Voir Moniteur, t. XVIIL p. 6.j
2. Le compte rendu de cette séance est très écourté dans le Journal de la Montagne.
3. Nous n"avuns pu identifier ce nom, qui est évidemment défiguré. 11 n'y avait pas de conventionnel qui sappelàt ainsi. — Peut-être s"agit-il de Bar ^de la MoseUe).
Cliaiiilron-Ilonssau, Rrisson sont admis. Ciissct csl ajourna avec renvoi à la Commission Opnraloirc. — Coiipr (de L'Oise), cun'" anx environs de Xoyon, et dépnlé à la Convention, se jnrsente à la tribune; aucunes réclamations ne s'élevaient sur son com|ite, mais Fdbre iVEcjlant'tne monte à la tribune et donne lecture d'une lettre de Coupé à un certain Loranger, curé d'Attichy, marié et père de l'aïuille. Loranger i)riait Coupé de l'aider à se faire payer son traitement un peu plus tôt que d'habitude. Coupé lui a répondu que les bravos accordés aux prêtres qui se marient étaient (( des bravos dérisoires », et qu'il ne pouvait rien l'aire pour lui. « Coupé a ])u être bon patriote, continue Fabre d'Eglanline; il peut 1 être encore. Il a toujours voté avec les républicains dans le sens de la Montagne; mais il est fanatique. Il reste à savoir si un fanatique peut être ])atriote. » L'orateur déclare que Coupé a blasphénu' en tournant en ridicule les prêtres « qui obéissent au vani de la nature et donnent des citoyens à l'Etat '>, et il demande la radiation de Coujié. — Coupé reconnaît qu'il a écrit la lettre en question. Il déclare qu'il pense « que le peuple ne peut voir ([ue d'un mauvais œil des prêtres qui demandent des secours pour avoir fait des enfants ». Au reste, il déclare qu'il se soumettra à la décision de la Société. — ■< Voilà une astuce de i)rêtre, une hypocrisie raffinée! )) crie un membre. — TAiveaiix demande que Coupé soit exclu jusqu'à ce qu'il ait pris femme. — La discussion s'engage et dure assez longtemps en faveur du patriotisme jjrononcé de Coupé. — Quelques membres demandent qu'il soit admis avec censure; un autre, qu'il soit privé pendant six mois d'assister aux séances. La Société l'exclut purement et simplenuMit.
Les applaudissements les ]ilus flatteurs annoncent l'admission de Billaud- Varenne et de Robespierre.
Casablanca se présente à la tribune. D'après les questions qui lui sont faites i)ar le président, il avoue n'avoir pas voté la mort du tyran, mais seulcnu'ut sa réclusion. Au surplus, il vota contre l'appel au jteuple. Il déclare qu'il est proscrit par Paoli. La Société, enchaînée par son arrêté qui exclut ceux qui n'ont pas voté la mort du tyran, est obligée de le rayer.
Scrvière, Dubois-Crancé, David, Léonard Bourdon, Charles Duval, Delaguculle, Du Bouchet et Deydier » sortent purs du creuset des épreuves ». D'Aoust ' « portait la tache originelle »; il est exclu. Duhem est appelé. — Robespierre reproduit contre Duhem quelipies inculpations graves dont il avait été question, et sur lesquelles Duhem n'avait pas répondu d'une manière satisfaisante. On lui re])roche en outre une protection éclatante accordée aux conspirateurs, aux dilapidateurs des deniers de la République, une haine marquée pour Pache, et l'intention de le faire destituer, le projet de diviser la Montagne et celui de scission du déparlement du Mont-Blanc. — Diilicm entrejjrend de se justifier de ces dilïérentes inculpations. Sa justification no satisfait point la Société, (|ui le rejette de son sein.
