Tome V
SOCIÉTK DKS JAC015I.NS [-* mahs 17031
Conseil exécutif est venu, hier, nous rendre compte des mesures qu'il avait prises relativement aux troubles arrivés dans le département des Deux-Sèvres. Il a élé reconnu que les mesures étaient insuffisantes. Nous ne devons donc pas abandonner la destinée de la République à la responsabilité des ministres.
[Peyre -à^imw la proposition do Hontal)olo. — Miraiida obtient la parole pour se justilicr ; dès le début, il est int(M'ronipu i)ar dos murmures, et sa défense est renvoyée au Comité do présonlalion. — Mamt demande qu'on drosse, d'après les dénonciations iaitos à la Société, une liste des gens dont l'incivisme est connu. De cette manière, la Convention n'osera pas maintenir on place dos ministres conuiio Claviore. — Tallien fait un compte très précis de la mission dont il a élé chargé en compagnie de Goupillcau '. — Ils sont arrivés dans dos communes infectées de l'esprit de Roland : « On nous considérait comme les massacreurs du 2 septembre, comme les prédicants de la loi agraire. » Pourtant, avec l'appui des sans -culottes, ils ont complété le contingent. 11 continue ainsi :]
Nous avons été détournés de l'objet principal de notre mission, par les insurrections partielles qui ont eu lieu. Nous pouvons assurer que ce ne sont pas des mouvements ordinaires, que c'est l'e-^écution d'un complot ourdi par les nobles de la Bretagne, pour opérer la contre-révolution. Il y a en ce moment quarante mille hommes réunis, et j'atteste que je n'exagère pas, il y en a peut-être davantage. Ces hommes sont divisés en trois corps armés, qui se subdivisent en colonnes ; ils ont des chefs très expérimentés.
Ces corps d'armée sont composés d'hommes très exercés au maniement des armes. Ce sont des braconniers, ce sont des contrebandiers, ce sont des hommes attachés au service des ci-devant seigneurs et apparemment des gardes-chasses. Ils sont commandés par un nommé Gaston, qui fait des sommations très régulières aux villes, qui promet d'épargner celles qui se rendront ou qui consentiront à capituler.
[D'après Tallien, l'armée la plus dangereuse est celle qui opère dans les Deux-Sèvres et en Vendée. Elle se compose de 18,000 hommes, occupe quatre districts de la Vendée. Les progrès sont dus à la mauvaise composition des municii)alités, dont plusieurs n'ont pas opposé de résistance aux insurgés, et aux fautes du général Marcé, qui avait divisé ses troupes et n'a pas écrasé les rebelles dès le début. Tallien se plaint du ministre de la guerre, qui n'a pas répondu à la lettre écrite par les commissaires, le soir de la prise de Cholct, et qui n'a pas transmis leurs dépèches à la Convention. — Obligé de venir à Paris ])0ur faire les démarches nécessaires, il a obtenu un général, La Bour-
1. Tailien avait été envoyé en mission, avec Goupilleaii (de Fontenay), dans le Loir-et-Cher et rindre-et-Loire, pour le recrutement. — Cf. Recueil des actes du Comilé de subit public, t. II, p. 303.
donnayo, et trois arméos pour dôiendrc les di'partoments menacés. On pourra ainsi couper aux rebelles la route de La Rochelle, qu'ils senddent menacer. Dans le pays non insurgé, le patriotisme est si grand qu'on pourra lever soixante mille hommes.
Marat exhorte Tallien à dénoncer sans ménagements tous les coupables, à commencer par Beurnonville. — Rohfspit'rre b' jaune déclare que les ministres sont comi)lices do la grande conspiration contro-révolutionnairo qui éclate en ce moment. Il propose d'envoyer, à la suite des députés-commissaires, des commissaires de la Société, qui rendront un compte exact de ce qui se passe dans les départements insurgés. La proposition est adoptée. — ■ C... parle de la nécessité de mettre hors d'état de nuire les aristocrates, qui sont comme autant de bataillons de Prussiens. — Tallien répond (jne, dans plusieurs villes, on a déjà mis en état d'arrestation ou assujetti à un appel ([uotidien tous les suspects. — ('... jiarle de la nécessité de soumettre la Convention à un scrutin épuratoire. Après quekjues débats, la Société passe à l'ordre du jour. — Une (lépiilnlitin de la Société de Porentniij se félicite de la réunion de son jjays à la France, demande deux commissaires pour l'ac- (îompagner au Comité diplomatique, où elle ira dénoncer les menées ([ui empêchent la réunion de Moutier-Crandval, et sollicite l'al'rdialion.j
La séance a été levée à di.v heures.
PRÉSIDKNCE DE LAMARQUE
Lafaye, vice-président, occupe le fauteuil.
[Deuxième [troolamation et admission définitive de six nouveaux membres. — La discussion s'engage sur les moyens |)roprcs à éclairer les départements et particulièrement sur l'adjonction, adoptée la veille, de commissaires des Jacobins à ceux de la Convention. — Peyre, i)uis Robespierre jeune réclament l'exécution inunédiate de cette mesure. — Benfabole, Dufourny, Albilte déclarent successivement qu'ils s'y opi)Osent pour plusieurs raisons, dont la principale est le manque de fonds. — Marat voudrait qu'on envoyât seulement des i)ersonnes sûres, avec des missions secrètes, de manière que les ministres et leurs agents ne puissent pas les arrêter. — Desfieu.r, au nom du Comité de correspondance, annonce qu'un courrier extraordinaire vient d'être envoyé par la Société à Marseille. — Dubois de Crancé parle lui aussi de la corruption de l'esprit public dans les départements ; il propose le remède suivant :]
Marat est dénoncé comme un chef de parti ; tout le monde sait que Marat est un être isolé dans la société. Moi, je demande que
100 SOCIKTK DES JACOBINS [23 ma us 1793]
Marat, qu'on dénonce dans les départements comme un scélérat, comme un incendiaire, soit connu; je demande que les Montagnards s'abonnent au journal de Marat et le fassent passer dans les départements : alors on jugera Marat d'après ses ouvrages, on reconnaîtra le vrai ami du peuple et de la liberté, et on rendra justice à Marat, que l'on peint comme un loup-garou.
Maure. — J'ai toujours prédit que Marat conserverait sa réputation, tandis que les La Fayette et les Lamelh seraient couverts du mépris public.
