‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 107 sur 141 · Voir plus haut. p · texte numérisé non relu

Voir plus haut. p

i2. A partir d'ici, nous résumons le ilébat d'après le Joi/i-nal de la Montagne.

preuve. — Montant, en faisant l'éloge du mérite et des talents du président (Fourcroy), lui reproche de n'en pas faire assez d'usage à la Convention.

Fourcroy. — Je n'entrerai pas dans le détail de la continuité de mes travaux depuis mon enfance. J'atteste que je dois la facilité de m'exprimer autant à Tart qu a la nature. Si cette facilité a été remarquée dans mes cours de médecine, je la dois à l'étude approfondie que j'ai faite de mon état pendant plus de vingt ans. Après ces vingt ans de travaux, je suis parvenu, en professant la médecine, à nourrir le sans-culotte mon père et les sans-culottes mes sœurs. J'ai parlé à la Ccmvention toutes les fois que j'ai cru pouvoir y dire quelque chose d'utile; mais l'étude des sciences et des arts ne m'a pas permis de m'occuper également de politique et de législation ; et j'ai cru que le sage ne devait point parler de choses qu'il ne connaissait pas parfaitement, mais au contraire se renfermer dans son état. Sur l'espèce de reproche que m'a fait un membre, de donner aux sciences la majeure partie de mon temps, je déclare qu'au contraire je suis resté toujours à mon poste depuis que j'exerce une fonction publique ; qu'on ne m'a vu que trois fois au Lycée des Arts, et cela dans l'intention de le sans-culottiser.

Fourcroy est reçu au milieu des applaudissements unanimes.

La Société entend la lin du rapport de Coutlion sur les opérations (lu siège de Lyon. Il le termine en déclarant qu'il va préciser les reproches qu'il fait à UuI)ois-Crancé. Il invite ce dernier à y répondre.

Dubois-Crancc monte à la tribune.

[Coitllion doinaiulc à Dubois-Crancé pourquoi il ;i tant insisté pour qu'on fit le blocus de Lyon, au lieu d'emporter la ville de vive lorco. — Duhois- Crancr répond qu'il se fait gloire de cette opinion, parce qu'il n'avait (î d'autre vue que d'épargner le sang des patriotes ' ». — Mtirihnn-Moiitaut demande à Dubois-Crancé s'il est vrai qu'il a porté le costume miUtaire et (ju'il s'est fait appeler « mon général * » par les soldats. — Duboia- Cvancr répond qu'il a porté l'habit de représentant dans tous les cas où il a rcmnli les fonctions d'un représentant, mais qu'il a cru devoir reprendre son co.itunie militaire toutes les fois qu'il avait à donner son avis sur les ouvrages et les oi)érations du siège de Lyon. — Couihon demande à Dubois- Crancé- s'il est vrai qu'il a dit ([ue la réquisition, laite par Coutlion, <> no valait pas six liards ». — Dubois-Crancé reconnaît (lu'il a pu s'exprimer

1. La quedtioa de Coutlion et la réponse de Diibois-Ciancé sont résumées d'après le Journal de la MonUif/ne.

2. Dubois-Crancé était général de division. Vt>lr, lîans le liecueil des actes du Comité de salut public, t. 1. p. CS. la notice biograiihique sur ce représciitunl.

î)48 SOCIKTI-: DHS .lACOlU.NS [8 dkc. 1793]

en ces ternies dans un tèle à tète avee ('oullion, mais ([ue ce propos no devait pas être public. — Coiilhou réplique que ce propos a été tenu en public. 11 demande enfin à Dubois-Crancé pourquoi il s'est obstiné à maintenir dans son commandement Dulac, que lui, Coutlion, avait dénoncé comme sus])ecl. — iJubuis-Crancf' répoml ipic Dulac a été protégé })ar Maignct, (jui l'avait connu à l'armée de la Moselle. D'ailleurs, Maignct lui-même a reconnu son erreur en renvoyant Dulac. — Après quekpies débals, l'ordre du jour sur le tout est réclamé par Jullicn [de la Drôme). Il motive sa proposition sur ce qu'ayant demandé le matin même à Couthon son avis sur le patriotisme de Dubois-Crancé, Couthon a rendu justice au civisme de son collègue, et ne le croit coupable que dans la forme. Il reproche simplement à Dubois-Crancé trop peu d'aménité et j)eut-être trop de hauteur en parlant du peuple souverain. L'ordre du jour est adopté. — Un citoyen demande à ce sujet que tous les journalistes patriotes aj)prennent aux tyrans de l'Europe que l'union constante des républicains renversera tous les trônes de l'univers. Quelques députations sont entendues.]