Paraît ensuite Anacharsis Clools. On lui demande dans quel pays il est né. — Anacharsis Cloots répond : « Je suis de la Prusse, département futur de la Réjjublique française ». — Un citoyen lui demande s'il n'a pas eu des liaisons intimes avec les banquiers Vandenyver, s'il n'a pas sollicité leur élar-
1. Eustache-Jean-^Maric d'Aoust. député iIli Xurd à la Convention, était marquis.
gisscmcnt quand ils furent arnHôs. — Cloots n'poncl que les Vandenyver ont été SOS banquiers quand il voyageait : voilà j)ourquoi il s'est occupé d'eux lors de leur première arrestation.]
Robespierre. — l^ouvons-nous regarder comme patriote un baron allemand ? Pouvons-nous regarder comme sans-culotte un homme qui a plus de 100,000 livres de rente ? Pouvons-nous croire républicain un homme qui ne vit qu'avec les banquiers et les contre-révolutionnaires ennemis de la France? Non, cito\-ens. Mettons-nous en garde contre les étrangers qui veulent paraître plus patriotes que les Français eux-mêmes. Cloots, tu passes ta vie avec nos ennemis, avec les agents et les espions des puissances étrangères; comme eux, tu es un traître, qu'il faut surveiller. Citoyens, Cloots vient de tout vous expliquer ; il connaissait les Vandenyver, et les connaissait pour des contre-révolutionnaires. Il vous assure qu'il a cessé de les voir, mais c'est encore là une fourberie de Prussien. IVnirquoi donc, Cloots, si tu connaissais les Vandenyver pour des contre-révolutionnaires, es-tu venu solliciter leur élargissement au Comité de sûreté générale : parle, qu'as-tu à répondre?
Mais ces inculpations sont peu de chose, quand il est question de M. Cloots. Ses trahisons tiennent à un système mieux ourdi. Citoyens, vous l'avez vu tantôt aux pieds du tyran et de la cour, tantôt
aux genoux du peuple Lorsqu'une faction liberticido dominait au
milieu de nous, Iors(iue tous ses chefs tenaient les rênes du gouvernement, Cloots embrassa le parti de Brissot et de Dumourie/.. Lorsque ces derniers servaient les puissances étrangères et nous laissaient déclarer la guerre, le prussien Cloots appuyait leurs opinions avec frénésie ; il faisait des dons patriotiques, vantait les généraux, et voulait qu'on attaquât tout l'univers Sa conduite ne
lui en attira pas moins le mépris de la faction. L'amour-propre lui fit publier un pamphlet intitulé « Ai Marat ni Roland » Il y donnait un soulflet à ce dernier, mais il en donnait un plus grand à la Montagne.
J'accuse Cloots d'avoir augmenté le nombre des partisans du fédéralisme. Ses opinions extravagantes, son obstination à parler d'une République universelle, à inspirer la rage des conquêtes, pouvaient produire le même efFel que les déclamations et les écrits séditieux de Brissot et de Lanjuinais. Et comment M. Cloots pouvait-il s'intéresser à l'unité de la République, aux intérêts de la France? Dédaignant le titre de citoyen français, il ne voulait que celui de citoyen du monde. Eh ! s'il eût été bon Français, eût-il voulu que nous tentassions la conquête de l'univers?... Eùt-il voulu que nous fissions un
556 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [12 di:g. 1793]
département français du Monomotapa? Eût-il voulu que nous déclarassions la guerre à toute la terre et à tous les éléments ? Ces idées prétendues philosophiques pouvaient-elles entrer dans la tête d'un homme sensé, ni même dans celle d'un homme de bien ?