Marat. — La proposition qu'a faite mon collègue Dubois de Crancé est la mesure la plus efficace pour éclairer les départements. Marat a travaillé, la tète sur le billot, pour démasquer les traîtres; Marat a lutté dans des souterrains contre la tyrannie ; Marat offre deux cents exemplaires de son journal aux députés de la Montagne, et deux cents exemplaires aux Jacobins ; ils les feront circuler. {Applaudissements.)
Albitte. — Pourquoi n'avons-nous pas les forces nécessaires pour établir la liberté? Voilà ce qu'il faut examiner. Nous avons à combattre les puissances étrangères et les ennemis intérieurs. On vous a fait un éloge pompeux du journal de Marat. Marat souvent dit la vérité à contre-sens ; il l'a souvent dite mal à propos. (Bruit.) Je crois que l'assemblée est persuadée que je ne suis pas payé par l'aristocratie. On doit concevoir que les ennemis de la liberté ont toujours travaillé cà noircir les patriotes; pour y parvenir, ils leur ont attaché le masque de la physionomie de Marat. Marat, en disant la vérité mal à propos, a servi d'instrument à nos ennemis ; il faut de la politique, il faut savoir saisir le moment. {Murmures.) Je m'aperçois que le scrutin épuratoire n'est pas fait. {Le bruit recommence avec plus de force.)
Le Président représente à Albitte qu'il s'est écarté de la question.
Je croyais, a répliqué Albitte., que j'avais la parole pour parler sur les intérêts généraux de la République. S'il est question des commissaires, je n'ai qu'un mot à dire : je pense qu'il n'en faut pas envoyer. [Bruit.) J'aime mieux être député et rester à mon poste (je suis payé pour cela) que d'être Jacobin et étourdi par des murmures.
En achevant ces mots, Albitte quitte avec humeur la tribune.
Le Président ferme la discussion et met aux voix la question du rapport de l'arrêté relatif à l'envoi des commissaires. L'assemblée déclare rapporter cet arrêté.
[C... so rallie ;i la i)ro])Osilion do Dubois do Cranoi- ; mais il doinaiulo que, dans rintorôt de la chose publique, Marat confonde lui-mèm(> ses calomniateurs, en faisant sa profession do foi politique et en développant ses principes constitutionnels. — MarnI doclaro (juil on j)rond rengagement. — Benfnbole dit ((u'il no faut pas cacher nos dangers. D'après des ronsoignoments qu'il a pris au Comité do défense générale, il annonce que Dumourioz bat eu retraite sur Mons, Tournay et Xamur. Il ajoute :]
Je me ijropose de vous démontrer que dans ce moment le Conseil exécutif doit appeler toute votre attention. Rappelez-vous, citoyens, que je vous ai précédemment dénoncé le Comité de défense générale, Comité qui n'est composé que de Girondins et de Brissotins. On n'a i)as fait assez d'attention à ma proposition. 11 en est résulté que nous avons perdu beaucoup d'hommes et beaucoup d'argent. Ce Comité a toujours marché de concert avec les ministres ; vous voyez que nous avons de mauvais généraux, que nous avons été trahis par Miranda et Stengel.
Le Conseil exécutif a laissé empirer la coalition des rebelles, et il ne nous a averti du danger que quand il y a eu un rassemblement de quarante mille liouimes. Il est donc évident que ce Conseil exécutif est indigne de la confiance de la nation et qu'on ne peut lui laisser les rênes du gouvernement. Clavière vous est connu. Beurnonville est, suivant moi, ou un scélérat, ou le plus grand imbécile qui ait existé. J'attaque encore ici le ministre de la marine, qui aurait dû prendre des mesures pour empêcher que l'on ne descendit sur les côtes du Toitou et de la Bretagne les scélérats qui ravagent ces contrées.
[Il propose on loniiinanl, «pio (h^s |)élilions soient faites cunlinuollomonl, par les citoyens, |)our aidoi' la Monlagui» à ronouvolor le Conseil exécutif.
Un (Irpitlr e.rlninnlinairr ilu (irpartement des Dciix-Sccres monte ci la tribune; il dit que l'administration de son département est patriote, que le recrutement y a été promptement terminé. Il dénonce les manceuvros du ministre de l'intérieur Carat, qui protège l(>s émigrés. Il ])ropose (pi'on accélère la levée do 300,000 hommes et ({u'on emploie tous les cliovaux (\(' luxe au service de l'artillerie. — Jk's/ii;ux affirme (jue la Convention est incapable de faire le bien : c'est au peuple à se sauver lui-nu-mo.]
C... — Il existe dans la République deux partis distincts, le parti des sans-culottes et le parti des riches, des sybarites. Nous ne jouirons jamais de la tranquillité, tant que ce dernier parti subsistera. Tous nos efforts doivent donc tendre à détruire le parti des riches égoïstes. Il faut encore une révolution, mais que ce soit la dernière, parce que les révolutions usent la machine politique. Pour que cette
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révolution soit salutaire, il ne faut pas qu'elle soit partielle; il faut que tous les traîtres soient exterminés ; il faut qu'il ne reste plus qu'un parti, celui des sans-culottes. Pour amener et préparer cette utile et indispensable révolution, il faut réchauffer le patriotisme et éclairer les départements.
[i'^r (Irpuldlion ih' la section du Mttil, introduite, rai)i)orte que la Convontion a di'cn'té (luo cette section avait lùcn nirritc" de la patrie. La Société rinvite aux lionneurs do la séance. — Pt'ijre (Iciiiaiide une prompte enqu(Mo sur la conduite de Duniouricz.]
La séance a été levée à dix heures.
CIRCUL.\IRE DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA LIBERTÉ ET DE L'ÉGALITÉ, SÉANTE AUX CI -DEVANT J.VCOBINS-SAINT- HONORÉ A PARIS, DU 26 MARS 1793, L'AN II' DE LA RÉPU- BLIQUE FRANÇAISE.
Iiiipriiiierie patriotique et républicaine, s. d., iu-S" de 12 p. — Bibl. nat. Lb 40/7 iO.
