‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 130 sur 141 · Ce début est résumé d'après le Journal de la Montcujne · texte numérisé non relu

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[9 FÉv. 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBINS • 647

Une lettre des représentants du peuple Milhaud et Soubrany, à Perpii^nan, demande aux Jacobins un renfort de patriotes pour les aider à mettre au pas les aristocrates du département des Pyrénées-Orientales et tous les malveillants qui y aftluent. La lettre que les représentants écrivent au Comité do salut public est lue à la Société. Celte lettre annonce que, dans le département des Pyrénées-Orientales, « il existe une connivence des autorites constituées, des tribunaux même avec les coupables ; le i)euple lui-même y est corrompu au point de n'y vouloir point recevoir les assignats, et les ouvriers refusent de travailler à moins de 10 livres par jour, et à la condition encore de les payer en argent. Ce qui calme cependant un peu les inquiétudes, ce sont les mesures rigoureuses et les précautions que prennent les représentants, aidés du l)rave général Dugommier, ])Our faire cesser ces crimes et ces malheurs. »

La lettre adressée à la Société « se termine en demandant itérativement un secours d'apôtres civiques, qui évangéliscnt les habitants de ce pays et les remettent dans la voie du salut de la pairie, mais surtout que quatre soient d'abord envoyés en poste pour commencer ces travaux, en attendant des renforts plus considérables ». On demande que cette proposition soit mise aux voix. — Merlin {de Thionvllle) l'appuie, à condition qu'on n'enverra pas plus de quatre missionnaires, pour ne i)as dégarnir la Société. Il continue ainsi :]

Le département de la Moselle, affligé des persécutions du despotisme et des efforts des étrangers, a fait de grandes réformes dans son administration, et a cru devoir demander au Comité de salut l)ublic d'organiser de nouveau cette même administration. Le Comité de salut public s'en est rapporté à eux; ils s'en rapportent aux Jacobins, et demandent que cette Société veuille bien leur donner de son sein un agent national. Je désirerais que toutes les administrations suivissent cet exemple ; il n'en peut résulter que de très bons effets ; ce serait le plus heureux remède au fédéralisme. Cette mesure ferait en outre tomber un des préjugés les plus enracinés, celui qui fait croire qu'un homme du Nord ne peut remplir les fonctions administratives dans le Midi.

La CnEVARDiÈRE, — Il n'est pas vrai que ce fût un bien que toutes les administrations s'adressassent aux Jacobins pour en obtenir des collaborateurs ; nous avons vu que des ministres pervers, que Roland demandaient aux Jacobins des sujets pour occuper des places ; il avait aussi le secret de faire choisir des hommes qu'il savait être à sa dévotion, ou dont il espérait tirer bon parti. Restons Jacobins, et ne soyons point ministres! Notre Société est une Société d'opinions, et ne peut jamais devenir un corps populaire, qui donne des hommes aux autorités constituées.

Merlin appuie de nouveau sa seconde proposition.

DuFOURNY. — Je déclare qu'une Société populaire a bien le droit de

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demander à tous compte de leur conduite, el à ses autorités compte de leur gestion, mais non de les nommer; car, ayant ainsi le droit de censure et celui de nomination, on sent assez ce qui résulterait de cette confusion de pouvoirs, de cet accaparement de droits. J"ai été un des premiers à dénoncer l'abus dont il est aujoui'd'hui question, dans le temps où des ministres prenaient des Jacobins pour les mettre dans lenrs bureaux, ou faisaient entrer aux Jacobins les sujets qu'ils occupaient. Redoutons les maux incalculables que pourrait produire ce mélange. Je demande Tordre du jour sur la proposition de nommer un agent national pour le département de la Moselle.

[Un députe blàiiio Thirion de n'avoir ])oint défendu le département de la Moselle, dont il est représentant. — Dufourn]j observe que, dans la Société, on n'est pas député do tel ou tel département, mais de la nation entière. — Thirion dit qu'on ne calomnie pas son département, eu i)rétendant ipi'il renferme beaucoup d'aristocrates, car le fait est exact. — Un anlrr drputé réplic(ue que la Moselle renferme aussi l)eaucoup de patriotes. Il est inq)0ssible qu'il n'y ait pas à ïliionville un citoyen capable de remplir les fonctions d'agent national. Il demande {ju'on passe à Tordre du jour sur la jjroposilion. — Adopté '.

