Voir plus haut, p
■2. Voir plus haut, p. 321.
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deux que je connaisse, et je défie qu'on trouve dans ma feuille un seul mot contre Legendrc. (« Non, non, s'écrient plusieurs membres^ tu as accusé Legendre de malveillance ! »)
Legendrk. — Citoyens, je trouve qu'Hébert se défend bien mal. [Oui! s'écrie-t-on de toutes parts.) En effet, pour toute réponse il dit qu'il ne m'a jamais dénoncé dans sa feuille ; mais il m'a accusé à votre tribune; tous les journaux ont rapporté sa dénonciation ; il n'a rien nié, il a donc consenti. Je n'aurais pas donné à votre tribune le scandale d'une querelle particulière au milieu des grands intérêts qui doivent nous occuper, si je n'étais intimement convaincu que ce système de diffamation contre les meilleurs patriotes est une nouvelle manœuvre des ennemis de la République. Citoyens, si mon ennemi me coupait un hras, mais qu'il fût l'ami de la patrie, je me servirais de l'autre pour l'embrasser ; mais quand mon ennemi est l'ennemi du peuple et de la liberté, je déclare que je le poursuivrai jusqu'à la mort. Je déclare enlin que, si une intrigue bien ourdie, bien conduite, me menait à l'échafaud, j'y monterais avec la fermeté d'un vrai républicain. J'aurais pour moi l'estime de moi-même ; c'est une consolation qui manquera toujours au vil intrigant, au calomniateur qui m'a dénoncé. {Applaudissements universels.)
Legendre termine par prouver que, malgré la bêtise et la malveillance qu'Hébert lui suppose, le Comité de salut public lui a toujours conservé sa contiance, et lui a écrit pour l'engager à continuer ses opérations. Il fait part à la Société des calomnies dirigées contre lui pendant son séjour à Lyon, toutes dirigées par les aristocrates de ce pays, ce qui prouve qu'il n'était pas d'accord avec eux pour opérer la contre-révolution. Il dit que, dans le temps où les dénonciations d'Hébert parvinrent à Rouen, il était alors occupé à négocier avec les envoyés de Suède et des États-Unis, et que ces calomnieuses dénonciations l'empêchèrent de faire autant de bien qu'il l'aurait pu et qu'il le désirait.
Momoro fait quelques réflexions qui tendent à concilier Legendre avec Hébert, et demande qu'ils se donnent le baiser fraternel. Legendre se refuse à cette proposition, ^ en disant qu'on ne pourrait pas raisonnablement conseiller à Brutus d'embrasser César' ».
La Cuevardière.— Nous fournissons ici aux malveillants un aliment bien recherché par eux. Je vois deux patriotes qui, loin de chercher à s'aigrir, devraient faire au bien public le sacrifice de leur amourpropre. Laissons dans l'oubli ces petites querelles, qui réjouissent si
1. Les mots entre guilleuiets sont extraits du Journcd de la Montagne.
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fort les ennemis de la liberté. Passons à l'ordre du jour, et occuponsnous sans relâche des crimes du gouvernement anglais.
[La Société passe à l'ordre du jour, malgré les réclamalions de Lcgondre. — Plusieurs citoyens de Soissons se plaignent dos vexations exercées dans cette commune contre les patriotes. Plusieurs républicains, qui sont venus demander ici réiargisseinent d'un de leurs compatriotes, et qui l'ont obtenu, ont été traités de la manière la plus indigne par l'agent national; les uns ont été incarcérés, les scellés ont été apposés sur les papiers des autres, etc. La Société nomme des commissaires pour accompagner ces citoyens au Comité de sûreté générale ; elle arrête en outre que les Sociétés qui ne protégeront pas les patriotes opprimés, ou qui prendront la défense des aristocrates, iterdront son affiliation.]
Séance levée à dix heures et demie.
SÉA^■CE DU 0 PLUVIOSE AN II (28 JANVIER 179i)
PRÉSIDENCE DE REVERCIION
[Delcloche, prrsidenl du ComUé de préscnfutioii, jtropose à l'assemblée de ne plus donner l'entrée de la séance à aucun citoyen des Sociétés affiliées, qu'il n'ait porté au Comité de présentation le diplôme dont il est muni, et qu'alors il lui soit délivré, ou le visa, ou une carte de la Société, suivant le règlement. La proposition de Dclcloclic est adoptée. — Un citoyen, garçon cordonnier, habitué des tril)unes, avait offert un discours sur les vices de la Constitution anglaise. On fait lecture de cet ouvrage intéressant et profondément pensé. Il est généralement a})plaudi, et rimi)ression en est arrêtée ainsi ([ue la distribution aux tribunes. — Léonard Bourdon apprend à la Société que le Comité de sûreté générale a fait mettre en liberté le patriote Tabourcau, et a ordonné de poursuivre les administrateurs du département du Loiret, signataires d'adresses contre-révolutionnaires. Léonard Bourdon invite ensuite la Société à employer ses bons offices auprès de la Convention à l'effet de faire rendre la liberté à Ronsin et à Vincent, contre lesquels il n'existe aucune pièce au Comité de sûreté générale.]
