‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 118 sur 141 · Ce début est extrait du Journal de la Montagne · texte numérisé non relu

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[3 JANV. 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBINS o9t

point parler des membres qui le composent : ceux-là ont assez fait leurs preuves, et je doute qu'ils aient besoin qu'on s'étende plus longuement sur leur justification ; mais attaquer le Comité, qui est l'enfant de la Convention, c'est attaquer la Convention elle-même; c'est entraver autant qu'il est en soi les opérations salutaires d'un gouvernement que le peuple a voulu. Le Comité avait choisi des généraux parmi des soldats patriotes, qui sans cela seraient restés oubliés dans les rangs. Les généraux qui ont combattu pour la liberté, et ont justifié le choix du peuple, ont eu le malheur de déplaire à des représentants qui ont oublié qu'ils n'étaient pas envoyés pour quereller, mais pour observer, pour juger.

[Philippeaux a accusé Rossignol d'(Hrc « un mauvais caporal do corps-dt'garde ». Il a attaque Ronsin et tous les généraux patriotes, qu'il fallait bien « prendre au corps-dc-garde, puisque tous ceux qui n'en venaient pas étaient des traîtres <>. Il les a calomniés en disant qu'ils avaient toujours été battus. Par contre il a loué des aristocrates comme Aubert-Duhayct ; il n'a pas une seule fois dénoncé le consi)irateur Riron. S'il a d'abord dénoncé Fabre Fond,. il n'a point paru ensuite maintenir ou vouloir appuyer sa dénonciation. Collot d'Herhois continue ainsi :] ,

Mais en calomniant les généraux de la Vendée, a-t-il rendu justice à l'armée? Non, il n'en est pas, au contraire, qu'il ait calomnié avec plus de fureur. Il est, dit-il, une armée particulière de qui la République attend son salut. Connaissez-vous, citoyens, une armée particulière? N'avez-vous pas voué h toutes une reconnaissance égale? Une armée de vingt mille hommes fuyait périodiquement devant les brigands ! Citoyens, cette calomnie est impardonnable : je ne veux pas dire que Philippeaux est soudoyé, mais il a au dedans de lui un génie contraire à la liberté.

Jugeons le but de l'auteur; il a peint partout des combats, des malheurs, des hommes à qui l'on disait : « Mourez à votre poste », et qui mouraient inutilement. Ces figures de rhétorique n'étaient faites que pour nous désespérer; car, lorsque la mort d'un républicain n'est point utile à sa patrie, elle est désespérante. Eh bien ! qu'on se console, ces malheurs ne sont point arrivés. Demandons à l'auteur ce qu'il croit qu'a pu opérer son livre, et ce qu'il voudrait qu'on fit : j'imagine qu'il lui reste encore assez de pudeur pour se rétracter. Après avoir laissé croire qu'une grande partie des malheurs de la Vendée fut, sinon notre ouvrage, du moins les tristes résultats de notre faiblesse et de notre insouciance, il nous engage à faire cesser tous ces fléaux à la fois, à relever le courage et l'espoir des patriotes par notre énergie et notre jH^omptitude à saisir et em-

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ployer les mesures contraires à celles qui nous ont valu tous ces désastres. C'est comme s'il disait à un homme à qui il lierait les pieds et les mains : « Marchez, dépêchez-vous, et arrivez vite où je vous envoie. »

[Collot d'Herhois demande que la Sooiélé rejette I*hilii)i)eaux. Aj)rès quoi il examine le cas de Camille Desmoulins.]

Parlons maintenant d'un autre ouvrage, qui a prêté des armes aux aristocrates ; c'est l'ouvrage de Camille Desmoulins •, dont je vis le troisième numéro à mon retour. Cet ouvrage n'est pas avoué par nous, et c'est déjà pour lui un assez grand malheur. Camille Desmoulins a professé des principes qui n'étaient pas les vôtres; mais il est à vous. Distinguez-le de son ouvrage, et enchaînez-le plus que jamais parmi vous ; qu'il oublie ces débauches d'esprit qu'il a faites avec les aristocrates ; il a trop bien servi la Révolution ; je n'oublierai pas la France libre, le Procureur-général de la Lanterne, et quelque chose de mieux qu'il a oublié peut-être, un ouvrage dont il composa les premières feuilles au coin de la rue de Tournon, et qu'il lisait 'aux patriotes. Je lui donnai même, à cet égard, quelques sages avis *.

Les aristocrates ont prononcé que Camille Desmoulins serait chassé des Jacobins : qu'il n'en soit rien; la Société jugera dans sa sagesse ce qu'elle doit faire ; mais n'oublions pas ce qu'a fait pour le bien public un vieux patriote.

Le Président donne lecture d'une lettre de Camille Desmoulins, annonciative de son cinquième numéro, en réponse à ce qu'on dira contre lui.

CoLLOT d'Herbois. — Ce n'est pas sur ce numéro que la Société doit prononcer maintenant ; les autres sont connus, et provoquent seuls les mesures qu'elle doit prendre. Je vais vous parler aussi des opprimés. S'il est ici quelques membres du Comité de sûreté générale, je les engage à hâter ce grand rapport qui doit parer à tant d'inconvénients, de le faire demain, s'il se peut. Sans doute nous avons eu trop de clémence, et c'est pour en avoir eu trop, que nous sommes maintenant forcés à trop de rigueur. Nos ennemis avaient senti combien ils retireraient d'avantages des mesures précipitées. Aujourd'hui on devait incarcérer un patriote, demain dix, peut-être après-demain cent. Ils sentaient bien qu'à force d'incarcérer des patriotes, il en résulterait des mesures générales qui leur devien-

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