‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 110 sur 141 · Tome Y · texte numérisé non relu

Tome Y

562 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [10 dkc ITO:^]

goût ; il ileniaiidc à ne |)iis rlro rayé. — Un rifoy»'» rend hommage au patriolisnie « (le quelques pnMrcs et de quelques nobles »; mais il déclare que la Société ne doit point faire d'exception en leur faveur.]

Bernard '. — L'arrêté pris sur la proposition de Robespierre ne portait que sur les nobles, sur les étrangers et sur les banquiers, mais non sur les prêtres ; je regarde comme contre-révolutionnaire la proposition d'y comprendre les prêtres, et je pense que cette proposition tend à perdre la République.

[On murmure. — Robespierre appuie la proposition qui vient d'être faite. Voici le passage le plus important de son discours:]

Je n'estime pas plus l'individu prêtre que l'individu noble. Je mets des exceptions en tout. On a voulu faire croire au peuple que la Convention, que les Jacobins faisaient la guerre au culte. De là des malheurs sans nombre, parmi la classe du peuple encore peu instruite, et dont on n'a pas assez respecté les préjugés et la faiblesse. On dit, dans le parallèle des nobles et des prêtres, que tout l'avantage est du côté des premiers. Je n'en crois rien, et voici pourquoi : le noble est un homme dont tous les avantages sont des avantages politiques. Il les tire de sa naissance, et l'habitude des distinctions lui a fait mépriser tout ce qui n'est pas de ce qu'il appelle son rang. Il existait parmi les prêtres au contraire deux sortes d'hommes. Celle qu'on appelait le « bas clergé » compte dans son sein des hommes qui sont attachés à la Révolution par une suite non interrompue de sacrifices. 11 en est dans cette Société; celui, par exemple, qui vient de descendre de la tribune et qui fut martyr de la liberté. Les nobles, toujours liés avec les cours étrangères, ont toujours méprisé les prêtres qu'ils mettaient dans leur parti. On pouvait, sans inconvénient, chasser tous les nobles des Sociétés populaires. On pourrait les chasser de partout. Il n'en serait peut-être pas de môme des prêtres. Les campagnes ont été induites on erreur par les ennemis du peuple, toujours prêts à profiter de la moindre de nos erreurs. Rappelez-vous les malheurs qui ont été la suite des mesures violentes qu'on avait prises à leur égard dans certains pays, et craignez de les voir se renouveler !

Les motions faites n'ont pas de suite.

[Bouquier, député", est nommé président. Ralïron est admis.

1. D'après le discours de Robespierre qui va suivre, il send)le que ce soit Bernard i^de Saiut-Aii'rique), ministre protestant et député de rAveyrou à la Cnaveatiuii.

2. Gabriel Bouquier était député de la Durdogue à la Convention.

Renandin se plaint qu'on s'introduise trop facilement dans la Société avec des diplômes de tout genre. Il dénonce un Anglais, qu'il désigne, et l'accuse de s'être mal tenu à la dernière séance. — L' Anglais déclare qu'il est né en Angleterre, mais d'un père canadien et d'une mère française, qu'il réside en France depuis quinze ans, qu'il est meml)re de la Société de Montargis. — Fahre (VEijlaniine déclare qu'il soupçonne cet homme d'être un agent de Pitt. — Gaillard, de la Sociéti'; de Montargis, est du même avis. De même, Lenud, de Vi Soci<'ié d'Yvetot. — Un citoyen des tribunes, qui connaît l'homme et l'hôtel de Philadelphie, où il loge, déclare qu'il se tenait cliez cet Anglais des conciliabules. — L'Anglais est conduit au Comité de sûreté générale. — Hébert demande que la Société engage les Comités de salut public et de sûreté générale à poursuivre avec sévérité les hommes suspects dont cette Société regorge. Arrêté. — Une dépidation de la Société de Brest vient demander l'affiliation.]

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE FOURCROY

[Couthiin annonce à la Société qu'un décret met en état d'arrestation ^laillard, Konsin et Vincent'. — Bourdon [de l'Oise) observe que Honsin est dans la salle. Il rap})clle tous les torts de ce général, et réclame l'exécution de la loi. La Société la vote avec empressement. — R(jnsin sort de la salle. — ]iaisso)i déclare qu'il ne se fait pas le défenseur de Ronsin. Toutefois, voyant l'acharnement avec lequel Bourdon i)Oursuit Ronsin, il invite la Société à la l»rudence. — Bourdon [de l'Oise) s'écrie que Ronsin a cherché à faire rapj)eler les représentants les plus i)urs, que Ronsin a demandé sa tête parce qu'il avait dénoncé Rossignol. — Laveau.r dit (pi'il ne veut pas rappeler ses griefs, qu'il veut parler seulement du mal que Vincent et ses amis ont fait à la Républi(jue.

