‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 114 sur 141 · Allusion au Vieux Cordelier de Caniillo Desnioulins · texte numérisé non relu

Allusion au Vieux Cordelier de Caniillo Desnioulins

2. C'est le Défenseur de lu vérité, ou l'iu/ii du (jenre lunnuin. — Cf. M. Tourneux, t. R, n» lOSBO.

[23 DKc. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBLN'S 575

aise. Philip|tc;uix attaque également L'Échelle et d'autres généraux de la Vendée. Il les accuse tous d'incapacité, de lâcheté et de trahison. Il déclare enfin qu'il n'a ])as tenu sur les Jacobins les propos injurieux que lui prête Levass^eur. — Levasseur invoque le témoignage d'Hébert. - Ht'hoi't atteste que Philippeaux a tenu ces propos. — Philippeaiix le nie.]

La séance commence à devenir un peu tumultueuse, à raison de l'impression différente que fait le discours de Philippeaux sur les membres de la Société.

Danton. — Je demande la parole pour une motion d'ordre. 11 est du devoir de la Société d'entendre dans le silence noire collègue Philippeaux. Quant à moi, qui nai point d'opinion formée sur cette affaire, je désire acquérir une conviction. Un grand procès se discute. Il se discutera de même à la Convention. Pour être à portée de prononcer sainement dans cette atïaire, nous avons besoin d'écouter attentivement, et je réclame le plus grand calme.

La Société ne veut rayer personne par provision, mais peut-être cette affaire se lie à une multitude d'autres, qu'il faut enfin éclaircir ; je n'ai aucune opinion formée sur Philippeaux ni sur d'autres ; je lui ai dit à lui-même : « 11 faut que tu prouves ton accusation, ou que tu portes ta tète sur un échafaud. » Peut-être n'y a-t-il ici de coupables que les événements. Dans tous les cas, je demande que tous ceux qui ont à parler dans cette affaire soient entendus. 11 n'y a qu'un malheur à redouter : c'est que nos ennemis profitent de nos discussions. Qu'ils en profitent le moins possible, et conservons tout le sang-froid qui nous est nécessaire.

Robespierre. — S'il est question ici d'une querelle individuelle, si Pldlippeaux n'a obéi qu'à des passions particulières, si l'amourpropre a été mis enjeu, il doit faire le sacrifice de son opinion; mais si une passion plus violente, l'amour de la patrie et de la liberté, l'a engagé à dénoncer à l'univers entier le Comité de salut public, alors ce n'est plus une querelle d'individu à individu, c'est le gouvernement, ce sont des hommes calomniés et abhorrés par les puissances étrangères qu'on attaque, et la Société doit entendre un homme qui, j'aime à le croire, n'a eu que de bonnes intentions. On dit qu'il a accusé le Comité de salut pubhc dans sa brochure (je ne l'ai point lue) d'avoir fait sacrifier par entêtement trente mille hommes. Quoil le Comité de salut public est accusé d'être composé d'assassins ! Que diraient déplus les aristocrates et nos véritables ennemis? Cependant Phihppeaux n'a point eu d'intentions contre-révolutionnaires. Il faut l'entendre, et juger entre lui et le Comité. La discussion doit donc être calme et tranquille.

576 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [23 déc. 1793]

Citoyens, d'où viennent les agitations qui vous tourmentent depuis quelques jours ? Savez-vous que les puissances étrangères vous cernent ici ? Elles vous ont placés entre deux écueils : entre le modérantisme qui est abattu pour jamais, et la perfidie prussienne de ces hommes qui veulent la république [universelle] ou plutôt l'incendie universel. Soyez-en persuadés, la tactique de nos ennemis, et elle est sûre, c'est de nous diviser ; on veut que, luttant corps à corps, nous nous déchirions de nos propres mains.