Robespierre. — Je m'oppose à la proposition du préopinant, parce que je la crois contraire au but que se propose l'orateur. Le Comité de sûreté générale parait être convaincu qu'il n'y a aucune preuve valable contre le patriotisme de Vincent et de Ronsin ; c'est à cause de cela qu'il faut laisser agir le Comité, afin que l'innocence de ces deux citoyens soit proclamée par l'autorité publique, et non par une autorité particulière. Il n'\' a rien de pis pour l'innocence opprimée
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que de fournir aux intrigants le prétexte fie dire qu'on leur u forcé la main, et que les individus qui auraient oljtenu la liberté étaient des factieux, puisqu'ils voulaient opposer une force à l'autorité nationale. Je crois que le Comité de sûreté générale sera fidèle à ces principes. Puisqu'il n'a aucune preuve des dénonciations faites par Fabre d'Eglantine, que la Société soit tranquille : le Comité ne manquera pas de faire ce qu'exige l'intérêt de la liberté. {On applaudit.)
Un citoyen fait lecture d'un discours dans lequel il développe les crimes commis par le gouvernement actuel d'Angleterre, soit dans les Indes, soit en France '.
Robespierre. — Tous les orateurs qui ont parlé sur cet objet ont manqué le véritable but pour lequel ils devaient parler. Ce but consiste à éclairer le peuple anglais et à imprimer dan? l'àme des Français une indignation profonde contre le gouvernement anglais. Il ne fallait pas parler au peuple anglais ; il fallait que ce peuple fût simplement le témoin attentif de nos discussions, de nos vertus républicaines et de notre gloire. II fallait que le peuple pût prendre lui seul dans notre Constitution ce qui lui convient ; on a pris une mauvaise marche en la lui présentant et en la lui jetant, pour ainsi dire, à la figure.
[Robespierre explique qu'on no peut cspôrer instruire lo peuple anglais en lui parlant directement, parce que « les tyrans ont élevé entre les peuples cl nous une barrière morale, qui est la calomnie, et des nuages épais, qui sont les préjugés et les passions ». Il ajoute :]
D'après cela, vous sentez que, pour être goûté des peuples, il faut se prêter à leur faiblesse et s'accommoder à leur langage. Vous vous trompez, si vous croyez que la moralité et les lumières du peuple anglais sont égales aux vôtres ; non, il est à deux siècles loin de vous ; il vous hait, parce qu'il ne vous connaît pas, parce que la politique de son gouvernement a toujours intercepté la vérité ; il vous hait, parce que depuis plusieurs siècles la politique du ministère a été d'armer les Anglais contre les Français, et que la guerre a toujours été un moyen pour se soutenir contre le parti de l'opposition.
Il ne suit pas de là que le peuple anglais ne fera pas une révo-
1. Ce discours a été imprimé sous le litre suivant ; Société des Amis de la Liberté et de l'PJf/alité. Discours sur les crimes du f/ouvernement anglais contre le peuple français, prononcé à la Société des Jacobins de Paris dans la séance du 9 pluviôse, par le citoyen Achille Aldibert, membre de la Société de Calais, affiliée à la Société-mère des Jacobins de Paris. Paris, G. -F". Galetli, s. d., in-S» de 8 p. — Bibl. nat., Lb 40/778.
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lution; il la fera, parce qu'il est opprimé, parce qu'il est ruiné. Ce seront vos vaisseaux qui feront cette révolution ; elle aura lieu, parce que le ministère est corrompu ; Pitt sera renversé, parce qu'il est un imbécile, quoi qu'en dise une réputation qui a été beaucoup trop enflée.
[Robespierre se i)Iaint ensuite de ce qu'on a fait entrer les évèques dans la discussion ; il déclare que c'est un moyen sûr de manquer son but. Il termine en demandant que la Société n'ordonne désormais l'impression d'un discours qu'ajjrès un mûr examen fait jtar une commission nommée à cet etïet. A])j)laudi et arrêté.]