Une (lépufulion de la Société de Versailles annonce (pie les haines (pu avaient divisé deux Sociétés de cette commune ne subsistent plus. La réunion s'est faite, au grand contentement de tous les patriotes; les deux Sociétés ont sacrifié leurs ri'glements, qui n'étaient pas semblables, et demandent que celle des Jacobins veuillent bien leur accorder le sien, qui sera adopté dans toute son étendue, et qui deviendra le gage de la réunion. On api)laudit. — Dufourny rend hommage au patriotisme dont les habitants de Versailles ont fait preuve depuis les débuts de la Révolution. Mais, (rai)r('s lui, la Société de Versailles doit s'épurer avant d'obtenir rarfiliution. On applaudil.

Royer demande, en généralisant la question, que la Société s'impose la nécessité de n'accorder jamais aucune affiliation aux Sociétés qui se réuniront en masse qu'auparavant elles ne se soient épurées.

Jeanbon Saint-André développe le danger qu'il y aurait à donner son affiliation à une Société conqjosée en partie d'hommes qui s'étaient d'abord isolés des sans-culottes, et qui ont eu besoin, pour se réunir à eux, de l'impulsion. Il ne veut pas non plus de réunion en masse, et demande avant tout l'épuration des Sociétés. — L'orateur de la députât ion déclare cpie la Société dont il fait partie a refusé son affiliation aux Sociétés des canq)agncs qui se formaient autour d'elles, parce que les fondateurs de ces Sociétés, ([uoique ])atriotcs, sont ignorants et à la merci des intrigants. « Nous avons, continue-t-il, votre affiliation. Il ne s'agit i)lus que de nous accorder ce qui fait en ce moment l'objet de notre demande'. »\

1. Tout le dt'but de cette partie entre cruchcts est r(:'sumé (l'apr(L's le Journal de la Montagne.

2. Les paroles de forateur de la d(;'piilation suiit rti'sumées d'après le Journal de 1(1 Montagne.

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DuKouRNY. — Je ne demanflerai pas s'il est resté dans les Sociétés réunies de Versailles quelques anciens valets ; on sent assez que, s'il s'en trouve un seul, celui-là n'a pas pu épurer les autres, et que le scrutin sera nul. Mais je déclare que vous devez vous tenir plus que jamais sur vos gardes. On intrigue aujourd'hui pour cela même; on intriguera demain ; car les Sociétés sectionnaires, sur lesquelles l'esprit public s'est prononcé, doivent se rassembler demain ; elles veulent, pour éluder l'opinion, se réunir plusieurs ensemble ; on sent assez que, quand deux Sociétés se réunissent, l'épurement devient très difficultueux, puisque chacun a pour lui les anciens souteneurs de sa Société, Encore une fois, point de réunions en masse ! Il faut premièrement s'épurer chacun chez soi, puis ensuite se dissoudre, après quoi l'on peut^ non se réunir, mais composer une nouvelle Société.

La Société adopte, relativement à toutes les autres Sociétés, les conclusions de Dufournv.

[Une (Irpulaiion de la Socirtr de Foidauirhledir vicnl tlciiiander aux Jacobins de l'aider à obtenir de lu Convention répuralion de l'administration et ralterncnicnt du clief-lieu de district entre Fontainebleau et Melun. — Une députation de la Sociétr tic Saint-Quentin vient demander l'élargissement de deux sans-enlotles arrêtés par erreur. On nomme des conimissairos à cet etïct '.

On donne lecture d'une lettre du général Pichcgru, récemment nommé au conunandement de rarmée du Xord : il regrette de n'avoir pu, avani de partir, se rendre au milieu des Jacobins, et il fait une ardente prolVssion de loi républicaine ^.]

Séance levée à dix heures.

