peu plus d'indulgence que vous ne nous en témoignez. Mais, si vous commettez des crimes, si vous mettez à la place de l'intérêt du peuple celui de quelques particuliers, nous vous dénoncerons. Je m'arrête, et je me borne à vous assurer que nous déjouerons dans leurs marches contre-révolutionnaires ces hommes qui n'ont eu d'autre mérite que celui de se parer d'un zèle anti-religieux.

Nous arracherons le masque du patriotisme à leur hideuse figure. Nous saurons démontrer au peuple quel est le moral de ces hommes qui ont voulu extirper toute idée de religion pour pouvoir calomnier ensuite les patriotes auxquels ils attribueraient leur extravagance et leur méchanceté ; qui ont dit au peuple : Tu n'auras pas de religion, un peuple religieux ne peut pas être républicain.

[Robespierre nomme l'ox-évêquc de Camilly', ex-consliluant, qui est jirésident de la section dos Tuileries; puis il continue ses allaques contre les aristocrates. Voici ses expressions :J

Mais les aristocrates qui, en portant au milieu de farces ridicules les dépouilles des églises, semblaient se faire un mérite de cette offrande, tandis qu'ils allaient dire au peuple: « Voyez-vous ce qui vous est arrivé? Quand nous vous avions dit que la Convention était un rassemblement d'athées, que les Jacobins sont des impies ! Voyezvous jusqu''où ils ont porté leur audace et leurs desseins criminels?» Ceux-là porteront la peine de leur perfidie.

Les rois de l'Europe ont vu qu'au Nord, près de la Moselle, au Rhin, leurs armées étaient vaincues, qu'elles ne pouvaient plus avancer; ils se sont dit: La liberté triomphera; périssons ou exterminons les Français! Ils ont connu le grand parti qu'ils pouvaient tirer de l'opinion religieuse; ils ont dit : « Les cathohques vont servir nos projets, et surtout les protestants, plus attachés encore à leur religion, si nous savons les alarmer à propos. » Et ils ont peint la Convention comme complice de toutes ces horreurs.

[Rol)espierre fait ajipel à la concorde des patriotes contre les ennemis, et il termine par cette déclaration :]

Je hnis par une profession de foi à laquelle il faudra toujours rapporter et nos actions et nos maximes. Nous avons tout fait pour

1. Nous n'avons pu identifier ce nom, évidemment (léfiirnré. J.e président de la Section des Tuileries s'appelait Maréchal. [Moniteur, t. XVIII, p. o02.'

[28 xnv. 17031 SOCIÉTÉ DES JACOBINS S37

servir la pairie, et nous l'avons fait avec un abandon et un dévouement qu'on peut appeler louables. Les représentants du peuple ont confiance dans la foi publique, dans la raison nationale ; c'est en elle seule quils espèrent, contents d'avoir fait leur devoir, et de les avoir tous remplis dans leur plus rigoureuse étendue. Si le Comité de salut public trompait le peuple, je le jure à la face de l'univers, je m'en apercevrais, je le dénoncerais; mais il marclie droit dans la révolution, et il appartient au peuple comme il est du peuple, et ne veut servir que le peuple ; il peut bien être injurié, calomnié par les aristocrates ; il ne redoutera point leurs attaques, et j'ose croire que, dans ce combat de la vertu avec le crime, de la calomnie avec l'innocence, aidés du sentiment du peuple, nous triompberons des menées qu'ils ont imaginées pour nous perdre * 1 (// s'clève de vifs applaudissements.)

[Bufoiimy déclare qu'il esl, conuuo liolicspicrro, ennemi des " liommos ;i conciliabules ». Cc{)ondan(, il reproche à Robespierre d'avoir invité les patriotes à ne pas attaquer le Comité de salut public, bes patriotes, dit l'oratcMu-, n'attaquent point ce Comité respectable, qui justifie son litre à tous égaids, ))ien (HlVérent du ])remier, qui porta ce titre qu'il avait usurpé, l)ien (lilVérent (le cette commission des Douze, qui manqua de devenir si fatale à la liberté. Mais ils trouvent que barère est faible.]

RoBEsriERHi:. — 11 n'est pas question d'inculper ici Barère ; si on le discutait, je demanderais que la discussion s'ouvrit d'une autre manière, et j'y voudrais rester étranger.

Froment, au nom de la Commission nommée pour le serulin épuraloire de la Société, fait le rapport du mode d'y procéder, tel qu'il a été arrêté par cette Commission.

