‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 131 sur 141 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

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consiMincnt, il se trouve atleinl par le décret qui exclut les nobles, les prêtres, ■ les banquiers, clc. Il ajoute qu'il a i)cu de fortune et qu'il est sans-culotte. — La section du Mont-Blanc écrit qu'elle a rayé de ses registres Bricliet, dès qu'elle a connu son expulsion des Jacobins. — La gouvernante de Chalier se présente, accompagnée d'un citoyen, qui prend la parole pour elle et qui fait en son nom hommage à la Société d'un buste de Chalier, plus ressemblant que tous ceux qui ont paru. La Société a fait mention honorable et accorde à la gouvernante un dij)lôme qui lui permettra de se présenter dans toutes les Sociétés de son département *. — Un citoyen de la commune de Laon vient parler en faveur du citoyen Varennes, magistrat éclairé, arrêté par ordre du Comité de sûreté générale, qui agissait, parait-il, d'après une dénonciation des Jacobins. Si ce fait est faux, il demande qu'on lui donne acte qu'il n'y a pas eu de dénonciation contre Varennes, qu'il appelle père du peuple. — Diifourny blâme cette expression ; car, dit-il, « le peuple est le père de tous ». Il s'oppose à ce qu'on donne au citoyen un extrait des procès-verbaux, qui serait pour Varennes une sorte de décharge pour tous les délits dont il est accusé. — La Société jjasse au scrutin épuratoire de Maran, et l'admet parmi ses membres. François Boulcier, professeur de mathématiques, est également admis. — La Société entend avec une vive satisfaction la nouvelle du rétablissement de la santé de Robespierre et de Couthon, qu'on espère devoir être prompt. — Un citoyen déclare qu'il a vu, il y a quelque temps, au cabinet des figures, place de la Révolution, l'effigie de l'infâme Gorday : il invite les patriotes à s'y rendre et à éclaircir ses doutes. Murmures d'indignation. Dilïérentes propositions sont faites sur cet objet. — Un membre observe que, cliaque citoyen étant surveillant de la tranquillité l)ublique, c'était au dénonciateur, au lieu de venir occuper la séance de cet objet, à en faire part au Comité de surveillance de la section, et l'engage à remplir ce devoir. Applaudi. — Le jeune Petit se présente pour lire un discours sur les crimes du gouvernement anglais ; il est entendu avec intérêt et vivement applaudi *.

Dufourny déclare qu'il est heureux d"api)rendre que le conspirateur Proly a été de nouveau arrêté. La première fois, c'était Dufourny qui l'avait fait incarcérer. Mais Proly avait été délivré « par une intrigue ». A présent, il est de nouveau sous la main de la nation, et l'orateur invite ceux qui savent quelque chose à son sujet de le rapporter. — Collot d'Herbois relève ce mot d' « intrigue » comme une parole indiscrète. Il dit que c'est lui qui vient de faire réincarcérer Proly. De plus, lorsque celui-ci fut relâché à sa première arrestation, il n'y eut pas d'intrigue. A cette époque, Collot d'Herbois considérait déjà Proly comme un scélérat, mais il i)rit la défense de Desfieux, arrêté en même temps que Proly, parce qu'un Jacobin doit prendre la défense de ses confrères en péril. 11 ajoute qu'on a publié une foule de libelles contre lui, et qu'il y répondra à la tribune des Jacobins.

Dufourny déclare qu'il n'a pas parlé d'intrigue qui aurait eu lieu dans le sein de la Société pour faire sortir Proly ; il a seulement dit qu'à la suite de ce qui s'était i)assé dans cette Société, Proly était sorti de prison dans le temps que Desfieux en sortait aussi. Il annonce à la Société que des nou-