Frères et amis,
Nous vous avons souvent parlé le langage des passions, nobles compagnes de la liberté. Ici nous vous tiendrons celui de la froide raison, qui n'est pas moins son amie. Nous n'avons eu que trop d'occasions de comparer la cour de Roland et de sa femme, depuis le 10 août jusqu'au commencement de février, avec celle de Louis Capet et de Marie-Antoinette pendant les six mois précédents. Aujourd'hui, nous vous devons le parallèle du Comité de Brissot, Guadet, Gensonné et Vergniaud avec le Comité autrichien, que leur ambition a remplacé, du ministère qui a précédé le 10 août avec partie du ministère actuel, de la conduite de Dumouriez avec celle de La Fayette, de Miranda avec Jarry, de d'Harambure avec Dillon, de La Noue et Stengel avec tant d'autres généraux qui ont commandé nos armées l'année dernière.
11 y a un an, une cour corrompue et désorganisatrice de la France, un ministère perfide, des généraux traîtres, des administrateurs aristocrates-royahstes ont mis l'État sur le bord du précipice. Une
Assemblée nationale, moitié perverse, moitié faible, était incapable de sauver les Français.
Pour les perdre plus sûrement, on a fait entrer une de nos armées dans la Belgique, sous les ordres de Luckner. Jarry a incendié Courtrai. On a fait quitter le pays à notre armée.
Dumouriez en commandait une autre, avait pour second Beurnonville.
La Fayette était à la tête d'une troisième. On a vu les effets de la tactique de ses cantonnements perfides. Le traître s'est enfin démasqué entièrement lui-mèuie. Il a fui une terre qu'il n'avait pu asservir.
Dumouriez a quitté l'armée du Nord, pour aller s'opposer aux progrès du roi de Prusse et de ses alliés, devenus maîtres de Longwy et Yerdim. Nos généraux ont eu successivement des succès tels, qu'après l'évacuation de notre territoire par l'ennemi, il a été dit assez généralement par tous les gens du métier que, si Dumouriez n'eiU pas mêlé la politique à la guerre vis-à-vis de Guillaume-Frédéric, s'il eût poursuivi avec vigueur cet Attila moderne, les plaines de la Champagne et le territoire de Verdun et Longwy auraient été le tombeau de l'armée pi'ussienne.
Mais Dumouriez était pressé al(»rs de conquérir la Belgique. Il n'a pas même attendu, pour revenir à Paris, que les armées ennemies eussent dépassé nos frontières ; il s'est présenté à la Société des Jacobins, il y a parlé avec une feinte modestie. Un orateur franc et loyal ne lui a pas dissimulé qu'on craignait que le général français n'eût eu tr'»p de ménagements pour le roi prussien. DunKjuriez a esquivé le compliment par un sourire équivoque.
Cependant Dumouriez est entré dans la Belgique avec une armée considérable. Les avantages qu'il y a obtenus lui avaient été facilités de toutes les manières : Comité révolutionnaire des Belges, commissaires de l'Assemblée nationale, commissaires du Conseil exécutif, tous les trésors de la République ; Dumouriez a dit avoir mis luimême à Contribution les trésors du pays.
En quittant le ministère, Dumouriez paraissait s'être brouillé avec Brissot, Guadet, Yergniaurl, Gensonné. Six millions mis à la disposition du premier ont été Tune des causes de la querelle. Brissot a écrit à Dumouriez des lettres qui ont été imprimées, qui sont restées sans réponse, quoique l'honneur et la délicatesse la commandassent impérieusement. Le silence de Dumouriez l'a fait mésestimer sans retour par tous les observateurs honnêtes.
Au 10 août 1792, Roland, Servan et Clavière étaient rentrés au
104 sociirn-: di-s .iacohins [2g mars 1793]
ministère par ra?cendant de la faction de Brissot et de la dironde.
Servan s'étant rendu justice, le citoyen Pache lui a succédé, après avoir été désigné à la Convention par Roland lui-même et par le journal de Brissot et autres.
Pache, qui n'était pas fait pour être leur esclave, qui avait une opinion à lui, qui n'aimait pas les d'Espagnac et autres entours de Dumoiu-iez ; Pache, qui défendait au Conseil exécutif et dans la Convention les hons principes, la République française et la cité de Paris ; Pache s'est rendu par là odieux, à Roland, Clavière, Dumouriez, Brissot et consorts. Celte communauté d'intérêts contre le citoyen Pache a été vraiseiuhlaidement une des causes de la réunion de Diunouriez, Brissot et des trois Girondins. Il fallait, de plus, mettre au ministère de la guerre un homme dévoué à ces factieux. Ils ont jeté les yeux sur une créature de Dumouriez ; et un des stratagèmes les plus adroits de Brissot a été de faire concourir la Montagne elle-même au choix de Beurnonville.
Guadet, Gensonné, Yergniaud s'étaient compromis par une lettre écrite au ci-devant roi en juillet 1792, lettre par laquelle ils interposaient leur médiation entre lui el la nation. Brissot avait toujours été très secrètement et très adroitement l'ami de La Fayette ; il était son continuateur. La journée du 10 août les avait déconcertés. Comment s'y prendre pour sauver le tyran, qui avait des preuves écrites de leur duplicité ? Il est vrai qu'il ne pouvait, de son côté, les perdre sans ajouter aux preuves contre lui-même. De là les délais, les biais employés par eux, d'abord pour éloigner le jugement, ensuite pour sauver la vie au tyi-an par un appel aux assemblées primaires, qui aurait causé la guerre civile, enfin les efforts pour un sursis à l'exécution du jugement à mort.
La faction n'avait pu, d'emblée, tenter de conserver le trône au tyran, ni même à son fils ; mais elle ménageait à ce dernier, dans l'avenir, la royauté par le fédéralisme, gouvernement monstrueux qui lui aurait redonné la naissance : aussi les députés purs à la Convention se sont empressés de faire déclarer la République une et indivisible.
Dumouriez a écrit souvent en maître à la Convention, tantôt en faveur de d'Espagnac, Malus, Petiljean et autres agioteurs, c'est-àdire en faveur de lui-même, tantôt contre le décret du 15 décembre, sur lequel il a osé mettre une espèce de veto.
La conquête de la Belgique à la liberté n'était pas achevée, et encore moins consolidée, que Dumouriez aspirait à une autre, celle de la Hollande.
[2G MARS 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 10a
11 laisse donc dans la Belgique ses lieutenants et fait quelques progrès dans les possessions du stathouder.