« Je fus chassé, déclare-t-il, du bureau de la guerre parce que je ne voulais ])as entrer dans les vues de M. Vincent. J'atteste qu'il est des hommes de mérite au bureau de la guerre, qui ont été maltraités par des i)olissons. »

Dufourni/ rend hommage au patriotisme que montra Vincent dans les premiers jours de la Révolution, mais il l'accuse de vanité, d'ambition ; il l'accuse surtout d'avoir voulu soustraire le pouvoir exécutif à l'heureuse intluence qu'exerce sur lui le Comité de salut public et d'avoir, dans ce moment, voulu le rendre inconstitutionnel, afin qu'il ne dépendît de i)er-

1. Ce décret avait été rendu le m-^me jour par la Convention, sur la motion de Bourdon (de lOise). Moniteur, t. XVIII, p. 699, et Procès-verbal, t. XXVII, p. 275,

36t SOCIETE DES JACOBINS [17 Diic 170:5]

sonno. — Fdbrc </' /{tjiniituic (leniando qu'on roelKM-cIie (lui a présenta Viiicont à la Sociélé. On n'-pond (jue c'est Hébert.

Ren<ntdin rapi)cllc qu'un arrêté de la Société exclut pour un certain temps les membres (jui ont présenté ou appuyé l'homme qu'elle rejette de son soin. La Société maintient son arrêté, « sauf à user de quelque indulgence envers les appuyants ».

Un citoyen assure qu'il a toujours connu Vincent ferme dans la carrière révolutionnaire. On demande à ce citoyen s'il n'a ])oint été nommé par Vincent ou par le ministre de la guerre à (pielque emploi. Il en convient. Le patriotisme de Vincent est attesté par un autre citoi/en. — Dufuurny déclare (ju'il a encore quelque chose à dire sur Vincent. Voici ses i)aroles. « Avant que le Comité de salut public se mît à la tête du gouvernement pour faire cesser les malheurs dont nous étions affligés et ceux (pii nous menaçaient encore, Vincent, qui ne goûtait pas cette mesure, voulait que le pouvoir exécutif eût déjà la puissance que lui donne la Constitution. Partout il chercha à provoquer un mouvement, et je le combattis aux Cordeliers, au Club électoral, etc. ». — Fahve d'Eylantine reconnaît que Vincent a poursuivi Custine avec acharnement ; mais il ne faut i)as lui en savoir gré, dit-il, car il l'a fait sur l'ordre du ministre ;uiglais, cpii voulait faire périr Custine, parce qu'il était tro)) dévoué à la Prusse. « Il y a là une énigme, qui s'expruiuera quehjue jour. .)]

Séance levée à dix heure?.

PRÉSIDENCE DE BOUQUIER

[La Société s'occupe de l'épurement de ceux des membres du Tribunal révolutionnaire qui étaient absents quand ils furent appelés; ils sont tous admis, ainsi que Sauveur Boucher, député, qui était également absent lors de l'épurement des députés. Seul ce dernier était accusé de venir très rarement dans le sein de la Société ; il a répondu que, s'il ne venait pas aussi souvent qu'il le désirait, c'est parce qu'il est accablé d'occupations auprès de la Convention. — Reverchon annonce à la Société que Sauveur Boucher est très assidu au Comité de con merce et d'agriculture, où il travaille à déjouer les intrigues des fripons qui dilapident les fonds de la République. — Plusieurs autres députés passent à la censure, et sont admis. — Nioche est dénoncé par un Lyonnais, j)Our s'être mal conduit à Lyon, et pour avoir adhéré à la suspension de la municipalité patriote'. — Un membre demande l'ordre du jour, motivé sur ce que Nioche a déjà rendu compte de sa mission à la Convention

1. Nioche avait été envoyé par la Convention en mission à l'armée des Alpes le 30 avril 1793. Cf. Recueil des actes du Cu/nité de salut public, t. III, p. 539 et suiv.

nationale. Boycv déclare que Nioclie doit rendre compte de sa mission à

la Société, quoiqu'il l'ait déjà fait à la Convention, « puisque tel demeure à la Convention, qui a été rejeté du sein des Jacobins ». Il dit qu'on croit dans le département de Saône-et-I.oirc que c'est Nioclie qui a suspendu la municipalité patriote de Lyon. — \iochc fait l'exposé de sa conduite à Lyon dans les troubles de juin 1793. Averti des troubles que les sections et le département préparaient à Lyon, il quitta Chambéry et se rendit à Lyon, où il arriva le 17 mai. Le Comité central des sections l'arrêta, et le Comité, réuni au déportement, prit un arrêté qui suspendait la municipalité patriote. Nioclie et son collègue conseillèrent à la municipalité de céder provisoirement, et ils avertirent le Comité de salut public de tout ce qui se passait. Nioclie termine en demandant que tous ses dénonciateurs se constituent prisonniers comme lui, et promet de les confondre. — Un membre fait de Nioche l'éloge le plus étendu. Il atteste qu'il a fait à Lyon tout ce qu'on pouvait attendre d'un représentant montagnard. Il fui, ainsi que Dubois-Crancé et quelques autres républicains purs, en butte aux persécutions des aristocrates.]