[Robespierre dit que les traîtres qui se sont glissés dans la Société ont cherché naturellement à s'emparer des Comités. 11 demande donc « qu'à la ])rocliaine séance on présente la liste des noms de ceux ([ui composent les Comilés. Quand vous les aurez épurés, dit-il, vous procéderez ensuite, et par le même moyen, au scrutin général. Chacun pourra dire sur ceux qui jiaraîtront à la tribune tout ce qu'il saura sur leur compte. » Arrêté. — Un citoyen ])ropose : 1° d'engager toutes les Sociétés populaires à faire aussi un scrutin é|)uratoire ; 2° d'engager les membres de la Société à surveiller, dans leurs sections respectives, les hommes qui émettraient des opinions, non pas seulement ouvertement contre-révolutionnaires, mais modérées, afin de les dénoncer ù l'opinion publique; enfin, de regarder comme des traîtres les .lacobins qui ne

1. Une partie de ce discours et le texte complet île celui que Robespierre avait prononce le 1" frimaire ont été imprimés sous le titre suivant : Discours de Robespierre, prononcés dans la séance des Jacobins, des p7'imidi et octidi frimaire an II de la République. S. 1. n. d., in-S" de 16 p. — Bibl. nat., Lb. 40/2322.

lias SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 .nov. ITOli]

rcmpliraicnl pas ce devoir avec exactitude». — Hrhorl se ])laiiit (luc certaines sections lassent <> des j)rocessions cl des cérémonies religieuses pour Marat, comme on en faisait pour les saints ». La munici{)alité prend dos mesures pour « empêcher cette profanation ». « Déjà^, déclare l'orateur, on a dit (pie les Parisiens étaient sans foi, sans religion, (ju'ils avaient substitué Maral à Jésus. Déjouons ces calomnies '. »

Chauinetle présente à la Société une d('pulalion de Commuue-Airranchie, qui porte le buste de Chalier et " les restes précieux de c(>t illustre ami de la Mépublique ». Il demande que la Société la fasse accompagner à la Convention |)ar plusieurs de ses membres. Accordé. — Une (Imputation de Moiizon {Ardennes) annonce la fin de la " superstition » dans cette commune. « 11 était des religions, dit son orateur; il n'est plus qu'un dieu, la libeili'' !

Le Club central des électeurs dénonce un jjrétendu Club centrai, cpii lui est voisin et qui fient ses séances secrètes. « Ce prétendu (Uub central, dit Varlet, a des règlements : ce n'est donc plus un Comité, c'est une Société. » — JJufourny el Ilétiert deniaiidcnt (pion poursuive les uieniiires de celt»; association.]

Séance levée à dix heure?.

PRÉSIDENCB d'aNACUARSIS CLOOTS

[Le résultat du scrutin a donné hier : pour i)résidenl, Fourcroy, député ; ])ûur vice-ju'ésident, Antonelle, député^; })0ur secrétaire, Milhaud, députée

— La Sûciété de Sarreguemines écrit que l'armée de la Moselle, forte do 2i;,000 hommes, a refoulé l'ennemi sur son j)ropre territoire. — L'ne lettre dénonce Dietrich comme un scélérat qui a perdu l'esprit public à Strasbourg.

— Un membre demande pourquoi Dietrich n'a pas été puni depuis longtem])S. — Robespierre répond que Dietricii va être puni. Pour lui, il n'est pas du même avis que l'auteur de la lettre cpii demandait que Dietrich subit son châtiment à Strasbourg. Kn ell'et Dietrich a là-bas trop d'amis qui pourraient le tirer d'all'aire, comme ils l'ont fait lorsque ce traître a été accusé devant le tribunal de Besançon. On a fait ra]>porler le décret qui ordonnait que plusieurs consj)irateurs de la Gironde seraient comluits à Bordeaux pour y être exécutés; on a agi sageuKMit. Les mêmes raisons doivent nous déterminer à juger Dietrich à Paris.

Le ministre de l'intérieur envoie un nouvel ouvrage, dans leipiel on s'oc-

1. A partir d'ici jusqu'à la lin de la séance, nuus suivnn.s le Jmirnid de lu }fon-

tflf/IIC.

2. 11 faut Hre : ancien dépiilc. AntoiieHe avait l'ait partie de rAssernbléc législative, mais il n'avait pas été élu à la {Convention nationale.

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