Il est une troisième crise dont M. Cloots pourra se vanter, mais ce ne sera que devant des imbéciles ou des fripons... Je veux parler du mouvement contre le culte, mouvement qui, mûri par le temps et la raison, eût pu devenir excellent, mais dont la violence pouvait entraîner les plus grands malheurs, et qu'on doit attribuer aux calculs
de l'aristocratie Gobel, dont vous connaissez tous la conduite
politique, était du nombre de ces prêtres qui se plaignaient de la réduction de leurs traitements, et dont l'ambition voulait ressusciter
l'hydre du ci-devant clergé Et cependant nous avons vu cet
évèque changer subitement de ton, de langage et d'habit, se présenter à la barre de la Convention nationale, et nous otlVir ses lettres de prêtrise. Eh ! Cloots, nous connaissons tes visites et tes complots nocturnes. Nous savons que, couvert des ombres de la nuit, tu as préparé avec l'évêque Gobel cette mascarade philosophique. Tu prévoyais les suites funestes que peuvent avoir de semblables démarches ; par cela même elles n'en plaisaient que davantage à nos ennemis. Cloots croyait sans doute que les vrais amis du peuple avaient pris le change et étaient dupes de ces mascarades. Il vint se targuer au Comité de ce bel exploit... « Mais, lui dis-je, vous nous avez dit dernièrement qu'il fallait entrer dans les Pays-Bas, leur rendre l'indépendance, et traiter les habitants comme des
frères Pourquoi donc cherchez-vous à nous aliéner les Belges en
heurtant des préjugés auxquels vous les savez fortement attachés?... » — « Oh ! oh ! répondit-il, le mal est déjà fait... On nous a mille fois traités d'impies. » — « Oui, mais il n'y avait pas de faits. » Cloots pâlit, n'osa pas répondre et sortit.
Citoyens, regarderez-vous comme patriote un étranger qui veut être plus. démocrate que les Français, et qu'on voit tantôt au Marais, tantôt au-dessous de la Montagne?... Car jamais Cloots ne fut à la Montagne ; il fut toujours au-dessous ou au-dessus. Jamais il ne fut le défenseur du peuple français, mais celui du genre humain. Ilélas ! malheureux patriotes, que pouvons-nous faire, environnés d'ennemis qui combattent au milieu de nos rangs ! Ils se couvrent d'un masque, ils nous déchirent, et nous sentons les plaies sans savoir d'où partent les traits meurtriers. Nous ne pouvons plus rien faire, notre mission est finie. Les lois les plus sages, par le moyen des traîtres qui sont répandus dans tous les Comités de l'Assemblée, dans toutes les ad-
[12 Dtc. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 5ii7
minisli"alion>, dans luus les bui-eaux, tournent au désavantage de la RépuMique. Nos ennemis, élevés au-dessus même de la Montagne, nous prennent par derrière pour nous porter des coups plus mortels. A'eillons, car la mort de la patrie n'est pas éloignée. Eh î non, je ne compte pour rien celle des patriotes, ils doivent en faire le sacrifice. Mais, hélas ! celle de la patrie est inévitable, si les lâches ne sont reconnus. Citoyens, je vous prie de faire une réflexion : quand nous avons décrété des lois rigoureuses contre les nobles, Cloots a été excepté ; quand nous avons décrété l'arrestation des étrangers, Cloots a été encore excepté. Que dis-je, excepté ! Dans ce moment-là même, Cloots fut élu président des Jacobins. Donc, par une conséquence infaillible, le parti étranger domine au milieu des Jacobins. Oui, les puissances étrangères ont, au milieu de nous, leurs espions, leurs ministres, des trésoriers et une police. Mais nous, nous avons le peuple, qui veut être libre et qui le sera Les banquiers conspirent impunément. Ils ne font remonter nos assignats au pair que pour accaparer notre argent ; quand ils veulent des attroupements aux portes des boulangers, elles sont assiégées. Ils disposent de la paix de cette ville ; et les patriotes intrépides, les amis
de la République, sont exposés à mille dangers Paris fourmille
d'intrigants, d'Anglais et (rAutrichiens. Ils siègent au milieu de nous avec les agents de Frédéric... Cloots est Prussien ... Je vous ai tracé l'histoire de sa vie politique... Prononcez.