Séance levée à onze lieiircs.

GCYI

PRÉSIDENCE DE FOURCROY

[Lenud, membre de la Société d'Yvetot, déclare qu'il a été calomnié dans la Société de Rouen, par deux commissaires de cette Société, reçus aux Jacobins, il y a quinze jours. Ils ont prétendu que Lenud avait dit que la Société de Rouen était composée d'accapareurs, tandis qu'il s'est borné à remarquer qu'il y avait toujours eu à Rouen une énigme sur les subsistances; cette remarque venait à la suite des questions i)Osées par Dufourny et Hébert aux commissaires. Lenud demande que la Société atteste qu'il a été calomnié. Cette attestation lui est accordée.

Simond rend compte de la mission qu'il a remplie, avec Dumaz, auprès de l'armée des Alpes'. Il se plaint d'avoir été calomnié, traité de modéré, et il termine en adressant à la Société la requête suivante :]

Je souhaiterais que la Société voulût arrêter que, sur les réclamations d'un bon citoyen, appuyées par des administrations épurées et par des Sociétés de patriotes à la hauteur des principes révolutionnaires, elle le défendra toujours auprès de qui de droit, envers et contre tous, pour le délivrer des oppressions de tout genre. Mon devoir me dit de vous présenter ces observations ; ce que j'ai vu me

1. Sur cette mission des conventionnels Simond et Dumaz, voir Recueil des actes du Comité de salut public, t. Y, p. 534.

[9 DKc. 1793^ SOCIÉTÉ DES JACOBINS o49

le commande, et je prie la Société de les prendre en grande considération.

RoHESPiERRE. — Il n'e-=t pa? de matière où les aristocrates puissent emprunter mieux le langage des patriotes que dans celle-ci. Les patriotes gémissent sur les malheurs particuliers qui peuvent tomber sur les amis de la liberté ; les aristocrates en gémissent aussi, mais par des motifs différents; les patriotes par amour du bien, les aristocrates pour en imposer avec succès. On vous dénonce un décret de la Convention, qu'on dit trop rigoureux ; on veut que la Société, plus indulgente que la Convention, accueille toutes les réclamations qui lui seront faites à cet égard, et se constitue tout entière défenseur officieux de tous ceux qui se prétendront persécutés. On veut que des citoyens, munis de certificats d'autorités constituées et soi-disant épurées, se croient, avec ces pièces, à Tahri de la sévérité des lois.

Ainsi, celui qui se les sera procurés, ces Iirevels faciles de patriotisme, n'aura désormais rien à craindre ; et si par hasard on osait porter juscjue sur lui l'œil surveillant de la justice, il croira pouvoir accourir ici pour demander vengeance ; la Société abandonnera sa tribune et toutes les réclamations qu'on y voudra faire, et c'est vraiment alors qu'on aura raison de dire que le Comité des défenseurs officieux n'est pas suffisant ; la Société entière y va trouver de l'oOcupation. Y pourrait-elle sufPH'e même ?... Kh 1 c'est là le piège qu'on nous tend ! Cependant, quand un patriote vous l'indique, vous l'accueillez par des huées, et vous venez de couvrir d'applaudissements cette [u-oposition funeste... J'aurais le droit de le trouver fort extraordinaire parmi les Jai'obins ; mais, comme le scrutin épuraloire n'est pas fini, je le trouve fort naturel.