Pendant ce temps, et le 1" mars 1793, La Noue et Slengel, suivant l'exemple de La Fayette, cantonnent leur armée sur quatorze lieues de pays. Une armée ennemie pénètre, sans même avoir été aperçue, s'empare d'Aix-la-Chapelle et de Liège.
Alors Dumouriez revient dans la Belgique, y fait des actes de dictateur, non pas contre La Noue et Stengel, mais contre les commissaires du pouvoir exécutif et autres fonctionnaires publics, comme aussi contre les Sociétés populaires.
C'est ainsi que La Fayette avait donné des lois au département des Ardennes et [aux] autres autorités constituées des pays où il commandait. Il avait aussi ordonné ;i l'Assemblée la dissolution des Clubs.
Le li mars, Dumouriez écrit à la Convention une lettre inconcevable, présage affreux de tout ce qui a suivi. Cette lettre, comme tant d'autres, renfermée dans le Comité de défense générale, n'a vu le jour que longtemps après ' .
Cinq jours après la date de cette lettre contre-révolutionnaire, et le 17 mars, Mironda, nouveau Jarry, fait battre par l'ennemi l'aile gauclie de l'armée, commandée en chef par Dumouriez, qui ne se plaint que des soldats^ et ne veut plus que ceux-ci continuent de nomnier leurs officiers.
Cependant cet intrigant se croit obligé de revenir sur sa lettre du 12, par un mot d'écrit entortillé, en date du 21, à la Convention : il demande la suspension du rapport sur cette lettr(\
Le 23, // se démasque entièrement, et propose d'abandonner la Belgique.
La Hollande est aussi abandonnée.
C'est ainsi que ce général, errant de la Champagne en la Belgique, de la Belgique en la Hfdlande, revenu de là dans la Belgique, osera sans doute reparaître sur le territoire français, après avoir épuisé le sang des soldats et les trésors de la France, et nous avoir trahis partout. Du moins le traître La Fayette est allé cacher ses forfaits dans une terre étrangère.
Nous ignorons quelles ont été les conditions de Dumouriez avec le roi de Prusse dans la Champagne, avec l'empereur dans la Belgique, avec le stathouder et le roi d'Angleterre dans la Hollande ; mais ce qu'il y -a de sensible aux j'eux les moins clairvoyants, c'est que
1. Les Comités cachent les objets les plus importants à la Convention, qui en fait elle-même mystère à la nation. {Suie de Vorifjlnal.
lOfi SOCIKTK DES JACOHINS [20 mams 1793]
Dumouriez a secondé à merveille la politique de Brissot, Gensonné, Vergniaud et Guadet. Ceux-ci s'étaient toujours opposés, dans la Convention et dans leurs journaux et écrits, à la réunion des pays contigus à la République ; ils n'ont pu en venir à bout par euxmêmes. Eh bien ! ils y sont parvenus au moyen de la lactique perfide d'un général sans principes moraux, ne connaissant de dieux que l'ambition, l'or et la débauche.
Brissot, Gensonné, Vergniaud et Guadet n'ayant pu sauver le tyran, dont les défenseurs ont des preuves écrites contre eux, malgré les soustractions faites par Roland de certaines pièces de l'armoire de fer, ces quatre traîtres, nouveaux membres du Comité autrichien, prussien et anglais, ont dit au général, leur complice : Faisons notre paix avec IWutriche, la Prusse et la Hollande, en abandonnant les conquêtes dans la Belgique et la Hollande. Le général les a abandonnées.
Brissot est le La Fayette civil, renforcé par les trois girondins. Dumouriez est le La Fayette militaire, beaucoup plus dangereux que n'a été celui-ci, parce qu'il a incomparablement plus de moyens.
Miranda est le Jarry. La Noue, Stengel, d'Harambure nous rappellent tant d'autres généraux, qui nous ont trahis l'année dernière. Beiirnonville, créature de Dumouriez, qui est réellement ministre de la guerre sous le nom du premier, Beurnonville, qui est absolument incapable, s'il n'est pas perfide, a succédé aux Narbonne, aux d'Abancourt, et à cette foule de ministres de la guerre qui n'ont fait que paraître successivement sous le généralat dictatorial de La Fayette.
Cette succession rapide de ministres, avant le 10 août, avait pour objet de tout désorganiser. ,
Aujourd'hui, c'est la même tactique.
A l'égard de Clavière, il ne s'opiniâtre dans sa place que pour perdre nos finances par son iuertie et son insouciance depuis qu'il est ministre, lui qui, pendant la session de l'Assembk^e constituante et celle de l'Assemblée législative, dont il était député-suppléant', occupait sans cesse le public de ses projets sur les finances.
Au surplus, Frères et amis, Clavière s'est trop fait connaître, pour que nous ayons besoin de vous rappeler ici toute sa conduite déloyale.
Comment concevoir que le Conseil exécutif, ou quelqu'un de ses
1. Clavière avait eu ell'ot été élu députc-suppléaut du départeuieul de Paris à l'Asseuiblée lé"islative.
membres, n'ait reçu ou n'ait donné à la Convention aucun éveil relativement au plan et aux préparatifs de la guerre civile qui ravage le nord-ouest de la France? L'armée des contre-révolutionnaires, divisée en trois corps, est de 40,000 hommes, et cette guerre, ils la font avec art et dans les règles.
Sous l'ancien régime, l'administration des postes n'aurait-elle pas averti à l'avance le gouvernement d'une pareille conspiration? Que penser donc des cinq aiiministrateurs actuels * ? Que penser de Clavière, leur chef et protecteur?
Frères et amis, les maux de la République sont au comble. Que la nation se lève, que les départements s'expliquent et fassent justice de Brissot, Gensonné, Yergniaud, Guadet, du général Dumouriez, de tous les autres généraux conspirateurs, de Clavière et Beurnonville, des cinq administrateurs généraux des postes, et de tous les autres fonctionnaires publics traîtres à la patrie 1
5i^né ; Lafaye, Vice-président; Brival, Jay, députés; Deguaigné, Gaillard, Fouquier-Tixville, Renaudin, Secrétaires.
SÉANCK DU MEHCHIlDI 27 MAHS 1793
rHÉSIDENCE DE LAMAIiiJUE
Desfieux occupe le fauteuil.