Séance levée à dix heures.
CCXXXY
SÉANCE DU 11 PLUVIOSE AN II (30 JANVIER 179ij
PRÉSIDENCE DE REVERCUOX
[La séance est occupée par la discussion sur les crimes du gouvernement anglais et les vices de la Constitution britannique. — JJonlemps prononce un discours à ce sujet. La Société en arrête l'impression. — Quelques membres rappellent qu'aux termes de l'arrêté pris la veille sur la proposition de Robespierre, chaque discours doit être examiné par une commission avant d'être imprimé. Ils demandent que cette règle soit appliquée au discours de Bontemps.]
MoMORo. — Je crains que cette mesure ne vienne à reproduire la censure ; la Société, mieux qu'une commission, peut juger si elle doit ou non arrêter que tel discours sera imprimé ; je demande qu'on mette aux voix l'impression de celui qui vient d'être lu,
Robespierre. — Si les moments de la Société lui permettaient d'établir sur chaque discours prononcé à la tribune une discussion qui en développât les défauts et les avantages, ce serait à coup sûr le meilleur moyen ; mais la foule d'ouvrages que doit nécessairement faire naitre cette matière importante rend impossible une discussion souvent très longue sur chacun de ces ouvrages ; il était donc nécessaire d'établir une commission qui , d'après une lecture réfléchie , rendit compte à la Société de ces différentes productions et en fît disparaître les taches. Néanmoins, puisque la discussion est établie sur le discours qui vient d'être prononcé, on peut à son égard s'écarter de la règle ordinaire ; l'assemblée d'ailleurs l'a entendu avec plaisir,
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parce que non peulenicnt il respire le patriotisme le plus pur, mais parce que l'orateur a saisi le faii)le des Anglais en leur offrant le tableau de leur misère et de l'anéantissement de leur commerce, et leur fournit ainsi les moyens de combattre avec succès leurs tyrans et de se soustraire au despotisme qui les opprime. Je vote l'impression de Touvrage.
*** — Une pbrase du discours porte ces mots : « Ce n'est que quand les peuples ligués contre nous viendront, à genoux, nous demander la paix, que nous pourrons consentir à la leur accorder. » Je demande que cette phrase disparaisse. A genoux comme debout, nous n'accorderons la paix aux peuples que quand ils auront brisé leurs chaînes. Il n'est ni paix, ni trêve avec des peuples corrompus et avilis...
Sijas fait aussi quelques observations sur des passages qu'il croit explicatifs des moyens que nous emploierions dans le cas d'une descente en Angleterre. Il ajoute qu'un autre passage semble avilir le peuple anglais, et demande qu'il soit également supprimé.
Jeanbon Saint-André. — J'appuie cette proposition. On veut faire une révolution en Angleterre, et l'on dit que le peuple est avili... 11 est un ressort qui remue l'àmc, élève les hommes au-dessus de l'esclavage, et se fait sentir dans tous les individus sans s'éteindre entièrement dans aucune nation. On disait aussi de nous que nous étions abâtardis. On a vu si les Français sont dignes de la liberté, s'ils ont su généralement la l'econquérir.
Je partage encore l'opinion de Sijas sur le reproche qu'il fait à l'orateur de développer les moyens qu'emploiera le gouvernement pour opérer une descente en Angleterre. Il est probable qu'il la fera ; mais il faut lui laisser toute la latitude nécessaire. « Ici, dit-on, se trouverait tel obstacle ; là, la route est libre. » Veut-on nous dire qu'il faudra nécessairement nous y prendre ainsi? Veut-on avertir les Anglais que c'est là l'endroit qu'ils doivent défendre ?
On semble encore vouloir aliéner de nous le peuple anglais ; ce ne fut jamais là votre intention. Vous avez voulu resserrer plus particulièrement les liens de la fraternité entre vous et lui. Montrons aux Anglais quelle est la honte dont ils se couvrent en obéissant à un roi imbécile. Faisons-leur sentir combien il est humiliant et dur d'être soumis aux caprices d'un ministre insolent. Offrons à leurs yeux les douceurs de la fraternité qui nous unit et les bienfaits de l'égalité. Interrogez-les ensuite ; demandez-leur s'ils ne sont pas jaloux de les partager, et vous verrez qu'ils s'empresseront d'en goûter aussi les charmes.