SÉAXCh: DU 23 PLUVIOSE AN II (11 FÉVRIER 1794)

PRÉSIDENCE DE TOIRIOX

[Sur la motion de Froment, la Société arrête que les Liégeois qui ont été admis dans son sein seront épurés demain, et que, pour cette opération, on ouvrira les portes de la salle à tous les citoyens de Liège présents à Paris, afin quils aident à l'épuration. — La Société d'Aigne communique une pétition qu'elle doit envoyer à la Convention pour demander qu'on fasse le re-

1. Ces deux dernières plirases sont extraites du Journal de la Montagne.

2. On trouvera cette lettre dans le Moniteur, t. XIX, p. 467.

<)50 SOCIÉTÉ DES JACOnLXS [11 fkv. 1794]

censcinenl des ohjels do néccssilé au moyen do visiles domiciliaires ; qu'on charge do ce soin les municipalités, aidées do commissaires envoyés par les administrateurs de districts ; qu'on réquisitionne pour la Réi)uhliquc les ({uantités de grains qui ne sont pas nécessaires à la subsistance des individus qui les possèdent, etc.. Renvoyé au Comité de salut public, de même qu'une lettre d'une Société du Haut-Rhin, qui se plaint qu'on n'exécute pas la loi du maximum. — Maure écrit do Coulommiers qu'il a envoyé au Tribunal révolutionnaire les vingt principaux acteurs des troubles qui ont eu lieu dans le déj)arloinent; il on a relâché 080, après leur avoir adressé une lorto réprimande et les avoir condamnés h rebâtir à leurs frais le local do la Société populaire de la Ferté-Gaucher, qu'ils avaient renversé. Il avertit qu'il a fait passer son arrêté à ce sujet au Comité de salut public, i)0ur que ce dernier le fasse ratifier par la Convention.]

Collot d'Herbois obtient la parole sur les deux dernières lettres et relève des expressions qui pourraient prêter à des interprétations. « Maure parait douter, dit-il, de la validité de ses arrêtés, puisqu'il attend la confirmation de la Convention. Il est urgent de déclarer la vérité en cette occasion. Lorsque lés représentants du peuple prennent un arrêté, il a force de loi, dès que le Comité de salut public ne l'a pas dénoncé. Une Société très éloignée vous demande pourquoi les lois ne s'exécutent pas ; mais n'est-ce pas plutôt à elle qu'il faut le demander ? N'est-ce pas à elle de nous dire : « Les lois ne s'exécutent pas, parce qu'il y a, là un aristocrate, là un mauvais commandant? » Quand vous aurez reçu des renseignements suffisants, alors vous répondrez, alors vous donnerez une forte impulsion. Mais, avec des pourquoi, nous ne pourrons jamais rien faire. Ce sont des effets qu'il nous faut. » Collot termine en se plaignant de ce que le Comité de correspondance fait lire de pareilles lettres à la tribune, sans s'occuper de répondre aux Sociétés qui les envoient pour les éclairer sur l'objet de leurs demandes.

Le lecteur de la correspondance déclare à la Société que, le Comité n'étant composé pour le présent que de quatre membres, il se trouve surchargé d'occupations et ne peut remplir l'objet dont Collot d'Herbois vient de parler.

A cette occasion, plusieurs membres prennent la parole. Après quelques débats, la Société, sur la proposition de Collot d'Herbois, arrête que celui qui aura accepté une place dans le Comité de correspondance, et qui aura des occupations qui l'empêcheront de la remplir, sera tenu d'en faire la déclaration ; et que, dans le cas où un membre, n'aj'ant pas fait cette déclaration, ne remplirait pas les devoirs attachés à sa place, il sera censuré et même rejeté momentanément du sein de la Société.

[11 FÉv. 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 631

[La Société populaire de Perpignan annonce qu'elle s'est épurée. — Colle de Coutanees lait passer rénuniération des dons qu'elle lait à la patrie.

— La Société populaire de Mdcon « se plaint amicalement à celle des Jacobins de ce que les communications soient moins actives entre elles ». — La Société de Giromagnij (Haut-Rhin) se plaint de la pénurie des subsistances. Renvoyé au Comité de salut public, de nu'uie qu'une lettre de Duquesnoy, en mission à l'armée du Nord, qui se plaint que plusieurs intrigants des bureaux du.ministèrc empêchent l'exécution de certaines lois, notamment de celle qui exclut les nobles dé l'armée. — La Société d'Ingouville demande qu'on défende aux fabricants de savon de se servir de suif, parce qu'ils en font monter le prix très haut. Renvoyé à la Commission des approvisionnemenl^i.

— Deux lettres se plaignent que les forêts soient ravagées. — Plusieurs membres confirment ce fait. La Société passe à l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il existe une loi contre les dilapidations de ce genre '.