D^;yTON. — Pour isoliT la mis-ion de Nioche do toute sa conduite antérieure, je vais prendre Nioche au moment de son arrivée à Lyon. D's son arrivée, Nioclie donna la mesure de ce qu'il devait faire, en répandant, avec Gauthier, la terreur parmi les aristocrates, au moyen des mesures vigoureuses qu'ils prirent. Le dévouement même des patriotes, dévouement beau sans doute, mais qui heureusement ne fut pas suivi des malheurs que l'un redoutait, ne fut couronné de succès que grâce à la conduite de Nioche. Les aristocrates l'ont calomnié, persécuté. Qu'est-ce que cela prouve, sinon son patriotisme? Il n'a pas été blessé, dites-vous ! Fallait-il qu'il fût tué pour être de vos amis? Je le répèle : il a pour lui les faits et les intentions. Si quelqu'un pouvait encore douter de ces dernières, s'il était permis encore de balancer sur l'opinion qu'on doit se former de lui, il faudrait appeler d'autres représentants du peuple, former une Convention ; les patriotes deviendraient tous... Mais cela n'arrivera pas!... (« i\on, non! » s'ccrient à la fois tous les membres de la Société.)

Ce mouvement simultané met fin à la discussion.

[Maribon-Montaut demande à être encore une fois interpellé sur sa prétendue noblesse, attendu qu'on ne cesse de la lui objecter. Interpellé d'après son vœu, Montant annonce que son père gagna la croix, qu'on appelait de Saint-Louis, au bout de quarante-cinq ans de service, après avoir été soldat, bas officier, et enfin lieutenant de dragons, sans pouvoir monter plus haut, et que son grand-père était tisserand ; il ajoute que ses parents sont tous des états les plus communs de la Société. Il est bien quelques marquis de ce nom, mais qui ne luisent nullement alliés. La Société confirme l'admission de Maribon-Montaut. Niou, député; Ganet, du Tribunal révolutionnaire; Maire, avocat; Fainéant, aussi du tribunal ; Garnier ; Savetier, sont admis, ainsi que

566 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [18 dkc. 171)3]

Potticr ol Piorry', (Iq)ut('s. — Pei/ssard, dépnto, déclare qu'il a été gardcdu-corps jus(nrau momont où il s'aperçut qu'il s'agissait d'étayer le desjjotisme, ([u'il détestait, contre la liberté, qu'il avait dans le cœur. Il ajoute qu'il n'est pas noble ; ce qui lait dire à David, avec beaucoup d'émotion : « Ah! tant mieux ! » — Rcnaudin demande qu'on interi)elle Peyssard de déclarer ce qu'il a fait i)Our la Révolution. — Peyssard répond d'une manière qui satisfait l'assemblée. Il est admis. — Romme, Perrin (des Vosges), Ruamps, Serres, Rougemont, le sont également. — Simond dit qu'il a été prêtre dans le royaume de Sardaigne, puis dans le département du Bas- Rhin, où il s'était réfugié. On lui demande s'il est noble. Il répond que c'est bien assez d'être prêtre. On applaudit. — Un rUoijen lui reproche les opinions tendant à faire rétrograder la Révolution, qu'il a émises à la tribune, il y a quelques jours. — Simond est ajourné jusqu'à ce que Robespierre puisse articuler les faits qu'il a énoncés contre ce député. — Brùlard % Venaille, Yidal, Bourgain, Lesage-Senault sont admis.]

Séance levée à dix heure?.

PRÉSIDENCE DE BOUQUIER

[Pour rendre l'épuremcnt i)lus rapide, la Société décide iju'il sera fait, à partir d'aujourd'hui, suivant l'ordre d'inscription des membres. — Bourdon {de l'Oise) déclare qu'il ne manque qu'une chose à la Constitution. « C'est un Tribunal censorial, ou plutôt il est dans les Sociétés populaires. » Il annonce que « la faction contre-révolutionnaire des bureaux de la guerre est bientôt écrasée », et que la paix ne saurait tarder. — Deux membres prennent la parole contre Bourdon et lui font des reproches que la Société écarte par l'ordre du jour. — Milhaud demande qu'on termine le plus tôt possible le scrutin épuratoire. Il approuve les mesures adoptées sur la proposition de Robespierre. Il observe que le bonnet rouge peut être porté par un aristocrate comme par un patriote, et il demande que le bureau de la Société ne soit plus astreint à le porter. — Hébert appuie cette proposition et demande qu'on retende aux autorités constituées. On applaudit. — Dufourny demande qu'on supprime les bouquets aux trois couleurs et en général tous les objets do ce genre, et qu'on autorise seulement le }»ort de la cocarde. La Société passe à l'ordre du jour.

Le Comité de salut public de la Convention invite la Société à lui envoyer la liste de celles qui lui sont affdiées. Il déclare (ju'il en a besoin pour faire parvenir une circulaire sur l'organisation du gouvernement provisoire.

Page 1