dette décision est extraite du Journal de lu Monhi;/ne
2. Eu elfet, le 4 décembre suivant, le Comité de salut public mit à la disposition de la Société populaire du Havre Téglise des Capucins de la même ville, et accorda eu outre à cette Société une subvention de o.OUO Uvres. — Cf. Recueil des acles du Comité de salut public, t. IX, p. iiO.
3. Nous reproduisons le discours de Danton et celui de Robespierre daprès le Moniteur. Le texte donné par le Moniteur ne dilière du texte donné par le Journul de la Montagne que par la forme dramatique et le style direct. Il en est de même pour tous les discours que nous reproduisons d'après le Moniteur, sans donner davertissement.
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pas besoin do recourir à d'aiilrcs autorités pour opéi'cr ce rassemblement. Remarquons Ténergie révolutionnaire du i)eiiplc jiendant la crise actuelle. La Constitution doit être endormie, pendant que le peuple s'occupe de frapper ses ennemis et de les épouvanter par ses opérations révolutionnaires : telle est ma pensée, qu'on ne calomniera pas sans doute ; mais je demande que l'on se délie de ceux, qui veulent porter le peuple au-delà des bornes de la révolution, et qui proposent des mesures ultra-révolutionnaires.
[Coupé [de l'Oise) (Icinandi' ([uo la Soeirlé n'écoute pas " loulos les proposilions tendant à diminuer la vigueur du niouvenient révolutionnaire ■>. 11 dé- (dare que le peuple est le souverain et le jjossesseur de tous les biens que l'on dit, ordinairement appartenir à la nation. Il a donc droit de s'adresser aux autorités constituées pour se l'aire [irocurer les moyens de se rassendder.^
Danton monte à la tribune. — (juelques rumeurs se font entendre.
Dantox. — Coupé a voulu empoisonner mon opinion. Certes jamais je n'ai prétendu proposer de rompre le nerf révolutionnaire, puisque j'ai dit que la Constitution devait dormir pendant que le peuple était occupé à frapper ses ennemis. Les principes que j'ai énoncés portent sur l'indépendance des Sociétés populaires de toute espèce d'autorité. C'est d'après ce motif que j'ai soutenu que les Sociétés populaires ne devaient avoir recours à personne ])OLir solliciter des localités.
J'ai entendu des rumeurs. Déjà des dénonciations graves ont été dirigées contre moi; je demande enfin à me justifier aux yeux du peuple, auquel il ne me sera pas dillicile de faire reconnaître mon innocence et mon amour pour la liberté. Je somme tous ceux qui ont pu concevoir contre moi des motifs de défiance de préciser leurs accusations ; car je veux y répondre en public. J'ai éprouvé une sorte de défaveur en paraissant à la tribune. Ai-je donc perdu ces traits qui caractérisent la figure d'un homme libre? Ne suis-je plus ce même homme qui s'est trouvé à vos cotés dans les moments de crise ? Ne suis-je pas celui que vous avez souvent embrassé comme votre ami, et qui doit mourir avec vous? Ne suis-je pas l'homme qui a été accablé de persécutions? J'ai été un des plus intrépides défenseurs de Marat ; j'évoquerai l'ombre de l'Ami du peuple pour ma justification. Vous serez étonnés, quand je vous ferai connaître ma conduite privée, de voir que la fortune colossale que mes ennemis et les vôtres m'ont prêtée se réduit à la petite portion de luen que j'ai toujours eue. Je défie les malveillants de fournir contre moi la preuve d'aucun crime. Tous leurs efi'orts ne pourront m'ébranler. Je veux rester debout avec le peuple. Yous méjugerez en sa présence : je ne déchi-
rerai pas plus la page de mon histoire que vous ne déchirerez les pages de la vôtre, qui doivent immortaliser les fastes de la liberté. {J)n applaudit.)
L'orateur, après plusieurs morceaux véhéments, prononcés avec une abondance qui n'a pas permis d'en recueillir tous les traits, termine par demander qu'il soit nommé une commission de douze membres, chargée d'examiner les accusations dirigées contre lui, alin qu'il puisse y répondre en présence du [)euple.