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Legendre. — On ne cesse de répéter ici qu'il faut détruire Carthage. Les Anglais sont coupables, sans doute, mais il faut bien distinguer entre le peuple et le gouvernement anglais. Pitt est un homme infâme ; il a employé contre nous le fer, la trahison, le meurtre et Tempoisonnement. C'est contre lui que doivent principalement se déployer tous nos efforts. On dit ici, dans un discours fort éloquent, qu'il faut détruire Carthage ; mais ne sentez-vous pas que Pitt va se servir de nos propres armes et ranimer le courage des Anglais? Il va leur peindre Londres en cendres et tous les Anglais égorgés. L'adresse perfide du ministre saura tout mettre en usage pour consommer ses projets. Nous devons nous borner à offrir des secours au peuple anglais. Nous sommes les aînés en révolution : nous devons aider nos cadets, soit de nos conseils, soit de nos forces. Nous n'eûmes besoin de personne pour l'opérer. La France a trouvé en elle-même les ressources et les moyens qui lui furent nécessaires pour l'opérer glorieusement,
[On amMo (jua le discours do Bontcmps sera imprimé avec les suppressions indiquées'. — Biilcan prononce un discours sur le même sujet. Il reproche au peui)le anglais de s'avilir. Des murnuires rinterrompent. L'orateur reprend son discours, mais de nouvelles inlerruplions l'ohligent à (luiller la tribune *.]
Robespierre. — On veut séparer le peuple anglais de son gouvernement ; je ne demande pas mieux, à condition qu'on distinguera aussi le peuple anglais faisant la guerre à la liberté, conjointement avec son gouvernement, du peuple anglais punissant ce même gouvernement de ses attentats contre la liberté. Ou'est-ce que cette anglomanie, déguisée sous le masque de la philanthropie, si ce n'est la conservation de l'ancien brissotisme, qui négligea le bonheur et la tranqiiilUté de son pays pour aller s'occuper de la liberté de la Belgique ? [Applaudi.)
Assurez votre liberté avant de vous occuper de celle des autres. [Applaudi.)
Pourquoi veut-on que je dislingue un peuple qui se rend complice des crimes de son gouvernement, de ce gouvernement si perfide? Je n'aime pas les Anglais, moi [applaudissemenls), parce que
1. Société (les Amis de la Liberté et de l'ÉrjciUlé. Discours sur les crimes du gouvernement anf/lais et sur les vices de ses finances, prononcé à la séance du Il pluviôse an II de la République, par G. Bontemps, de la section de Guillaume Tell et membre de la Société populaire de la même section. Paris, G. -F. Galetti, s. d,, in-8' de 18 p. — Bibl. nat., Lb 40/781.
2. Ce passage entre crochets est emprunté au Journal de la Monfafjne.
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ce mot me rappelle l'idée d'un peuple insolent osant faire la guerre au peuple généreux qui a reconquis sa liberté. Je n'aime pas les Anglais, parce qu'ils ont osé entrer dans Toulon pour y proclamer un roi ; ce que n'a pas voulu souffrir le peuple qui a reconquis ses droits. Je n^'aime pas les Anglais, parce que leur gouvernement, perfidement machiavélique envers le peuple même, qui le souffre, parce que ce même gouvernement a osé dire et proclamer qu'il ne fallait garder aucune foi, aucune règle d'honneur avec les Français dans cette guerre, parce que c'était un peuple de rebelles qui avait foulé aux pieds les lois les plus saintes ; parce qu'une partie du peuple, les matelots, les soldats, a soutenu par les armes cette odieuse proclamation. En qualité de Français, de représentant du peuple, je déclare que je liais le peuple anglais. {Applaudi.) Je déclare que j'augmenterai autant qu'il sera en moi la haine de mes compatriotes contre lui. Que m'importe ce qu'il en pense ! Je n'espère qu'en nos soldats et en la haine profonde qu'ont les Français pour ce peuple.
Je ne m'intéresse au peuple anglais qu'en qualité d'homme ; alors j'avoue que j'éprouve quelque peine à en voir un si grand nombre lâchement soumis à des scélérats qui les conduisent insolemment. Celte peine chez moi est si grande que j'avoue que c'est dans ma haine pour son gouvernement que j'ai puisé celle que je porte à ce peuple ; qu'il le détruise donc, qu'il le brise. Jusqu'alors je lui voue une haine implacable. Qu'il anéantisse son gouvernement ; peut-être pourrions-nous encore l'aimer. Nous verrons si un peuple de marchands vaut un peuple agriculteur ; nous verrons si quelques vaisseaux valent nos terres fertiles. Il est quelque chose de plus méprisable encore qu'un tyran, ce sont des esclaves. [Applaudissements .)
