AUX SOCIÉTÉS AFFILIÉES
D'après un arrêté de la Sociclc du 0 mars, qui a chargé son Comité de correspondance d'aviser, avec le Président de la Société, les moyens d'cclairer nos Frères des déparlements sur les circonstances critiques et alarmantes oh. se trouve la République.
Paris. Impriineiie palriuli(|ue et rrpiil)lir;\ino. s. d.. in-S" de 7 pages. — Dibl. nat..
Rkpiblicains nos frères,
Nous vous avions annoncé que le résultat du jugement du tyran, qui a fait tomber le masque aux ennemis de la République, avait dessillé tous les yeux. Cependant le danger redouble, les calamités nous pressent; car le> traîtres sont toujours au milieu de nous, et, par suite de leurs intrigues, du mensonge et de Terreur dont ils avaient prévenu les moins surveillants, ils dominent encore dans les Comités, dirigent les opérations, régnent au ministère et possèdent tous les moyens de conduire à leur gré la marche du gouvernement. Ils ont tous les trésors, tous les canaux de l'esprit public sont à leur disposition ; ils ont tout, excepté notre patriotisme et notre courage. Déjà leur système d'imposture est remis en usage, et ils ont pris pour le propager le prétexte de la misère publique, qu'eux-mêmes ont comblée. Leurs forfaits sont calculés sur les besoins et les larmes de l'indigent. Oui, Frères, les paisibles citoyens de Paris, dont la sublime patience, les vertus et les nombreux sacrifices ont maintenu la Révolution, sont calomniés de nouveau : le pillage de quelques boutiques d'épicerie, exécuté par quelques brigands sou-
1. Lu autre imprimé, ct.té Lb 40,2311. .onlienl la même Adresse, avec le même titre, et, à la fin. la même formule et les mêmes signatures. Mais elle s'arrête après la phrase suivante : « Tel est l'avis de plusieurs patriotes énergiques, et notamment celui de Dubois-Crancé. qui a émis cette opinion à notre tribune. » La partie de l'Adresse qui suit cette phrase est une addilion, postérieure à la séance de la Convention du IG mars. Quant à la première partie de l'adresse, on verra plus bas, p. 71. imtc 1. ,[nelle est postérieure à la séance de la C(Uivention du y mars.
~0 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [0 mahs 1793]
doyés, reconnus pour des agents et des valets d aristocrates, a été attribué aux patriotes. Le? journalistes, tous vendus à l'intrigue, recommencent ou plutôt continuent leurs calomnieux écrits, dont le poison filtre dans tous les départements, où les victimes de tels outrages n'ont ni les moyens ni même l'espoir de faire entendre la vérité.
C'est à votre discernement et à votre cœur que nous présentons ces réflexions ; voyez. Frères et amis, dans quel moment l'intrigue veut tromper vos vertus, pour opprimer et anéantir le civisme. Tous les despotes coalisés sont prêts à nous combattre ; eh ! examinez qu'ils ne parlent pas un autre langage que nos intrigants de l'intérieur ; les journaux de Londres sont calqués sur les nôtres, et l'astucieux cabinet de Saint -James ne s'est pas servi, pour égarer le peuple anglais sur noire Révolution, d'autres moyens que ceux employés journellement par nos hypocrites détracteurs.
Eh ! c'est au moment où il nous faut déployer toutes nos forces ; c'est au moment qu'il nous faut recruter nos armées et qu'il nous faut montrer toute notre énergie, que Ton veut atténuer notre ardeur, que l'on cherche à alarmer notre confiance, en nous entourant de préventions! Ah! Frères et amis, ce n'est qu'en nous unissant que notre civisme et notre courage pourront déjouer tant et tant de complots et de scélératesses; ce n'est que par cette union sacrée que nous confondrons ceux qui veulent régner, en nous disant : Serrons-nous, Républicains, serrons-nous; notre force est dans notre accord et notre ensemble; serrons-nous, et nous vaincrons.
Tous avez appris, ainsi que nous, Frères et amis, le déplorable échec que nos frères viennent d'éprouver à Aix-la-Chapelle et à Liège, par l'infâme trahison des généraux qui commandaient l'avantgarde de l'armée; trahison combinée sans doute par l'Angleterre et ses agents secrets, qui sont au milieu de nous, pour empêcher l'invasrôn de la Hollande. Eh bien! les meneurs de la criminelle faction que nous vous avons dénoncée ont su mettre à profit l'indignation publique, pour entourer de crainte les hommes faibles et pusillanimes, en leur persuadant que les patriotes alarmés allaient diriger contre eux des vengeances sanglantes. Quelques personnes, égarées ou soudoyées, ont crié dans des groupes et dans des assemblées qu'il était instant à' arrêter les traîtres de la Convention^ de les punir, ainsi que tous les contre-révolutionnaires. Toutes ces clameurs ont été attribuées aux défenseurs de la liberté, aux imperturbables Jacobins, que l'on vient de dénoncer ; par ce moyen, leurs perfides détracteurs ont obtenu, dans la Convention nationale, une majorité
quu leurs trahisons manifestes leur avait fait perdre lors du procès de Louis Capet. Maintenant, Frères, les patriotes sont sous le couteau, tel qu'après le massacre du Cliamp-de-Mars ; la ressemblance de cette fatale époque avec celle où nous nous trouvons est effravante I Mêmes faits, mêmes persécutions, mêmes attentats contre les Sociétés populaires. Pour comble de calamité, quatre-vingt-deux
patriotes de la Montagne sont partis pour les déparlements '
Jugez, Frères et amis, jugez maintenant quels sont les dangers imminents de la patrie! Oui, nous sommes en pleine contre-révolution! Oui, si par de nuuveUes nominations l'on ne rem[)lace les traîtres, c'en est fait de noln; sainte liberté 1 Tel est l'avis de plusieurs patriotes énergiques, et notamment celui de Dubois-Crancé, qui a émis cette opinion à notre tribune.