1. Ce début de la séance est donné d'après le Journal de la Montar/ne.

2. Le discours de Petit a été inipriiné dans le Journal de la Monta;/)ie, t. II. p. 598.

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velles, aussi sûres que si elles étaient officielles, porlent qu'à Rome il v avait eu un comi)lot formé de célébrer l'anniversaire de la mort de Bassevilie Je cretaire d an.bassade, en massacrant les Français qui sont encore à Rome • mais que le jKni,)le, craignant que les derniers jours du pape ne fussent souilles, a empêche rexécution de ce complot infâme. - Collot d'ffprbois veut re prendre la parole ; après quelques difficultés, il l'obtient. Il reproche à Dufourny d'avoir dit à des citoyens qu'il craignait la vérité, et, pour prouver au'il ne la craint pas, il entre dans beaucoup de détails sur l'objet dont il s'a-it II fait part que Dufourny a voulu faire croire qu'il lui serait fait une amentre honorable. Il cite plusieurs faits pour constater les démarches qu'il a entret.rises pour faire arrêter Proly, et, à cette occasion, il annonce que, dans la poche de ce traître, on a trouvé des lettres importantes, qui feront connaître qui .ont ceux qui ne voulaient pas qu'il fût arrêté. Il se plaint de ce qu'à son retour de Commune-Affranchie il a trouvé les liens de l'amitié relâchés dans plusieurs de ceux qu'il fréquente à cause de leur patriotisme. Il se plaint aussi à Dulourny d'une lettre qu'il à écrite, et dont certaines expressions ont indigné B.llaud-\arenne, de telle sorte qu'il a été obligé de prendre la parole dan^ la Société. Apres quelques observations, il termine en demandant que la Société revoie le procès-verbal de la séance où il fut question de l'alfaire de Dcsheux. - Dafoumy répond aux reproches qui lui ont été faits par GoUot-

fl 1% r'if /'r!."'; "^^'"' "^^ '' '^"^'"•''^ ^^'"^"^ ^'' ^'^'''' •?"■'! ^ o^-cupées. Il délie Collot d Hcrbois de montrer la lettre dont il a parlé. — Collot cVHer

hois témoigne le désir qu'il a de voir finir les animosités individuelles- il déclare quil est prêt à oublier tout ce qui lui est personnel, et à brûler les lettres qui pourraient lui servir d'armes contre Dufournv, afin de ne s'occul per que du salut de la patrie. Applaudi. La Société passe à l'ordre du jour sur tous ces débats.]

CCXLYI

PRÉSIDENCE DE TIIIRION

[Carriev ,xm revient de Vendée, demande à subir l'épuration. II est admis Il fait un long rapport sur la guerre de Vendée, explique que la grande guerre est finie, qu'il ne demeure plus que la petite Vendée ou Chouannerie 11 ajoute :]

Je ne saurais exprimer toute ma surprise de la scandaleuse discussion qui a eu lieu au sujet de cette guerre; je certifie qu'on a calomnié de la manière la plus atroce des patriotes excellents, de braves généraux. Ronsin, Rossignol, Santerre ont été calomniés. Les brigands n'eurent jamais d'ennemis plus terribles, et je réponds de

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leur bravoure et de leur palriolisme comme du mien propre. Je dois dire aussi que Plnlippeaux ne mérite aucune croyance, attendu qu'il ne se connaît nullement aux opérations militaires. Je ne le crois pas contre-révolutionnaire, quoi([u"il se pourrait qu'il lût l'agent d'une faction sourde qu'il ne croirait pas servir; mais je le maintiens fou autant qu'on peut l'être, il a attaqué mon collègue Levasseur, le plus courageux des hommes, qui couibattait lui-même les brigands, et ne faisait pas comme Plnlippeaux, qui se cachait toujours pendant le combat. « Philippeaux vous disait souvent que les balles avaient caressé son panache ; il n'en est rien. Je le défie de dire comment est fait un brigand : il n'en a jamais vu. Mais, pour Levasseur, si on .ne croit point à celui-là, il ne faut croire à personne '. »

\Jm citoyenne Lyonnais ollVc un billel de ciiui francs, fruit de son travail. Applaudi. — Un membre dénonce les administrateurs du canal de Briaro, qui ont mis à soc les réservoirs de ce canal. — Libre Gaillard rétablit les faits. Il est vrai, dit-il, <|u"on a desséché un grand élang, mais c'est pour remplir le canal, qui n'avait plus assez d'eau. Les administrateurs réussissent à force de soin à faire i)asser des bateaux à moitié chargés pour Paris. — Un agent national parle dans le môme sens que le dénonciateur ; mais il reconnaît que les administrateurs ont fait passer sept ou huit cents bateaux. Tous ces orateurs annoncent que le Comité de salut public fait une enquête à ce sujet. — Plusieurs membres de la Société populaire du Mont-Blanc font leurs adieux à la Société et demandent à passer au scrutin épuratoire. On les épure : Fabrc-Buisson, Joseph Chabert, Antoine Doppct sont admis. — 2Iontaut engage le premier à aller au Jardin des liantes étudier la fabrication de la poudre et la fonte des canons, pour l'enseigner à ses compatriotes. — Fabre-Buisson répond que telle est son intention. — Un membre invite les citoyens des sections à recueillir avec ardeur le salpêtre. — La Société étant trop peu nombreuse, on ajourne à la prochaine séance l'épurement de Dutertre '.];

Séance levée à dix heures.