Ce discours, plusieurs fois interrompu par des applaudissements unanimes, est suivi d'une proposition tendant à rayer du tableau tous les nobles, prêtres, banquiers et étrangers. Elle est adoptée et mise sur-le-champ à exécution en la personne de Cloots.
PRÉSIDENCE DE FOURCROY
[La gouvernante de l'infortuné Chalicr est accueillie avec le plus grand enthousiasme. — La Société passe immédiatement à l'épurement de ceux de ses membres qui sont du Comité de sûreté générale de la Convention. Ils sont tous admis. — On passe ensuite au scrutin les membres du Tribunal révolu-
538 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [13 dkc. 1703]
tionnaire. l'nc discussion s'élève sur Foucaut. On lui reproche, d'une part, d'avoir traité de scélérats les gardes-françaises qui étaient à l'Abbaye en 1789 ; de l'autre, d'avoir fait enfermer son épouse. Foucaut se justifie sur le premier point. Sur le second, il établit qu'il était malheureux en ménage. Robespierre l'appuie, et Foucaut est adopté, ainsi que Diego, Verteuil, Dcnisol, Fouquier-ïinville, accusateur public, et Lescot-Fleuriot, son substitut. Hoyer est aj)pelé. — Blanchel demande si la Société entend voter aussi sur les membres des Sociétés affiliées qui ne sont pas Jacobins. — Robespierre demande que les membres du Tribunal révolutionnaire, qui le sont aussi des Sociétés affiliées, et ont acquis le droit de se présenter ici, soient épurés. « Leurs fonctions de jurés exigent la confiance du peujjle. Le scrutin public sera pour eux, s'ils en sortent purs, le certificat de civisme le plus éclatant qu'ils puissent obtenir. »
Un membre rappelle que Hoyer était accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, lorsqu'on jugea le procès des dix-sept habitants de Tonnerre, accusés d'avoir cherché à fonder, en face de la Société populaire de cette ville, une Société aristocratique, dite Société de l'Hôpital. Il cherclia à rendre les juges défavorables aux accusés et déclara, dans son réquisitoire, (jue le peuple saurait juger les juges. — Royer reconnaît (pi'il s'est exprimé de cette manière ; il énonce les raisons qui lui faisaient croire que les accusés étaient vraiment cou})ables. — Fabre itEf/lantine déclare ([ue Roycr avait raison et que les membres de la Société de l'Hôpital étaient tous des aristocrates. — Plusieurs membres rendent hommage au patriotisme de Royer. Il est admis. La Société admet ensuite successivement Hermann, président du Tribunal; Dumas, vice-président ; Subleyras, Laane, Tavernier, greffier, et Traversier, huissier du même Tribunal ; Deguaigné, Nicolas, Fauvel, Toumin, Clirétien, Jourdcuil, Gérard, et Dubois de Bellegarde, député du département de la Charente.]
Séance levée à dix heures et demie.
GCX
PRÉSIDENCE DE FOURCROY
Après la lecture de la correspûiidance , la Société arrête, sur la proposition de Couthon, qu'elle enverra deux commissaires au Comité de salut public, pour l'inviter à se faire représenter les noms des employés au département de la guerre, ainsi que des informations exactes sur leur vie morale et politique. Cette mesure, d'après l'amendement proposé par un membre, est ai)[)liquée à tous les bureaux et administrations de la République.
On passe au scrutin épuratoire des membres de la Convention. Cliarles Cochon, Deville, Uuliesse *, Joseph Eschassériaux et son jeune frère sont admis. — Fabre d'Fglantine répond à deux interpellations de la manière la plus satisfaisante. La première concernait une démarche qu'on prétendait qu il avait faite, dans la nuit du 9 au 10 août 1792, pour avertir le tyran des mouvements populaires. Sa réponse ne laisse pas le plus léger doute sur sa conduite. La seconde concernait sa fortune. Il entre à cet égard dans des détails qui prouvent qu'il ne doit son aisance qu'à ses talents littéraires, et que le luxe qu'on lui reproche se borne à des choses d'agrément, qu'il ne doit qu'à ses propres talents. — Il est reçu.