IloBESPiEHiŒ. — Danton vous a demandé une commission pour examiner sa conduite. J'y consens, s'il pense que cette mesure hii soit utile ; mais je soutiens que sa conduite ne i>cut être bien disculée qu'à la face du peuple. Je demande qu'on veuille bien préciser les griefs portés contre lui. Personne n'élève la voix ? Eh bien ! je vais le faire.
Danton ! tu es accusé d'avoir émigré ; on a dit que tu avais passe ] en Suisse ; que ta maladie était feinte pour cacher au peuple ta fuite; '^' on a dit que ton ambition était d'être régent sous Louis XYII; qu'à une époque déterminée, tout a été préparé pour le proclamer ; (|ue tu étais le chef de la conspiration ; (jue ni Pitt, ni Cobourg, ni lAngleterre, ni l'Autriche, ni la Prusse n'étaient pas nos véritables ennemis, mais (jue c'était toi seul ; (jue la Mi)ntagne était composée de les complices; qu'il ne fallait pas s'occuper des agents envoyés parles puissances étrangères; que les conspirations étaient des fables qu'il fallait mépriser; en un mot, (ju'il fallait l'égorger.
La Convention sait (jue j'étais divisé d'opinion avec Danton; que, dans le temps des trahisons de Dumouriez, mes soup^-ons avaient devancé les siens. Je lui reprochai alors de n'être plus irrité contre ce monstre. Je lui reprochai de n'avoir pas poursuivi Brissot et ses complices avec assez de rapidité, et je jure que ce sont là les seuls reproches que je lui ai faits...
Danton! ne sais-tu pas que plus un homme a de courage et de patriotisme, plus les ennemis de la chose publique s'attachent à sa perte? Ne sais-tu pas, et ne savez-vous pas tous, citoyens, que cette méthode est infaillible? Et qui sont les calomniateurs? Des hommes •{ui paraissent exempts de vices, et qui n'ont jamais montré aucune vertu. Eh! si le défenseur de la liberté n'était pas calomnié, ce serait une preuve que nous n'aurions plus ni prêtres, ni nobles à combattre. Les ennemis de la patrie semblent m'accabler de louanges exclusivement; mais je les répudie. Croit-on qu'à côté de ces éloges que l'on retrace dans certaines feuilles, je ne voie pas le couteau avec lequel
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on a voulu égorger la [lalrie ? Dès l'origine de la Révolulion, j'ap[)ris à me méfier de tous les masques. La cause des patriotes est une, comme celle de la tyrannie ; ils sont tous solidaires. Je me trompe peut-être sur Danton ; mais, vu dans sa famille, il ne mérite que des éloges. Sous les rapports politiques, je Fai observé: une difTérence d'opinion entre lui et moi me le faisait épier avec soin, quelquefois avec colère ; et, s'il n'a pas toujours été de mon avis, conclurai-je qu'il trahissait sa patrie? Non ; je la lui ai vu toujours servir avec zèle.
Danton veut qu'on le juge. Il a raison, qu'on me juge aussi. Qu'ils se présentent, ces hommes qui sont plus patriotes que nous ! Je gage que ce sont des nobles, des privilégiés ! Vous y trouverez un marquis ', et vous aurez la juste mesure du patriotisme de ces empliaticjues accusateurs. Quand j'ai vu percer les traits de calomnie dirigés contre les patriotes, quand j'ai vu qu'on accusait Danton et qu'on l'accusait d'avoir émigré, je me suis rappelé que les journaux aristocrates, ou faussement patriotes, avaient depuis longtemps fait celte nouvelle. Ils avaient annoncé que sa maladie était fausse, que ce n'était que le prétexte de son émigration, et le moyen pour y parvenir. J'ai dû placer sur la même ligne toutes les autres calomnies dirigées contre Danton. C'est ainsi que vous les avez jugées vousmêmes, et je demande à ces bons patriotes de se réunir, de ne plus souffrir qu'on dénigre Danton dans les groupes, dans les cafés. Il est évident que Danton a été calomnié ; mais je déclare que je vois là un des lils les plus importants de la trame ourdie contre tous les patriotes. Je déclare aux aristocrates que bientôt nous les connaîtrons tous, et peut-être manquait-il ce dernier renseignement à nos découvertes. Nous l'avons. Au surplus, je demande que chacun dise comme moi franchement ce qu'il pense sur Danton. C'est ici que l'on doit dire surtout la vérité; elle ne peut que lui être honorable ; mais, dans tous les cas, la Société doit la connaiti'e tout entière.