[A(j)it propose que los Jacol)ins no vicniiont aux séances qno ooifles du << bonnet de la liberté ». Dosficu.r réi)0nd que rien ne s'oppose à ce que les citoyens portent ce bonnet, si cela leur plaît. — C... dit ([ue Paris est j)lein de valets d'émigrés et qu'il faut créer dans les sections des « Comités de Révolution » pour les arrêter. — Beiitaholc parle contre les officiers étrangers : l'un d'entre eux, l^ultcnberg, vient de quitter le service de la Réi)ublique. Un membre parle des menées des contre-révolutionnaires à Strasbourg.]
Marat. — Citoyens, avant de me rendre au Comité de sûreté générale, où m'appellent les intérêts de la République, je vais vous faire une importante proposition. Nous avons beaucoup bavardé sur la souveraineté du peuple, et personne n'en a fixé les bases ; une section n'a pas le droit de donner des lois aux autres sections, mais une section est souveraine dans ses murs.
1. H s'agit des cinq administrateurs formant le directoire des postes, relais et messageries; on trouvera leurs noms dans YAlmanach national de 1793, p. 483.
108 SOCIÉTK l)i:S .lACOMINS [27 mahs 17(»:{]
Je demande que toutes les sections de Paris s'assemblent pour demander à la Convention si elle a des moyens de sauver la patrie, et qu'elles déclarent que, si elle n'en a pas, le peuple est disposé à se sauver lui-même.
{Dosfieii.r lit luio lettre de ^larseille, du 21 mars, aiiiiuiiranl ([ue (juaiaiile mille gardes nationaux ont procédé au désarmement des suspects. — Cfidle.s rend eomple de sa mission en Seine-et-Oise. A Versailles, « le recrutement a été une réjouissance ». Ciiàles et son collègue ont l'ail comprendre aux citoyens des canii)agnes que la coniriliulion de guerre servirait à nourrir les pauvres aux dépens des riches. — Jirniaboh; demande ipie la subvention de guerre soil levée immédiatement par les soins des municii)alités, et s'élève à lliO millions au lieu de 40 seulement. Il est juste que les riches, exempts de ])artir à l'arniée, i)uisqu"ils peuvent se faire rem|)lacer, sacritient leur supcrtlu aux besoins des défenseurs de la patrie. 11 attaque le Comité des contributions, entièrement composé « d'hommes d'Etat " '. — Robespierre déclare qu'il faut s'occuper exclusivement de la mesure la i)lus importante, qui consiste à purger Paris des intrigants.
11 deuiande (pie toutes les sections soient invitées à s'occuper des moyens de bannir les traîtres. La pro|)osition est adojitée. — Dufotiriiy propose qu'on invite les prO[)riétaires à afficher les noms de leurs locataires. La proposition est envoyée à la municipalité et aux sections. — Albilte déclare que la Société doit remplacer la partie de la Convenlion qui ne fait pas son devoir. Il demande (pi'elle crée parmi ses membres un (-omité de sûreté générale de vingt-quatre membres, qui correspondra avec la municipalité et avec toutes . les autorités constituées. Il i)ropose que la Société invite ses membres à jouer un rôle actif dans leurs sections. — Une iirpiilation de In section des Quinze-Vinyls vient de se concerter avec la Société sur les moyens de sauver la lU''publi(pie. — Une députotion de hi srrfion des 2'nileries vient donner lecture d'une adresse, ({ui sera envoyée à toutes les Sociétés populaires.]
Voici la substance de cette adresse :
« Représentants du peuple, de grands maux affligent la République; les ennemis du debors, coalisés avec les ennemis du dedans, veulent anéantir les patriotes et la liberté ; un Tribunal révolutionnaire est créé depuis plus de quinze jours, et aucune tète de conspirateur n'est encore tombée sous le glaive de la loi. Nous appelons votre sévérité sur les trahisons des généraux.
« Dans une crise à peu près semblable, r.Vssemblée législative eut le courage de déclarer qu'elle ne pouvait sauver la patrie ; le peuple
1. 11 n'y avait pas, à proprement parler, de Comité des contributions. Mais le Comité des finances de la Cnnventinii élait divisé ei\ rpiatre sections, dont l'une s'appelait Section des contributions directes et indirectes. Les membres du Comité des finances qui formaient cette section étaient Vernier, Defermon, Jact)b, Dupont, Ranicl, Isoré, Rouzct. Vernon, Salle, Le breton, Servière.
[27 MARS 17931 SOCIÉTÉ DKS .lACOlîl.NS i09
se leva, et la patrie fut sauvée. 11 faut un dernier effort. Parlez, nous sommes prêts '. »
[L'oralcur Jiiinuiicc ([iic la sccliuii lU's Tuileries a un ('oiiiilé de surveillance ])rèt à entrer en relations avec celui tiue la Société des Jaculiins va organiser.]
La séance a été levée à dix lieuies.
SÉANCE DU YéMJUéUI 2'J MARS iVXl
PRKSinKNnK 1)K LAMA HOUE
ri'endanl la lecture du luiicès-verhal, un ineiniu'c annonce que la nu'sure imitée de la Chine, et proposée hier aux .Jacobins, a é-lé adoptée par la Convention'. On annonce ([ue Sainl-.]iist revient des Ardennes ', où il a trouvé foules les places dégarnies par la faute de Meurnonvillo. — ('... .le demande ([ue la Société écrive au citoyen Saint-.Inst (pi'elle d(''sire (pi'il se rende auprès d'elle pour lui allesler la vé-riti'' des laits (pii vieniu-nl il'étre manifestés.
— Un mi'Dibic a proposé de faire la même invitation à Danton. Ces deux propositions ont été mises aux voix et adoj»lées. — Le rilin/i'ii dri'tiirr, commissaire de la section de la lléunion, monte à la tribune et rc'suMU" les pétitions qu'il a présentées à la Convention sur \o désarmement et sur le projet de mettre en i'(''(piisition permanente tous les Français de dix-huit à soixante ans*.]
RoHiiSPiiiRRE. — Il est vrai que les dangers de la patrie sont extrêmes ; c'est donc le moment de prendre de grandes mesures et d'être en garde contre les plans insidieux. Le préopinant vous a annoncé de grandes mesures; il ne vous en a proposé que de petites.