Camille Desmoul'ms est interpellé sur ses liaisons avec Dillon, dont il a pris la défense.
Lefort rappelle la dénonciation de Deschamps, relativement au propos tenu par Camille Desmoulins au Tribunal révolutionnaire, suile compte des vingt-deux accusés : qu'ils étaient de véritables républicains, qu'ils mouraient en Brutus.
Camille Desmoulins se justifie sur le premier chef. Il a bien fallu qu'il vit le général Dillon. 11 avoue qu'il a cru reconnaître de grands talents dans ce général. Trompé sur son compte, depuis trois mois il n'a parlé de lui ni en bien ni en mal. « A l'égard du mouvement de sensibilité, dit-il ensuite, que j'ai fait paraître lors du jugement des vingt-deux, je déclare que ceux qui me font ce reproche étaient loin de se trouver dans la même position que moi. Je chéris la République ; je l'ai toujours servie, mais je me suis trompé sur beaucoup d'hommes, tels que Mirabeau, les Lameth, etc., que je croyais de vrais défenseurs du peuple, et qui néanmoins ont fini par trahir ses intérêts. Une fatalité bien marquée a voulu que, de soixante personnes qui ont signé mon contrat de mariage, il ne me reste que deux amis, Robespierre et Danton. Tous les autres sont émigrés ou guillotinés. De ce nombre étaient sept d'entre les vingt-deux. Un mouvement de sensibilité était donc bien pardonnable dans cette occasion. Cependant j'atteste n'avoir pas dit : « Ils meurent en républicains, en Brutus »/ j ai dit : « Ils meurent en républicains, mais républicains fédéralistes » ; car je ne crois pas qu'il y eût beaucoup de royalistes parmi eux. J'ai toujours été le premier à dénoncer mes propres amis; du moment où j'ai vu qu'ils se conduisaient mal, j'ai résisté aux offres les plus brillantes, et j'ai étouffé la voix de l'amitié que m'avaient inspirée de grands talents.
1. Nous n"avoii3 pu ideutifier oc nom. La Feuille du salut public imprime Dcville-Uuhaisse.
560 S0CII-:TK DES JACOBINS [Udkc. 1703]
Un CITOYEN'. — Desmoulins vient de nous avouer ingénuement qu'il avait mal choisi ses amis. Prouvons-lui que nous savons mieux choisir les nôtres en l'accueillant avec empressement.
Robespierre. — Il faut considérer avec Camille Desmoulins ses vertus et ses faiblesses. Quelquefois faible et confiant, souvent courageux, et toujours républicain, on Ta vu successivement Tami des Lameth, de Mirabeau, de Dillon ; mais on Ta vu aussi briser ces mêmes idoles qu'il avait encensées. Il les a sacrifiées sur Tautel qu'il leur avait élevé, aussitôt qu'il a reconnu leur perfidie. En un mot, il aimait la liberté par instinct et par sentiment, et n'a jamais aimé qu'elle, malgré les séductions puissantes de tous ceux qui la trahirent. J'engage Camille Desmoulins à poursuivre sa carrière, mais à n'être plus aussi versatile, et à tâcher de ne plus se tromper sur le compte des hommes qui jouent un grand rôle sur la scène politique.
De nombreux applaudissements annoncent l'admission de Camille Desmoulins. La Société admet ensuite successivement Danton, Collombel, Lavicomterie, Forestier, Panis, Dupuget, Durocher, Fauve {sic), Gelin, Jay (de Sainte-Foy), Jullien (de la Drôme) et Lion *.
Laa se présente. On lui demande quels sont ses votes à la Convention ; il répond qu'il n'y est que depuis peu*.