Quels sont donc ces soupçons qu'on répand depuis quelques jours? On se plaint de certaines arrestations, on voudrait faire croire qu'elles sont l'ouvrage d'un homme. Non, ne le croyez pas ! Elles avaient été discutées dans les Comités de salut })ublic et de sûreté générale, et l'opinion nationale était foruiée. D'autres patriotes ont été arrêtés, et le peuple s'en est rapporté à la justice de la Convention. Marat n'a-t-il pas été tranquillement au Tribunal révolutionnaire ? N'en est-il pas revenu triomphant ? Chabot, qui a rendu les plus grands services à la chose publique, n'est-il pas arrêté ? Les patriotes ont-ils pris l'alarme ? Que la Société se repose sur la Convention, sur la Montagne : les patriotes auront toujours le courage d'arracher leurs frères à l'oppression. Je demande que Philippeaux soit entendu, et on lui répondra.

[Philippeaux dit qu'à son rclour à Paris, il est allé rendre comi)to de sa mission au Comité de salut public. Mais il « a cru remarquer dans le Comité des formes repoussantes et qui ne conviennent point à des républicains; on n'a pas voulu l'écouter ». Alors, il a fait im[)rimcr son rapport; mais, pour ne point servir les aristocrates, il n'en a fait tirer que le nombre d'exemplaires nécessaire à ses collègues de la Convention. — « Tu en as menti! s'écrie Levasseur. Tu en as envoyé des exemplaires à Saumur et à Angers. » On murmure. — Philippeaux prétend que Levasseur s'acharne contre lui parce qu'il a fait rapporter un décret sur la résiliation des baux et fait perdre par là bOO livres de rente à Levasseur. — Vives j)rotestations.]

Danton. — Les Romains discutaient publiquement les grandes affaires de l'Etat et la conduite des individus ; mais ils oubliaient bientôt les querelles particulières, lorsque l'ennemi était aux portes de Rome ; alors ils ne combattaient plus entre eux que de courage et de générosité pour repousser les hordes qui les attaquaient. L'ennemi est aussi à nos portes, et nous nous déchirons les uns les autres ! Toutes nos altercations tuent-elles un Prussien ? ( Vifs applau' dissemenis.) Je demande, pour terminer ce procès, qu'il soit nommé une Commission de cinq membres, qui entendront les accusés et les accusateurs.

CouTHON. — Je demande à Philippeaux s'il croit dans son âme et

conscience qu'il y a une trahison dans la guerre de la Vendée. {Oui! répond Philippeaux.) Alors, je demande aussi la nomination d'une Commission.

Elle est arrêtée au milieu des plus vifs applaudissements.

[Momoio demande à parler sur la Vendée. On objecte que cette afTaire est terminée. — Momoro observe qu'il veut dire seulement que, si les patriotes ne sont point opprimés, « tous les républicains, réunis aux Comités de salut public et de sûreté générale, à-la Convention et à la Montagne, défendront la République jusqu'à la dernière goutte de leur sang. »

Robespierre déclare que celte afTaire n'est pas terminée. 11 demande si Momoro a voulu dire que la Convention opprimait les patriotes. Il s'écrie : « Si jamais une portion du peuple, égarée par quelques hommes, voulait faire la loi à la Convention, aujourd'hui que nous ne sommes ni brissotins, ni aristocrates, nous saurions montrer le courage des vrais républicains, et, bien loin de fuir comme les conspirateurs, nous attendrions la mort sur nos chaises curules. Citoyens, comptez sur la justice de IWssemblée, qui la rendra toujours aux patriotes! » Vifs applaudissements. — Un membre demande que les trois accusés, Fabrc dEglantinc, Bourdon (de l'Oise) et Camille Desmoulins, soient entendus et jugés sans désemparer. On jiasse unanimement à l'ordre du jour. — On procède à l'épuration de plusieurs députés, qui sont admis.]