1. Cette adresse de la sectidu des Tuileries l'ut présentée le Icndeuifiiu ;'i la Conveutiou. qui eu ordonna l'inqiression. — Cf. Uibl. iiat., Le ;i8/2V:{:i, in-H".
2. Il safjit du décret qui oblif,'cait les propriétaires ;i atlicher à Textérieur de leurs maistuis les noms, préniuns, surnoms, âge cl professions do leurs locataires : il fut rendu par la Conventicui sur la demande d'ime députatitui du conseil "général de la Ciuuuuine de Paris, le 2'J mars 1793. {Moniteur, t. XV. p. 8;J7'.
.3. Saint-Just avait été envoyé eu mission avec Dcville dans l'Aisne et les Ardennes, par décret du 9 mars 1793, pour surveiller le recrutement. — Cf. Recueil des actes du Comité de salut public, t. H, p. 301, 30.").
4. Le désarmement des nobles et des prêtres, décrété par la Convention, sur la demande de la section de la Réunion, le 2G mars 1793 {Moniteur, t. XV, p. 799), avait déjà, daprès Grenier, amené l'arrestation de si.x mille suspects.
— La seconde pétiliou avait été présentée le 28 mars à la Convention. (Moniteur, t. XV, p. 820.1
no S0C1KTI-: DKS JACOBINS [29 mars ITOM]
Il VOUS a annoncé des mesures salutaires à la patrie ; il ne vous en a proposé que de funestes. Je vais le prouver ; je suis persuadé que le préopinant a des vues pures; je n'accuse pas sa bonne foi, mais son erreur.
Lorsqu'il était question de déclarer la guerre, je disais à Brissot et à ses complices : « Vous voulez porter la guerre chez les peuples étrangers, et le chef de nos armées est un contre-révolutionnaire. Vous voulez faire la guerre à l'Europe, et je vous dis que, tant que vous ne ferez pas la guerre aux ennemis intérieurs, vous n'obtiendrez aucun succès. »
Brissot me répondit : « Le roi et ses ministres sont de bonne foi; La Fayette est ami de la liberté; la confiance dans les généraux, voilà le moyen de salut public. »
[Le 10 août est venu donner une première fois raison à Robesjjierre. Après la cluUe du roi, on a eu confiance en Duniouriez : ce général a nuhiagé le roi de l^russe, dont il pouvait anéanlir l'armée ; actuellement, il évacue la Belgique.]
Le ministre vient proposer un système de guerre défensive, tandis que Dumouriez nous apprend lui-même, dans sa correspondance, que nos places frontières sont sans défense. La cocarde blanche flotte dans nos villes maritimes. Dans les départements de la ci -devant Bretagne, on ne parle que d'appeler les Anglais, que les équinoxes seuls retiennent.
Le peuple de la Bretagne est fanatisé ; l'aristocrate cherche à exciter le peuple contre la Révolution, parce que le peuple est malheureux. Et quels sont les auteurs de ses souffrances? Ce sont les traîtres qui prennent le masque du patriotisme pour égarer l'opinion publique. Faut-il désespérer du salut de la République? Non! les tyrans, démasqués, ne sont plus rien. Le peuple français n'est trahi que parce qu'il a voulu l'être ; le peuple français est plus fort que tous ses ennemis. Un républicain qui sait mourir peut exterminer tous les despotes.
On vous a proposé de nouvelles levées ; on vous a proposé de sortir tous ensemble. Mais notre armée est plus nombreuse qu'il ne faut. Trois cent mille hommes se sont levés; ils attendent des mains sûres qui les conduisent au combat et à la victoire. Mais où sont les chefs fidèles sous les bannières desquels ils puissent se rassembler ? Où sont les généreux citoyens qui ont marché aux frontières ? C'est dans les débris de ces armées que réside le salut public ; elles ont donné les preuves les plus éclatantes de bravoure et d'intrépidité ; on a vu des régiments, abandonnés à eux-mêmes, massacrer des
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corps entiers. Ces braves défenseurs de la patrie ont prouvé ce que peut l'amour de la liberté et ont montré aux tyrans qu'il ne leur manquait que des chefs pour les exterminer.
Ce qu il nous faut conseiller, c'est d'avoir un gouvernement qui ne nous trahisse pas, c'est d'avoir un ministre qui ne soit pas contre-révolutionnaire. Nous sommes plus forts cent fois qu'il ne faut pour détruire nos ennemis extérieurs, s'ils n'avaient au milieu de nous de puissants alliés. Pourquoi nous propose-t-on de dégarnir nos cités remplies de conspirateurs? Voudrait-on nous faire accroire que nous n'avons plus d'ennemis, parce qu'on s'est promené dans les rues et qu'on a visité les maisons ? {Applaudissements .)
[Après lo désarnicnicnt, il ne rauilrait |)as s'cndoniiir dans une trompeuse sécuriU'.]
Repoussez toute idée d'éloigner de cette cité et vos armes et vos citoyens. Vous avez excédé votre contingent; demandez actuellement des chefs qui les conduisent à la victoire et non des bourreaux qui les conduisent à la mort. On vous a présenté comme un remède eflicace que des députés accompagnent les défenseurs de la patrie. Ou ces députés seront des républicains, ou ils seront des esclaves. S'ils sont des esclaves, que peut-on attendre de leur présence ? S'ils sont des républicains, ils sont si peu nombreux que je ne vois nulle nécessité d'en dépouiller la République. {Applaudi.)
D"'après ces réflexions, vous conviendrez aisément que les mesures que l'on |vient de vous proposer sont illusoires et dangereuses, II faut se délier de l'enthousiasme, dont nos ennemis voudraient profiter; il faut examiner la cause de nos maux pour y appliquer des remèdes puisés dans la nature du mal; le mal vient des généraux contre-révolutionnaires ; il vient du ministre, qui les choisit exprès pour opérer la contre-révolution.
Dans l'intérieur, nos maux ne viennent point du peuple ; ils ne viennent point des Sociétés populaires, comme osent le dire les traîtres qui nous livrent à nos ennemis. Ils viennent des corps administratifs, du gouvernement et des scélérats qui se liguent avec les cabinets de Londres ou de Berlin pour leur livrer nos frontières, et qui entretiennent dans nos départements le feu de la sédition, qui s'approche de nous et qui va nous embraser, si nous ne nous hâtons de l'éteindre. Tous nos maux viennent des fonctionnaires publics aristocrates, feuillants ou modérés, qui trahissent leur devoir par scélératesse ou par lâcheté. Le remède est dans le peuple et dans la Convention nationale. [Applaudi.)