On dit le roi Georges imbécile, et c'est bien prouvé ; mais ceux qui sont ses agents sont encore plus imbéciles que lui. On dit Pitt corrompu ; ceux qu'il emploie le sont bien davantage .
Il est un parti de l'opposition ; à la bonne heure ! Nous allons bientôt voir de quoi il est capable ; nous allons voir les débats de la rentrée du parlement. Mais si les communes votent une adresse de remerciement, alors le peuple anglais ne vaut plus la peine d'être gouverné ; qu'on cesse de s'occuper de cette nation méprisable. Nous ne pourrions que l'aimer ou la craindre ; dans ce dernier eus, il faudrait la replonger dans l'Océan. Enfin, ce n'est point à nous à faire les frais de la révolution d'Angleterre. Qu'on voie ce peuple s'affranchir lui-même, et nous lui rendrons toute notre estime et notre amitié. Quant à nous, formons notre marine, serrons de toutes parts nos forces, et achevons paisiblement une révolution si heureusement
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commencée. Je réitère ma profession de foi : je détesterai de toute mon âme le peuple anglais tant qu'il sera asservi honteusement sous des despotes. Devenu libre, il aura peut-être encore des droits à mon admiration.
Ce discours est fréquemment interrompu par de nombreux applaudissements.
Jeanbon Saint-André. — Ce n'est pas pour affaiblir la haine que tous les Français doivent avoir contre les Anglais que j'ai pris la parole dans cette Société. J'arrive de Brest ; j'y ai tenu aux marins le même langage que Robespierre vient de vous tenir ici ; je les ai pénétrés de leur grandeur; j'ai reçu leur serment de poursuivre sur les mers le pavillon de Georges. Déjà l'expérience a prouvé qu'ils étaient capables de tenir leur parole. Les premiers succès de la marine française ont peut-être quelque liaison avec les soins que j'ai pris pour développer auprès des équipages les sentiments qui doivent animer tous les bons républicains. Je leur ai dit que les Anglais ne devaient pas cesser d'être l'objet de notre mépris et de notre haine, et que nous ne devions faire la paix avec eux que quand ils seraient sortis d'esclavage. J'ai pensé que des écrits salutaires et sages, concourant avec les coups de canon, pourraient opérer cette heureuse révolution. Je ne crois pas qu'il y ait aucune faiblesse dans les sentiments que je viens de vous exposer ; si j'avais quelque faiblesse de caractère à me reprocher, je remercierais celui qui m'en ferait apercevoir, et je me rangerais à ce qu'exige de moi la confiance que le peuple accorde à ses représentants.
Robespierre. — J'aurais manqué mon but, si j'avais offensé dans l'énoncé de mon opinion celui qui a travaillé avec nous à opérer le bien de la République. Je dois dire pour le bien de la chose que je ne connais qu'une différence d'expression entre l'opinion du préopinant et la mienne, à l'exception de quelques particularités. Ce que j'ai dit a trait à un incident, et non à l'opinion de Saint-André ; ce ne sont que des idées générales que j'ai voulu vous communiquer pour animer de plus en plus votre haine contre les Anglais. S'il pouvait y avoir dans mes expressions quelque chose qui pût aliéner les esprits, je serais le premier à l'éloigner de mon discours. (On applaudit.)
Jeanbon Saint-André. — Unis de sentiments et de principes, nous avons combattu, Robespierre et moi, pour la liberté, et nous combattons encore ; nous avons voué une haine éternelle aux tyrans, et notre tête tombera, ou ils seront exterminés. Les moyens se préparent ; mon voyage à Brest nous présage de grands succès ; le Comité
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de saluL pulilic les préparc: il ne manipie plus que votre volonté et votre assistance. (Oui, oui! s'écrient tous les lyieinbres. ) Ç)i\a.nd les démarches sont parfaitement unies, et que le peuple interpose sa volonté et sa puissance, les succès ne sont plus incertains.