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE BOUQUIER

[Froment rappelle que les membres qui ont été envoyés ù Connu une- Affranchie ont subi un examen analogue au scrutin épuratoire, avant de partir pour leur mission. Il demande et la Société arrête que ces citoyens seront portés sur le procès-verbal d'épuremcnt comme ayant subi l'épreuve. — Un citoyen demande et on lui accorde deux commissaires pour recevoir des renseignements qu'il a à donner sur le citoyen Desenne, commissaire envoyé à Montargis par le ministre des contributions publiques. — Simond observe que, parmi les jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans, de Paris, beaucoup se sont soustraits à la réquisition. Il demande que la Société sollicite de la Convention un décret autorisant les Comités de surveillance à arrêter ces délinquants. La Société passe à l'ordre du jour motivé, sur ce que cette loi existe déjà.

La Société passe ensuite à l'épurement de ses membres. Plusieurs sont absents. Jean Albert est admis. — Le scrutin est interrompu par l'observation ii'un citoyen qui désire qu'avant d'y procéder, Bourdon (de l'Oise) et \Au To.ME V. ' 37

ST8 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 dkg. 1793]

sieurs autres iiienil)ros, sur los((uols il s'est, élevé une diseussion ces jours derniers, paraissent à la tribune pour se justifier des ineuli»ations dirigées contre eux. Quelques membres ])rétendent que la connaissanee de cette affaire a été envoyée à la Commission chargée de Tcxamcn du rapport de Philij)peaux et des discussions auxquelles il a donné lieu. D'autres assurent que ce renvoi ne concerne que ce dernier. On demande une seconde lecture du procès-verbal, qui justifie cette dernière assertion ; mais les membres inter- ])ellés étant absents, on ])asse de nouveau à l'épurement. Xavier Audouin et Isoré sont admis. — Le Président annonce qu'il y a dans cet instant, dans la Société, un homme qui, lors du dernier voyage du scélérat La Fayette à Paris, signa une apologie de ce traître. — Richard, de la section des Invalides, monte à la tribune et nomme le coujjable. C'est un nommé Legrand, membre de la section des Invalides. Cette section a enfermé ])lusieurs membres suspects. Le 2 nivôse, elle prit un arrêté portant qu'elle demanderait l'affiliation à la Société des Jacobins. L'orateur représenta à la section qu'elle ferait bien de s'épurer, si elle ne voulait pas essuyer un refus de la part des Jacobins. Il fut exclu pour ces paroles. — Legrand essaie de se justifier ; mais sa défense est incertaine. — Renaiidin s'écrie : « 11 est révoltant d'entendre ici parler de La Fayette. — Robespierre rappelle dans quelles circonstances Legendre se fit l'auxiliaire de La Fayette. Puis il invite les Jacobins à être prudents, quand ils sont invités à accorder l'affiliation à des Sociétés nouvelles. Voici ce qu'il dit à ce sujet :]

Quant à ce qui concerne la section des Invalides, vous vous rappelez que, lorsqu'une dépulation en bonnet rouge vint vous demander ici l'affiliation, j'en demandai l'ajournement. Eh bien ! vous devez également vous rappeler les dénonciations qui furent faites contre quatre de ses membres. Il s'agissait de crimes de lèse-nation. Je demandai alors que toutes les Sociétés fussent épurées, attendu que leur formation était la dernière ressource des malveillants contre la liberté. Mes inquiétudes n'étaient que trop bien fondées. Tous voj'ez que la tartufferie contre-révolutionnaire y domine. Les agents de la Prusse, de l'Angleterre et de l'Autriche veulent par ce moyen anéantir l'autorité de la Convention et l'ascendant patriotique de la Société des Jacobins. Croyez qu'il n'existe pas de Société populaire oii il ne se rencontre des aristocrates, des agents des tyrans coalisés. La grande Société populaire est le peuple français, et celle qui porte la terreur dans l'àme des tyrans et des aristocrates est celle des Jacobins et des Sociétés qui lui ressemblent, et qui, lui étant affiliées depuis longtemps, ont comme elle commencé la Révolution. Les Sociétés . prétendues populaires, multipliées à l'infini depuis le 31 mai, sont des Sociétés bâtardes, qui ne méritent pas ce nom sacré. C'est aux patriotes, qui luttent péniblement contre l'audace de l'aristocratie masquée, ou d'en chasser les contre-révolutionnaires, ou de se réunir aux Sociétés populaires, qui en feront justice.