Le rapporteur des quatre Comités réunis a la parole sur les faits reprochés à Delcloche, président du Comité de présentation, accuse d'avoir fait, de sa propre autorité, un rapport concluant à l'admission de Vincent dans la Société. L'orateur commence par annoncer que le rapport a été fait sans l'autorisation du Comité de présentation, et même dans des principes dilïéreiits de ceux du Comité. Il fait ensuite lecture d'une lettre écrite par Momoro, qui est accusé d'avoir vivement sollicité Delcloche pour l'engager à faire le rapport. Dans cette lettre, Momoro prétend qu'il n'a pas parlé à Delcloche ; il mêle aux raisons qu'il allègue pour sa justification quelques éloges du patriotisme brûlant de Vincent. On fait lecture d'une lettre de Delcloche ; il déclare qu'il n'a pas parlé à Momoro, et qu'il a fait le rapi)ort sans y avoir été sollicité. — Dafourn]/ dit : « Il est reconnu cpie Delcloche a eu de longues communications avec Momoro. J'ai tout lieu de croire (jue Momoro, qui donne de si grands éloges à Vincent, a été égaré par l'amitié ; il y a eu dans cette alTaire une intrigue, que j'écJaircirai quand les individus seront présents. »

Moéitnc déclare que Delcloche est un brave homme, qu'il a parlé quelquefois à Vincent, j)arce i£u'il espérait avoir une place de médecin dans l'hôpital militaire qu'on doit fonder à Paris. — Quelques membres demandent l'expulsion des accusés. — Collot d'Herbois demande qu'on ne chasse pas un individu sur un simple comnuMitaire de ses discours. Il propose qu'on s'en tienne à la motion de Dufourny '. — Dufuurnij réitère sa motion et demande que, dans la prochaine séance, les deux dénoncés soient présents pour entendre les reproches qu'on est en droit de leur faire. Après quehiues débats, cette proposition est arrêtée.

Une députation des citoyens de couleur vient exprimer à la Société la joie que lui cause le décret de la Convention qui abolit l'esclavage. — Une députation de la Société populaire régénérée de Troyes déclare que déjà « la Société populaire, la municipalité, le district de Troyes et le département de l'Aube, tous régénérés, ont exprimé leur reconnaissance à la Convention nationale des regards paternels que le Comité de salut public a jetés

1. Jusqu'ici, tout le début de cette séance a été reprudait ou résumé daprès le Journal de la Monfagne.

2. Le débat qui suit la propusition de Dufourny est résumé d'après le Journal de la Montafjne.

^'^2 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [il ikv. 17041

MU- eux, en leur envoyant Ror.sselin, son ooniniissairo civil, honinio vraiment révolutionnaire, qui a les rendus à la liberté ... I/oraleur ajoute qu'il vient avertir les Jaeobins de se méfier des intrigants (jui ([uittent Troyes pour se réfugier à Paris.

^ La S()(Mét(' nomme deux eommissaires pour rechercher, de concert avec le Comiti- de sûreté générale, les aristocrates et les riches suspects troyens, qui abondent à Paris et viennent intriguer au sujet des taxes et des incarcérations faites par le représentant du peuple Bo et confirmées par la nation.]

TRÉSIDENCE DE TUIRION

[Le Secri'laifc de la rorrexpondancr, au nom des (pialre Comités réunis, ace«se Ferrières, membre du Comité des défenseurs officieux, de s'être servi de son litre pour faire, sans ])rendre l'avis de ses collègues, dilTérentes démarches auprès des Comités de salut public et de sûreté générale de la Convention et pour obtenir l'élargissement de plusieurs sus])ects. On lit la liste de ces suspects ; parmi eux se trouvent plusieurs Anglais. — Ferrières dit (pi il a fait délivrer plusieurs enfants anglais au-dessous de douze ans, et un maître de langues, d'origine anglaise ; les j)remiers ne pouvaient être maintenus en arrestation, à cause de leur âge; le deuxième devait être relâché d après les termes de la loi (jui déclare que les artistes étrangers pourront sortir de jjrison. II a fait relâcher également les citoyennes Flcnry et Méseray, du Théâtre-Français. Or, la première a jadis sauvé Marat; la dernière nourrit son père ; de i)lus, les artistes du Théâtre-Français ont presque tous été réclamés par leurs sections, et déjà onze d'entre eux sont en liberté. — Un membre du Comité des défenseurs officieux déclare que Ferrières est toujours entouré de femmes à falbalas; qu'il défendait Jacques, quand le Comité le chargeait de défendre Paul. « Les membres du Comité de salut public, ajoute l'orateur, et notamment Collot d'IIerbois, ont dit (pi'ils dénonceraient à la Société le Comité des défenseurs officieux, s'il continuait à solliciter ainsi. »