Merlin (de Tuiom ville). — Je déclare que Danton m'arracha des mains du juge de paix Larivière ; qu'au 10 août il sauva la République avec ces paroles: « De l'audace, enco7'e de l'audace, et puis encore de l'audace ! » Yoilà Danton.
MoMORO. — Personne ne se présente pour parler contre Danton ; il faut en conclure que personne n'a rien à alléguer contre lui. Je demande l'ordre du jour.
La discussion se termine par la demande que fait un membre, que
1. 11 sagit de Manbon-.MonUiut, tlcputé du Gers, le inèiac (jui peu de jours auparavant avait déclaré à la tribune des Jacobins qu'il était lils d'un tisserand.
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le président accorde l'accolade fraternelle à Danton. Il la reçoit au milieu des applaudissements les plus flatteurs '.
Coiitlion fait alors un rapport sur sa mission. 11 annonce que l'arnice de la Moselle a pris d'assaut Kaiserslautorn. — Maribon-Montdut déclare que c'est une des victoires les plus intéressantes qu'aient pu renq)orter nos troupes.
Séance levée à di.K heures et demie.
PRÉSIDENCE DE l'OUHCROY
Le Comité de surveillance du département de Paris demande à la Société de lui j)réter son local. — Dubois-Crancé et Bourdon (de l'Oise) rappellent (pi'on a souvent demandé le local de la Société pour des réunions projircs à la discréditer : ils réclament l'ordre ilu jour, qui est adopté'.
La Société passe à l'épurenu^nt de ses membres. On appelle Petit, cidevant procureur. — Un mnnhrr l'accuse d'avoir refusé d'accepter les fonctions de juré dans le Tribunal révolutionnaire. — Petit reconnaît le fait et déclare qu'il ne se croyait pas capable de bien remplir ces fonctions. — Roussel fait remanjuer que le fils de l*etit pleure dans un coin de la salle. — Le Jeune Petit, âgé de douze ans, se précipite à la triltunc et déclare que son père est un bon patriote, qui l'a élevé dans les principes les plus purs de la Révolution. La Société applaudit avec enthousiasme cet enfant, auquel le président donne l'accolade. Le père est admis, et l'enfant reçoit une carte d'entrée aux séances de la Société.
Seutex est appelé. On lui reproche d'avoir cherché à innocenter Miranda, quand celui-ci parut devant le Tribunal révolutionnaire, dont Sentcx faisait alors partie. — Sentex répond qu'il partageait cet avis avec tout le Tribunal, notamment avec six membres qui sont encore en fonctions. Il est admis.
Ferrières est interpellé sur un plan de finances dont il est l'auteur, et qui, ^\%Qn[. plusieurs membres, a mis le trouble et la division dans le Club des
1. Le Journal de la Montagne avait pul)Hé le 27 brumaire ^t. II. p. 270) une lettre (1 Arcis-sur-Aube, en date du 18 brumaire, dans laquelle Bercy-Sivault, voisin de Dautou à Arcis, attestait que ce représentant n'avait jamais quitté la ville pendant la durée de son congé et même qu'il était » toujours eu bonnet de nuit et vêtu de manière à ne pas laisser de doute sur sa convalescence ». Le Journal de la Montuf/ne fit suivre cette lettre des observations suivantes : « Nous savons, comme le citoyen Bercy, que le républicain Dautou u'a pas besoin d'être disculpé. Tous les patriotes le connaissent et ne furent jamais les dupes des petits moyens des scélérats qui veulent nous diviser, mais nous insérons cette lettre par les mêmes motifs qui ont engagé le citoyen Bercy à l'écrire. »