Il y a deux conséquences à tirer de tout ceci. La première, c'est que le citoyen qui est à la tribune est, par son aveu même, reconnu signataire de l'arrêté liberticide de la section des Invalides. Je demande qu'il soit exclu de la Société. La seconde concerne la Société de cette section.

Or il faut que cette Société disparaisse ; c'est à l'autorité nationale à l'anéantir, et la Société des Jacobins doit lui refuser son affiliation. Elle doit en outre demander que toutes se séparent de la tourbe impure de l'aristocratie. Au surplus, il est bien étonnant que, dans l'instant où nos armées victorieuses écrasent partout les satellites de la tyrannie, où nos troupes ont fait devant Toulon des prodiges de valeur, où l'Europe étonnée contemple avec effroi nos succès, où l'Angleterre voit sa puissance humiliée, nous soyons réduits à disputer contre de misérables insectes, qui devraient être écrasés.

La radiation de Legrand, le refus d'affiliation à la Société prétendue populaire des Invalides sont mis aux voix et arrêtés. On demande en outre qu'il soit envoyé une députation au Comité de sûreté générale, afin de l'engager à purger la section des Invalides de tous les membres gangrenés qui se trouvent dans son sein. On demande également que la Société n'accorde aucune affiliation aux Sociétés populaires, qu'elle ne soit bien sûre du patriotisme des membres qui les composent.

HÉBERT. — J'ai toujours regardé la formation des nouvelles Sociétés comitie très dangereuse ; les meilleurs citoyens en ont été dupes. C'est aux législateurs à y apporter remède. Quant à la Société des Jacobins, je désirerais qu'elle n'accordât d'affiliation à aucune que lorsqu'elles auraient été présentées par deux Sociétés de Paris bien connues. Moins il s'en établira de nouvelles, plus on se ralliera aux anciennes. Je demande en conséquence que le règlement qui a lieu pour les Sociétés des départements soit également suivi pour celles de Paris.

DuFOURNY. — Par la même raison qui fait que tous les aristocrates ont leurs portefeuilles garnis de cartes de sûreté, certificats, etc., les sections ont voulu se donner un lustre en formant des Sociétés populaires : c'est un acheminement pour entrer dans les anciennes Sociétés ; et, en effet, plusieurs ont été admises trop légèrement. Il est essentiel que le nombre de ces Sociétés n'équivaille pas à celui des sections, et je demande que cette réflexion soit la base des grandes mesures que doit prendre la Convention nationale,

MoMORO. — Cette question, délicate par rapport aux principes, a

r,80 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [26 déc. 1793J

été discutée aux Cordeliers. La Convention nationale a fixé par un décret la tenue des assemblées générales de section à deux séances par décade. Ce décret, en donnant aux bons citoyens la facilité d'assister aux délibérations, empêchait les malveillants de nuire. La formation des Sociétés populaires a raminé leur espoir ; il s'est même élevé jusqu'à deux Sociétés populaires dans la même section, et ceux qui sont chassés de l'une se font recevoir dans l'autre. Dans d'autres Sociétés, des individus qui s"y sont introduits au moyen de la cabale et de l'intrigue y ont également introduit leurs amis, leurs partisans, et tous ont eu pour but d'arrêter les effets salutaires que s'était proposés la Convention en réduisant à deux séances par décade les assemblées générales, et empêchant par ce moyen qu'il fût pris des arrêtés funestes à la liberté. La Société des Cordeliers a senti tous ces inconvénients ; mais elle n'avait pas droit d'apporter obstacle à leur formation, parce qu'elle eût blessé les principes et que le droit de s'assembler en Sociétés populaires est sacré. Nous ne pouvions qu'inviter la Convention à prendre des mesures nécessaires pour réprimer cet abus. A peine avions-nous adopté ce parti que les Sociétés populaires sont venues nous dire que nous avions attaqué le principe, quand en effet nous n'avions attaqué que l'abus. J'invite donc la Société à chercher des moyens prompts, efficaces, et qui ne soient point contraires aux principes que nous devons respecter.