Deschamps atteste que les détenus dont Ferrières a obtenu l'élargissement n'étaient pas des patriotes. — Loys, puis Boulanger, demandent que Ferrières soit conduit au Comité de sûreté générale. — Plusieurs membres appuient cette proj)Osition. Elle est arrêtée. La Société arrête la radiation de Ferrières. On demande que les scellés soient apposés sur ses jiapiers, en alléguant (jue, la Société étant créancière de Ferrières pour une somme considérable, elle a le droit de faire apposer les scellés sur ses papiers. Arrêté. — Un membre demande qu'on ne puisse se présenter aux Comités de la Convention au nom du (Comité des défenseurs officieux qu'avec une autori-

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sation, signée do quatre membres de ce Comité. La Société i)asso à l'ordre du jour, motivé sur ce que cette condition est imposée par son règlement. — Moi'nnc demande qu'aucune démarche ne soit tentée par le Comité des défenseurs oFficieux , sans qu'il ait l'ait auparavant un ra|)port à la Société.

Dufoiirnii prend la jiarole relativement à Delcloclie et à Momoro, dénoncés dans la dernière séance. Il déclare qu'il y a une intrigue dans celte alTaire, et qu'il la développera lorsque la Société l'exigera. — Moinoro engage Dufourny à parler. Il lui répondra et montrera les causes de son animosité. — Dufourny demande que Momoro dépose sa correspondance avec Delcloclie. Il avertit la Société qu'il y a une intrigue jjour l'empêcher de parler, lui e! jjlusieurs citoyens qui ont des faits à citer contre Vincent. — Delcloclie dit qu'il n'a vu Momoro que dans le sein de la Société; quant à Vincent, il ne s'est rencontré avec lui que deux fois. — Martinet reproche à Delcloclie de se contredire, puisqu'il lui a affirmé, à lui Martinet, qu'il avait fait le rapport sur la présentation de Vincent, parce qu'il avait été tourmenté par Momoro pendant deux heures '. — Un membre demande ijue Dufourny précise les laits, ou que la Société ])asse à l'ordre du jour. — Dit fini rny entre dans de longues explications. Il établit cpie Delcloclie en a imposé au Comité de présentation et à la Société, que Momoro a fait rie même. Puis il incrimine la conduite générale de Momoro et de Vincent. Il rappelle (pi'il a été camarade de Vincent et de Momoro dans le district des Cordeliers, et (pi'il a été l'un des fondateurs du Clul) du même nom. Il fait riiistoricjue de la conduite de Vincent, et lui reproche les défauts qu'il a remarqués en lui, et parmi lesquels il distingue l'ambition. Il fait connaître tout se qui s'est i)assé dernièrement aux Cordeliers, dont il a été expulsé, ainsi que les démarches de Vincent jiour persécuter le département de Paris. Il pense que Vincent s'est fait un parti autant par la faveur que par l'amitié, et que l'on a voulu forcer la porte de la Société pour le faire recevoir. Il attribue à Momoro la précijjitation de Delcloclie, ({ui sest laissé entraîner pour faire le rapport.]

Momoro. — Le préopinant a fait l'apologie de Vincent jusqu'au l^r août; ensuite il lui reproche des fautes d'ambition. Mais la Société doit s'apercevoir qu'il n'y a aucun rapport entre ces fautes et ma conduite ; les actions de Vincent me sont absolument étrangères pendant ce temps, parce que j'étais dans la Vendée. Quant au fait qui regarde la Société des Cordeliers, je déclare que j'ai parlé en faveur de Dufoui^ny dans le sein de cette même Société.

ïuiRiON. — J'observe qu'il ne s'agit pas ici de la Société des Cordeliers, ni du patriotisme de Vincent : c'est à la Société des Jacobins à vivifier l'esprit public, sans se laisser diriger par l'autorité d'une Société quelconque. Je demande que l'on développe les principes de Dufourny, qui a posé le véritable état de la question.