SÉANCE DU G VENTOSE AN II (2i FÉVRIER 1794)

PRÉSIDENCE DE THIRION

[La Société populaire de Besançon dénonce des vexations exercées contre

1. Ces dernières phrases entre guillemets sont extraites du Journal de la Mo7itagne.

2. Toute cette dernière partie entre crochets est donnée d'après le Journal de la Montagne.

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le citoyens Cauvin par le gouvernement de Neucliàtel. Ce ciloyen a fait des réclamations auprès des Assemblées constituante et législative , mais les aristocrates et les hommes d'Etat les ont écartées. On demande le renvoi au Comité des défenseurs officieux, — Lnveaux s'y oppose, en disant que le Comité ne peut pas prendre des renseignements sur cette affaire, parce qu'il faudrait les tirer d'un pays étranger. — Louis, après avoir fait observer que les habitants de .Xeuchàtel n'ont pas encore secoué le joug du tyran de Prusse, demande que la Société s'empresse de venir au secours de l'oi^primé dont il s'agit.]

CoLLOT d'Herrois. — A'ous entendrez chaque jour à votre tribune des pétitions qui tendront à faire évaporer les idées républicaines. Il peut y avoir des patriotes opprimés, mais ce ne sont pas les habitants de Neuchàtel, qui se mettent à genoux chaque année devant le tyran de Prusse, et qui préfèrent le gouvernement despotique à celui de la Suisse. Que ces habitants soient dignes de la liberté, et qu'ils viennent à nous : ils seront reçus "à bras ouverts. N'allons pas nous laisser entraîner dans cette question ; tout le monde sait que la neutralité de la Suisse déplaît à nos ennemis ; on cherche chaque jour à l'exciter contre nous. Délions -nous de ceux qui veulent rompre cette unité de principes ; renvoyons-les à l'esprit public ; ne saisissons pas avidement les fionnées que l'on nous présente ; prenons garde de tomber dans les embûches particulières.

Un citoyen reproche à Collot d'Herbois d'avoir accusé les Suisses de fléchir le genou devant le tyran de Prusse. {Murmures.)

CoLLOT d'Herbois, — Je proteste que je n'ai pas parlé des Suisses, mais seulement des habitants de Neuchàtel, et je demande que la Société prenne des informations sur l'individu qui a mal rapporté ce que j'ai dit.

Ce citoyen monte à la tribune, et déclare qu'il est habitant du pays de Neuchàtel; qu'il habite la commune de Nantes depuis quinze ans ; que, blessé dans la Vendée, il a eu besoin de retourner dans son pays pour rétablir sa santé, et qu'il retourne à Nantes, dans ses foyers.

[Carrier dit qu'il a vu à Nantes beaucoup de scélérats. Il nomme un cercertain Vieilland, de? environs de la Suisse, qui a livré l'Ile de Noirmoutier aux Vendéens. Il demande que le citoyen qui vient de parler soit envoyé au Comité de sûreté générale. — Collot d'Herbois demande que le Président fasse trois questions à l'individu qui fait l'objet de la discussion : d'abord s'il connaît ici des patriotes qui répondent de lui ; en second lieu, s'il y a longtemps qu'il est membre d'une Société populaire ; enfin, s'il a vu l'ambassadeur de France pendant son voyage en Suisse. — L'individu est interpellé : il déclare qu'il ne connaît ici qu'un invalide; qu'il a été membre la Société des Capucins de Nantes et de Vincent-la-Montagne ; il répond négativement à la

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troisiôino question. — Collât d'Herbois déclare que nos ennemis font tout ce qu'ils peuvent pour décider les Suisses à rompre la neutralité. La demande jirésentée à la Société est un piège ; en elïet, dit Torateur, « si vous refusiez des défenseurs officieux dans l'occasion présente, on forait des habitants de Neuchàtel des Suisses; on dirait que, lorsque la Convention a traité si amicalement les Suisses, la Société des Jacobins ne veut pas se les attacher par les liens de la fraternité ; si au contraire vous ne faisiez ]»as de difficulté d'accorder les défenseurs officieux demandés, on dirait que vous êtes des Neuchàtelois, et non des Suisses. » Collot d'IIerbois ajoute : « Je me félicite d'avoir appelé votre surveillance sur les individus qui s'introduisent dans votre sein. Prononçons-nous, rappelons la détermination que nous avons prise de placer le buste de Guillaume Tell à côté de ceux de Brutus et de Marat. Disons à tous les amis de la liberté que, si les Neuchàtelois demeurent asservis au despote de Prusse, ils formeront au milieu de la Suisse une seconde Vendée. Restons attachés aux Suisses. Que les enfants de Guillaume Tell et les amis de Marat soient unis par des liens éternels! Je demande le renvoi de l'individu qui nous occupe au Comité de sûreté générale. » — Les propositions de Collot d'IIerbois sont adoptées; en conséquence, deux commissaires conduisent le Neucliàtelois au Comité. — La Société apprend avec satisfaction que la santé de Robespierre et celle de Couthon se rétablissent de jour en jour *.