Robespierre. — Tout ce qui est commandé par le salut public est évidemment dans les principes ; tout ce qui tend à affermir la puissance du peuple est dans les principes. Le peuple existe-t-il chaque jour dans les Sociétés populaires ? Non. Beaucoup d'intrigants les composent ; quelques patriotes y paraissent, quand ils ont le temps d'y assister, et souvent même les patriotes sont trop peu instruits pour lutter avec succès contre les intrigants de l'aristocratie : mais le peuple n'est pas là. Lorsque les oisifs ou les malveillants délibèrent dans ces Sociétés, le peuple est dans les ateHers. Ici la chose est différente : le peuple y est, parce que c'est ici le rassemblement de tous les patriotes, parce qu'il y existe un assez grand nombre de citoyens vertueux pour que la raison puisse s'y faire entendre, parce que la voix de l'intrigue y est repoussée. Mais le peuple est-il dans une multitude de Sociétés particulières, qu'il plait aux agents des l)uissances étrangères de former ?... Non, le peuple n'est pas là ; c'est l'Autriche, c'est la Prusse qui y sont : je crois que voilà les principes. Les principes contraires sont ceux que réclamèrent les soctions de Lyon, quand elles égorgèrent l'infortuné Chalier et les plus ardents patriotes ; ce sont ceux que réclamèrent les émigrés,

les généraux perfides et contre-révolutionnaires ; ce sont ceux que réclamèrent les sections de Marseille, lorsqu'elles levèrent l'étendard de la rébellion ; ce sont ceux que réclamèrent et Bordeaux, et la Vendée, et Pitt, et Cobourg, dans tous ces clubs anti-civiques qu'ils ont l'insolence de nommer Sociétés populaires. C'est le peuple qui, sous le masque du patriotisme, distinguera la figure hideuse de l'aristocratie, et profitera de cette découverte pour exterminer tous les contre-révolutionnaires, et fonder sur les ruines de ces clubs la liberté, l'amour des peuples et l'effroi des despotes. Ainsi, plus de

scrupules sur la proscription des droits machiavéliques

Renaudin. —Je demande que la Société fasse justice de tous ceux qui auraient présenté ou appuyé des candidats reconnus dangereux. DuFOURNY. — Le but coupable de ceux qui ont formé ces Sociétés populaires est prouvé par les moyens qu'ils ont tentés pour former un autre centre à l'Évèché, où il s'est tenu des assemblées secrètes. Ce n'est point une jalousie de corps qui nous anime ; mais c'eût été commencer la guerre civile, et cette réunion de commissaires prouve que les intentions n'étaient pas pures. Je demande aussi que les Sociétés prennent des noms civiques, et non de circonscription du territoire.

Boulanger. — Je demande que la Société de la section des Halles, qui, depuis un an, a toujours poursuivi les aristocrates sans aucun ménagement, soit exceptée de celles comprises dans l'arrêté.

La Société statue définitivement sur cet objet, et arrête que l'affiliation accordée aux Sociétés postérieures au décret du 31 mai sera regardée comme non avenue.

[Hébert invite la Société à entendre une délégation de la section des Quinze-Vingts, qui vient dénoncer un projet d'insurrection. Les conspirateurs qu'Hébert a déjà dénoncés ont essayé de soulever le faubourg Saint-Antoine. r orateur de la députaiioii dit qu'un citoyen de sa section a reçu un imprimé de Philippeaux, un du général Tunck et un projet d'adresse à la Convention; ce citoyen a déposé ces pièces au Comité de sûreté générale. — Hébert demande'qu'on fasse immédiatement une enquête à ce sujet. — L'orateur de la députation déclare qu'il connaît le nom de lindividu qui a apporté les pièces dont il vient de parler. On l'invite à garder le silence à ce sujet. — Momoro déclare que le Comité de salut public est saisi de l'affaire. — Lecture est faite de l'adresse envoyée par la section des Quinze-Vingts à la Société des Jacobins, relativement aux faits dont on vient de parler.]