[Jeanbon Saint- Ami ré invite les .Jacobins et les Cordeliers à mettre un

1. Toute cette première partie du débat sur Delclocho et Momoro est résumée d"ax)rès le Journal de la Montagne.

O'ji SOCIETE DES JACOBINS [14 i-Év. i794]

terme aux dissensions parlieulières. « Il inipoiie, dil-il, à rinlérèt j)iiblic et aux deux SociéU's que ecs misérables disputes finissent ; c'est alors que nous serons tous grands en i)atriolisme, et que nous deviendrons redoutables à nos ennemis. Applaudi. — Biifourny demande qu'on s'occupe des laits qu'il a cités. — On demande l'ordre du jour. — Quelques inevibrcs s'y opposent. — Collot d'Herbois parle dans le même sens que Jeanbon Saint-André. (( Laissons-là, dit-il, cette œuvre de i)etites passions, pour nous occuper exclusivenumt du salut public ! « Et il ajoute : « Il faut être aveugle pour ne pas s'apercevoir que les aristocrates ont tendu un piège aux patriotes en voulant exciter des divisions entre les Jacobins et les Cordeliers. Nos querelles font la force do nos ennemis ; ils seront contents de voir les Jacobins et les Cordeliers se combattre ; ils feront galerie autour d'eux, mais ils ne cbercbent que le moment de les égorger les uns après les autres. » Collot d'Herbois déclare qu'il n'y a que des passions particulières dans l'afiaire actuelle ; il reprocbe à Dufourny d'avoir cédé à une petite rancune ; sans vouloir accuser son civisme qu'il estime, il déclare qu'il est l'instrument d'un parti. Quant àMomoro, il fait part de ])lusieurs services qu'il a rendus à la liberté, et il invite ses amis à lui donner des conseils. 11 pense qu'il n'y a pas matière à exclusion, et que la seule punition que l'on doive intliger à Delclôche est la censure. Il propose l'ordre du jour sur le reste. Le discours de Collot d'Herbois est applaudi et ses propositions adoptées. En conséquence, Delcloche est conservé.]

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE ÏHIRION

[Dei/dler annonce que Ferrières se prétend créancier de la Société. Il demande qu'on lui fasse présenter ses comjjtes. — Sur la proposition de Collot d'Herbois, la Société arrête qu'elle autorise son Comité d'administration à faire rendre compte à Ferrières de son administration financière. — Albitte, représentant du peuple dans le département de l'Ain, envoie à la Société la liste des jjrêtres qui se sont déprêtrisés. — Collot d'Hei'bo'is déclare qu'Albitte se trouve dans un département aftligé de tous les maux de l'aristocratie et qu'il lui a écrit |)Our lui témoigner com])ieu ce serait ajouter à ses forces morales sur l'esprit public que de l'épurer à la Société des Jacobins. — On ai)i)laudit. Albitte est interpellé comme s'il était ])résent, et, ])crsonnc n'ayant opposé de réclamations, il est maintenu dans la Société. Cùi)ie du [)rocès-verbal lui sera envoyée, pour lui servir comme j)ièce authentique. — Un secrétaire lit un billet qui avertit la Société que plusieurs citoyens écrivent dans les tribunes. La Société passe à l'ordre du jour. — Sur la demande des quatre Comités réunis, la Société arrête que les cartes de tous ses

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membres seront renouvelées. — Châles monte à la tribune et déclare qu'il vient se justifier des accusations lancées contre lui. Il fait Féloge des soldats. Il déclare qu'il divise la population de Lille en deux classes, les <.< bombardés » ou les riches qui, pendant le siège payaient les pauvres pour qu'ils allassent éteindre le feu mis à leurs maisons i)ar les bombes, et les « encavés » ou pauvres qui habitent dans les caves. Les « bombardés « se sont emparés des places; ils se font les honneurs de la défense de Lille. — Un député interrompt Châles en traitant ses allégations de mensonges. — Deschainps atteste que Châles dit la vérité. On applaudit. — Châles continue ; il se plaint que le président, le vice-président et plusieurs membres de la Société populaire de Lille l'aient calomnié ; ce sont, d'après lui, des amis de Custine et de La Marlièi-e *. — Levasseur déclare que les faits lui semblent être en faveur de Châles. Il rappelle que lui-même a été envoyé à Lille avec Bentabole^: il y a fait une réquisition de quinze cents jeunes gens et, à ce propos, il a pu constater que le patriotisme des Lillois était peu solide. — Un membre déclare qu'il se fait à Lille un commerce continuel de numéraire, malgré la loi qui défend ce trafic. — Collot d'Herbois déclare que Châles a élé calomnié. 11 dit qu'il a écouté avec intérêt la défense de Châles, et qu'il l'engage à la porler devant le Comité de salut public. Il assure que le Comité de salut public, avec l'aide des représentants en mission, va mettre fin aux querelles particulières dans les départements. « A Lille, comnu' partout ailleurs, dit l'orateur, on a vu les i)assions particulières se cho({uer ; tout a été mis en œuvre pour diviser les patriotes et ressusciter l'aristocratie : mais à Lille l'aristocratie ne sera pas plus épargnée qu'ailleurs ; le parti que nous avons à prendre est de la tuer pour jamais. Quand les faits seront éclaircis, il ne faudra pas de grands efforts.