Certes la mesure dont il s'agit a été conçue par les aristocrates, pour mettre la Société en opposition avec la Convention. La Société des Jacobins est-elle une Société patriotique, ou une Société monarchique de Londres ou de Berlin ? Appartient-elle à la patrie ou aux lâches aristocrates qui cherchent à vous exterminer tous? («A la patrie ! » s'écrient toutes les voix. ) Eh bien ! puisque la trahison n'a pas encore fait parmi nous tous les progrès qu'elle se promettait de faire, rallions-nous contre ceux qui nous tendent des pièges funestes, et qui servent la cause de la tyrannie au-dedans, tandis qu'au-dehors on achète nos places fortes, on fusille nos prisonniers, on égorge nos femmes et nos enfants. Ne souffrons pas que la voix des amis de la tyrannie vienne étouffer celle des amis de la liberté I

[Robespierre dit que les aristocrates ont changé de tactique, tiu"ils veulent diviser les patriotes. Aussi ont-ils des agents qui prêchent le modérantisme

530 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [9 dkc. 1793]

et qui clicrcluMU ;i nous faire oublier « les lurpitudes.de nos ennemis >>. N'ouhlions {)as qu'ils ont brûlé vifs des enfants, qu'ils ont déchiré les seins des femmes, qu'ils font souffrir de mauvais traitements à nos prisonniers. L'orateur termine par les paroles suivantes :]

L'étranger qui vient au milieu de vous, affublé d'un honnet rouge, pour vous percer le cœur, est-il moins coupable que le satellite autrichien qui plonge une baïonnette homicide dans la poitrine des défenseurs de la liberté ? Un stipendié des puissances étrangères, pour venir tirer nos secrets et les faire connaître à nos ennemis, est mille fois plus coupable que l'automate armé par les rois pour assassiner nos frères. Le modérantisme qu'il vient nous prêcher est une arme plus dangereuse que la baïonnette, et c'est contre cette perfidie que nous devons nous armer de courage et de force. Au lieu de prêter Foreille à tous les intrigants qui veulent nous séduire, faisons sans cesse retentir la tribune d'anathèmes contre les tyrans ! C'est le seul moyen de soutenir notre courage et de vaincre les armées liguées contre nous. Je ne cesserai jamais de vous en entretenir jusqu'à ce que nos ennemis soient tous anéantis, et que nous puissions jouir de la paix et du bonheur auxquels tendent tous les efforts pénibles des amis de la liberté.

Je demande la parole pour les prochaines séances. Je vous lirai le manifeste imbécile de Georges III, du roi d'Angleterre', et je raccompagnerai des commentaires que me fournira mon indignation profonde pour tous ces êtres vils et cruels qui portent le nom de rois. (Il s'élève de vifs applaudissements .)

{Un citoyen vient présenter à la Société cinq accusés devant le Tribunal révolutionnaire, qui, après les avoir examinés sévèrement, ayant reconnu leur innocence, les a acquittés. La Société les accueille avec plaisir et les invite à sa séance. — Dubois-Crancé annonce que les acquittés sont des habitants de Lille, accusés à tort d'avoir voulu dissoudre la Société populaire de la ville. — Robespierre expose les faits d'une manière moins favorable. « Les représentants du peuple, dit-il, avaient arrêté les citoyens ici présents, parce qu'ils les soupçonnaient de vouloir tenter un mouvement fédéraliste analogue à ceux de Marseille et de Toulon. Le Tribunal en a jugé autrement. «Je n'attaque point, ajoute l'orateur, le jugement du Tribunal révolutionnaire ; mais autre chose est de juger sur un certain nombre de dépositions, ou de juger en politique avec les soupçons d'un patriotisme éclairé. Je répète, dit encore Robespierre, que je n'attaque point le jugement dont il est question, mais que si, par hasard, ces hommes avaient été du parti des bourgeois, et qu'on n'eût fait. venir de Lille que des bourgeois pour témoins, il eût été très naturel qu'ils trouvassent fort innocents leurs complices. Je de-

Page 1