‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 129 sur 141 · Tome V. ^j · texte numérisé non relu

Tome V. ^j

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Si les Marseillais sont opprimés, ils auront justice ; l'esprit de la convention et du gouvernement est de faire justice à l'innocence, et de faire planer le glaive de la loi sur toutes les têtes coupables; mais la Convention est bien déterminée à soumettre les modérés et tous ceux qui, comme eux, travaillent au renversement de la liberté. S'il est vrai que les Marseillais aient tort, vous sente/ qu'alors le fédéralisme reprendrait son empire, et que l'autorité nationale serait méconnue. Cette raison doit engager la Société à suspendre son jugement et à ne prendre aucune impression pour un parti plutôt que pour l'autre. Que les députés de Marseille attendent avec confiance le résultat de la discussion et des éclaircissements que le Comité va se procurer. [Applaudissements .)

[Une drpataiion de la plus ancienne Socirlr de Versailles vient se plaindre des divisions qui existenl cnirc elle et. colle de la Vertu sociale. Elle demande l'assistance et la lumière de la Société des Jacobins j)Our rétablir l'union et la paix. — Léonard Bourdon dit : « Il y a beaucouj» d'intrigants à Versailles, qui ont établi une nouvelle Société afin d'exciter des troubles par la rivalité qu'ils feraient naître entre l'ancienne et la nouvelle. Comme je connaissais pour un intrigant celui qui présidait la nouvelle, lorsque je me suis trouvé à Versailles, j'ai été scandalisé du patriotisme que ce nouveau Protéc alTectait avec une hypocrisie sans exemple. Je demande des commissaires pour accompagner la dépulalion au Comité de salut jiublic. » Arrêté.]

Séance levée à dix heures et demie.

TRÉSIDENCE DE TIIIRION

Sur la proposition de Roussel, appuyée par Momoro, la Société arrête qu'on se transportera chez Baudouin^ à l'effet de faire tirer un grand nombre d'exemplaires du dernier discours de Robespierre, pour être distribués à tous les membres, aux citoyens des tribunes, et envoyés aux Sociétés aiïiliées.

On fait lecture d'une lettre de Bernard (de Saintes), contenant quelques questions, et de la réponse faite par le Comité de correspondance. — Un membre demande l'insertion au Journal de la Montagne de la série des questions de Bernard, ainsi que de la réponse. — Momoro réclame l'ordre du jour, motivé sur ce que ce serait prêter

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des armes à nos ennemis que de publier des questions insidieuses. — On demande le renvoi de cette lettre au Comité de salut public. — Un membre pense que l'insertion de la lettre de Bernard dans les journaux serait utile, si on l'accompagnait des témoignages de l'indignation qu'a ressentie la Société en entendant cette lecture.

MojiORO. — Ce serait ouvrir un champ à la dispute. On répondra, vous répliquerez ; on ripostera, et cette dispute deviendra interminable.

Fabre (du Mont-Blanc). — Je désirerais que la Société répondît à chaque question. Un représentant du peuple n'est fort que de l'opinion publique et de celle des Sociétés populaires. Celui qui vous écrit veut s'envelopper de vos forces ; vous ne lui refuserez pas votre égide.

CoLLOT d'Herbois. — La Société doit répondre aux questions qui lui sont faites franchement et sur des matières d'intérêt public. Mais il s'en faut de beaucoup que celles-ci soient de ce genre. On nous demande dans quel état nous sommes, et ce que nous devons espérer. Mais quand on veut savoir quel est le danger, il faut aussi savoir quelles sont les ressources. Nous en avons d'assez puissantes pour écraser nos ennemis sans retour. Sommes-nous donc malades, pour qu'on veuille nous tàter le pouls ? Jamais la Répubhque n'a joui d'une santé plus vigoureuse. La proposition de Momoro est la seule qu'on doive adopter. Je demande aussi l'ordre du jour.

L'ordre du jour est demandé à grands cris et adopté.

On lit une lettre de Châles, qui prie la Société de ne rien préjuger contre lui avant qu'il ne l'ait mise à portée d'asseoir son jugement en confondant ses calomniateurs.

MoMORO. — Châles a écrit également aux Cordeliers ; dans sa lettre, il réfute victorieusement l'imposture, et appuie de preuves très concluantes tout ce qu'il dit de relatif aux faits dont il parle.