<( Saint-Just et Le Bas ont déjà i)rononcé que les maisons de ceux qui n'exécuteraient pas les lois seraient rasées. Voilà une leçon qu'il faut mettre en usage partout. Les représentants du peuple doivent faire un commentaire sur ce texte salutaire. Voilà quelle est la force du gouvernement révolutionnaire, que les ennemis de la République appellent tyrannique, mais que la raison justifie, parce que, si ceux qui éprouvent la rigueur des châtiments révolutionnaires avaient voulu se soumettre aux lois, ils n'éprouveraient pas ces châtiments. » — Collot d'Herbois affirme ensuite que l'armée du Nord va marcher à la victoire. « Cette armée, dit-il, vient d'avoir un nouveau général, Pichcgru, qui exécutait en sous-ordre les plans qu'il avait conçus, et disait qu'il se trouverait encore trop heureux de porter des fascines, pourvu que ce fût pour la Réimblique. Pichcgru va conduire l'armée du Nord dans le chemin de la gloire ; il est entouré de héros, et sans doute les victoires ne sont pas toutes accaparées par les Lillois. Nos soldats voleront de succès en succès; ils mériteront toujours l'estime des Français, ainsi que les sansculottes de Lille, qui ont ramassé les boulets rouges sans recevoir de l'argent. Nous détruirons les aristocrates dans toutes les villes ovi ils oseraient attenter à la liberté du peuple. )>

Dufourny demande que la Société des Jacobins écrive à l'armée et aux

1. Pour tout le début de cette séance, nous avons fait plusieurs emprunts au Journal île la Moiitagne.

2. Voir le Recueil des actes du Comité de sultff public, t. V, p. 32.j.

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sans-(Milo(l('s do Lill(>, pour cnlrelonir riinilr (>l. la IValcrnité qm doivonl ivi^iior entre des répuldicaiiis. — Ado})té. — Une citoyenne des Iribunes ayant demandé des nouvelles de la santé de Robespierre et de Couthon, que Ton dit malades, quelques citoyens s'empressent de faire i)art de tout ce qui est venu à leur connaissance à cet égard. La Société nomme des commissaires pour se transporter chez ces deux patriotes. — Chdles passe au scrutin épuratoire. Il est admis. — LajHanche, revenu de sa mission, se jirésente au même scrutin, — Plusieurs membres reprochent à Laplanchc d'avoir l'ait incarcérer le patriote Taboureau, et d'avoir mis en place l'évèquc constitutionnel d'Orléans. — Laplanche explique que Taboureau était soupçonné d'être le chef d'un complot et que l'évéque d'Orléans était recommandé par beaucoup de patriotes et qu'il avait i)romis de se marier. Laplanche est admis '.]