La Société ayant décidé que le buste de Guillaume Tell serait jilacé dans le lieu de ses séances, Maribon-Montaut demande que David soit chargé de choisir l'artiste qui exécutera ce buste. — David désigne Ronvalet, de qui est la meilleure gravure de Marat, et déclare qu'il le mettra en relations avec un de ses amis qui possède « une estampe parfaitement ressemblante au portrait de Guillaume Tell ». — Dufourny voudrait qu'on établisse un concours. — David répond que ce n'est i)as i)0ssible, « attendu (pi'il n'existe qu'une seule estampe de Guillaume Tell ».

On passe au scrutin épuratoire. Saint-Just et Le Bas, revenant de mission, sont admis. — Lieiidon, substitut de l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire, est admis après une légère discussion. — Faure, député*, se présente. — U)i membre demande l'ajournement jusqu'à ce que la Société ait reçu des renseignements de Lacoste sur le compte de Faure. L'orateur ajoute qu'une députation de Nancy va parler à ce sujet. — Le maire de Nancy, membre de cette députation, accuse Faure d'avoir incarcéré les patriotes. L'orateur dit que lui-même, une des victimes du Champ-de-Mars, fut arrêté et maltraité. — Un autre membre de la députation dit que Faure était entouré de contre-révolutionnaires ; l'un d'entre eux croyait insulter les patriotes en les appelant Maratistes. L'orateur dénonce un libelle rédigé par Faure contre Lacoste et Baudot. — Un député demande l'ajournement. — Un autre le renvoi au Comité de présentation, qui examinera les pièces présentées par le maire de Nancy. — Cette proposition est adoptée.

1. A partir d'ici, nous donnons la fin de cette séance d'après le Journal de la Montagne. Le discours de Collot d'IIerbois sur les intrigrues des aristocrates de Commune-Affranchie a été publié à part dans le Moniteur, t. XIX, p. 582.

2. 11 s'agit de Balthazar Faure (de la Haute-Loire), qui avait été envoyé en mission à Nancy, pour la levée de chevaux, puis à rarmée de la Moselle, pour l'organisation des troupes à cheval.

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Le('tnre do la ooiTCsi)ondance. Une lettre écrite par les Jacobins envoyés à Communo-Alïrancliio pour ranimer l'esprit républicain de la ville expose que ces délégués sont en butte aux calomnies de faux patriotes qui font partie de la Société populaire de Commune-Affranchie. — CoUot (VHerhois fait l'apologie des auteurs de cette lettre, à laquelle il ajoute quelques explications :

« La Société populaire, déclare-t-il, devait être fermée à tous les aristocrates. Il convenait qu'elle fût composée d'hommes énergiques, capables par leur activité de relever à Commune-Affranchie les débris du patriotisme. Nous avions dit aux patriotes : « Soyez cent, soyez deux cents dans la Société , mais n'en admettez pas un plus grand nombre parmi vous. Les aristocrates ont sans cesse lutté contre cette défense, et la Société populaire ellemême a ouvert ses portes, en disant que les Jacobins de Paris voulaient la dominer. Aujourd'hui, elle ne peut plus se plaindre de cette prétendue oppression ! Elle renferme huit cents personnes, parmi lesquelles se trouve un nombre considérable d'aristocrates, qui l'oppriment. » Et Collot d'Herbois conclut ainsi : <■( Les Jacobins de Paris en mission à Commune-Affranchie ont traversé avec intrépidité tous les écueils. La Commission temporaire a bien mérité par sa constance admirable. La Commission révolutionnaire a, pendant quatre mois, fait des sacrifices à la patrie ; car c'est faire de grands sacrifices que d'oublier sa sensibilité physique i)Our ne songer qu'à son pays. Voilà ceux que l'on appelle des ambitieux et des dominateurs. »

L'orateur termine en invitant les Jacobins à envoyer une adresse aux patriotes de Lyon, pour les inviter à seconder les membres de la Société en mission dans cette ville.]

Séance levée à dix heures.

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