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11 faut que le peuple se lève dans toutes les parties de la France pour écraser les ennemis intérieurs ; sans cela tout est perdu... [Applaudissements réitérés.)
'J'n porliirbatour est saisi et maltraité. Le PrésUleut invite les membres à ne pas se livrer à des actes de violence, sans cesser de surveiller les perlurl)ateurs.]
RoBESPiERRK. — Je dis que la Convention doit se lever aussi, qu'elle doit donner au peuple le signal de se lever contre les ennemis intérieurs. Elle s'endort au bruit des voix enchanteresses de quelques intrigants, lis veulent dégrader la Convention, la mettre dans l'impuissance de faire le bien, poui' la dissoudre. 11 faut que le peuple sauve la Convention, et la Convention sauvera le peuple à son tour.
Quand je propose des mesures fermes et vigoureuses, je ne propose pas ces convulsions qui donnent la mort au corps ijolitique. Je demande que toutes les sections veillent et s'assurent des mauvais citoyens, sans porter atteinte à linviolabilité des députés. Je ne veux pas qu'on touche à ces fragments de la représentation nationale, mais je veux qu'on les démasque, qu'on les mette hors d'état de nuire.
Il faut présenter à la Convention, non jjas de vaines formules, que les ennemis de la patrie attendent, parce qu'elles secondent leurs complots, mais il faut lui présenter le tableau énergique des malheurs publics, des trahisons de tout genre qui compromettent les succès de nos armes. Quelles sont ces mesures? Les voici : il est impossible que nous puissions dompter nos ennemis extérieurs, si nos ennemis intérieurs peuvent lever iuqjunéuient la tète au sein de la France.
Il faut donner la chasse à tous les aristocrates ; il faut que les départements fidèles tombent sur les départements gangrenés ou corrompus ; il faut que les défenseurs de la patrie marchent sous des chefs patriotes, et, pour cet efTet, il faut destituer tous les généraux suspects et tous les citoyens qui ont souscrit à des actes d'incivisme.
11 faut que le Directoire de la poste, qui intercepte toute comuuinication entre l'armée et nous, soit renouvelé par le peuple; il faut que le gouvernement soit régénéré ; il faut que ceux qui oseront blasphémer contre les vrais principes soient traités comme les Cazalès, les Maury, qui étaient moins dangereux qu'eux. 11 faut, eu un mot, que la nation se lève et qu'elle extermine ses ennemis, en respectant seulement la représentation nationale. [Applaudissements.)
[Maure annonce que Thuriot et Garnier, commissaires de la Convention, ont fait arrêter à Troyes les nobles et les prêtres réfractaircs, avant les décrets de la Convention sur les mesures de ce genre.
Gnuthier déclare que la section de Quatre-vingt-douze n"a pas procédé avec soin au désarmement et aux visites domiciliaires. — C... prend la dél'ense du Comité de surveillance de celte section. Comité dont il est membre..]
La séance a été levée à dix heures.
XLYII
PRÉSIDE.NCE DK LAMARQLE
Le citoyen Lafaye occupe le fauteuil.
[Desfieu.v annonce que trois jacobins, qui ont découvert les trahisons de Dumouricz, vont faire leur rapport. — Marat somme Danton de parler'.]
Danton. — Cit(»yen, vous qui n'êtes pas membres de la Convention, vous avez hien reiupli vos devoirs en les surveillant. Je suis votre justiciable, je suis resjjonsable de ma conduite devant les amis de la liberté. l'uisque vous m'avez sommé de vous rendre compte de ma mission *, je vais vous donner des explications (jue vous désire/.. Si je n'ai pas paru à celte tribune depuis mon retour, Marat me doit la justice de convenir que j'ai fait au Comité de défense générale un rapport circonstancié des faits, et que j'ai fini par dire: «Il n'y a plus rien à espérer de Dumouriez; il est insolent envers le peuple, altier avec la Convention; il faut le décrocher de l'armée, et nous en ferons ensuite justice. » Je suis né dans le peuple, j'en ai reçu l'éducation ; j'ai étudié le cœur humain, et je déclare que je n'eus jamais confiance dans un seul noble : c'est ici la guerre du peuple contre ces scélérats. J'ai vécu avec une partie de ces hommes de la minorité de la noblesse, qui d'abord montrèrent beaucoup de courage et de philosophie ; mais ils se sont relâchés dès qu'ils ont vu qu'on attaquait tous les abus dont ils profitaient. A cette place, La Fayette a été démasqué par moi, et, si l'on m'avait
i. -Marat avait déjà fait à Danton une sommation de ce genre, à la Convention, dans la séance du :>!) mars. Moniteur, t. XV, p. 83.j.;
2. 11 s'agit de la mission de Danton à lannée de Dumouriez et en Belgique. — Cf. Recueil, des actes du Comité de salut public, t. I, p. 283, et t. 11. p. 364. Tome Y. 8
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écouté, La Fayette, après le départ du roi, eût payé de sa tète sa trahison.
L'ambition de Dumouriez est de jouer un grand rôle dans le ministère ; il a eu l'art de ménager l'un et l'autre parti, et sa conduite a prouvé qu'il voulait une première place, quel que fût le système qui prévalût. L'intérêt de la République me détermina à épuiser les moyens de ramener cet homme aux bons principes. J'eus des rapprochements avec Dumouriez, je le dis, je flattai d'abord son ambition. Dumouriez nous servit par ses vices. J'ai fait son éloge dans un moment où il pouvait perdre toute notre armée.
Entré dans la Belgique, il débuta par pervertir l'opinion, en répandant des écrits empoisonnés. Le parti de Roland, le parti de Brissot peignaient les Jacobins de Paris comme de» scélérats, comme des buveurs de sang.
Dumouriez se crut bientôt au-dessus de la Convention, parce qu'il correspondait avec des hommes qui lui présentèrent la Convention comme influencée par des scélérats. J'étais moi-même l'objet de leurs calomnies. Moi qui n'ai jamais eu d'autre ambition que celle de défendre la cause du peuple, on prétendait que j'aspirais à la dictature.