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE TIIIRION

[Le citoyen Brion, peintre, fait hommage à la Société de deux gravures, dont l'une représente l'assassinat de Marat; l'autre, l'assassinat de Le Peletier. La Société arrête qu'il sera fait mention civique de ce don et que copie du procès-verbal sera adressée à Brion. — Dentzel fait passer SOO exemplaires d'un inqirimé et demande qu'il soit distribué à la Société. On continue l'épurement. La Société admet Dorfeuillc, Colon, Lagarde, Pageot, Poitevin, Debarre, Aubert, Boudet, Laribot, Chevalier, Hatzfekl et Touneins, député de l'île de Sainte-Lucie. — Un citoyen propose de faire connaître les Liégeois qui ne sont pas dignes d'être maintenus dans la Société. On passe à l'ordre du jour. — Un député de la Société de Tours réclame la liberté de deux patriotes, membres de cette Société, et emprisonnés })ar erreur. — Bouin déclare qu'il était à Tours en juin dernier avec Tallicn et- La Chcvardièrc ; sur le théâtre de cette ville on représentait des i)ièces inciviques, et les membres de la Société pojiulaire ne protestaient pas. 11 faut donc se défier de leur i)atriotisme. — Le député de la Société de Tours dit que cette Société a été plusieurs fois épurée. La pétition de la Société de Tours est renvoyée au Comité des défenseurs officieux. — Une citoyenne, mère de dix enfants, qui tous paraissent avec elle à la tribune, demande des défenseurs officieux i)Our réclamer la liberté de son mari, réfugié de Tournai, qui a été enfermé comme étrang(>r. — Xavier Audouin demande que, ])our éviter les surprises, on ne })erniette pas à ceux ({ui demandent des défenseurs officieux

1. La discussion relative à Laplanche est résumée d'après le Jotirnal de la Monta f/ ne.

2. Nous donnons cette séance d'après le Journal de la Monlnr/ne.

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de s'adresser directement à l;i Société et qu'on les renvoie toujours au Comité compétent. — Simond déclare qu'il faut faire une exception eu faveur d'une famille aussi intéressante. — Fleiiriut-Lescot rajjpelle que le Comité n-volutionnaire de la section du Contrat-Social, après avoir demandé l'arrestation de Chaudot, dépositaire de la i)étition des vingt mille, s'est laissé attendrir par les larmes de sa famille et qu'il est venu le réclamer. — Diifouray estime que la Société, considérant l'ell'et que viennent de faire sur elle une mère et des enfants aimables et malheureux, doit leur accorder des défenseurs officieux ou des commissaires pour examiner leur aflaire ; mais elle ne doit pas i)ermetlre que cette famille les accompagne chez ceux auxquels ils s'adresseront pour lui faire obtenir sa demande ; ou, s'il est nécessaire qu'un des individus de cette famille y soit présent, ce qui paraît assez naturel, qu'au moins tous ne puissent pas s'y présenter ; car ce n'est pas la séduction que les Jacobins veulent employer, mais seulement réclamer justice. — Un membre demande qu'on fasse attention que le Comité révolutionnaire de la section du Contrat-Social souftle le froid et le chaud, et a signé deux déclarations diamétralement opjjosées. — Fleuriot-Lescol dit que le Comité de sûreté générale connaît les deux rapports, et qu'il en fera justice. — On dénonce diflérents faits contre ce Comité. On rappelle qu'il a voulu attaquer en jugement un juré du Tribunal révolutionnaire dans l'alVaire de Chaudot. Si la Convention ne se fût montrée dans toute sa justice, un magistrat du peuple était o|)primé et incarcéré pour avoir courageusement rempli ses fonctions. — Dillérentes députations sont entendues.

Une Société se plaint que la Société des Jacobins ait arrêté de refuser l'affdiation à toutes les Sociétés formées après le 31 mai. — Une dépuialion de la Société populaire de Saint-Qnentin vient réclamer la liberté de sansculottes enfermés à l'Abbaye et réclamer la punition des traîtres qui font des comjjlots pour opprimer les i)atriotes. — Un membre communique une lettre qu'il a reçue d'un citoyen de Montargis, et dans laquelle il est dit que des bateaux chargés de vivres sont en route pour Paris. — Les commissaires, nommés à la dernière séance pour s'enquérir de la santé de Maximilien Robespierre et de Couthon, annoncent que ces deux citoyens seront bientôt rétablis. — Le citoyen Constantin fait hommage d'un portrait de Marat, gravé par lui d'après le tableau de David.]

Séance levée ù dix heures.

SÉANCE DU l*-- YENTOSE AN II (19 FÉVRIER 1794)

PRÉSIDENCE DE THIRION

[Mention civique sera faite de plusieurs env-ois de charpie. — Une depu-

tation de Jacobins du district de Meaux présente deux cavaliers équipés par

ce district. — Duclozal écrit qu'il ne s'est pas présenté le 9 nivôse, comme il y

était invité, pour être épuré ; il rappelle qu'il a été agent de change et que, par

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