Robespierre. — Je demande que tous les suppléants qui arrivent à la Convention, et qui peuvent être des républicains excellents, mais qui peuvent être aussi les fauteurs du fédéralisme, se prononcent sur les événements qui ont eu lieu dans la Révolution, et se fassent connaître en entier. On cherche à diviser la Convention. On veut surtout attaquer le Comité de salut public^, qui est chargé de tout le poids du gouvernement. Il existe à la Montagne des hommes qui ne sont montés sur sa cime que pour tendre la main aux traîtres qui sont plongés dans la fange du Marais. C'est au Comité de salut public, qu'on a chargé des grands intérêts de la patrie, qu'il appartient de prévenir ces tentatives criminelles. Il ne peut exister que par l'assentiment unanime de la Convention, comme celle-ci ne peut se
1. Quelques-uns de ces noms sont probablement défij^nrês. La liste la moins incorrecte semble être celle de la Feuille du Salut public, que nous avojis adoptée. Peut-être, au lieu de Lion, faut-il lire Hion.
2. Antoine Laa, 3° suppléant des Basses-Pyrénées, avait remplacé le 8 aiu'it 1793 Meillan, démissionnaire.
3. Le 22 frimaire, sur la proposition de Bourdon (de lOise^ la (Convention avait décidé de renouveler le personnel du Comité de salut public, pour la première fois depuis le 10 juillet 1793. Journal de la Montar/ne, t. II, p. 247. Le 23, sur la proposition de Jay (de Saintc-Foy\ la Convention prorogea encore une fois ce Comité. Journal des Débals et Décrets, t. XV, p. 32i, et Procès-verbal de la Convention, t. XXVII. p. 108.
conserver que par la confiance et l'amour du peuple. J'invite un des républicains députés qui sont dans la Société à faire demain à la Convention la proposition tendant à ce que tous les députés suppléants, arrivés à Paris depuis le jugement du dernier des tyrans, fassent à la tribune leur profession de foi sur tous les événements de la Révolution, Cette mesure, fortement appuyée, est adoptée par la Société K Crassous, député de la Martinique, saisit cette occasion pour faire sa profession de foi civique.
On demande et la Société arrête que le président fera aux députés suppléants qui paraîtront à la tribune la question de savoir s'ils ont reçu une invitation de se rendre à Bourges. — Laa est admis.
Séance levée à onze heures.
PRKSIDENCE DE FOURCROY
[Sentex annonce que lo Comité de correspondance a entendu à la fois le membre de la Société du Havre, ({ui avait dénoncé la Société de Montivilliers, et les députés de cette dernière Société. Il déclare que la Société do Montivilliers a été calomniée. On arrête que la justification de cette Société sera mentionnée dans le Journal de la Montagne.
On continue le scrutin épuraloirc. — Roussel Vaîné, accusé à la séance du 0 frimaire, d'avoir signé le laisser-passer dont Roland s'est servi pour essayer d"enlever l'armoire de fer*, produit des attestations de Coupilleau (de Montaigu), de Courtois et de Laloy, qui le disculpent. Il est admis.
La Société s'occupe ensuite de la suite du scrutin épuratoire des membres du Tribunal révolutionnaire. Tous sont admis sans aucune réclamation.
On reprend l'appel des représentants du peuple. — Quelques membres demandent si l'on doit faire exception en faveur des nobles qui ont fait preuve de patriotisme. — Robi'spierre s'oppose à toute exception en faveur des nobles. L'arrêté est maintenu. — Plusieurs membres demandent qu'on exclue, avec les nobles, les financiers de toute espèce, les agioteurs, les étrangers et les prêtres. — Un prêtre proteste contre cette disposition. — Antonelle dit qu'il n'a jamais pensé qu'il était noble, et qu'il s'est fait Jacobin par
1. Cette mesure fut proposée à la Convention le lendemain par Romme, appuyée par Jay (de Sainte-Foy\ et décrétée. Crassous saisit cette nouvelle occasion de faire sa profession do foi. Moniteur, t. XVIII, p. 07 1.