Après cette lecture, Robespierre reprend la parole. Robespierre. — On vous a dit à cette tribune des vérités qui se ront toujours un préservatif contre le poison de l'intrigue ; vous

venez d'entendre la voix de patriotes dont l'énergie est connue de toute la France ; vous venez d'entendre une adresse de la part d'une part\; intéressante de cette Commune où naquit la liberté, qui fut toujours la terreur de l'intrigue et de la tyrannie. C'est là, c'est parmi les vertueux sans-culottes du faubourg Saint-Antoine, que les ennemis de la liberté cherchent à se glisser pour égarer le patriotisme sans défiance. Je suis plus en état que lui que ce soit de juger et de prononcer sur les personnes; je crois connaître les véritables causes de cet imbroglio politique; je connais toutes les intrigues, et je vois que, si les citoyens sont suspects les uns aux autres, s"'ils craignent d'être trompés les uns par les autres, c'est parce qu'il se trouve des politiques adroits qui font naître des inimitiés entre des hommes qui devraient naturellement agir ensemble d'une manière amicale. Lorsque nous devrions nous réjouir de nos victoires, toute notre attention est absorbée dans des querelles particulières. A Londres, à Vienne et à Berlin, on s'imagine que la Société des Jacobins s'occupe de préparer des triomphes à nos guerriers vainqueurs de la tyrannie sous les murs de Toulon ; et pendant ce temps, elle s''occupe à des altercations qui se sont élevées entre quelquesuns de ses membres. Les papiers publics vont apprendre à l'Europe que les grands succès qui devraient vous enivrer ont fait si peu d'impression sur vous que vous n'avez fait que continuer les vifs débats des séances précédentes. Pitt, dans sa frayeur, a pensé que c'en était fait de la ligue abominable des rois, que les Jacobins allaient triompher et mettre à profit leurs victoires en achevant d'exterminer tous les tyrans échappés à la vengeance du peuple français ; il devra se réjouir quand il apprendra que, s'il est un lieu oii les succès de nos armes n'ont produit aucun effet, c'est dans la Société des Jacobins.

11 s'en faut bien que je sois un modéré, un Feuillant, comme on le débite dans les cafés ; mais voilà mes sentiments, et puisque mon âme est tout entière absorbée dans les grands événements qui se passent, je ne puis m'empêcher de dire que cette séance fera un grand plaisir à Monsieur Pitt. S'il était à craindre qu'un patriote fût opprimé, si je ne savais pas que la Convention défend tous les patriotes, alors je quitterais ces grands objets pour vous entretenir des opprimés, parce que je sais que la cause d'un opprimé intéresse le peuple entier.

Une dénonciation avait été faite contre Ronsin. La Convention avait décrété que le rapport lui en serait fait. Pourquoi, le lendemain de ce décret, vient-on présenter une pétition pour demander ce