Nous étions obligés de mettre beaucoup de circonspection dans notre conduite. Lorsque Dumouriez fut maître de la Belgique, il manifesta le désir d'être le payeur de l'armée. Dans les conférences que nous eûmes avec lui, nous lui représentâmes plusieurs fois qu'il ne devait point avoir de système, qu'il n'était que le bras de la République.
Le peuple belge est à la hauteur de la Révolution, il est digne de la liberté. Tout ce qui n'est point attaché aux corporations des prêtres et des nobles veut sincèrement la liberté.
Dumouriez revmt à Paris; vous savez la conduite qu'il y tint. Tour à tour, il donna l'espérance qu'il reparaîtrait parmi nous. Des vérités fortes, prononcées contre lui, l'aigrirent; la faction de Roland l'entraîna; longtemps il avait demandé au Conseil exécutif de l'autoriser à entrer en Hollande. Observez que tout était concerté pour qu'il manquât son expédition.
Miranda avait fait le siège de Maëstricht sans avoir des boulets de calibre, sans avoir des munitions suffisantes ; aussi fut-il obligé de lever le siège. Miranda écrivait à Dumouriez que l'échec n'était rien, qu'il pourrait continuer son expédition et qu'il répondait de tous les événements.
C'est alors que j'arrivai dans la Belgique, c'est alors que Du-
mouriez écrivit cette lettre dont Ja lecture n*a pas été publique ; quand on lut cette lettre au Comité de défense générale, tout le monde était d'avis de décréter d'accusation ce général contrerévolutionnaire. Nous proposâmes d'essayer la persuasion, nous promîmes d'apporter sa rétractation ou de demander nous-mêmes le décret d'accusation contre lui. Le Comité adopta nos vues; nous partîmes. Arrivés dans la Belgique, nous nous portâmes aux postes les plus avancés. Nous ralliâmes nous-mêmes les bataillons de l'armée ; nous passâmes la soirée avec Dumouriez ; nous trouvâmes en lui un homme anéanti.
Tout ce qu'il va de plus insolent contre le peuple et la Convention, il le proféra. Nous lui déclarâmes que nous allions en rendre compte à la Convention.
Après lui avoir fait envisager sa chute certaine, nous lui dîmes que nous allions le faire arrêter, au risque de passer pour des désorganisateurs , s'il n'écrivait pas pour prier la Convention de regarder sa première lettre comme non avenue et de l'ensevelir dans l'oubli ; il nous promit satisfaction.
Figurez-vous ce que sont les commissaires de la Convention. Quand nous parlions aux soldats de la République, nous étions écoutés avec tout l'intérêt et la vénération qui naissent du vrai patriotisme ; à cinquante pas de là, nous passions pour des secrétaires des généraux. J'ai été tenté plusieurs fois de faire arrêter Dumouriez, mais je me suis dit : si je tente ce grand coup, et que l'ennemi, prévenu de la disparition du général, vienne à en profiter, je serai en butte aux reproches et peut-être soupçonne. Je vous le demande, citoyens, qu'eussiez-vous fait à ma place ?
Cet homme, qui a trahi la cause du peuple, nous l'avons trouvé combattant lui-même et sexposant à la tête de ses bataillons ; cet homme singuher a encore la rage militaire. Nous étions fort indécis sur le parti qu'il convenait de prendre. Si vous aviez été à notre place, vous eussiez fait comme nous. Nous voulions une résolution du Comité ; le Comité en a pris une.
Je désire maintenant que cette affaire s'éclaircisse,pour confondre les scélérats qui voudraient faire retomber sur les commissaires la désorganisation actuelle. A'oilà quelle a été ma mission.
J'interpelle les commissaires du pouvoir exécutif de déclarer si je n'ai pas déployé le zèle le plus ardent et le plus efficace pour opérer une réunion contre laquelle Dumouriez s'élevait constamment. Avant de me rendre à Paris, j'ai dit que je partais pour rendre un compte sévère de tous les faits ; j'ai dit avant tout que
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c'était pour demander la peine de mort contre les généraux qui s'immisceraient dans les opérations politiques. J'ai reconnu le projet perfide d'une faction criminelle ; elle aurait voulu diviser la Montagne, mais la Montagne est indivisible, comme les Jacobins et la République. {Applaudi)
La France est bien loin d'avoir perdu sa force; il faut combattre nos ennemis intérieurs, il faut que les résolutions fortes partent des Jacobins. Toutes les Sociétés populaires sont aujourd'hui au dernier degré débullition. Oui : il faut nous lever, et voici comment :
Il nous faut une armée centrale, qui rafl'ermisse nos frères qui sont aux frontières ; cette armée doit se composer indépendamment du recrutement général; c'est ensuite à nous, Jacobins, à faire un appel à tous les bons citoyens de se rendre au milieu de nous. Qu'un camp de cinquante mille hommes se forme ; nous devons annoncer à l'univers que Paris sera toujours le centre de la liberté ou que Paris périra. Les ennemis n'entreront à Paris qu'à travers un monceau de cendres ; et de ma main, secondé par tous les bons citoyens, j'}' mettrai le feu plutôt que de le livrer aux Autrichiens. [Applaudi.)
Point de dissolution de la Convention, mais que les Sociétés populaires disent au peuple : « On ne peut représenter la nation française que lorsqu'on a eu le courage de dire : il faut tuer un roi. » Demandons tous que ceux qui se sont montrés assez pusillanimes ou assez pervers pour ne pas augmenter la liste de ceux qui ont voté la mort du dernier des tyrans, qu'ils s'écrient, ce sont des lâches'! [Applaudissements.)
Ici nous ne voulons rien qu'en vertu de la raison et de la loi. Si les départements nous secondent, si les adresses arrivent de toutes parts, nous nous serrerons d^ins la Convention, et, forts de l'opinion publique qui nous bloquera de toutes parts, nous emporterons ce décret qui nous délivrera des hommes qui n'ont pas su défendre le peuple.
La Convention est infectée d'anciens constituants et d'aristocrates; tâchons qu'elle se purge sans déchirements. La France entière fera justice, quand nous aurons épuisé tous les moyens de l'opinion publique.
Tâchons que cette armée centrale puisse devenir assez nombreuse pour se porter de Paris aux frontières. Puisque nous avons