La Société arrête qu'elle écrira à Châles pour lui témoigner qu'il n'a pas cessé de mériter son estime et sa confiance. [On applaudit.)

On fait lecture d'un ouvrage sur le gouvernement anglais. La Société en arrête l'impression '.

[Brlchet l'ait observer qu'il serait plus avantageux d'apprendre que cent bouches à feu vont établir la liberté sur les rives de la Tamise. Pour y parvenir, il demande que la Société présente demain à la Convention la péti-

1. Société (les Amis de la Liberté et de l'Egalité. Discours sur la Constitution et le gouvernement de l'Angleterre, prononcé à la Société des Jacobins de Paris dans la séance du 19 pluviôse, par le citoyen B. Voirox, membre de cette Société. Paris, G.-F. Galetti, s. d., in-S" de 24 p. — Bibl. nat., Lb 40/782.

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lion dont il a proposé le i)rojcl, cL qui tend à obtenir le jugement des restes des Brissotins, dans le délai d'une décade, et ré])urement de TAssembléc par l'exclusion des crapauds du ^Marais.]

Robespierre:. — O^oique les propositions du préopinant soient extraordinairement populaires, quoiqu'elles soient révolutionnaires au dixième degré, j'avoue que je suis décidé à les combattre.

[Robesjùerre déclare qu'il n'est rien de si facile que de détruire la Hépublique en jiaraissanl la délendre. C'est ce que l'ait Bricliet. « Ce n'est pas de lui que je veux m'occuper, dit l'orateur, mais j)lutôt du complot que nous avons découvert, et qui est si bien développé que, dans peu de jours, les conséquences s'appliqueront aux individus. » — « Brichet, continue Robespierre, se met dans une posture où il paraît être le fondateur de la liberté et nous, des modérés et des feuillants! » Voici la suite du discours de l\obespicrre :]

Il m'a paru que son opinion avait deux objets. Le premier, contenu dans une seule phrase, est la descente en Angleterre. Je suis éloigné de contester la nécessité de cette grande mesure ; mais je lui dirai que ce n''est pas lui qui nous donnera les facilités pour l'exécuter, que ce n'est pas lui qui pourra concourir à la diriger. Bricliet nous exprime la proposition imposante d'une descente en Angleterre avec brièveté, mais il développe très au long celle qui a pour but d'attaquer les représentants du peuple. Que devons-nous en conclure, sinon que Bricliet en veut plus à la représentation nationale qu'à l'Angleterre ?

Son opinion est très belle; il vous parle de punir les traîtres et de les envoyer en masse à la guillotine. C'est aujourd'hui un très beau rôle de déclamer contre le Marais et contre une nouvelle faction; il serait bien facile avec cela de se faire applaudir, si l'on ne parlait pas devant des hommes qui sont au fait de tout ce qui se passe. Le premier principe des hommes libres est d'exterminer tous les traîtres, mais il faut employer tous les moyens convenables. Personne n'ignore qu'il y a beaucoup d'intrigants et de scélérats qui veulent compromettre la Convention par de fausses démarches, l'avilir et la dissoudre ensuite. Ces hommes inf.îmes, qui reçoivent de grosses sommes pour une petite motion, savent bien que leur seule ressource est de couvrir leurs exécrables projets d'une teinte de patriotisme. En frappant à la fois et le Marais et la faction nouvelle^ c'est donner à celle-ci l'appui du Marais, qui, se croyant tout entier menacé de l'échafaud, se rallierait aux chefs de la faction que monsieur Brichet dénonce, pour détruire, de concert avec elle, la Montagne de la Convention. Si la représentation nationale gémissait sous l'oppression, j'applaudirais au zèle du préopinant ; mais je suis

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obligé de dire que l'orateur était muet dans le temps où la Convention était opprimée par Brissot et ses complices. Si la Convention était, composée de contre-révolutionnaires, je bénirais la vigilance d'un homme, quel qu'il fût ; mais, si la Convention est composée de représentants dignes de l'être, si c'est elle qui a écrasé nos ennemis, qui a dissous dans l'intérieur la coalition de tous les fédéralistes des quatre-vingt-trois départements; si elle a étouffé la rébellion dans Toulon, dans Lyon, etc.; si elle a repoussé les Allemands au Rhin, et les a tenus en échec au Nord ; si elle a donné au monde un exemple frappant de fermeté, il est étonnant de voir un homme méprisable élever la voix contre quelques représentants, comme si la Convention n'était pas assez forte pour punir les traîtres qui se trouveraient dans son sein. Je suis indigné d'entendre déclamer un Brichet, dont nous n'avions pas entendu parler, et qui n'aimerait pas qu'on recherchât sa vie passée dans les boudoirs de la Po-

lignac.