[26 nÉi:. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 583

qu'elle avait décrété ? Ne voyez-vous pas que cette conduite a été dictée par les agents de nos ennemis ? Pitt, Tinfàme Pitt, dont nous devions faire et dont nous avons fait justice, a Tinsolence de se jouer de notre patriotisme ! Il doit bien s'applaudir des petites trames qui engagent les patriotes faits pour porter la foudre contre les tyrans, et dont le cœur brûlant de patriotisme est le foyer d'où doivent partir les traits destinés à frapper tous les ennemis de l'bumanité ; il doit, dis-je, s'applaudir des trames qui engagent les patriotes à oublier les grands objets de salut public, pour nous entretenir de principes qui sont déjà gravés dans nos cœurs. Je suis convaincu qu'il y a des hommes qui se regardent mutuellement comme des conspirateurs et des contre-révolutionnaires, et qui ont pris cette idée des coquins qui les environnent, et qui cherchent à exciter des défiances entre nous. Ce sont les étrangers qui entraînent les patriotes dans des malheurs inconsidérés, et qui les poussent dans des excès contraires. C'est de cette source que viennent ces accusations précipitées, ces pétitions impudentes, ces querelles où l'on prend le ton de la menace. Dans ce système suivi par les puissances étrangères, on veut faire croire à l'Europe que la représentation nationale n'est pas respectée, que pas un patriote n'est en sûreté, et que tous sont exposés aux mêmes dangers que les contrerévolutionnaires. Qu'est-ce qu'il nous importe de faire, à nous patriotes et républicains ? C'est d'aller au but que nous nous sommes proposé, c'est d'écraser les factions, les étrangers, les modérés, mais non de perdre des patriotes, et bien moins de nous égarer dans les routes où les passions les ont jetés. Pour cela, il faut éloigner l'aigreur et les passions, en écoutant les réflexions de chacun ; il faut que ceux qui les feront en agissent de même. N'oublions pas les grands principes qui ont toujours germé dans nos cœurs : l'amour de la patrie, l'enthousiasme des grandes mesures, le respect de la représentation nationale. S'il est des crises où le peuple suit obligé de s'armer contre quelqu'un de ses mandataires infidèles, la représentation nationale n'en est pas moins sacrée. Lorsqu'elle marche d'un pas ferme et assuré, elle a droit d'exiger et le respect et l'amour de tous les individus. Si je voulais entrer dans des détails, je vous prouverais que la pétition faite pour Ronsin, ou qui paraît avoir été faite pour lui, l'a été au contraire pour le perdre. Le but de nos ennemis est de rendre Ronsin suspect, en faisant croire que le faubourg Saint-Antoine est disposé à le défendre et à s'armer pour lui. A-t-on oublié que des patriotes ont été incarcérés, mais qu'ils n'ont excité aucun trouble pour leur procurer la liberté? Pourquoi ne se-

584 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [26 dkc. -1793]

rail-on pas calme ? Pourquoi ne se reposerait-on pas comme eux sur leur innocence? La Convention veut attendre que la vérité soit connue tout entière ; elle le sera, n'en doutez pas, et alors on distinguera le crime de la vertu, et les patriotes qui se trouveront^purs pourront se réunir contre les ennemis communs. ( Vifs applaudissements.)

Hébert. — Il reste peu de chose à dire après le discours de Robespierre ; il est bien vrai que, s'il existe des partis, ils ne sont alimentés que par les étrangers qui nous environnent. Les factions n'ont été jusqu'ici que leur ouvrage. Il est affligeant qu'il existe des discussions animées entre des hommes qui ne devraient avoir qu'une volonté. Je suis étonné qu'il existe encore des écrivains aussi modérés que Gorsas;je suis bien plus étonné encore que la Société accorde sa conflance à ceux qui cherchent à exciter des haines : la défiance est la manœuvre que les intrigants mettent à l'ordre du jour pour nous diviser. Ils osent nous dire qu'il faut ouvrir les prisons, et que, quand une tête tombe, on fait à la République des miniers d'ennemis. Je dis que la Société ne doit pas passer sous silence de pareilles propositions, et qu'elle ne peut souffrir dans son sein ceux qui les font ; ce n'est pas que je veuille jeter l'huile sur le feu, mais je sais que les bons citoyens doivent faire justice des mauvais principes ; je sais qu'il faut les préserver du poison auxquels ils sont exposés. Je demande que la Société fasse examiner, par la Commission qu'elle a nommée dernièrement, les deux derniers numéros du journal de Camille Desmouhns. [Arrêté.)

[Simond annonce que la Vendée est détruite, parce que le? communes et l'armée vont chercher les brigands, tandis qu'auparavant elles les fuyaient. Ce discours est accueilli par les cris de « Vive la République! ». — Simond ajoute que les « officiers de cabinet » sont comme des billets de loterie : sur cent, on n'en trouve pas un de bon. Si l'on nommait tous les officiers sur le champ de bataille, il faudrait moitié moins de Français pour aller à Londres et à Vienne planter l'arbre de la liberté.]