La marine doit terminer la guerre. Peuple parisien, devenez marin ! Portez vos regards sur nos ports, animez les travaux, portez l'ardeur et le courage dans Tàme de vos frères, qui vont, sur un élément terrible, exposer leur vie pour votre lijjerté. Ils sont jaloux de l'estime des Parisiens ; ils la méritent. Un regard de vous peut tout sur leur esprit, parce que vous êtes le centre de la République, et que par vous le mouvement se communique du centre à la circonférence. Quand le peuple veut, ïl est tout puissant. Naguère vous n'aviez pas de marine; aujourd'hui vous en avez une ; si vous le voulez, vous en avez une formidable. Bientôt nous poursuivrons les Anglais, et leur pavillon amené dans nos ports annoncera leur défaite et raffermissement de notre liberté. En poursuivant les Anglais, nous ne ferons que punir le gouvernement qui les fait agir. Pitt doit compte à l'univers de tout le sang qu'il a fait verser. La Convention a montré un grand fond de sagesse en le proclamant l'ennemi du genre humain, et moi je dis qu'il est l'assassin de tout ceux qui ont péri depuis la Révolution. [On applaudit.)
[Une dépufafion de la Soclélr populaire de Nlmcs vient se plaindre de ce que les paUùotos gémissent dans l'oppression depuis l'arrivée du représentant Boissct dans le département*. Après une légère discussion, cette dénonciation est renvoyée au Comité de sûreté générale.
La section de la Montagne vient demander la salle des séances de la Société, pour s'assembler, le 5 et le 10 chaque décade, jusqu'à ce qu'elle ait préparé un local pour cet objet. Sur la motion iYun membre, appuyée par Legendre, la Société passe à l'ordre du jour '.]
1. Discoio's prononcé aux Jacobins, à la séance du pr'unidi II pluviôse, pa L.-G. GiHET, député de la Société populaire de Nîmes. Imprimerie des sansculottes, s. d., in-8° de 16 p. — Bibl. nat., Lb iO/780.
2. Dans cette séance fut présentée aux Jacobins la Vie de Michel Le Peletier, représentant du peuple français, assassiné à Paris le ^20 janvier 1793, faite et présentée à la Société des Jacobins par Fkmx Le Peletieh, son frère. Paris, imprimerie des sans-culottes, s. d., iu-8" de 3.j p. — Bibl. nat., Lb 40/779. — Cet imprimé renferme le rapport de .Miuu(U-o, C. Rousseau et Lulicr, désignés par la Société pour examiner la Vie de Le Peletier.
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CCXXXYI
rRKSlDEXCE DE REVERCUON
[Le Secrétaire de la correspondance annonce que le Comité a examiné le discours présenté le 9 par un citoyen cordonnier', et dont la Société a arrêté l'impression. L'auteur n'ayant i)oint signé son œuvre et ne se présentant point, la Société passe à l'ordre du jour*.]
Après la lecture de plusieurs lettres, la Société passe à l'épu- Fement de quelques-uns de ses membres. Précy, Levasseur, Hentz, députés à la Convention, sont admis, ainsi que Larivière, Pérault, Bernard, Gauthier et Charles Petit. Mathias Halms, de l'armée révolutionnaire, étant natif de Coblentz, Sentex observe que tous les étrangers doivent, ainsi que les ex-nobles, être exclus de la Société. Cette motion donne lieu à un citoyen de rappeler qu'Antonelle, excellent patriote, a été rayé, et que Félix Le Peletier a été conservé. A la vérité, ce dernier est le frère d'un patriote poignardé par les royalistes; mais la Société ne doit point connaître d'exception. Elle doit les exclure tous deux comme ci-devant privilégiés, ou les conserver tous deux comme patriotes reconnus.
Le Président. — Vous avez pris l'arrêté de ne conserver dans votre sein ni étrangers, ni ex-nobles. Voulez-vous maintenir votre arrêté?
L'n cri unanime s'élève : « Oui! oui! »
[Momoro l'ait remarquer (juHalms réunit les conditions exigées par la Constitution d'un étranger qui prétend au titre de citoyen français. — Une citoyenne des tribunes atteste le i)atriotisme de Halms. — 2'ow/ le monde demande à haute voix que Halms soit admis ; l'admission est prononcée. — La discussion continue sur Antonelle. Quelques membres déclarent qu'Antonelle est noble, que l'arrêté de la Société et les mesures de salut public ont nécessité son exclusion, qui doit être maintenue. D'autres membres prétendent qu'Antonelle n'est pas noble. — Un citoyen retrace toutes les preuves de patriotisme qu'il a données depuis la Révolution. « Il écrivait même, ajoute l'orateur, au commencement de 1788, cette i)hrase remarquable : Les nobles n'existeront plus encore longtempts. » Un noble n'eût pas tenu ce langage. On demande le rapport de l'arrêté relativement à Antonelle. — Un citoyen fait observer que, si Antonelle n'est pas noble, il est maintenu de droit. S'il