Si, comme nous. Frères et amis, vous étiez téuioius des honteux débats excités dans la Conveutiiui natinnaU' par ceux ([ui (Uil trahi la cause du souverain -, (|ui les a déb'guës; ces scandaleuses séances vous effrayeraient davantage sur les dangers de la [lali-ie que nos douloureuses sollicitudes. Celle du -IC» mars, lumineuse pour l'esprit pul»lic, ofTi'e à l'opinion, par les deux faits fpii y ont été discutés, le contraste frappant dr la loyauté des véritables dêlenseurs du peuple avec la perfulie de ses inlidèlrs mandataires.
Le général d'Ilarambure a été décrété d'accusation; il y a des preuves multipliées qu'il a trahi sa patrie. Eh bien ! le côté droit s'est levé pour faire rapporter le décret d'accusation; cette motion, appuyée par Lanjuinais, s'est prolongée scandaleusement et eût réussi, si un secrétaire n'eût lu une lettre, écrite de la main de d'Ilarambure, (pii prouvait, à iTm pas douter, la trahison de ce général.
Un autre fait a produit une secomle discussion, qui s'est élevée au sujet des réclamations d'un patriote détenu arbitrairement depuis cin(i mois dans les cachots de Perpignan, pour avoir montré ouvertement l'énergie qui caractérise l'ardent patriotisme. Birotteau, chargé de l'in^truclioii publique de Perplgrian, s'élance à la tribune pour prouver que le tribunal criminel de cette ville doit continuer cette atroce procédure; les patriotes prouvent l'illégalité de cette détention parla loi qui veut expressément que tout prévenu soit interrogé vingt-quatre heures après. Eh bien ! tout le coté droit soutient
1. Il s'udl lie l.i missi.Mi do 82 ropirseiitanls dans les départements, pour tiàter le recrutement, mission décrétée le 'J mars 1793. — <:f. Recueil des acles du Comité de salut jmhlic. t. Il, p. 283, 20:i, 2'J8 à 3 il.
2. (Vest le peuple ipie le rédacteur de VAdresse désii^ne ainsi.
72 SOCIKTI'] IH:S .lACOlUXS If. maus 17!»;{1
Birotleaii, et demande ijue la procédure soit continuée par un tribunal qui a si ouvertement méconnu la loi. — Barbaroux fait plus : il propose ouvertement un projet de décret relatif à ce système pour soustraire à la punition bien méritée un tribunal l'éfractaire. Ces ennemis de l'iiumanité souffrante et de la liiterté ont mis autant d'acbarnement à vexer ce mallieureux patriote qu'ils (uit employé .d'astuce pour mettre hors de cause un général perfide !...
Maintenant, Frères, croyez-vous qu'un tel ordre de choses, encore prolongé quelque temps, ne perde pas la patrie et ses courageux défenseurs?... Croyez-vous que d'infidèles législateurs, furls des calomnies qu'ils ont su diriger, et contraints par leur cœur et leur propre sûreté à continuer l'affreux systèuie qu'ils ont établi, n'amèneront pas enfin la contre-révolution? — Méditez sur ces faits et sur les attentats qui viennent d'avoir lieu au même moment.
Voyez la persécution dirigée ouvertement contre les Clubs populaires : Lyon, Bordeaux et d'autres villes vous en offrent l'exemple ; partout les patriotes sont vexés et torturés de mille manières. — 0 comble de forfaits! Ils sont assassinés !
Comme Michel Le Peletier à Paris, Léonard Bourdon est tombé sous les poignards des assassins contre-révolutionnaires à Orléans, dont la rage a été déçue... Bourdon respire encore *.
Frères et amis, nous concluons en mettant sous vos yeux celte vérité que vous sentirez, en partageant notre indignation :
Les chevaliers du poignard ont jusquà présent respecte les membres du côté droit. — Tirez-en les conséquences utiles , qui doivent porter la lumière sur les véritables moyens de sauver la patrie.
Nous sommes bien fraternellement :
Les membres du Comité de correspondance : Destieux, Président; Lafaye, Vice -président ; Fouquier-Tinville, Oviœst, Secrétaires; Sambat, Débucher, Lassis, Dubuisson, Deguaigné, Duplay fils, Ducos, Phieur, Polet, Boissel, Gaillard.
1. Sur la tentative dassassinat ddut Lédiiard Bdurdnn fui l(il)jet, mais non la victime, voir le Recueil des actes du ('luiilfr de sali/t pi/bl/c. t. 11. p. /HG, 377, 381. 382, 383, 406, 448. et t. 111, p. 18G, 2U0, ioi.
[8 MARS 1703] SOCIÉTÉ DES .lACdltl.NS