Séance levée à dix heures.

CCXYIII

PRÉSmENCE DE BOUQUIER

[Bentabole dénonce un citoyen de Strasbourg, de la secte juive, venu pour

solliciter la révocation d'un jugement du Tribunal révolutionnaire, et qui se trouve dans le sein de la Société. Il demande que ce citoyen dépose son diplôme sur le bureau, et qu'il soit envoyé au Comité de sûreté générale. Cette proposition est arrêtée. — Brichet demande que, pour gagner du temps, la Société naccorde la parole qu'à ceux qui sont munis du diplôme. La Société passe à l'ordre du jour'.

V adjudant-général Leclerc fait un rapport sur les actions glorieuses des soldats qui ont repris Toulon. Levasseur déclare que Marat a quelque part dans la j)rise de Toulon, puisque c'est lui qui a défendu Dugommier et qui Ta placé au poste qu'il occupait ; Dugommier s'est comporté comme un héros à ce siège. — Leclerc déclare que Robespierre y a contribué également, puisqu'il a défendu contre les calomniateurs Barras, Fréron et La l'oype, qui ont sauvé le Midi. — Laveaux demande qu'un homme à moustaches, qui eut l'impudence de calomnier ces citoyens à la tribune des Jacobins, soit recherché et puni. 11 ajoute que cet imposteur lut appuyé par Hébert, qui confirma ce qu'il venait de dire, en assurant que des lettres du Midi annonçaient la même chose. — Un membre prétend que Laveaux confond Hébert, avec Cellier, et que c'est ce dernier qui confirma le rapport de l'homme à moustaches. La Société passe à l'ordre du jour. — Diif'ourny dit que les grands et nombreux succès que nous avons eus ce mois-ci sont dus au Comité de salut public; mais il n'en serait pas venu à bout, s'il ne s'était entouré de gens probes et capables. Il est particulièrement une Commission des armes, qui a fait tout ce qui était en elle pour y coopérer. L'orateur annonce que le département de Paris, dont il est le président, va faire afficher une proclamation* invitant les citoyens à lire les instructions et avis pour la reciierche du salpêtre que le Comité de salut public répand dans toute lu Hé|)ubli(|ue, et à recueillir eux-mêmes le salpêtre nécessaire à la fabrication de la poudre. — Danton appuie celte invitation ; il demande qu'elle soit suivie d'une description des |)rocédés qu'on emploie pour extraire le salpêtre. On observe que cette disposition est prescrite par un décret de la Convention.

La Société continue l'épuremenl de ses membres. .Vuberlon est admis sans réclamation. — Duhois-Crancé dit que les hommes inconnus passent sans difficulté, et qu'il suffit de n'être connu de personne pour n'éprouver aucune réclamation. Il ajoute : « Je voudrais que la Société autorisât son i)résident à faire cette question à l'homme qui se présente pour être épuré : « Qu'as-tu fait pour être pendu si la contre-révolution arrivait ? » — On applaudit. — Dubois-Crancé demande aussi qu'on imprime la liste des membres de la Société, afin que chacun puisse connaître les noms de ceux qui sont épurés et ce qu'il y a à dire sur leur compte. — Homme demande que chaque candidat soit appuyé par des patriotes connus. — Un membre oi)serve que ces mesures sont insuffisantes et qu'elles tendent à faire recommencer le scrutin épuratoire. La Fayette et Mirabeau auraient pu dire ce qu'ils avaient fait jjour être pendus. La Société passe à l'ordre du jour sur ces différentes propositions.

Louis-Félix Roux déclare qu'il vient de l'Aisne et qu'il va y retourner pour achever de remplir la mission dont il avait été chargé dans ce départe-

1. La proposition de Brichet est extraite du Jounird de la Montagne,

Page 1