S'il existait autrefois un Marais égaré par les chefs d'une faction infâme, dont la plupart ont péri sur l'échafaud, il est constant que depuis ce moment la Convention a sauvé la patrie, et que ceux qi^i composaient autrefois le Marais se liguent avec la Montagne pour prendre les décisions vigoureuses et salutaires : ce qui prouve que des scélérats avaient corrompu quelques individus faibles et dont la masse était bien intentionnée. Je reconnais avec M. Brichet qu'il y a une faction nouvelle; elle se divise en deux partis, dont l'un est composé d'agents des puissances étrangères, qui travaillent pour la tyrannie, pour la dissolution de la Convention et le déchirement de la France en lambeaux ; l'autre est composé de factieux, qui se sont introduits jusque dans la Convention. Sans doute les émissaires des tyrans ne pourraient exécuter leurs projets, s'ils n'étaient pas secondés par des hypocrites qui se sont glissés dans la Convention. Brichet vous parle bien de cette faction, mais il ne nomme pas les individus, il ne désigne pas les traîtres qu'il faut punir. Quand on demande vengeance contre des représentants que l'on ne désigne pas, toute la Convention se croit menacée et exposée à de grands malheurs. Alors les véritables traîtres sont ceux qui mettent en avant de pareilles motions.

[Robespierre, après s'être résumé, termine en demandant : 1° que la Société ouvre une discussion solennelle sur le double ^Y^^-e d intngues u il dénoncé; 2» que l'on passe à l'ordre du jour sur la motion ^o Bnc et 3 que cet individu soit cl.assé do la Société. - BrirhH déclare qu i a P^ e >o m por dans son opinion, mais il prétend que Robespierre a ete trompe sui son

compte. 11 ci(o jiliisioiii's circonslanoos. dans losqnolles il s'est montré un Ijon r('j)ultlicain, et a éprouvé de mauvais traitements de la })art des aristocrates. 11 piotestc ([ue son attachement i)Our la Convention est sans bornes. — Robrspioi're persiste dans la motion qu'il a faite de chasser Bricliet. 11 annonce qu'il découvrira bientôt d'autres intrigants.]

Sentex. — Je demande qu'avant de rayer Brichet, la Société prenne sur sa conduite de plus amples informations. Je m'aperçois, au reste, que depuis quelque temps elle se laisse dominer par un despotisme d'opinion, tandis que les principes seuls doivent faire la règle de ses délibérations.

Robespierre. — Je déclare que je regarde Sentex comme un intrigant. J'ai remarqué que tous les ennemis de la liberté ont parlé contre le despotisme d'opinion, parce qu'ils préfèrent le despotisme de la force.

[Après avoir cité un trait de patriotisme d'un Anglais, qui a déclaré dans la Chambre haute ([u'il donnerait sa vie pour sa patrie, il annonce qu'il n'est pas moins généreux que ce lord, et qu'il est prêt à donner sa tète pour sauver son pays. Il déclare que tous les reproches qui lui seront faits ne seront pas capables de le détacher du projet qu'il a conçu de donner tous ses soins à l'affermissement de la liberté. Il termine en reprochant à Sentex d'avoir donné sa voix pour Miranda, l'un des plus fermés soutiens de la clique brissotine, et demande son expulsion. La discussion se prolonge pendant très longtemps; enfin, la Société arrête l'expulsion de Brichet et de Sentex; elle arrête aussi qu'elle s'occupera de la discussion sur la doulile intrigue dont a ]iarlé Robespierre.]

La séance est levée à onze heures et demie.

PRÉSIDENCE DE TniRION

[Lecture du procès-verbal.— Froment se plaint qu'il ne fasse pas mention d'un rapport faux présenté au nom des quatre Comités, et destiné à faciliter l'admission de Vincent dans la Société. — Un membre dit qu'il a vu Dclcloche, président du Comité de présentation, qui lui a déclaré qu'il avait rédigé ce rapport h la sollicitation de Monioro.— Sur la proposition de Thirlo», cette affaire est envoyée aux quatre Comités, qui l'examineront et en feront leur rapport '.

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